Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, d’Hervé Giraud (2016)

Histoire du garçon qui courait... (couverture)Ils sont trois « comme les trois doigts de la main (de la tortue Ninja) » : le narrateur, sa sœur jumelle Cali et le chien Rubens. Depuis quatorze ans, tout est parfait dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où le chien disparaît alors qu’il court après sa balle. Cela bouleverse l’ordre établi et Cali tombe malade. Seul à la maison, le garçon décide de retrouver son chien, ce qui permettra forcément à sa sœur de guérir.

Un petit roman sur la fatalité et qui, pourtant, ne baisse jamais les bras. Toujours dans la lune, empoté et pourtant totalement déterminé, le garçon a décidé de croire que sa sœur pouvait guérir, qu’il pouvait réparer les choses, faire en sorte que tout redevienne comme avant, et il n’abandonne jamais.
J’ai également beaucoup apprécié la manière dont la maladie de Cali et le séjour prolongé à l’hôpital sont évoqués. On est loin des histoires un peu larmoyantes et grandiloquentes sur tous ces enfants malades (littérature que je n’apprécie pas plus que ça). Le point de vue est décalé, mais Cali n’est pas oubliée pour autant. Au contraire, on sent qu’elle est toujours là, dans la tête, dans les gestes et dans les actions du garçon.

L’écriture est belle, poétique, imagée. Hervé Giraud joue avec les mots, les phrases coulent comme une rivière et nous emportent au fil des pages. Le garçon nous offre sa perception de l’histoire, tout en innocence et en croyances mathématiques. Et finalement, pour un roman sur les malheurs qui peuvent nous tomber dessus à tout moment, il recèle beaucoup d’humour et d’instants de tendresse qui font sourire.

Une seule chose m’a gênée : le temps. L’histoire se déroule sur six mois. Six mois que Cali passe à l’hôpital, six mois pendant lesquels le garçon cherche Rubens. Au cours de sa quête, il rencontre plusieurs personnages qui lui indiquent la route prise par le fugueur, mais je n’ai pas compris pourquoi il ne poursuivait jamais son chemin après avoir reçu une nouvelle indication. A chaque fois, il refait marche arrière pour repartir plus tard. J’ai bien compris le côté symbolique de cette quête, mais cette temporalité un peu étrange m’a dérangée pour ce qui est de l’histoire, de la narration pure.

Un magnifique roman, sensible sans jamais tomber dans le pathos, touchant et décalé, émouvant dans sa simplicité.

« Et puis quoi ? Oui, je prends racine, Cali, le chien et moi, on est solides comme l’arbre, on n’est qu’un, une seule cellule, je suis les freins, elle est le moteur, lui le carburant, mais nous voici en panne et seule une tornade tropicale pourrait faire bouger nos branches. »

« Les chaussons disparus, les maladies ou les chiens qui se perdent sont autant d’accidents qui tournoient autour de nous et potentiellement peuvent nous atteindre. On a beau marcher courbé au fond de la tranchée, porter des gilets pare-balle ou rester enfermé en faisant des prières ou des opérations mentales et mathématiques, le risque existe et il vient nous chercher là où il l’a décidé. »

Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle, Hervé Giraud. Thierry Magnier, 2016. 122 pages.

Les évadés du bocal, de Bruno Lonchampt (2016)

Les évadés du bocal (couverture)Sandro, Yves et Lisa s’échappent de l’hôpital psychiatrique du Valcone pour dénoncer une terrible machination orchestrée par le psychiatre responsable, le docteur Martinovic. Certes, tout – leur passé, leurs médocs, leurs folies… – pousse à croire que tout cela n’est qu’une blague, mais… s’ils avaient raison ?

