Dix petits nègres & Dix

Dix personnes, une île déserte, des accusations et des meurtres, ça vous dit quelque chose ? Dans cet article, je vous invite de partir sur cette île peu à peu transformée en tombeau pour une justice assénée de manière bien originale à travers deux romans : l’original évidemment, Dix petits nègres, le classique signé Agatha Christie, et une version récente – et française – à savoir Dix de Marine Carteron

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Dix petits nègres, d’Agatha Christie (1939)

Dix petits nègresDix personnes – trois femmes et sept hommes – réunis sur une île étrange par un couple tout aussi mystérieux. Un enregistrement les accusant d’avoir commis un ou des meurtres. Une funeste comptine qu’un assassin invisible semble suivre pour les supprimer un à un.

Dix petits nègres est indubitablement l’un des titres les plus connus de la reine du crime et incontestablement l’un des plus aboutis. Il s’agissait pour d’une relecture en vue de découvrir le dernier titre de Marine Carteron intitulé Dix.

Forcément, l’effet de surprise n’est pas le même lorsqu’on connaît la fin. Bien que ma lecture remonte à plus de dix ans, je n’ai jamais oublié ni les crimes, ni le coupable tant l’histoire m’avait marquée – à l’instar du Crime de l’Orient-Express, Mort sur le Nil ou Le meurtre de Roger Ackroyd. La lecture perd un peu de son charme, mais j’ai pris plaisir à chercher tous les indices pouvant nous mettre sur la piste de la mystification. Cela m’a confirmé que ces derniers sont si subtils qu’il m’était impensable de découvrir le mystère à ma première lecture.
C’est un récit très efficace qui se laisse lire très rapidement. Les événements s’enchaînent sans temps mort tandis que la succession de chapitres courts et les changements de points de vue – puisque nous passons incessamment d’un personnage à l’autre – empêchent de décrocher de l’intrigue.
L’ambiance est savoureuse : île déserte battue par les vents et les embruns, invités à la conscience peu légère à la fois suspects et détectives dans un jeu macabre et crimes soigneusement mis en scène sur fond de chansonnette enfantine. Que demander de plus ?

Bref, pas étonnant que ce roman soit devenu un incontournable du genre tant il est réjouissant à lire, tant il est agréable de se laisser dupée pour avoir la surprise de découvrir dans les dernières pages seulement le fin mot de cette histoire

« Une île, ça avait quelque chose de magique ; le mot seul frappait l’imagination. On perdait contact avec son univers quotidien – une île, c’était un monde en soi. Un monde dont on risquait parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir. »

Dix petits nègres, Agatha Christie. Le Livre de poche, 1997 (1939 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Gérard de Chergé. 222 pages.

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Dix, de Marine Carteron (2019)

Dix (couverture)Dix personnes – sept adolescents et trois adultes – réunis sur une île pour une émission de télé réalité. Sauf que le jeu n’est pas tout à fait celui auquel ils s’attendaient.

J’avais très envie de lire ce livre car Marine Carteron est l’autrice des géniaux Autodafeurs et Génération K, ce qui me semblait très prometteur. Cependant, j’étais malgré tout dubitative du fait de l’histoire très inspirée d’un autre livre. Si la quatrième de couverture parle d’un « clin d’œil sanglant à la reine du roman noir », je trouve qu’il s’agit ici de bien plus qu’un simple clin d’œil.

Bien que son nom ait été changé – sans surprise –, l’île présente une disposition similaire : falaises abruptes du côté orienté vers la côte ; une tempête vient déjouer l’espoir d’être secourus ; si le manoir est extérieurement ancien, il est entièrement rénové et modernisé comme l’était la maison d’Agatha Christie. Et forcément, l’on sait que toutes les personnes sur l’île sont coupables (sauf que l’une d’entre elles n’est coupable que des meurtres perpétrés dans ce jeu macabre). Certes, les crimes ont évolués pour cette version 2019. La guerre qui avait couvert le général Macarthur, la potence auquel Wargrave était soupçonné d’avoir joué avec un peu trop de légèreté ou le puritanisme de Miss Brent qui avait poussé une jeune servante enceinte hors mariage à se suicider ne sont plus d’actualité. A présent, les « participant·es » sont accusé·es de harcèlement scolaire, de viols et de rumeurs murmurées sur le Web. Les thématiques se sont modernisées pour dénoncer les vices de notre société.
Mais l’idée reste la même. Et sachant cela, identifier le coupable très rapidement n’avait rien de bien sorcier. Non seulement son lien avec une certaine personne décédée n’est jamais évoqué, mais en plus, il n’y a pas vraiment de passage dans sa tête, de moments où nous sommes plongés dans le tourbillon de ses pensées, ce qui, naturellement, le dénoncerait aussitôt. Je me suis demandé si c’était la même chose dans Dix petits nègres, je regrette de ne pas y avoir prêté attention. Connaissant d’avance le coupable, ce détail ne m’a pas choqué alors qu’il m’est apparu comme évident dans Dix. J’avoue que cela m’a un peu déçue de ne pas avoir été étonnée et trompée comme dans l’œuvre d’Agatha Christie : c’était ici un peu trop facile finalement.

