Le dernier tigre rouge, de Jérémie Guez (2014)

Le dernier tigre rouge (couverture)Un livre bien agréable à lire de la part d’un jeune auteur qui a également collaboré à l’écriture du scénario de Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert.

Cette lecture a été une découverte. Découverte d’une collection (Grands détectives chez 10/18) et d’une plume, celle de Jérémie Guez.

Lorsque j’ai reçu le livre, la couverture et le nom de la collection me faisaient attendre un polar historique et, n’étant pas très amatrice de ce genre, c’est plutôt dubitative que j’ai entamé ma lecture. J’ai alors été heureusement surprise en découvrant que Le dernier tigre rouge n’est pas un roman policier, mais qu’il tient davantage du roman noir où l’auteur s’attache davantage à dépeindre des caractères et des histoires de vie.

Charles Bareuil, membre de la Légion étrangère, débarque à Saïgon pour reprendre le contrôle sur cette région délaissée et perdue pendant la Seconde Guerre mondiale tout en luttant contre le communisme. Un étrange ennemi, un Occidental passé du côté des Vietnamiens, croise son chemin à plusieurs reprises alors qu’il progresse dans la jungle indochinoise et essuie les attaques du Viet-Minh.

Jérémie Guez s’attache à nous faire découvrir des personnages à la fois attachants et mystérieux car complexes, torturés par leur passé et les choix qu’ils ont fait alors. La connaissance des héros (ou anti-héros) est progressive ; les informations sont lâchées au compte-goutte. Le légionnaire Charles Bareuil et le « traître » Botvinnik sont tous deux très intéressants étant à la fois proches et opposés. Si l’Histoire et ce qu’ils ont vécu pendant la Seconde Guerre mondiale (les génocides, la fuite, la peur, etc.) tendraient à les réunir, les chemins qu’ils ont emprunté pour vivre avec ce passé les séparent. D’un côté, le cynique Botvinnik, sans respect pour les vies humaines qui se trouvent sur sa route ; de l’autre, Bareuil et sa foi en la vie qui perdure et lui permet de tisser des liens d’amitié avec le sympathique Gordov ou d’amour avec la belle Hoa. La question que je me pose est la suivante : sont-ce l’amitié des légionnaires et l’amour des femmes qui l’empêche de sombrer dans une désillusion totale ou est-ce parce qu’il reste optimiste qu’il connaît toujours ces sentiments ?

J’ai également apprécié la plongée dans le quotidien de la Légion étrangère qui est un corps que je ne connaissais finalement que superficiellement. On découvre la guerre d’Indochine par le regard d’un soldat : ni lui, ni le lecteur n’a toutes les données concernant ce massacre et c’est ce qui contribue au suspense du roman au même titre que les attaques irrégulières et inattendues du Viet-Minh. Jérémie Guez offre, non pas un livre d’histoire, mais un récit très documenté qui nous entraîne encore davantage dans ce contexte militaire.

De plus, je suis comme les soldats de l’époque, le Vietnam est un pays qui m’attire et résonne comme un nom enchanteur en moi. Ce fut donc un voyage (je ne dirais pas agréable puisque semé de morts et d’embûches) au cœur de la forêt indochinoise, de l’Annam au Tonkin.

Pays lointain et exotisme, guerre et femmes, sang et amitié, folie et espoir, la terrible guerre d’Indochine portait en elle les germes d’un roman d’action. L’écriture directe de Jérémie Guez a su s’en emparer pour un roman efficace aux personnages agréablement nuancés.

 Merci à Univers Poche, à Babelio et à Jérémie Guez pour ce livre et l’accueil qu’ils nous ont réservé au cours d’une rencontre aussi sympathique qu’intéressante.

 

« Ce sera une guerre entre un tigre et un éléphant. Si jamais le tigre s’arrête, l’éléphant le transpercera de ses puissantes défenses. Seulement le tigre ne s’arrêtera pas. Il se tapit dans la jungle pendant le jour pour ne sortir que la nuit. Il s’élancera sur l’éléphant et lui arrachera le dos par grands lambeaux, puis il disparaîtra à nouveau dans la jungle obscure. Et lentement l’éléphant mourra d’épuisement et d’hémorragie. Voilà ce que sera la guerre d’Indochine. »
Hô Chi Minh

 « Si nous n’étions pas ici, nous serions ailleurs. Les hommes n’ont besoin que de prétextes pour faire la guerre. Nos enfants se battront aussi, pour les mêmes raisons ou pour d’autres. »

Le dernier tigre rouge, Jérémie Guez. 10/18, coll. Grands Détectives, 2014. 240 pages.

