Plus de morts que de vivants, de Guillaume Guéraud (2015)

Plus de morts que de vivantsPlus de morts que de vivants. Une lecture éclair, moins de deux heures. Je suis encore scotchée. Ce sera une critique vraiment à chaud pour le coup.
Mais reprenons.
Vendredi 17 février, veille de vacances, les élèves du collège Rosa Parks de Marseille se rendent en classe sans se douter que leur vie va basculer. Que les craintes adolescentes qui les étreignaient jusqu’alors deviendront ridicules face à la peur inimaginable qu’ils connaîtront bientôt. Qu’en moins de 24 heures, dans les locaux si familiers, ils seront plus de morts que de vivants.
Car un virus inconnu et fulgurant va se propager dans les locaux, n’épargnant ni les élèves, ni les professeurs, ni les médecins ou les pompiers venus les aider. Les symptômes sont multiples, tous plus inventifs et plus horribles les uns que les autres.

Je savais que cette histoire était un huis-clos, que cela avait quelque chose à voir avec un virus, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi… gore. Je pense que cette succession d’artères explosées, d’ongles arrachés, de faces violacées, de corps entassés, de litres de sang jaillissant, etc., peuvent rebuter et déplaire à certains. Mais dans mon cas, ce n’est pas un reproche, j’ai totalement accroché. Pourtant, je déteste les films gore et je ne ressens pas grand-chose devant un film d’horreur. (Mais je doute que l’effet obtenu avec ce livre ne soit le même qu’avec un film.)
Ici, les descriptions sont tellement visuelles que j’ai été vraiment saisie. J’ai vu les victimes s’effondrer devant moi. Les mots sont toujours très évocateurs, très bien choisis. Par-dessus les mots, l’imagination travaille et le résultat est saisissant. On se fout les jetons les yeux exorbités sur son bouquin.
Les premières morts sont violentes certes, mais ce sont celles de la fin qui m’ont le plus marquée car, au fil des pages, on s’attache aux personnages. Et, à l’instar de George R.R. Martin, Guillaume Guéraud n’épargne personne.

Le rythme est dément, l’écriture nous tient en haleine. Deux éléments y participent, amplifient cette frénésie de lecture.
Tout d’abord, les phrases nominales et celles qui sont en fait des successions de phrases courtes, séparées par de virgules. Absence de points sur plusieurs lignes, donc absence de pause dans la lecture. Ce qui fait que l’on ressent parfaitement la rapidité avec laquelle s’enchaînent les événements. On les voit se dérouler sous nos yeux à vitesse grand V.
Ensuite, Guillaume Guéraud utilise souvent des suites de trois verbes, trois adjectifs, trois adverbes. Ces drôles de constructions nous font ressentir les sentiments qui se bousculent sous le crâne des élèves. La peur, la confusion, l’incompréhension, l’incrédulité deviennent plus concrètes, plus prégnantes pour le lecteur.

 « Tous assommés-déboussolés-bouleversés. Sous le choc. Ils n’avaient encore jamais vu la mort frapper aussi violemment. »

« Quelque chose semblait avoir changé dans la cantine. Il mit ça sur le compte des drames de la matinée. Qui chamboulaient-chaviraient-chagrinaient forcément l’ambiance habituelle. »

« La peur inaltérable-inébranlable-indéboulonnable. Qui détruisait les bases du rationnel pour ne creuser que des gouffres. Engloutissant la moindre pensée positive. »

« Peut-être que… Tu parles, il ne s’agissait pas de « peut-être », « peut-être » n’était qu’une façon de dresser une fine cloison entre les certitudes de la réalité et les gouffres de la peur. Il s’agissait de « sûrement-certainement-évidemment. »

La multiplication des points de vue joue également. L’auteur nous fait passer de la tête de Slimane à celle de Matt, de Nico, de Cess, de Lila ou encore de Zak. Tantôt on est dans une classe de 6e, puis de 3e, de 4e ou bien de 5e. De tout côté, simultanément, on voit ce virus indomptable frapper à chaque coin du collège.
Pendant 24 heures, depuis l’arrivée des élèves au bahut, vendredi, dans ce froid mordant jusqu’au lendemain matin, non seulement on connaît l’état d’esprit de plusieurs élèves – états d’esprit par conséquent différents de l’un à l’autre car tous n’ont pas toujours les mêmes réactions –, non seulement on assiste aux multiples manifestations brutales et stupéfiantes du virus, mais on écoute également les conversations de plusieurs adultes : médecins, responsable du pôle « Maladies infectieuses » de l’Hôpital Nord, M. Brieu le proviseur, le Recteur, le capitaine de police présent sur les lieux et ses supérieurs. Le tout est également ponctué de bulletins de France Info qui informent, au compte-goutte et avec beaucoup de retard, de la situation à l’intérieur du collège.

Soutenu par une construction parfaite, Plus de morts que de vivants est un huis-clos haletant, terrifiant. Tout simplement glaçant.

