Le Hobbit, de J.R.R. Tolkien (1937)

Le Hobbit (couverture)« Au fond d’un trou vivait un hobbit. » Qui ne connaît pas ces mots ? Qui ne connaît pas cette histoire ? Mais résumons tout de même.
C’est donc l’histoire de ce hobbit, Bilbo (Baggins en VO, Sacquet pour la première traduction, Bessac pour la nouvelle, restons donc sur Bilbo, on le connaîtra rapidement suffisamment bien pour l’appeler par son prénom), embarqué dans une aventure de cambriolage par douze nains et un célèbre magicien. Objectif du périple : récupérer le trésor des nains gardé par le dragon Smaug au cœur de la Montagne Solitaire. Mais le chemin est bien long et périlleux et notre hobbit aura bien des occasions de regretter son trou.

Lentement mais sûrement, je poursuis mon voyage à travers la Terre du Milieu. Après Le Seigneur des Anneaux, J.R.R. Tolkien : une biographie et Le Silmarillion, me voilà refermant Le Hobbit. Avec un petit pincement au cœur, je l’avoue. Quitter ce monde et ces personnages – surtout ces derniers d’ailleurs car je sais que je retrouverai cet univers au travers des autres œuvres de Tolkien – m’attriste, ils me manquent déjà. Ce n’était pas ma première lecture de ce texte : par deux fois, j’ai lu sa première traduction assurée par Francis Ledoux, puis j’avais écouté la version audio lue par Dominique Pinon, et j’ai cette année découvert la nouvelle traduction de Daniel Lauzon. Et je ne sais si c’est parce que je suis immergée dans ce monde depuis le mois d’août, si c’est lié au travail du traducteur ou si c’est parce que le livre a été magnifié par des films plutôt raté (surtout le troisième, mais ne me lancez pas dessus), mais je n’ai jamais autant apprécié ma lecture que cette année.

Il est toujours difficile de se lancer dans une chronique d’un tel classique et je ne prétends pas apporter quoi que ce soit à l’édifice d’encensement de l’œuvre de Tolkien. D’autant que je ne vais pas faire dans l’originalité : j’ai adoré cette aventure extraordinaire. A l’origine destiné à la jeunesse, c’est un récit plus court, plus humoristique et plus léger que Le Seigneur des Anneaux certes, mais pas moins captivant.

Bilbo est un héros involontaire et il n’est pas chargé comme Frodon d’une lourde mission qui lui pèse chaque jour, ce qui donne à son voyage une touche plus guillerette. Ce qui ne l’empêche pas de connaître de nombreux doutes, à commencer par des aspirations contradictoires : connaître des aventures, le monde et les elfes d’une part, rester dans sa chère Comté pour y poursuivre sa vie sans rien d’inhabituel d’autre part. C’est un petit bonhomme qui se dépasse sans cesse, montrant plus de ruse, de sagesse et de résistance que les autres personnages. Bref, Bilbo est un héros terriblement attachant (plus que son neveu).
On y rencontre de nombreux personnages, certains connus, d’autres nouveaux : Gollum (la fameuse rencontre et son concours d’énigmes !), Elrond, Beorn, les Aigles, le Roi des Elfes sylvains, Smaug… et les nains bien sûr. Bien que je ne sois pas souvent d’accord avec les désirs des nains – de l’or, de l’or, de l’or, et des pierres précieuses –, cette troupe est tout de même sympathique. Je regrette cependant que les nains soient relativement interchangeables : il y a Thorin – un Thorin un peu plus supportable que celui des films (auquel je collerais des baffes avec plaisir) –, Bombur éventuellement et les onze autres nains. C’est le seul bon point pour les films, dans une comparaison entre le livre et l’adaptation, qui ont su proposer des personnalités diverses, rapidement identifiables et touchantes.
Tolkien rend chaque rencontre inoubliable : la sagesse majestueuse d’Elrond (je me suis d’ailleurs aperçue que, alors que je dessine ma propre version des autres personnages, ce dernier est totalement indissociable du visage d’Hugo Weaving), la sournoiserie de Gollum, la jovialité et la puissance de Beorn, le rougeoiement de Smaug… Malgré la petitesse du livre – 400 pages – l’auteur parvient à donner un aperçu de la vie, des habitudes et des pensées qui animent chaque peuple, chaque créature. Chaque page approfondit un peu plus sa mythologie.

