La petite boutique japonaise, d’Isabelle Artus (2016)

La petite boutique japonaise (couverture)Pour résumer ce roman, on pourrait dire qu’une apprentie geisha de Melun part au Japon retrouver son amoureux, un apprenti samouraï-yakuza breton.

 

Je ne sais pas trop quoi dire dessus. Je l’ai lu sans accrocher, en me demandant où on allait, en me demandant pourquoi cette histoire, qu’est-ce qu’elle voulait dire, qu’elle était son intérêt. J’attendais l’étonnement, le rebondissement. En vain, malheureusement car la fin, qui aurait pu être plus ouverte, est convenue et sans surprise.

Il s’agit d’une histoire d’amour qui se déroule entre la France et le Japon, entre ces deux Français – Pamela et Thad – passionnément attirés par le pays du Soleil-Levant. Pour pouvoir se retrouver, les deux personnages doivent se chercher longuement eux-mêmes. Durant une rencontre avec l’auteure, organisée par Babelio et les éditions Flammarion, le terme « développement personnel » est souvent revenu : peut-être fallait-il mieux le prendre sous cet angle pour l’apprécier…

L’idée était plutôt originale et donnait matière à un récit loufoque, mais ce n’est pas le cas. J’ai eu l’impression que le roman oscillait entre humour et poésie, sans pour autant être convaincant dans l’un ou l’autre de ces registres. Le roman se traîne en longueur avec parfois des états d’âme, des atermoiements chez Thad qui m’ont profondément lassée.

 

Quant à la découverte de la culture japonaise à travers l’histoire de Pam et Thad, je l’ai trouvé assez superficielle. Pourtant, je ne suis pas une experte du Japon, mais j’ai eu l’impression de retrouver des clichés, des images très attendues dans un roman se déroulant au Japon.

De nombreuses références à la culture populaire ponctuent le roman, principalement à travers les séries Kung-Fu et Dallas qui ont marqué soit les héros, soit leurs familles, mais l’auteure cite également quelques livres ou films comme Mémoires d’une geisha, référence pour Pam.

Une amourette qui se traîne sur 300 pages, des sentiments qui ne m’ont pas touchée. Une déception. Dommage…

 

« Cette femme-là, sa mère, lui devenait étrangère. Il pensait l’aimer bien sûr, par résignation, par égard pour tout ce temps passé ensemble qui les avait figés dans une relation curieuse vidée de sa substance. Il aurait pu comparer le lien qui l’unissait à Soizic, à celui qui relie une gérante de crêperie et son plus fidèle client. »

« Il n’avait pas eu de crises depuis presque deux ans. Il pensait que c’était derrière lui, qu’elles ne reviendraient plus le hanter selon un scénario malheureusement bien rodé : le jaillissement de la violence puis la honte qui l’obligeait à se retrancher dans son propre silence. Le genre de mutisme qui protège celui qui se tient à l’intérieur et blesse celui qui s’approche. Il tenait trop à Pam pour se supporter lui-même. Il constatait sa dépendance nouvelle vis-à-vis d’elle. Cette situation lui paraissait à la fois réconfortante – il était donc capable de sentiment – mais aussi terriblement angoissante. Il se sentait coincé, tiraillé entre le désir d’inspirer des sentiments profonds à un être humain – surtout lorsqu’il s’agissait de la plus exquise créature jamais rencontrée – et la terreur des responsabilités que suppose ce genre d’engagement. »

« Je t’ai dit que l’amour n’est pas une fin en soi, ni même un idéal. J’avais certainement raison… en théorie. Mais quand ça arrive, il faut l’accepter, le chérir, le protéger. Y renoncer devrait être mis au rang des crimes contre l’humanité. Tu as commis le pire crime contre toi-même. »

 

La petite boutique japonaise, Isabelle Artus. Flammarion, 2016. 311 pages.

Mémoires d’une geisha, par Inoue Yuki (1980)

Mémoires d'une geisha (couverture)En 1900, Kinu Yamagushi est vendue à une okiya (une maison de geisha) où elle devra apprendre à devenir une véritable geisha, elle deviendra alors Suzumi. Ce livre ne nous montre pas ce que l’on sait déjà de ce monde mystérieux. Bien entendu, on suit des cérémonies, des fêtes, mais Inoue Yuki nous montre surtout ce qui se cache derrière le rideau : l’apprentissage difficile des arts, les exercices physiques, les punitions, l’initiation sexuelle, le respect des codes vestimentaires et comportementaux, l’obéissance permanente à la « Mère » avec de devenir soi-même patronne d’une okiya, une okâsan.

Attention, ce livre ne doit pas être confondu avec Geisha d’Arthur Golden dont a été tiré le film de Rob Marshall avec la superbe Zhang Ziyi. Geisha est une fiction qui comporte des anomalies (comme l’apparence de Chiyo) bien que l’auteur se soit bien renseigné auprès d’une ancienne geisha, Mineko Iwasaki (qui, opposée aux libertés prises par Arthur Golden, a écrit plus tard son autobiographie, Ma vie de geisha). En revanche, Mémoires d’une geisha est davantage un documentaire qui aborde les mœurs japonaises de ce début de XXe siècle. Avec pudeur, Inoue Yuki nous ouvre la porte du monde des geishas, un monde avec ses codes, ses lois et ses traditions. C’est une histoire vraie, vécue par une vraie femme que l’on a vendue alors qu’elle n’était qu’une petite fille et dont Inoue Yuki a recueilli les propos. Ce témoignage émouvant est renforcé par des photographies, les termes originaux (en japonais) et une profusion de détails.

Si vous voulez du romanesque, des sentiments, lisez Geisha, d’Arthur Golden. Mais si vous voulez un documentaire, choisissez Mémoires d’une geisha qui est un ouvrage très riche et complet, ce qui le rend parfois un peu ardu à lire. En ce qui me concerne, j’ai largement préféré ce dernier.

« Une geisha avait beau vendre sa virginité et se prostituer, il lui était interdit de donner son cœur au client et de l’aimer. »

Mémoires d’une geisha, Inoue Yuki. Picquier poche, 1997 (1980 pour l’édition originale. Editions Philippe Picquier, 1993, pour l’édition française en grand format). Traduit du japonais par Karine Chesneau. 279 pages.