Les mauvaises nouvelles, par Nicola Sirkis (1998)

Mauvaises nouvelles_1 éd.Alors que l’acte 2 du Black City Tour a démarré avant hier à Amnéville, voilà mon avis sur le seul livre écrit par Nicola Sirkis.

Comme beaucoup probablement, j’ai acheté ce livre à cause de l’auteur. Fan d’Indochine, je ne pouvais pas ne pas le lire (pas à sa sortie évidemment puisque j’avais alors cinq ans et que je ne connaissais pas le groupe, bref). Je ne sais pas à quoi je m’attendais, je ne sais plus si j’avais quelques appréhensions. Des chansons, des nouvelles, ce ne sont pas exactement la même chose. Comment allait-il s’en sortir ? Donc beaucoup de curiosité.

Verdict ? Je n’ai pas été déçue ! Mon admiration pour eux a-t-elle influée sur mon avis ? Je ne crois pas car je ne peux pas dire que j’ai été conquise par un autre livre (autre genre, je le reconnais) de Nicola Sirkis, à savoir Les petites notes du Meteor Tour.

La chambre 9, Justine (à l’heure dite), Viêt-nam Glam, Suicidal Tendencies, Le Train, Psychedelic Furs et Je n’embrasse pas comptent parmi mes favorites. On aborde les thèmes de l’adolescence, de la différence, du suicide, de la mort. L’écriture est assez simple et directe, on ne s’appesantit pas sur des détails superflus (en même temps, n’est-ce pas le propre de la nouvelle ?).

L’ambiance est parfois perverse, mais toujours touchante ou émouvante : je n’ai jamais eu l’impression de lire quelque chose de foncièrement glauque. C’est surtout le cas de La chambre 9 et de Justine. D’autres, par exemple China Daily, sont plus légère.

Mauvaises nouvelles

Viêt-nam Glam est assez choc et fonctionne bien. Le héros de Suicidal Tendencies m’a rappelé Holden Caulfield, le personnage principal de L’Attrape-cœurs de Salinger. Psychedelic Furs aborde le sujet de la différence d’une manière assez originale, j’aurais simplement aimé rester avec les protagonistes un peu plus longtemps. Quant à Peep Show, voilà une histoire un peu délirante ! En tout cas, à chaque fois, on nous fait entrer facilement dans l’histoire.

Ce recueil a permis à Nicola Sirkis d’approfondir certaines de ses chansons, comme Je n’embrasse pas, titre à la fois de la chanson et de la nouvelle, histoire un peu floue, un peu rêveuse, également un peu malsaine.

Malgré une écriture incisive, la poésie est toujours présente et on retrouve parfaitement la plume de l’auteur des albums d’Indochine.

A quand un prochain livre ?

Les mauvaises nouvelles, Nicola Sirkis. J’ai Lu, coll. Nouvelle génération, 2007 (1998 pour l’édition originale). 152 pages.

* * *

J’ai (enfin) lu Ravage de Barjavel et une scène m’a fait penser à L’ascenseur sans retour, une nouvelle où le personnage principal s’égare dans des sous-sols obscurs :

« Quelques hommes arrivèrent jusqu’en bas. Mais rien ne marquait le palier du rez-de-chaussée. Ils descendirent dix étages de sous-sols, se trouvèrent à bout de marches, se heurtèrent dans le noir à des machines silencieuses, encore tièdes, promenèrent leurs mains tremblantes sur les aciers immobiles, se perdirent dans les salles de cette usine démesurée, cherchèrent l’escalier pour remonter, ne le trouvèrent plus, tournèrent dans la nuit, appelèrent, n’éveillèrent que d’autres voix perdues et des échos lointains, marchèrent jusqu’à l’épuisement de leur espoir, s’écroulèrent dans quelques coins de ce labyrinthe de ténèbres, éperdus d’étonnement et d’horreur. Ils ne voulaient plus rien tenter, ils ne pouvaient plus. Ils attendaient la lumière ou la mort. »

Y a-t-il un rapport, je n’en sais absolument rien, mais ça a tout de suite fait tilt dans ma tête.