C’est une fois encore l’occasion d’un fabuleux voyage à travers des paysages à couper le souffle. La plume de Tolkien esquisse avec précision et moult détails évocateurs les montagnes, les plaines désolées, les galeries sombres des gobelins, la forêt étouffante et, pour ouvrir le récit, le si douillet trou de hobbit de Bilbo.
L’action est précise et rapide, Tolkien va droit au but et chaque chapitre se lit comme une aventure à part entière. Episode après épisode, de danger en danger en passant par quelques passages de douceur salvatrice, le roman se dévore comme un feuilleton. Rien à dire, c’est terriblement efficace.

Mille images viennent en tête lors de la lecture de ce roman. Le Hobbit est un récit plus accessible – moins de descriptions, moins de solennité – que Le Seigneur des Anneaux, mais tout aussi entraînant. Si ce dernier reste inégalé à mes yeux, ça n’en ai pas moins un roman fantastique qui se déguste avec plaisir. Voyage initiatique, récit d’aventure, roman de fantasy qui parle de courage, d’amitié et de dépassement de soi, c’est un superbe petit livre qui mérite son titre de classique.

« Une soudaine empathie, de la pitié mêlée d’horreur, surgit dans le cœur de Bilbo : un aperçu des jours interminables et indifférenciables, sans lumière et sans espoir, faits de pierre dure, de poisson froid, de sournoiseries et de murmures. Toutes ces images lui traversèrent l’esprit en un éclair. Il trembla. Puis soudain, le temps d’un autre éclair, un nouveau courage s’éleva en lui, et il sauta. »

« C’est alors que Bilbo s’arrêta. Continuer d’avancer, faire un pas de plus dans ce tunnel est la chose la plus brave qu’il ait jamais faite. Les événements extraordinaires qui suivirent ne représentent rien, comparativement. La vraie bataille, il l’a livrée seul, à cet endroit, avant même de poser les yeux sur le formidable danger qui l’attendait. »

« Si nous étions plus nombreux à célébrer la bonne chère, les chants et les réjouissances, plutôt que l’or amassé, ce monde en serait plus joyeux. »

Le Hobbit, J.R.R. Tolkien. Le Livre de Poche, 2015 (1937 pour l’édition originale. Christian Bourgois, 1969, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Daniel Lauzon. 403 pages.

Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson, avec Martin Freeman, Benedict Cumberbatch, Ian McKellen… (Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, 2014)

Le Hobbit 3 4 Smaug et BardAprès toutes ces bonnes critiques, je voulais quand même râler un peu contre LE blockbuster de la fin d’année 2014, à savoir l’immanquable Hobbit. Autant j’ai aimé les deux premiers, Un voyage inattendu et La Désolation de Smaug, autant le troisième, La Bataille des Cinq Armées, m’a ennuyée pendant deux heures et demie.

Première déception : voir Smaug écarté en cinq minutes. Smaug était la star des deux premiers volets. Objet de la quête, on le fantasmait dans Un voyage inattendu, on l’a partiellement découvert avant la sortie de La Désolation de Smaug dans lequel on le découvrait enfin dans toute sa puissance, sa majesté, sa grandeur et sa terreur. Les mimiques et la voix de Benedict Cumberbatch en ont fait bien plus qu’un simple lézard de synthèse, c’était un personnage à part entière. Avec Bilbo, c’était le personnage qui m’intéressait et m’importait le plus. Et là, il meurt – comme prévu, certes – au bout de cinq minutes. On a un peu l’impression d’avoir été manipulés. Ces cinq minutes auraient très bien pu trouver leur place à la fin du deux. Différence minime entre 161 ou 166 minutes de film. Mais ces millions de spectateurs – dont je fais partie – seraient-ils allés voir le trois s’ils n’avaient pas la curiosité de savoir comment Smaug allait se débrouiller, quels ravages il allait causer ? J’en doute.

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Donc voilà, Smaug meurt. Que se passe-t-il pendant les innombrables minutes restantes ?