Nous plonger dans la tête d’un paranoïaque, d’un schizophrène, d’une dépressive complètement délurée ? Pari réussi pour Bruno Lonchampt. Il nous plonge aussi dans l’incertitude : délire ou clairvoyance ? Nous ne le saurons pas. Mais en les suivant dans leur extravagante cavalcade, ce qu’on découvre surtout, c’est que le complot qu’ils imaginent pourrait tout à fait exister dans ce monde capitaliste où tout se monnaie, où les riches sont trop riches et peuvent se permettre d’écraser les autres en toute impunité. Quelle crédibilité accorde-t-on à des aliénés dans ce contexte ?

Encore une fois avec la collection Exprim’, je découvre une plume originale. Il y a beaucoup d’humour dans l’écriture, plus que dans les situations d’ailleurs. Le texte est très rythmé, dynamique, musical, ponctué par des textes poétiques et très engagés d’un graffeur nommé Messiah.

Sous une apparence complètement déjantée, Les évadés du bocal est un roman plus engagé qu’il n’y paraît contre « les psychopathes du capitalisme, les tarés de la mondialisation ».

« Ici, c’est l’hôpital psychiatrique du Valcone, un grand complexe spécialisé dans les barjos en tout genre : une dizaine de pavillons, un parc, un petit bois pour se perdre un quart d’heure, un bar sans alcool histoire de narguer les adeptes des tournées de pression, et même quelques biches dans un enclos, si l’envie en prenait certains d’en apprendre un peu plus sur la maman de Bambi. Il y a aussi un grillage d’environ trois mètres qui fait le tour de l’ensemble, et une patrouille de sécurité pour rappeler aux rares patients qui ne l’auraient pas compris que Valcone n’est pas un club de vacances. »

Les évadés du bocal, Bruno Lonchampt. Sarbacane, coll. Exprim’, 2016. 173 pages.

Tout plutôt qu’être moi, de Ned Vizzini (2015)

Tout plutôt qu'être moi (couverture)Le jour où Craig Gilner, 15 ans, réussit l’examen d’admission pour l’Executive Pre-Professional, une prépa aussi prestigieuse qu’exigeante, c’est le début d’une longue dépression. Des « vélos » se mettent à tourner et tourner dans sa tête, rabâchant les mêmes pensées noires, pessimistes, sur son avenir, son intelligence, son travail. Quand les « vélos » tournent, impossible de se lever et les « tentacules » apparaissent, des tâches qu’il doit accomplir, mais qu’il laisse s’accumuler jusqu’à être étouffé par toutes ces « tentacules ». A quelle « ancre », à quel soutien se raccrocher ? Son pote Aaron et les soirées passées à fumer de l’herbe ? La copine de celui-ci, la belle Nia ? Sa famille, toujours derrière lui, prête à le soutenir ? Cela ne suffit pas et, un soir, Craig se fait interner volontairement dans la section psychiatrique de l’hôpital voisin.

Tout plutôt qu’être moi aborde le sujet délicat de la dépression adolescente avec beaucoup de délicatesse. Il s’agit d’un sujet actuel et l’auteur n’en rajoute pas des tonnes. Craig est un ado lambda, il n’est pas maltraité, il n’est pas orphelin, il n’a pas une histoire à faire pleurer dans les chaumières. Et pourtant, un jour, il craque.
Il faut dire que Ned Vizzini connaît son sujet puisqu’il a longtemps lutté contre la dépression et a lui-même effectué un séjour en HP. Malheureusement, cela n’a pas suffi et il s’est suicidé à l’âge de 32 ans. Difficile, sachant cela, de ne pas voir Craig comme un alter ego de l’auteur.
Précision : ce n’est pas un roman déprimant. J’en ai d’ailleurs été quelque peu surprise : je pensais que les idées noires de Craig assombriraient davantage le ton du roman. L’auteur a-t-il « minimisé » la souffrance à certains moments pour insister sur les meilleurs instants ?
De plus, la première partie du roman, où l’on voit Craig sombrer, est la plus dure à mon goût. Dès lors qu’il rentre à l’hôpital, les choses s’améliorent pour lui, donc le ton du roman change et les pensées de Craig prennent une nouvelle tournure.
Joue également le fait que, si Craig a parfois envie de mourir, il a surtout une immense envie de vivre. C’est pour cela qu’il va de lui-même passer une semaine dans un service psychiatrique à la recherche du déclic qui lui permettrait d’avancer plus tranquillement dans la vie.