En revanche, il y a bel et bien ce que j’appellerais des clins d’œil, mais aux contes et à la mythologie. Chaque invité·e se voit attribuer une chambre décorée sur une histoire bien précise : le Petit Chaperon rouge, le garçon qui criait au loup, Peau d’âne, Icare, Narcisse, Sisyphe, etc. Aimant tant les contes que la mythologie, j’avoue que j’ai beaucoup apprécié cet aspect du récit. Je me suis amusée à tenter de deviner – avant que l’on nous en confie les détails – quel était le lien entre le protagoniste du roman et le héros ou héroïne du conte ou de la mythologie. Car ces derniers font en effet le lien avec leur crime et leur châtiment. C’est morbide, mais assez réjouissant à lire, je dois avouer.

Je suis donc un peu mitigée sur ce roman. D’un côté, c’est un huis-clos efficace, c’est prenant, la lecture est fluide et agréable, les thématiques sont très actuelles, et, comme je l’ai dit, j’ai particulièrement apprécié les références mythologiques et relative aux contes. De l’autre, je trouve le procédé de s’inspirer autant d’une autre œuvre un peu « facile ». Je mets entre guillemets car je ne pense pas que s’inspirer de l’un des chefs-d’œuvre d’Agatha Christie soit particulièrement évident – c’est indubitablement audacieux –, mais en même temps, il me semble que la charpente de l’intrigue est déjà construite et qu’il n’y a qu’un travail de rénovation, de rafraîchissement à faire par-dessus. Sans compter que je m’attendais à me faire avoir d’une aussi belle façon que par son ancêtre anglais et que ça n’a pas vraiment été le cas. Par conséquent, en dépit de ses qualités, je pense qu’il s’agit d’un roman que j’oublierai dans quelques temps à l’inverse du classique qu’est Dix petits nègres.

« Son plan était parfait à l’exception d’une chose : les gens n’étaient pas des pièces d’échec et réagissaient parfois de façon étrange. »

« Rien à part le hurlement d’un infirme qui venait de comprendre que, finalement, il y avait bien pire torture que ne pas savoir.
Le pire, c’était de savoir… et de ne pas pouvoir le prouver. »

Dix, Marine Carteron. Editions du Rouergue, coll. Doado noir, 2019. 302 pages.

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Petite parenthèse qui n’a rien à voir avec l’article ci-dessus. Il n’y aura pas de bilan mensuel ce mois-ci ; à l’heure où cet article paraît, je suis en plein état lieu avant de migrer vers le sud pour m’installer dans ma nouvelle région. Je ne sais pas quand j’aurai à nouveau internet, donc ne vous étonnez si je ne réponds pas très rapidement à d’éventuels commentaires. (J’ai un autre article programmé, mais le blog risque de tourner au ralenti ces prochaines semaines.) Je vous souhaite un beau mois de mars et vous dis à bientôt !

Rouge, de Pascaline Nolot (2020)

Rouge (couverture)Après le quatrième tome de La Passe-miroir, je sors enfin un autre livre dégoté à Montreuil : Rouge, de Pascaline Nolot qui sort dans deux mois ! (Le 16 avril précisément.) Quelques mots du vendeur (l’éditeur ?) du stand de Gulf Steam ont suffi à nous emballer, mon amie et moi, à l’idée de découvrir ce texte.

Bienvenue à Malombre, un sinistre hameau situé sur le mont Gris et cerné par Bois-Sombre (ça place tout de suite sa petite ambiance…). Venez rencontrer Rouge, une jeune fille haïe par la bourgade toute entière – à l’exception de son ami Liénor. Exécrée pour la rougeur qui colore une partie de son visage, abhorrée pour la boule de chair qui déforme son sourcil, maudite pour les actes de sa mère, la folle qui aurait frayé avec le Mal absolu pour lui donner naissance, amenant sur le village une véritable malédiction. En effet, chaque fille de Malombre est condamnée à rejoindre, à son premier sang, la terrifiante Grand-Mère qui vit au cœur du bois. Seule joie des habitants, Rouge est vouée au même sort…

Nous sommes ici sur une libre réécriture du Petit Chaperon Rouge dont les différents éléments feront leur apparition au fil du récit : la forêt, la Grand-Mère, le panier et la galette que les jeunes filles doivent lui apporter, le loup, Chasseur. Et Rouge évidemment, même si ce n’est pas sa grande capuche noire mais sa peau qui est d’écarlate. Une psyché enchantée complète le décor de conte.
En revanche, ce n’est pas une réécriture particulièrement légère.

