The Rocky Horror Picture Show (livre), de Jeffrey Weinstock (2007)

The RHPS (couverture)Le résumé de la quatrième de couverture (en anglais) :

« Within just a few years, The Rocky Horror Picture Show grew from an oddball musical to a celebrated cinematic experience of midnight features and outrageous audience participation. This study tells the extraordinary story of the film from initial reception to eventual cult status, indeed becoming the classic cult film par excellence. Uncovering the film’s non-conformist sexual politics and glam-rock attitude, the books explores its emphasis on the theatrical body (tattooed, cross-gendered, flamboyant), and its defiant queering of cinema history. »

Il y a neuf mois, j’avais parlé du Rocky Horror Picture Show, mon film culte par excellence que je regarde, que j’écoute en boucle sans me lasser. J’évoquais également mon rêve d’assister à une séance interactive à Paris : c’est maintenant chose faite. Et, merveilleuse folie dont je n’aurais jamais osé rêver, j’ai même fait partie d’un des cast se produisant chaque semaine au Studio Galande (5e) !

Je ne pouvais donc pas rater ce livre lorsqu’il m’est passé sous le nez. Ce n’est pas un livre contenant énormément de photographies ou d’anecdotes sur le film, le tournage ou les acteurs ; il s’agit d’une analyse sérieuse menée par un professeur d’anglais de l’université Central Michigan.

 

Après une introduction présentant sa propre relation avec le Rocky, une première partie rappelle le sujet et l’histoire du film de la comédie musicale créée en 1973 par Richard O’Brien à sa situation dans les années 2000 aux États-Unis en passant évidemment par son adaptation pour le cinéma par Jim Sharman en 1975. Il situe également le film dans un contexte historique et sociologique en se basant sur quatre éléments que sont le discours de résignation de Richard Nixon, les tatouages et le triangle rose sur la blouse de Frank ainsi que la veste en cuir d’Eddie.

(Notons au passage l’une des nombreuses erreurs du film : l’histoire est censée se dérouler « a late November evening » alors que Nixon démissionna le 9 août 1974.)

La seconde partie traite du phénomène du film interactif en se penchant sur les différents publics, leur comportement dans la salle ainsi que les différentes interactions possibles. J. Weinstock en identifie trois sortes : « predictive » qui, presque entièrement verbales, montrent la connaissance de ce qui vient et permet d’ajouter des dialogues détournant le texte original, « reactive » qui sont des réponses et des réactions à ce qui vient d’être dit ou fait par les personnages, et enfin « simultaneous » qui sont toutes les actions, commentaires ou mouvements réalisés en copiant ceux du film.

Dans une troisième partie, il met en évidence le caractère revendicateur et provocateur du Rocky et son inscription dans les évolutions de la société. Le Rocky, c’est à la fois une critique du mariage et un plaidoyer pour l’amour libre qu’il soit hétéro-, homosexuel ou à plusieurs ; c’est une libération des femmes à travers Janet qui s’épanouit au fil du film ; c’est évidemment un film pour la libération des homosexuels, des travestis et de tous les queers. De plus, le Rocky emprunte beaucoup à des cultures musicales que sont celles de la comédie musicale et du théâtre, mais aussi au rock’n’roll et au glitter rock.

Enfin, la dernière partie traite du bricolage et de l’hommage cinématographique qu’est le Rocky : multiples références aux classiques et aux films de série B de science-fiction, films musicaux avec notamment ceux présentant des scènes de ballets aquatiques, films d’horreur… Ce méli-mélo en fait un film unique et inclassable si ce n’est dans la catégorie des films cultes.

 

Il est plutôt complet que ce soit au niveau de l’analyse du cadre historique ou des enjeux sociaux. J. Weinstock se penche longtemps sur la question de cette incroyable interaction qui existe entre le film, les comédiens et le public qui sont une manière unique de rentrer dans le film : n’est-ce pas l’un des objectifs du cinéma ? Cependant, il répète plusieurs fois – cela en devient un peu lassant – que la présence d’acteurs qui peuvent toucher l’écran et sont « condamnés » à répéter les mêmes gestes puisqu’ils ne peuvent, malgré leurs tentatives de pervertir le discours initial, influencer le cours du film empêche l’identification des spectateurs aux personnages. Je ne suis pas totalement d’accord. On ne vient pas au Rocky pour se laisser bercer, mais pour être enfin actif. Et ma question est la suivante : y a-t-il quelqu’un qui pense être réellement dans le film ?)

Rien n’est laissé de côté (du moins, je n’ai pas décelé d’oublis impardonnables). Lorsqu’il étudie les personnages, il traite le caractère et l’évolution de chacun d’entre eux. Cela permet de les rattacher avec une des réalités sociales évoquées plus tôt : Brad et Janet sont l’occasion d’une critique du mariage et du conformisme, Janet représente la libération des femmes, etc. De même chaque scène (ou presque) et chaque chanson est étudiée.

Même si cela peut être un peu rapide parfois, cela permet de dresser un panorama assez large de ce que l’on trouve dans le film.

 

En revanche, on reste bien sur The Rocky Horror Picture Show et sa suite, Shock Treatment (1981), n’est pas évoquée.

Ce livre est en anglais et n’est, à ma connaissance, pas traduit, mais il est très clair et facile à lire. Si certains essais ou autres analyses peuvent être abscons et incompréhensibles même en français, ce n’est assurément pas le cas de celui-ci (même si quelques nuances ont pu m’échapper). Si vous avez quelques connaissances en anglais et que vous souhaitez en savoir plus sur le Rocky, lancez-vous !