Craig est un personnage très attachant. Il m’a touchée par son courage, par la détresse qu’il exprimait parfois, par son humour quelque peu sarcastique, par son ouverture aux autres, par sa gentillesse envers les autres patients. Nous le voyons évoluer, combattre ses démons (ses « tentacules »), analyser sa situation, réfléchir aux raisons de sa dépression, à ce qui l’a conduit à se faire interner. Il prend conscience de ce qu’il désire vraiment, de ce qui compte. Il apprend à regarder le monde avec un nouveau regard. Il se lie d’amitié avec de nouvelles personnes. On a vraiment envie qu’il s’en sorte.
J’ai également adoré les portraits des autres patients de l’hôpital psychiatrique, chacun étant auréolé d’une folie douce. Il y a beaucoup de solidarité entre eux et Craig va s’attacher à eux. Cela donne lieu à des moments très tendres, voire parfois très drôles.

Il est très facile de se retrouver dans Craig. Les doutes, les craintes, les espoirs qu’il exprime sont ceux de la majorité des adolescents et je pense que bon nombre de lecteurs se reconnaîtront dans ses mots (sans forcément être allés jusqu’à la dépression).

Un très beau roman, touchant, juste, sans pathos, avec une histoire qui peut parler à chacun, adolescents comme adultes.

« Qui n’a jamais pensé au suicide étant gosse ? Comment peut-on grandir dans ce monde et ne pas y penser une seule fois ? »

« Ah, oui, Dieu. Je l’avais oublié, celui-là. Ma mère est persuadée qu’il va jouer un rôle clé dans ma guérison. De mon point de vue, Dieu n’est rien d’autre qu’un mauvais psy dont la méthode thérapeutique se résume à laisser faire les choses. Tu lui racontes tes problèmes et lui, ta daaa ! il ne fait rien du tout. »

« Les gens d’aujourd’hui sont tous plus ou moins déglingués, tu sais. Je préfère être avec quelqu’un qui a conscience de l’être, plutôt que de côtoyer une personne qui semble parfaite mais qui est … prête à exploser. »

Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini. La belle colère, 2015 (2006 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris. 396 pages.

Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, de Baptiste Beaulieu, lu par Emmanuel Dekoninck (Audiolib, 2015)

Alors voilà (couverture)Comme je le disais au début de ma critique de La déesse des petites victoires, mon second coup de cœur de ces derniers jours a été Alors voilà : les 1001 vies des Urgences de Baptiste Beaulieu.
Baptiste Beaulieu, diplômé en médecine, tient depuis 2012 un blog également intitulé « Alors voilà » que je ne peux que vous conseiller. Son but : réconcilier les patients et ceux qui les soignent, ne pas oublier que les corps malades ont un cœur, un esprit, des sentiments et qu’il ne s’agit pas uniquement de viande.
Pendant sept jours, le lecteur suit les journées d’un jeune interne d’une vingtaine d’années qui raconte d’autres souvenirs mémorables à une patiente en fin de vie de la chambre 7, la « femme-oiseau », qui veut entendre ses histoires. Les cas sont évidemment multiples, variés et on touche à toutes les parties du corps.

A travers ces tranches de vie en milieu hospitalier, il trace également le portrait de ses chefs, des autres internes, leur donne la parole pour qu’ils puissent évoquer leurs propres anecdotes. Il évoque des sujets tabous comme l’argent et ce qu’il apporte. Il évoque enfin, dans une moindre mesure, la vie en dehors de l’hôpital.

