The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), d’A.F. Harrold, illustré par Emily Gravett (2014)

The Imaginary (couverture)Amanda et Rudger sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils vivent chaque jour de nouvelles aventures : grimper des montagnes, explorer des grottes, découvrir des planètes lointaines… Tout cela vient de l’imagination d’Amanda… et Rudger aussi. Personne d’autre que la fillette ne voit Rudger, jusqu’au jour où arrive Mr Bunting. Mr Bunting qui, selon les rumeurs, mange les amis imaginaires.

Avec ce livre, je renoue avec la lecture en anglais et j’y ai pris un immense plaisir, ce qui me poussera peut-être à aller piocher un peu plus souvent dans ma pile de livres en anglais. Il se lit très facilement et j’ai beaucoup apprécié. Je regrette un peu d’avoir laissé ce livre de côté depuis si longtemps (je l’ai depuis avant sa parution en français) simplement parce que je n’étais pas sûre d’être encore capable de lire en anglais.

Première réflexion qui m’a suivie pendant toute ma lecture : il y a du Neil Gaiman dans The Imaginary. Comme dans L’océan au bout du chemin ou Coraline, seuls les enfants peuvent voir les choses cachées du monde comme les imaginaires ou à sentir la malfaisance d’un personnage. Le sinistre Mr Bunting semble parfaitement humain (avec des goûts vestimentaux douteux certes), mais cette apparence humaine cache un monstre et Amanda et Rudger sont les seuls à se méfier instinctivement de lui et de son étrange compagne. Comme dans Coraline, deux mondes se superposent, cohabitant généralement sans trop d’interactions.

The Imaginary est un très beau roman sur l’imagination, l’amitié et les souvenirs, mais aussi sur la perte et l’oubli. Tout bascule pour Rudger lorsqu’Amanda est blessée. Peut-il vivre si personne ne pense à lui, ne croit en lui ? La réponse est non et Rudger, recueilli par une bande d’amis imaginaires, découvre, dans une drôle de scène, une sorte de Pôle Emploi des imaginaires. Si The Imaginary parle souvent de ces souvenirs qui s’effacent petit à petit, cet oubli contre lequel il est difficile de lutter lorsque l’on devient adulte, c’est également une ode à l’amitié indéfectible partagée par Amanda et Rudger. Cette amitié, leur force à tous les deux, est très touchante et apporte un souffle joyeux et tendre à ce roman.

The Imaginary (image)

Avec des personnages sont forts et intéressants psychologiquement et une intrigue bien bâtie, The Imaginary est pas seulement un livre qui fait réfléchir, c’est aussi un roman plein de suspense et d’aventures. Il y a beaucoup de tension dans certaines scènes, comme celle où des coupures d’électricité interrompent une partie de cache-cache avec la babysitter. Comme autrefois face à la fausse mère (Coraline) ou Ursula Monkton (L’océan au bout du chemin), j’ai été totalement prise par l’histoire, impatiente de connaître la suite et la fin et de savoir comment ils se débarrasseraient de l’affreux Mr Bunting.

Les illustrations d’Emily Gravett sont magnifiques et en parfaite harmonie avec le texte. Combinant noir et blanc et couleurs, réel et imaginaire, elles sont très douces et nous embarquent en un clin d’œil dans son univers. Avec son crayon, l’illustratrice nous monde la gentillesse de Rudger, la vivacité d’Amanda, le côté angoissant de l’acolyte de Mr Bunting, l’horreur de la bouche de celui-ci… L’objet est très beau avec sa couverture rigide et c’est un plaisir de s’immerger dans cette histoire.

The Imaginary (image)Un roman à la fois beau et étrange, merveilleux et effrayant, rempli de poésie et d’aventures. Un univers entre le rêve et le cauchemar et un lugubre personnage qui font fortement écho à Neil Gaiman. Quant à moi, j’ai tenté de faire revenir mon ancien ami imaginaire, mais de toute évidence, je fais trop partie des grands et je ne me souviens plus de son apparence, ni de nos aventures, seul son nom me reste (mais je ne sais pas l’écrire !).

The Imaginary (image)

« Rudger is Amanda’s best friend. He doesn’t exist, but nobody’s perfect. »

« Imagination is slippery, Rudger knew that well enough. Memory doesn’t hold it tight, it has trouble enough holding on to the real, remembering the real people who are lost. »

« L’imagination est fuyante, Rudger ne l’ignorait pas. La mémoire peine à la retenir, elle a assez de mal comme ça à s’accrocher au réel, à se souvenir des personnes réelles qui ont disparus. »

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), A.F. Harrold (textes) et Emily Gravett (illustrations). Bloomsbury, 2014. 220 pages.

Et si jamais …?, par Anthony Browne (2013)

Et si jamais..Anthony Browne n’était plus qu’un lointain souvenir d’enfance, celui d’avoir lu et aimé Une histoire à quatre voix.

Cette fois, pas de gorilles dans l’histoire, mais un petit garçon, Joe, invité à la fête d’anniversaire d’un copain. Sur le chemin, il s’inquiète et transmet ses angoisses à sa mère. Et si jamais les autres n’étaient pas gentils ? Et si jamais il ne s’amusait pas ?

Le texte est adapté à des jeunes enfants : court, simple et très facile à comprendre. Cet album exploite le thème de la peur de l’inconnu et des autres. Joe est si anxieux que sa mère, qui a tenté de le rassurer en route, s’alarme à son tour et se pose les mêmes questions. Tout ce qu’il voit devient angoissant. Les maisons sont sombres, lugubres sous le clair de lune. Leurs habitants sont étranges et peu rassurants : un homme avec des antennes d’extraterrestres, un énorme éléphant, une pièce infestée de serpents.

 « Et si jamais il y a PLEIN de monde là-bas ? » L’asociale agoraphobe que je suis se posera toujours cette question. Et finalement, une fois que l’on s’est jeté à l’eau, on s’aperçoit que rien de mauvais ne nous est arrivé. Au contraire.

L’album est construit de la même manière presque tout du long : quatre vignettes avec des phylactères montrant Joe et sa mère, un plan large d’une maison, puis l’intérieur de la maison en question qui s’étale sur une double page. Une succession de fenêtres qui sont autant de tableaux !

Les illustrations font le charme de cet album. On peut trouver mille petits détails sur chaque page : une lune semblable à un alien, une cheminée semblable à un haut-de-forme, un bosquet tête de chat, des garçons évoquant les frères Tweedle d’Alice au pays des merveilles, des peintures rappelant des tableaux connus (mais je n’arrive pas à remettre le doigt dessus…), etc. A vous de trouver les autres !

Merci aux éditions Kaléidoscope et à Babelio pour cette lecture qui m’a donné envie de redécouvrir l’univers à la fois familier et fantastique d’Anthony Browne.

Et si jamais …?, Anthony Browne. Kaléidoscope, 2013 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Elisabeth Duval. 34 pages.

Autre livre d’Anthony Browne : Une histoire à quatre voix