Le roman s’ouvre sur un exergue signé Charles Perrault : « Rien au monde, après l’espérance, n’est plus trompeur que l’apparence. » Voilà qui résume à merveille ce récit. Rencontre après rencontre, Rouge découvrira que l’apparence n’est pas un indice de ce qui se cache derrière. Une thématique typique des contes : une figure avenante n’est pas forcément synonyme de bien, une physionomie repoussante n’est pas forcément synonyme de mal. Rouge en est l’incarnation même, mais, en dépit de cela, elle se laissera berner à plusieurs reprises. « Ne pas se fier aux apparences » pourrait être la morale de cette histoire et le dernier chapitre – qui m’a bien eue – est là pour enfoncer le clou.
« Rouge » est le qualificatif parfait pour ce roman de meurtres, viols, traîtrise et incendie. Les personnages sont globalement laids : violents, haineux, fourbes, menteurs, superficiels, avides. Et dangereux. A commencer par les hommes qui s’érigent en juges et prennent leur plaisir comme bon leur semble, aveugles à la souffrance qu’ils causent. Les thématiques sont d’actualité : le viol et le consentement, le harcèlement, la pédophilie… La Grand-Mère évoque même la faune qui change à l’instar du climat !

« On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Entraînent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles
Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux. »

Charles Perrault, morale du Petit Chaperon Rouge

Rouge – la cramoisie, l’écarlate, la rougeaude, l’empourprée… – est victime de la superstition et de l’esprit étroit des paysans (mais l’histoire de la Grand-Mère nous montrera que la situation aurait été de même à la ville). On la croit fille d’un démon, capable d’actes sataniques, et, sans le pacte, voilà longtemps que son corps – à ne toucher sous aucun prétexte – aurait été brûlé ou lapidé. Mauvais coups, injures et humiliations font partie de son quotidien. Elle m’a beaucoup touchée par son courage, son désir d’obtenir coûte que coûte des réponses, son lien avec sa mère jamais connue. Elle qui a longtemps subi, elle s’est malgré tout donné les moyens de survivre en apprenant à lire et à subsister seule. Je ne peux rien en dire évidemment, mais j’ai trouvé son évolution très réussie tout comme l’évocation des sentiments qui l’agitent.

Alternant passé et présent, l’histoire se déroule en moult péripéties et révélations. Les interrogations affluent tant dans l’esprit de Rouge que dans le nôtre, attisées par les indices conférés par les flash-backs. L’on s’inquiète pour elle, ce qu’elle pourrait devenir aussi face aux épreuves qui s’enchaînent. Une seule chose m’a légèrement déçue cependant, un détail que je ne veux pas dévoiler, mais qui concerne la Grand-Mère : disons que je m’attendais à quelque chose d’un peu plus… profond, dirais-je.
L’écriture est magnifiquement soignée, évoquant un texte un peu daté. Le vocabulaire est choisi, peu usuel. La sylve plutôt que la forêt, la chaumine plutôt que la chaumière, la vénusté plutôt que la beauté… Les mots sont des perles délicatement, minutieusement agencées. Je me suis surprise à relire plusieurs passages à haute voix pour en savourer la poésie, la musicalité. En effet, les phrases recèlent fréquemment un rythme et des rimes très agréables à lire et à entendre.

Un texte puissant, aux sujets cruels et actuels. Une belle héroïne. Une langue qui apporte un peu de beauté dans le maelstrom de laideur formé par les événements narrés.

« La personne en elle était morte.
Celle qui pouvait rire, rêver, parler…
L’habitude, l’instinct de l’animal blessé l’avaient poussée jusqu’ici, devant chez cette femme familière, dont sa conscience fracassée ne conservait déjà plus qu’une vague souvenance de l’amitié.
Lisiane n’était plus.
Autre chose.
Elle était cette autre chose qui l’avait remplacée dans sa tête.
Une fêlure faite de répugnance et de souffrance mêlées.
Un terreau idéal pour le Mal. »

« – Dès qu’ils t’ont regardée, les gens ont eu peur de ta différence. Avant cela, pour le même motif, ils avaient tremblé devant ta mère devenue aliénée. Aucune de vous deux ne correspondait aux critères de cette chose contraignante que l’on nomme normalité… Alors ils ont inventé toutes ces histoires à faire peur, ces boniments à propos d’œuvre de Satan et de contagion de couleur, afin de se donner bonne conscience et d’excuser leur haine. Mais rien de tout cela n’est vrai ! Tu as beau renâcler, je suis sûre que dans tes tripes, tu le ressens. Tu le sais ! Et si cela te semble difficile à avaler, rappelle-toi mon histoire. S’il y a bien une chose qu’elle m’a enseignée, c’est que la destinée est une garce patentée… Néanmoins, tu peux te consoler : même sans ta teinte hideuse, les villageois auraient sans doute usé d’une autre allégation pour te rejeter. « La fille de la folle », je parie que c’est un mobile de détestation dont ils se seraient contentés, toute pimpante et diaphane aurais-tu été ! »

« Impossible.
Rouge s’éveilla avec ces mots à la bouche et au cœur. S’était-elle évanouie ? Était-elle tombée dans un sommeil de ténèbres, épuisée par l’horreur et par ses pleurs ? Elle aurait voulu ne jamais émerger de son assoupissement, retourner se blottir entre les bras immatériels d’un Morphée amnésique. Maintenant qu’elle reprenait conscience, elle ne pouvait plus rien occulter. La réalité lui revenait en pleine face, et la nausée au bord des lèvres. »

Rouge, Pascaline Nolot. Editions Gulf Stream, coll. Électrogène, 2020. 311 pages.