Les histoires sont tour à tour tendres, drôles, tristes. C’est ce qui m’a touchée dans ce roman : cette profusion de sentiments que l’auteur transmet à son lecteur. Les personnages ont tous leurs forces et leurs faiblesses, des qualités et des défauts, comme tout humain. On suit un médecin (un futur médecin) qui a la vocation chevillée au corps et qui aime ce qu’il fait, mais qui parfois ne supporte plus ses patients parce que lui aussi est humain. Un médecin qui ressent de la joie, de la tristesse quand un patient décède, mais aussi parfois de l’impuissance. De l’impuissance notamment face à certains cas tragiques qui reviennent trop souvent aux Urgences : les tentatives de suicide à répétition, les femmes battues qui refusent de porter plainte, de quitter leur conjoint violent… Ces récits sont écrits avec une grande sensibilité, avec énormément de respect, mais sans apitoiement.

La lecture est superbe, j’ai découvert ce lecteur avec bonheur. Il a une voix simple et douce, très agréable à écouter. Il rend le texte vivant, notamment en modifiant son timbre avec subtilité pour incarner les différents personnages, qu’ils soient masculins ou féminins
Le livre audio a par ailleurs remporté le prix Lire dans le Noir, catégorie Document, en 2015.

Ce récit du quotidien, basé sur des faits bien réels, vécus par l’auteur ou d’autres internes ou médecins, constitue un roman très émouvant sur l’humain et sur cette fourmilière que sont les Urgences.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Audiolib : le début du roman.

Pour en savoir plus sur ce titre, voilà l’explication sur le site de Baptiste Beaulieu : « Le secret de pourquoi « Alors voilà » ».

« Les femmes battues sont comme la mer. Il y a le flux et le reflux. Elles viennent, repartent, reviendront encore, la plupart échouent à couper les liens qui les retiennent prisonnières de leur tortionnaire.
Pourquoi?
Par amour, oui, on peut aimer un monstre quand il s’embusque sous le masque banal du quotidien. Par peur, très souvent. Par dévotion : « Il y a les enfants et ils vivent encore à la maison. » Par espoir : « Il changera, il reviendra celui dont je suis tombée amoureuse. » Par empathie : « Il est malheureux. » Par dévalorisation : « Je ne suis rien. »
Les femmes battues sont comme des vagues : elles se brisent chez nous et repartent avalées par le ressac des conventions et des obligations. Parfois, elles ne reviennent pas :
1 – elles ont, enfin, brisé leurs digues et pris le large. C’est bien ;
2 – ou elles se sont échouées sur les rochers et sont devenues écume de mer, comme la sirène du conte. »

Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, Baptiste Beaulieu, lu par Emmanuel Dekoninck. Audiolib, 2015 (Fayard, 2013, pour l’édition papier). 6h44, texte intégral.

J’ai également lu son second livre, Alors vous ne serez plus jamais triste… sans le même enthousiasme malheureusement.

La Mort est une femme comme les autres, de Marie Pavlenko (2015)

La Mort est une femme comme les autres (couverture)Emm fauche les humains les uns après les autres, jour et nuit, sur tous les continents. Autant dire qu’elle abat un sacré boulot. Mais un jour, elle craque. Elle ne peut plus bouger, elle ne veut plus accomplir ce travail millénaire. C’est le burn out. Sur Terre, le résultat n’est pas vraiment la vie éternelle dont rêvaient les humains car la douleur est toujours là. Les hôpitaux sont surpeuplés : certains ont les organes dehors tandis que les maladies continuent de ronger et d’affaiblir leurs organismes.
Emm, poussée par sa Faux, sort arpenter la ville. Elle rencontre Suzie et Anatole. La première est atteinte d’un cancer du pancréas incurable, le second est un médecin des soins palliatifs débordé, harcelé par sa mère, qui tombe amoureux de Suzie au premier regard. Elle croise également la route de Germain Toluelle, le voisin de Suzie, 87 ans, qui lui fait découvrir le plaisir des premières fois.