Thorin (Richard Armitage) est de plus en plus casse-bonbon. Ses retournements intérieurs, que ce soit sa folie ou son retour à la raison, sont tellement rapides qu’ils sont improbables à mes yeux. Sa mort, cheveux au vent dans le soleil couchant, est d’un convenu affligeant tout comme la « résurrection » d’Azog après sa mort par noyade.

Legolas (Orlando Bloom), toujours avec ses drôles d’yeux flippants, est exaspérant et devrait se prendre une baffe à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Et je suis d’accord, les Elfes sont puissants, terriblement agiles, mais… sauter sur des rochers qui s’effondrent comme sur des marches d’escalier, ce n’est pas un peu too much ?

Tauriel (Evangeline Lilly) et Kili (Aidan Turner) sont à vomir. Les longs plans sur leurs visages larmoyants sont à mourir de rire. Tauriel, dont j’avais salué l’apparition, personnage féminin libre et fort, me déçoit depuis qu’elle est tombé amoureuse de ce nain, certes très sympathique, mais tout de même. Pourquoi tout personnage féminin doit être protagoniste d’une histoire d’amour et, si possible, d’un triangle amoureux ? Dès le moment où elle rencontre Kili, son seul but est de sauver Kili. Elfe sylvestre, la voilà aussi libre qu’un Elfe de maison… Et l’interprétation d’Evangeline Lilly laisse vraiment à désirer. Beaucoup de mimiques, beaucoup de fausseté, je n’ai pas cru une seule seconde ni à son amour, ni à sa douleur.

Alfrid (Ryan Gage), le serviteur du maître de Lacville, avide et peureux, n’est qu’une pâle copie de Grima « Langue-de-Serpent » (Brad Dourif) dans la trilogie du Seigneur des Anneaux et ne fait pas rire alors que c’est bien la seule raison de sa présence. Le duel entre Galadriel (Cate Blanchett) et le Nécromancien/Sauron (voix de Benedict Cumberbatch) est très exagéré avec des effets spéciaux ridicules. Gandalf (Ian McKellen) est bien gentil, mais qu’est-ce qu’il apporte dans ce film ?

Heureusement que Martin Freeman est là. Malgré ses pieds de plus en plus énormes, Bilbo est le seul que j’ai eu plaisir à voir, le seul qui m’a réellement convaincue. Malgré sa relative inutilité dans cet opus, sa bouille suffit à me fait plaisir. Et son mélange d’intelligence et de gaucherie me séduit depuis Un voyage inattendu.

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La Bataille des Cinq Armées porte bien son titre. Ce n’est qu’une interminable bataille. Le spectateur voyageait à travers des paysages majestueux dans les premiers, le voilà sur un champ de guerre boueux et inesthétique. Les décors n’ont aucun intérêt. Champ de bataille parcouru par des créatures immondes dont la présence m’a laissée perplexe : pourquoi les « mange-terre » qui apparaissent trente secondes et qui n’apportent rien ? Cela me rappelle les cochons de combat des nains : était-ce une obligation de leur fournir des montures aussi risibles ?

La poésie du début de la trilogie ? L’humour ? Disparus, enterrés.

A la place des plans ampoulés et des paroles vides. A mille reprises, le spectateur est sans doute censé se trouver pris aux tripes, les larmes aux yeux, par la profondeur des phrases lancées d’un air inspiré et sage par tous les personnages, mais j’ai simplement été partagée entre un long bâillement et un éclat de rire devant leur vacuité et leur pathétisme.

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J’ai beaucoup ri devant un résumé trouvé dans le magazine Illimité si je ne me trompe pas. Je vous le donne :

« Et si le dragon Smaug était le cœur qui fait battre la trilogie du Hobbit [sans aucun doute… dans les deux premiers films, jusqu’à son éviction impitoyable dans les cinq minutes introduisant le troisième], à la manière de son cousin Gollum devenu plus mythique que Frodon [heureusement…] ? Dans ce cas, La Bataille des Cinq Armées, centré sur sa terrible vengeance [avez-vous vu le film ?], est sans conteste le film le plus excitant de la saga [dans quelle langue répétition, ennui et platitude sont-ils synonyme d’excitation ?], vouée à s’éteindre avec lui [et on oubliera cette fin]. »

Un film de bourrins, sans poésie, sans subtilité, sans intérêt. La pire fin possible pour la trilogie du Hobbit. A oublier. A enterrer.

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