Spécial BD et romans graphiques : six nouveautés de l’année 2019 #1

Ce mois-ci, j’ai lu de nombreux romans graphiques sortis cette année (grâce à un petit prix décerné par les bibliothèques de la communauté de communes) et j’y ai fait de très belles découvertes. Je vous propose deux sessions de six « mini-chroniques express » de toutes ces lectures.

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#Nouveau contact, de Bruno Duhamel (2019)

#Nouveau contact (couverture)Lorsque Doug poste sur Twister les photos de l’étrange créature sortie du loch devant chez lui, le phénomène prend aussitôt une ampleur qu’il n’avait pas anticipée. Cette petite virée en Ecosse permet à l’auteur d’aborder de nombreuses thématiques : les abus des réseaux sociaux, le harcèlement, les médias, le sexisme, le piratage informatique, la manipulation des grands groupes, le besoin de reconnaissance, celui de donner son avis sur tout et tout le monde… Car, évidemment, c’est l’escalade et, suite à plusieurs péripéties, chasseurs et écolo, conservateurs et féministes, anarchistes, militaires, scientifiques et journalistes se retrouvent massés devant la bicoque de Doug. Un portrait quelque peu amer de notre société se dessine et la BD se révèle souvent drôle (même si elle fait naître un rire un peu désespéré). Elle illustre de manière plutôt plausible les débordements, les oppositions et les luttes qui se produiraient si un tel événement devait advenir. La fin – que je ne vous révèlerais évidemment pas – sonne particulièrement juste.

Ce n’est pas la bande dessinée de l’année, ni pour l’histoire que pour le graphisme (efficace et expressif, mais pas incroyable), mais elle est néanmoins réussie et agréable à lire.

#Nouveau contact (planche)Le début de l’histoire sur BD Gest’

#Nouveau contact, Bruno Duhamel. Editions Bamboo, coll. Grand Angle, 2019. 67 pages.

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Le patient, de Timothé Le Boucher (2019)

Le patient (couverture)Une nuit, la police arrête une jeune fille couverte de sang et découvre qu’elle laisse derrière elle sa famille massacrée. A une exception, son jeune frère qui sombre dans un coma pour les six prochaines années. A son réveil, il est pris en charge par une psychologue désireuse d’éclaircir cette affaire macabre. Si vous passez souvent par ici, vous avez sans doute remarqué les policiers et autres thrillers sont très rares, ce n’est pas un genre que je lis souvent et encore moins en BD. La plongée dans l’univers de Timothé Le Boucher a donc bousculé mes habitudes.

C’est un thriller psychologique plutôt efficace qui se met en place avec un basculement vers le milieu de l’ouvrage. Cependant, je dois avouer que je m’attendais à un rythme plus effréné et à une atmosphère plus oppressante et à plus de surprises aussi, bref, à un effet plus marqué. C’est le cas par moments mais ça ne reste pas sur la durée. Toutefois, je n’ai pas lâché ce roman graphique assez long avant de connaître le fin mot de l’histoire, embarquée par les thématiques d’identité et de mémoire. Les personnages intriguent, touchent, troublent, inquiètent – en d’autres mots, ils ne laissent pas indifférents. La fin laisse planer un doute que je peux parfois détester, mais que j’ai ici beaucoup apprécié, l’idée qu’on ne saura jamais si ce que l’on croit savoir est la vérité est aussi frustrant que troublant.
Visuellement, derrière cette couverture qui évoque irrésistiblement « Les oiseaux » hitchcockiens se trouve un graphisme réaliste qui, encore une fois, fait le job sans me toucher particulièrement. J’ai glissé sur les planches sans m’arrêter sur la beauté ou la laideur des dessins.

J’ai passé un bon moment, mais je ne partage pas pour autant le coup de cœur ou la révélation ou l’enthousiasme de nombreux lecteurs. (Mais je me dis que je devrais tenter l’ouvrage précédent de Le Boucher Ces jours qui disparaissent.)

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le patient, Timothé Le Boucher. Glénat, coll. 1000 feuilles, 2019. 292 pages.

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Le fils de l’Ursari, de Cyrille Pomès (scénario et dessin) et Isabelle Merlet (couleurs), d’après le roman de Xavier-Laurent Petit (2019)

Le fils de l'ursari (couverture)J’ai souvent croisé le chemin du roman de Xavier-Laurent Petit que ce soit en librairie, en bibliothèque ou autre, mais je ne l’ai jamais lu. J’ignorais même quel en était le sujet. La BD fut donc une entière découverte.

L’histoire m’a tout de suite embarquée sur les routes dans le sillage que cette famille d’Ursari, des montreurs d’ours, méprisée et détestée par tout le monde, d’abord dans leur pays natal, puis en France. C’est une épopée poignante, injuste. L’exploitation, le chantage et les menaces des passeurs qui poussent à la misère. Mendicité, vol, voilà le quotidien de la famille de Ciprian dans ce pays de cocagne. Toutefois, une lueur d’espoir surgit pour le jeune garçon… sous la forme d’un échiquier dans le jardin du « Lusquembourg ». Le rythme est dynamique, sans temps morts. L’histoire est profonde, poignante, violente. Une alternance d’ombres et de lumière, de malheurs et d’espoirs cimentés autour de nouveaux amis et d’une famille soudée. La vie du jeune Ciprian n’a rien d’une vie d’enfant, c’est une lutte, une survie qui peut se déliter à tout instant, mais il persévère, s’instruit, s’intéresse, se fait l’artisan de son destin.
Côté dessin, j’ai moins adhéré, je l’admets. Il a un côté « vite fait », comme hâtif, simple, brouillon, déformant les visages d’une façon qui m’a vraiment déplu. Ça n’a pas marché entre nous : j’ai fini par m’y habituer, mais pas par l’apprécier.