Le livre est sérieux et les photographies également. Rares, en noir et blanc, elles possèdent vraiment un rôle d’illustration du propos et servent à montrer un détail qui aurait pu échapper au spectateur qui, non-accro, ne connaîtrait pas les moindres détails du film (les tatouages, le triangle rose…).

J’avoue être surprise par le peu d’ouvrages qui ont été écrit – et a fortiori traduit – sur le Rocky, film interactif unique.

 

Pour conclure, si vous êtes fan du Rocky (ou même si vous voulez simplement en savoir davantage), allez-y, ce livre vous intéressera sûrement même si évidemment il répétera certaines choses que vous savez déjà.

Et n’oubliez pas d’aller voir les shows au Studio Galande !

« My prediction is that The Rocky Horror Picture Show and its cult will remain a glorious anomaly within the world of cinema – and will retain its popularity precisely for this reason. It is an experience unlikely to be duplicated because its originality constitutes its appeal. Although any transgressive edge the film’s depictions of sexuality or the audience’s behaviour once possessed has been effectively contained by a political economy that now sells to the viewer his or her trangressiveness – along with a bag of rice, toilet paper and a squirt gun – the uniqueness of the event, the enjoyment associated with participating in it, and the canonised place the film now occupies in cinematic history suggest that viewers will continue to give themselves over to absolute pleasure for some time to come. »

The Rocky Horror Picture Show, Jeffrey Weinstock. Wallflower Press, coll. Cultographies, 2007. 144 pages.

Le Studio Galande à Paris

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The Rocky Horror Picture Show, de Jim Sharman et Richard O’Brien, avec Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick… (Etats-Unis, 1975)

The Rocky Horror Picture Show 1Attention, film culte !

Je sais que tout le monde ne sera pas d’accord ; pour certains, ce film est naze, mal joué, etc. Eh bien ! Pour moi comme pour beaucoup d’autres, il est culte.

Brad Majors et Janet Weiss viennent de se fiancer et décident d’aller l’annoncer à leur ex-professeur devenu un ami, Everett V. Scott. Sur la route, par une nuit orageuse, ils crèvent un pneu. Se souvenant avoir dépassé un vieux château, ils décident de s’y rendre afin de téléphoner. Dans ce manoir se déroule le meeting annuel des Transylvaniens. Leur chef, Frank N Furter, les invite à rester la nuit et à assister à son succès : il a découvert le secret de la vie et a créé l’homme parfait (bon, plein de muscles, mais pas de cervelle).

Je reconnais que c’est complètement délirant, que c’est certes kitsch, que les effets spéciaux sont approximatifs (le laser des Transylvaniens est pas mal !), mais c’est justement cela qui fait la saveur de ce film. C’est ce qui fait le charme de cette parodie des films de science-fiction, d’horreur et de série B, charme qui n’existerait pas si les  effets spéciaux étaient dignes des films de science-fiction actuels.

Film plein de références aux films de série B, aux réalisateurs, aux acteurs (Fay Wray, The Invisible Man, George Pal, la société RKO Pictures, etc.), mais aussi à Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.
Film osé – pour l’époque – sur l’homosexualité, la bisexualité.
Film érotique, mais jamais vulgaire.
Film impertinent.
Film inclassable.

Mais le plus important de cette comédie musicale gothique restera toujours la musique évidemment. Géniale. Les premières notes du « Time Warp » donnent envie de danser comme celles de « Hot Patootie » et tant d’autres. Science Fiction/Double Feature, Over at the Frankenstein Place, Don’t Dream it Be it… Elles sont géniales. Et elles restent bien en tête, pendant des heures, voire des jours.

C’est l’un des premiers films de Susan Sarandon, mais, même si elle joue très bien la cruche (« – Hey Janet. – Yes Brad ? » « Oh Brad. »), c’est Tim Curry qui domine le show dans son rôle de « sweet transvestite from Transexual, Transylvania ». Il surpasse tous les autres, Transylvaniens, Terriens et autres créations, dans son rôle de Frank N Furter. Déjanté, sensuel, cruel. Impressionnant, sidérant. Toutes ses expressions, toutes ses mimiques rendent le film délicieux. Il prend aux tripes. On sourit seul face à l’écran, quitte à se sentir idiot. Il est époustouflant.

Il est encore projeté au cinéma (38 ans après sa sortie qui a été un bide) et j’aimerais vraiment assister à l’une de ces projections interactives où une troupe joue le film devant l’écran et où le public participe en venant déguisé et avec divers accessoires (riz, eau, gants, journal…). J’adore cette idée de cinéma où l’on n’est pas passif, mais actif. De plus, l’ambiance doit être autrement plus joyeuse et décontractée que pour les autres films (attention, j’adore le cinéma, m’en prendre plein la vue et les oreilles dans l’obscurité silencieuse de la salle, je n’ai jamais dit le contraire). Etant donné que j’habite en province, cela devra attendre un petit voyage à Paris, ce qui n’est malheureusement pas dans mes projets immédiats.

Ce film est intemporel. Il est immortel.

 En attendant, je vais me le re-re-re-garder !

« I would like, if I may, to take you on a strange journey. »

 Une mystérieuse phrase finale :

« And crawling on the planet face, some insects called the human race, lost in time and lost in space and meaning.  »

« Ils rampent à la surface de la Terre, ces insectes qu’on appelle la race humaine, perdus dans le temps et perdus dans l’espace et la signification. »

The Rocky Horror Picture Show 2