La Mort est une femme comme les autres est un texte très court qui se dévore littéralement. J’ai adoré les personnages imaginés par Marie Pavlenko. Emm, parfois cruelle, parfois touchante, toujours décalée. La Faux, bavarde et cynique, un véritable prolongement de la Mort. Suzie, forte et fragile à la fois. Anatole Paladru, pas très courageux, pas très aimable envers cette Emm décidément trop étrange. Le vieux Germain, partagé entre sa sensation de devoir partir et son talent pour apprécier tous les petits bonheurs de la vie. Il y a peu de personnages, mais ils ont une réelle profondeur, ils ont des qualités et des défauts, comme tout le monde, et on peut facilement se sentir proche d’eux, les comprendre, compatir…

Je me suis beaucoup amusée en découvrant les situations tarabiscotées dans lesquelles se retrouve Emm. La Mort chez le psy, la Mort donnant la vie à l’hôpital… J’aurais aimé qu’il y en ait plus, mais cela aurait peut-être fait naître des longueurs dans le récit et une certaine lassitude.
A ces scènes un peu folles sont entremêlées des réflexions d’Emm : sur la mort, sur la société, sur la mesquinerie et les supplications geignardes des humains, mais aussi sur la vie maintenant qu’elle l’expérimente au côté des humains, sur les petits plaisirs, sur les moments de gentillesse… C’est une comédie, mais une comédie très bien construite, très intelligente. Et vous, voudriez-vous être immortel si vous le pouviez ? La vie ne vaut-elle pas la peine d’être vécue parce qu’elle est courte ?

L’humour peut ne pas plaire à tout le monde, mais il correspond plutôt bien au mien. J’ai vraiment aimé le côté sarcastique de la Faux (que j’adore en fait). L’écriture est très fluide avec un langage courant et de belles métaphores, les pages se tournent toutes seules.
La fin peut paraître un peu téléphonée, mais elle est bien amenée, donc je n’ai pas de reproches à lui faire.

193 pages survoltées, pleines de plaisir, d’humour noir, de folie, qui fait réfléchir sur la mort, mais surtout sur la vie.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Pygmalion pour ce livre et l’excellente rencontre qui a suivi.

« C’est la meilleure de l’année ! Moi, cruelle ? Ils me supplient tout le temps de les épargner, et maintenant que je m’exécute, ça ne va toujours pas ! Ils ne sont jamais contents, jamais contents ! »

« Emm avait du mal à comprendre Suzie, mas elle essayait. L’humanité trimait depuis sa naissance. La souffrance était son lot. Et la mort, la cerise sur le gâteau. Elles étaient inévitables. Pourquoi les redouter ? »

« (…) on ne doit pas avoir peur de mourir car nous sommes des étincelles. Quand nous naissons, nous sommes déjà morts à l’échelle de la planète. Une fraction de seconde, voilà ce qu’est l’homme. »

« Ce qui est bien dans la vie, c’est de ne pas se lasser. Des premières fois, on peut en avoir jusqu’au dernier jour ! »

« Mourir, c’est la fin. Le monde continue de tourner, sans nous. C’est être exclu du monde, renoncer aux chemins que nous n’avons pas eu le temps d’emprunter. Il y a cette idée de gâchis. On voudrait s’accomplir et être heureux mais on se dissout dans le quotidien, on se laisse dévorer par un travail chiant, des soucis sans intérêt, et au final, on passe à côté de notre vie. Enfant, elle est illimitée, potentiellement multiple. Elle ressemble à un chêne millénaire, imposant, touffu. Puis on grandit, on se confronte à des choix, et l’arbre se rabougrit. Un jour, on est vieux et on se rend compte que le chêne s’est transformé en ficus nain. »

La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015. 192 pages.