Une histoire de vie incroyable, terrifiante, mais malheureusement réaliste. Une histoire qui n’est pas sans rappeler celle du petit Tanitoluwa Adewumi, le prodige des échecs nigérian.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le fils de l’Ursari, Cyrille Pomès (scénario et dessin) et Isabelle Merlet (couleurs), d’après le roman de Xavier-Laurent Petit. Rue de Sèvres, 2019. 130 pages.

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Speak, d’Emily Carroll, d’après le roman de Laurie Halse Anderson (2018)

Speak (couverture)Le premier vrai, énorme, coup de cœur de cette sélection. Voilà trois ans que j’ai lu le roman intitulé Vous parler de ça et, sans me souvenir de tous les détails, je ne l’ai jamais oublié (à l’instar d’un autre roman de Laurie Halse Anderson, Je suis une fille de l’hiver).
Ce roman graphique de plus de 350 pages nous plonge dans l’année de seconde de Melinda. Une année insoutenable, marquée par les humiliations et les rejets, enfermée dans son mutisme, traumatisée par un événement dont elle n’arrive pas à parler. Entre le texte et les illustrations, tout concourt à nous plonger dans l’intériorité torturée et déchiquetée de Melinda. Le trait d’Emily Carroll est évocateur, sensible et certaines planches sont vraiment dures tant elles paraissent à vif. Ce sont des dessins qui m’ont extrêmement touchée.
J’ai été happée par cette narration fluide qui fait de ce roman graphique un ouvrage impossible à lâcher, comme s’il nous était impensable d’abandonner Melinda. Et pourtant, comme dans le roman, certaines planches ont réussi à me faire (sou)rire. Moments de paix, de relâchement, de distance, pour Melinda et pour mes entrailles nouées.

C’est puissant, c’est sombre, c’est viscéral, c’est révoltant, mais c’est aussi tout un espoir, toute une renaissance qui s’exprime au fil des pages, même si, des fois, il faut toucher le fond pour pouvoir donner un grand coup de pied et remonter à la surface…

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Speak, Emily Carroll, d’après le roman de Laurie Halse Anderson. Rue de Sèvres, 2019  (2018 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran. 379 pages.

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Préférence système, d’Ugo Bienvenu (2019)

Préférence système (couverture)Dans un Paris futuriste, le cloud mondial est saturé et les internautes veulent absolument poster leurs photos de vacances, de hamburgers et de chatons. Pas le choix, il faut faire de la place. Les œuvres d’art les moins populaires sont donc condamnées à passer à la trappe : adieu 2001 : l’odyssée de l’espace, adieu Alfred de Musset… Parmi les employés chargés de l’élimination, l’un d’eux, en toute illégalité, sauve ses œuvres préférées pour les copier dans la mémoire de son robot… qui porte aussi son enfant.
Un roman graphique parfois glaçant, parfois tendre – pour des raisons que je ne peux pas vous révéler sans vous raconter toute l’histoire – qui interroge notre rapport à l’art, à l’utile et au beau. Confrontant êtres humains et robots, il questionne aussi notre sensibilité qui, opposée à leur logique mathématique, nous confère notre identité, notre particularité, notre unicité. C’est aussi une histoire autour de la mémoire, du progrès – bénéfice ou fléau ? – et de la transmission. Supprimer Kubrick, Hugo et moult artistes qui ont marqué leur époque, leur art, pour laisser la place à une Nabila du futur, à l’éphémère, à ce qui fait le buzz pendant un bref instant ? Quelle perspective réjouissante… Au fil des pages se dessine également une ode à la nature, une invitation à prendre son temps, à admirer les oiseaux et à regarder pousser les légumes (mais pourquoi épingler les papillons ?).
(En revanche, la fin ouverte m’a frustrée, on dirait qu’elle appelle une suite alors que l’ouvrage est bien présenté comme un one-shot.)
Si l’histoire m’a fort intéressée, ce n’est pas le cas du trait d’Ugo Bienvenu. Froids, lisses, avec quelque chose d’artificiel, ils s’accordent peut-être bien à l’histoire qu’ils racontent, mais je ne les ai pas du tout aimés (deviendrais-je exigeante ?). Les personnages m’ont beaucoup perturbée, entre leurs visages trop roses, leurs costumes qu’on dirait tirés d’un vieux film de science-fiction démodé et leur regard trop souvent dissimulé derrière des lunettes noires. Ils manquaient… d’âme, d’humanité. De sensibilité justement.

Un roman graphique vraiment intelligent et percutant (une fois accoutumée au style graphique de l’artiste).

