Mémoires d’une geisha, par Inoue Yuki (1980)

Mémoires d'une geisha (couverture)En 1900, Kinu Yamagushi est vendue à une okiya (une maison de geisha) où elle devra apprendre à devenir une véritable geisha, elle deviendra alors Suzumi. Ce livre ne nous montre pas ce que l’on sait déjà de ce monde mystérieux. Bien entendu, on suit des cérémonies, des fêtes, mais Inoue Yuki nous montre surtout ce qui se cache derrière le rideau : l’apprentissage difficile des arts, les exercices physiques, les punitions, l’initiation sexuelle, le respect des codes vestimentaires et comportementaux, l’obéissance permanente à la « Mère » avec de devenir soi-même patronne d’une okiya, une okâsan.

Attention, ce livre ne doit pas être confondu avec Geisha d’Arthur Golden dont a été tiré le film de Rob Marshall avec la superbe Zhang Ziyi. Geisha est une fiction qui comporte des anomalies (comme l’apparence de Chiyo) bien que l’auteur se soit bien renseigné auprès d’une ancienne geisha, Mineko Iwasaki (qui, opposée aux libertés prises par Arthur Golden, a écrit plus tard son autobiographie, Ma vie de geisha). En revanche, Mémoires d’une geisha est davantage un documentaire qui aborde les mœurs japonaises de ce début de XXe siècle. Avec pudeur, Inoue Yuki nous ouvre la porte du monde des geishas, un monde avec ses codes, ses lois et ses traditions. C’est une histoire vraie, vécue par une vraie femme que l’on a vendue alors qu’elle n’était qu’une petite fille et dont Inoue Yuki a recueilli les propos. Ce témoignage émouvant est renforcé par des photographies, les termes originaux (en japonais) et une profusion de détails.

Si vous voulez du romanesque, des sentiments, lisez Geisha, d’Arthur Golden. Mais si vous voulez un documentaire, choisissez Mémoires d’une geisha qui est un ouvrage très riche et complet, ce qui le rend parfois un peu ardu à lire. En ce qui me concerne, j’ai largement préféré ce dernier.

« Une geisha avait beau vendre sa virginité et se prostituer, il lui était interdit de donner son cœur au client et de l’aimer. »

Mémoires d’une geisha, Inoue Yuki. Picquier poche, 1997 (1980 pour l’édition originale. Editions Philippe Picquier, 1993, pour l’édition française en grand format). Traduit du japonais par Karine Chesneau. 279 pages.