« Aucune menace dans l’air. Juste le froid coupant de février. Qui glaçait les mains. Qui gelait les oreilles jusqu’à les rendre cassantes. Et qui tailladait les poumons à chaque inspiration. »

 « Personne ne connaissait le nom de ce truc-là mais tous l’appelaient « la foudre ». »

« Déjà une centaine de versions différentes traversait la cour à propos des mêmes scènes. Plus ou moins claires. Plus ou moins parcellaires. Plus ou moins aléatoires. Mais tout se recoupait. Rapidement. Et tout s’assemblait. Pièce par pièce. »

 « Les délires, les inventions, les éclats de rire, tout ça disparut. D’un seul coup. En même temps que les hésitations, les incertitudes, les perplexités.
A 10 h 05, dans la cour, pour que tous puissent être sûrs de la gravité de la situation, pour que plus aucun doute ne soit permis, pour que les fondations de la peur s’imposent à chacun, la mort frappa l’un d’entre eux, sous leurs yeux, de façon injustifiable mais irréfutable, implacable et définitive. »

« Un nouveau mot circulait. « Coronavirus. » Un mot effrayant. Aucun élève ne savait ce qu’il signifiait mais ses sonorités carnassières résonnaient avec cruauté. Ce mot contenait pour les survivants davantage de menaces et de douleurs que tout le reste.
Davantage de douleurs dans les respirations et davantage de menaces dans les secondes.
Et davantage de peur. Partout. Davantage de peur. »

« Certains pleurnichaient. Certains grelottaient. Certains déliraient.
Tous sûrs que le monde dont ils avaient l’habitude, le monde qu’il croyait connaître, le monde qui les avait maintenus debout jusque-là, n’existait plus. »

Plus de morts que de vivants, Guillaume Guéraud. Rouergue, coll. Doado noir, 2015. 256 pages.

The Rocky Horror Picture Show, de Jim Sharman et Richard O’Brien, avec Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick… (Etats-Unis, 1975)

The Rocky Horror Picture Show 1Attention, film culte !

Je sais que tout le monde ne sera pas d’accord ; pour certains, ce film est naze, mal joué, etc. Eh bien ! Pour moi comme pour beaucoup d’autres, il est culte.

Brad Majors et Janet Weiss viennent de se fiancer et décident d’aller l’annoncer à leur ex-professeur devenu un ami, Everett V. Scott. Sur la route, par une nuit orageuse, ils crèvent un pneu. Se souvenant avoir dépassé un vieux château, ils décident de s’y rendre afin de téléphoner. Dans ce manoir se déroule le meeting annuel des Transylvaniens. Leur chef, Frank N Furter, les invite à rester la nuit et à assister à son succès : il a découvert le secret de la vie et a créé l’homme parfait (bon, plein de muscles, mais pas de cervelle).

Je reconnais que c’est complètement délirant, que c’est certes kitsch, que les effets spéciaux sont approximatifs (le laser des Transylvaniens est pas mal !), mais c’est justement cela qui fait la saveur de ce film. C’est ce qui fait le charme de cette parodie des films de science-fiction, d’horreur et de série B, charme qui n’existerait pas si les  effets spéciaux étaient dignes des films de science-fiction actuels.

Film plein de références aux films de série B, aux réalisateurs, aux acteurs (Fay Wray, The Invisible Man, George Pal, la société RKO Pictures, etc.), mais aussi à Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.
Film osé – pour l’époque – sur l’homosexualité, la bisexualité.
Film érotique, mais jamais vulgaire.
Film impertinent.
Film inclassable.

Mais le plus important de cette comédie musicale gothique restera toujours la musique évidemment. Géniale. Les premières notes du « Time Warp » donnent envie de danser comme celles de « Hot Patootie » et tant d’autres. Science Fiction/Double Feature, Over at the Frankenstein Place, Don’t Dream it Be it… Elles sont géniales. Et elles restent bien en tête, pendant des heures, voire des jours.

C’est l’un des premiers films de Susan Sarandon, mais, même si elle joue très bien la cruche (« – Hey Janet. – Yes Brad ? » « Oh Brad. »), c’est Tim Curry qui domine le show dans son rôle de « sweet transvestite from Transexual, Transylvania ». Il surpasse tous les autres, Transylvaniens, Terriens et autres créations, dans son rôle de Frank N Furter. Déjanté, sensuel, cruel. Impressionnant, sidérant. Toutes ses expressions, toutes ses mimiques rendent le film délicieux. Il prend aux tripes. On sourit seul face à l’écran, quitte à se sentir idiot. Il est époustouflant.

Il est encore projeté au cinéma (38 ans après sa sortie qui a été un bide) et j’aimerais vraiment assister à l’une de ces projections interactives où une troupe joue le film devant l’écran et où le public participe en venant déguisé et avec divers accessoires (riz, eau, gants, journal…). J’adore cette idée de cinéma où l’on n’est pas passif, mais actif. De plus, l’ambiance doit être autrement plus joyeuse et décontractée que pour les autres films (attention, j’adore le cinéma, m’en prendre plein la vue et les oreilles dans l’obscurité silencieuse de la salle, je n’ai jamais dit le contraire). Etant donné que j’habite en province, cela devra attendre un petit voyage à Paris, ce qui n’est malheureusement pas dans mes projets immédiats.

Ce film est intemporel. Il est immortel.

 En attendant, je vais me le re-re-re-garder !

« I would like, if I may, to take you on a strange journey. »

 Une mystérieuse phrase finale :

« And crawling on the planet face, some insects called the human race, lost in time and lost in space and meaning.  »

« Ils rampent à la surface de la Terre, ces insectes qu’on appelle la race humaine, perdus dans le temps et perdus dans l’espace et la signification. »

The Rocky Horror Picture Show 2