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Préférence système, Ugo Bienvenu. Denoël Graphic, 2019. 162 pages.

Challenge de l’imaginaire
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Au cœur des terres ensorcelées, de Maria Surducan (2013)

Au coeur des terres ensorcelées (couverture)Il y a bien longtemps, un oiseau-chapardeur dérobait chaque année les pommes d’or du roi. Furieux, ce dernier envoya ses trois fils à la poursuite du voleur… Vous l’aurez compris, cette bande dessinée est un conte, inspiré de ceux venus d’Europe de l’Est. Nous retrouvons donc le schéma narratif classique du conte : les trois frères, le cadet étant le plus gentil, sa générosité qui lui attache les services d’un puissant sorcier métamorphe, etc. Ce conte est porté par un très agréable dessin, joliment colorisé et ombré : portraits expressifs, petits détails soignés et petite touche steampunk surprenante. J’ai vraiment apprécié mon immersion dans le travail graphique – qui rappelle parfois les anciennes gravures – de Maria Surducan.
Il raconte la noirceur du cœur humain : la méchanceté, la cupidité, le désir de domination, notamment par le biais d’une technologie irréfléchie… Les hommes sont ici menteurs, voleurs et meurtriers… à l’exception évidemment de notre héros dont la bonté et le désintéressement lui fera rencontrer l’entraide, l’innocence, la magie bénéfique, bref, un autre visage de l’humanité.

Un conte ensorcelant, une fable inspirante qui semble parfois trouver quelques échos dans notre société moderne.

Le début de l’histoire sur le site des éditions Les Aventuriers de l’Étrange

Au cœur des terres ensorcelées, Maria Surducan, inspiré des contes répertoriés par Petre Ispirescu. Les Aventuriers de l’Étrange, 2019 (2013 pour l’édition originale). Traduit du roumain par Adrian Barbu et Marc-Antoine Fleuret. 90 pages.

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Si vous êtes parvenu·es jusque-là, bravo !
A samedi pour un article du même acabit !
(Je suis sans pitié…)

La Société des Pépés à Adopter, d’Emilie Chazerand (2019)

La société des pépés à adopter (couverture)Sérieuse Odile Ramona Donatienne Isadora Dauphin (acronyme : S.O.R.D.I.D.) est ultra pourrie gâtée par ses parents. Licornes de compagnie, carrousel dans le hall, quatorze chambres personnalisées et… une tripotée de domestiques pour s’occuper d’elle en leurs – nombreuses – absences. Jusqu’au jour où elle découvre l’existence des grands-pères. A partir de ce moment-là, elle VEUT un grand-père. Heureusement que la Société des Pépés à Adopter est là pour venir en aide à ses parents.

Une nouvelle fois, après Le génie de la lampe de poche et Ma vie moisie, Dieu et moi, Shirley Banana, me voilà pour parler du dernier livre d’Emilie Chazerand paru dans la collection Pépix de Sarbacane (merci Babelio et l’éditeur !).

Sans surprise, on retrouve un peu les mêmes ingrédients que dans ses livres précédents, à savoir du cynisme, des comparaisons imagées toujours pertinentes, de l’ironie, un peu d’absurde, bref, de l’humour sous toutes ses formes. Un peu moins de trucs dégueu que dans les précédents, même si la description d’une vieille personne par la meilleure amie de Sérieuse, Jessifer : absolument hilarant et totalement repoussant, avec un chouïa de mauvaise foi… mais de vérité aussi parfois ! Certaines blagues ne seront peut-être pas comprises par les plus jeunes, mais petit·es et grand·es se régaleront. En ce qui me concerne, le titre m’amusait déjà et les parallèles avec la vraie SPA m’ont bien fait rire.
Et ça dépote, ce roman, on n’a pas le temps de s’ennuyer ! Sérieuse nous embarque par la main et ne nous lâche qu’une fois arrivée au bout de son histoire (je l’ai lu dans une journée, incapable de décrocher bien longtemps).

Cependant, j’ai préféré ce roman aux deux autres (je ne le compare pas à La fourmi rouge qui ne vise pas le même public) car je l’ai aussi trouvé extrêmement touchant aussi. Après deux histoires qui se passait dans des lieux collectifs – la colo et l’orphelinat –, nous voici dans un « coquet petit manoir qui ne paie pas de mine » un peu vide. Cette petite fille qui a tout comme on le lui fait remarquer, mais qui leur fait remarquer en retour qu’elle n’a personne pour lui montrer de l’affection, pour la défendre, pour jouer avec elle, pour faire des câlins. Bref, qu’elle a tout ce qui est matériel, mais que, pour ce qui est de la chaleur humaine et des moments ensemble, sa famille présente de grosses lacunes. Ça parle aussi de harcèlement scolaire – eh oui, il n’y a pas qu’à la maison que la petite Sérieuse est un peu isolée, son angiome sur la face ne l’aidant pas à franchir indemne la barrière de moqueries de ces charmants enfants – et c’est aussi très réussi (bien que secondaire).

Récapitulons, voulez-vous ? La Société des Pépés à Adopter, c’est :

  • une jolie histoire intergénérationnelle pleine de tendresse qui nous invite à regarder du côté des bons moments plutôt que des jouets et autres possessions matérielles ;
  • une héroïne un peu caractérielle, mais tellement drôle et parfois trop choue ;
  • du rythme, du divertissement, de l’humour, mais aussi des réflexions intelligentes et subtiles ;
  • des illustrations qui, comme toujours, collent parfaitement à l’ambiance.

Conclusion ? Une réussite !

« Je ne sais pas si ça fait ça à tout le monde, mais moi j’ai souvent l’impression que mes parents sont des gros nuls.
Plus que « souvent » en fait : tout le temps. Le soir, quand je suis toute seule dans ma salle de ciné personnelle, je me repasse la vidéo de leur mariage. C’était huit mois avant… moi, le tsunami qui a détruit leur petite plage d’amour paradisiaque.
Dans ce film, mes géniteurs ont l’air super classe. Mère porte une robe vaporeuse (50 % coton 50 % vapeur) et une pimpante couronne de fleurs, comme les Femen. Père, lui, arbore avec fierté un costume fuchsia et des lunettes de soleil arc-en-ciel. Il est gentiment ridicule. Ils sourient tous les deux comme des témoins de Jéhovah.
Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils étaient beaux, non, mais ils étaient moins moches qu’aujourd’hui, ça, c’est sûr. En les regardant danser et rire et faire la chenille, je me dis que c’est impossible, ça ne peut pas être Tancrède et Philibertine Dauphin, mes gros nuls de parents !
Je les ai aimés drôlement fort à une époque, mais maintenant, plus du tout. »

« Et puis un beau matin, ils ont commencé à payer des gens pour effectuer leurs corvées à leur place. Genre sortir les poubelles, faire les courses, nettoyer les toilettes et m’aimer.
Ça me faisait bizarre, au début, d’être entourée d’étrangers…
… jusqu’au jour où je me suis aperçue que c’étaient mes parents, les étrangers. »

« Vois-tu, un grand-père a besoin de soins particuliers. Il faut le sortir régulièrement, jouer avec lui, le stimuler.
– Je suis très stimulante !
 »

La Société des Pépés à Adopter, Emilie Chazerand, illustré par Joëlle Dreidemy. Sarbacane, coll. Pépix, 2019. 205 pages.

La parenthèse 9ème art – Spécial Loïc Clément : Chaque jour Dracula, Les jours sucrés et Le Temps des Mitaines

Trois critiques pour quatre bandes dessinées signées Loïc Clément pour le scénario. Si la première ne m’a pas entièrement convaincue, j’ai beaucoup aimé – voire adoré – les suivantes pour lesquelles le scénariste retrouve cette magicienne de l’aquarelle qu’est Anne Montel.

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Chaque jour Dracula,
de Loïc Clément (scénario) et Clément Lefèvre (dessin)
(2018)

Chaque jour Dracula (couverture)J’ai découvert le travail de Clément Lefèvre avec L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur et de Loïc Clément avec Chaussette. Quand, à la bibliothèque, je suis tombée sur cette courte BD jeunesse, je n’ai pu résister à l’illustrateur et à la mention de Dracula. Mais je n’en savais pas plus.

Et j’ai été très surprise. On découvre rapidement que l’histoire – qui met en scène un jeune Dracula encore écolier – va parler de harcèlement scolaire. Une thématique réaliste que je ne m’attendais pas à trouver dans cet ouvrage basé sur une créature imaginaire et quasiment toute-puissante. Si le but était d’amener le lecteur ou la lectrice sur un terrain inattendu, l’effet est réussi.

Le choix de Dracula comme tête de Turc est assez malin. Cela permet de jouer sur deux tableaux : à la fois le personnage souvent stigmatisé et repoussé aux abords de la civilisation et aussi la créature d’une grande force. Une ode à la différence qui montre que même les plus puissants peuvent avoir été maltraités un jour et avoir eu besoin de l’aide de personnes extérieures.

Cependant, j’avoue avoir été un chouïa déçue : les auteurs en ont peut-être un peu trop fait. Le sujet du harcèlement à l’école – sujet important certes – est martelé et j’ai trouvé que la façon de passer le message manquait d’un peu de subtilité. Quant à la conclusion, elle est pleine d’espoir, mais très rapide, minimisant peut-être la difficulté de se sortir de ce genre de situation. Toutefois, je n’oublie pas que je ne suis pas le premier public de cette histoire, que le but n’est pas de traumatiser les jeunes lecteurs et lectrices et je pense qu’elle peut être très efficace avec eux, les sensibilisant et leur parlant peut-être plus qu’à moi.

Chaque jour Dracula n’en reste pas moins une BD mignonne et intelligente dans laquelle les plus grand·es s’amuseront des clins d’œil à la littérature vampirique et où chacun·e appréciera les illustrations pleines de douceur de Clément Lefèvre.

Chaque jour Dracula, Loïc Clément (scénario) et Clément Lefèvre (dessin). Delcourt jeunesse, 2018. 40 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Les jours sucrés,
de Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin)
(2016)

Les jours sucrés (couverture)Eglantine, 28 ans, mène une vie dynamique de graphiste à Paris lorsqu’un notaire breton lui apprend le décès de son père. Guère émue à l’idée de retourner dans son village natal synonyme de mauvais souvenirs, elle part avec l’idée de clore la succession et de tourner la page une bonne fois pour toute. Sauf que les souvenirs vont resurgir, des secrets vont être dévoilés… et la vie d’Eglantine va prendre un tour tout à fait inattendu.

Je retrouve avec plaisir ce duo découvert avec Chaussette. Déjà, visuellement, c’est le même régal. J’adore la délicatesse des aquarelles d’Anne Montel. Couleurs lumineuses (seules quelques images sépia ponctuent le récit le temps d’un souvenir), traits fins, petits détails… Elle donne vie à cette histoire, ses personnages sont humains, ses décors chaleureux. Elle m’a transportée dans ce petit village de Bretagne, elle m’a affamée avec ses dessins de pâtisserie, elle m’a amusée avec ses chats, bref, une immersion fantastique.

Il faut dire que Les jours sucrés, c’est le genre de cocon que l’on ne veut pas quitter. On s’attache aux personnages, on se sent confortablement installée au milieu de cette jolie petite bande, on déguste un petit gâteau en caressant un chat…
Certes, l’histoire est un tantinet prévisible et les personnages ne font pas grand-chose pour éviter les quiproquos qui permettent à l’histoire de se dérouler. Mais qu’importe. On prend tant de plaisir à côtoyer cette vieille ronchon de Marronde, à saluer l’optimisme de Gaël, à sourire devant les ruses félines, à saliver devant chaque titre de chapitre (tous des pâtisseries !) que l’on ne s’attarde pas sur quelques facilités.

Réconciliation avec son passé, changement de vie, découverte de soi… Amitié, famille, amour, pardon, compréhension… Les jours sucrés est une bande dessinée toute mignonne, tendre et réconfortante. J’espère que le parcours d’Eglantine sera le mien un jour et que je trouverai un endroit où je serai enfin bien !
A lire sous son plaid avec une tasse de thé ou de chocolat !

Les jours sucrés, Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin). Dargaud, 2016. 145 pages.

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Le Temps des Mitaines (2 tomes),
de Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin)
(2014-2016)

Le Temps des Mitaines T1 (couverture)Dans ce monde imaginaire, les animaux qui le peuplent sont dotés de pouvoirs divers et variés, utiles… ou pas vraiment. Arthur, nouveau dans le village, était loin de se douter que son premier jour de classe signerait le début d’une enquête sur des disparitions d’enfants avec une toute nouvelle bande d’amis.

J’ai entendu parler du Temps des Mitaines pour la première fois il y a plusieurs années grâce à ma copine Victoria. Seulement voilà, je suis souvent très lente pour découvrir les œuvres dont on me parle même si – et ces BD en sont la preuve – cela finit par arriver.

J’ai beaucoup aimé suivre ces jeunes héros et héroïnes. Le premier tome met en place un récit choral dans lequel les premiers chapitres suivent un des personnages en particulier. L’occasion de découvrir ces personnalités aussi diverses qu’attachantes. Arthur, naïf et généreux ; Pélagie, une grande mélangeuse de mots qui n’est pas sans rappeler un certain Perceval (chez elle, « Vous bridez ma créativité » devient sans peine « Vous braconnez ma chasteté » par exemple…) ; Kitsu, mystérieuse et indépendante ; Gonzague, intelligent et cultivé ; Willo, fidèle et peureux mais n’hésitant pas à braver les dangers pour ses amis.
C’est l’heure de l’amitié, des premiers amours, des premières responsabilités. Le tout dans une ambiance de mystère et de dangers. Tous leurs talents, joliment complémentaires, seront nécessaires pour démasquer le terrible kidnappeur. Si le côté « enquête » amène des éléments assez classiques dans ses rebondissements, le charme de l’ouvrage se trouve surtout dans la relation des cinq enfants et les savoureux dialogues.

Le Temps des Mitaines T2 (couverture)Bien plus court, le second tome est plus engagé et très actuel. Au programme : des petits producteurs dont le travail est menacé, le poids des banques et des grandes surfaces, nature, économie, consommation, délocalisation… Au cours de stages en milieu professionnel, nos jeunes amis vont pouvoir démontrer une fois de plus le pouvoir de l’amitié et de la générosité, un pouvoir plus puissant que n’importe quelle magie (même si celle-ci aidera bien également).

Encore une fois, le dessin d’Anne Montal m’a totalement charmée. Ses aquarelles colorées sont comme toujours d’une belle finesse et d’une richesse époustouflante. J’ai adoré m’attarder sur les planches de ces BD pour en admirer tous les détails. Un régal pour les yeux !

Encore une fois une belle réussite pour le duo Clément/Montel qui trouve toujours l’inspiration pour des histoires positives et inspirantes. Des intrigues intelligentes, drôles et tendres, magnifiquement mises en valeur par des illustrations aussi sensibles que sublimes.

Le Temps des Mitaines, Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin). Didier jeunesse.
– Tome 1, 2014, 155 pages ;
– Tome 2, Cœur de Renard, 2016, 62 pages.