L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman, illustré par Dave McKean (2008)

L'étrange vie de Nobody Owens (couverture)Nobody Owens a grandi dans un cimetière. Une vie parfaitement banale donc entre un couple de fantômes, une sorcière ayant été brûlée vive quelques siècles auparavant et un étrange tuteur ni mort ni vivant nommé Silas. Mais quelqu’un est après lui depuis des années : le Jack. Un tueur infatigable qui a assassiné sa famille lorsqu’il était bébé.

Non non, je n’aime pas du tout Neil Gaiman et je ne suis pas du tout en train d’avaler peu à peu toute sa bibliographie depuis un an. En réalité, j’avais déjà lu celui-ci à sa sortie, mais je n’en avais guère de souvenirs. Cette relecture donc fut un plaisir, mais pas un coup de cœur.

En effet, je trouve que le Jack, malgré son potentiel, n’a pas la carrure des autres méchants de Gaiman, des autres méchantes surtout comme la fausse mère dans Coraline ou Ursula Monkton dans L’Océan au bout du chemin. Il faut dire qu’on le voit (et même qu’on l’évoque) finalement assez peu, excepté au début et à la fin du roman. Nobody ne prend connaissance de son existence que tardivement. Ses parents et Silas lui répètent souvent qu’il n’est pas en sécurité en dehors du cimetière car ils ne peuvent le protéger en dehors de ses frontières, mais c’est un avertissement flou pour le jeune garçon qui ignore tout du Jack et de ses sombres desseins.
Avec ses nombreuses ellipses, ce livre est surtout la succession des (més)aventures jalonnant l’enfance  de Nobody : la Vouivre, Scarlett, la Porte des goules, etc. Cette progression en saut de puces au fil des années m’a empêchée de réellement m’attacher à Nobody.

En revanche, j’ai aimé le cadre et l’ambiance gothique du roman. J’irai bien me promener dans ce vieux cimetière avec ses vieilles tombes parfois recouvertes de mousse, ses caveaux poussiéreux, ses statues abîmées et le tumulus de l’Homme Indigo.
Quant aux personnages, si j’ai apprécié le voyage dans l’Histoire grâce aux fantômes, morts à diverses époques, ma préférence va à Silas, être sombre et secret que l’on sent intérieurement torturé.

Un roman à la fois d’apprentissage et d’aventures qui, en dépit de quelques défauts, s’est révélé bien sympathique et où l’on retrouve la poésie, la tendresse, l’humour et l’ambiance sombre et mélancolique des romans de Neil Gaiman.   

« C’est comme les gens qui s’imaginent qu’ils seront plus heureux en allant vivre ailleurs, mais qui apprennent que ça ne marche pas comme ça. Où qu’on aille, on s’emmène avec soi. »

« Dans tout cimetière, une tombe appartient aux goules. Arpentez n’importe quel cimetière le temps qu’il faudra et vous la trouverez : souillée et gonflée d’humidité, la pierre fendue ou brisée, cernée d’herbes en bataille ou de plantes fétides.Elle sera peut-être plus froide que les autres sépultures, aussi, et le nom sur la stèle sera dans la plupart des cas illisible. S’il y a une statue sur la tombe, elle sera décapitée, ou couverte de champignons et de lichens au point de ressembler elle-même à une moisissure. Si une seule tombe, dans un cimetière, semble avoir été vandalisée par des minables, c’est la porte des goules. Si cette tombe vous donne envie d’être ailleurs, c’est la porte des goules.
Il y en avait une dans le cimetière de Bod.
Il y en a une dans tout cimetière. »

L’étrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman et Dave McKean (illustrations). Albin Michel, coll. Wiz, 2009 (2008 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 310 pages.

Hugo de la nuit, de Bertrand Santini (2016)

Hugo de la nuit (couverture)Comment résumer ce roman sans révéler des éléments de l’intrigue ? Je ne prendrai pas le risque (surtout que, pour une fois, l’éditeur a eu la bonne idée de ne pas le faire non plus : ça change de ces résumés qui vous dévoilent toute l’histoire), je vous donne juste les quelques mots de la quatrième de couverture :

Une nuit d’été
Un enfant
Des fantômes
Un secret

Caché derrière une magnifique couverture, Hugo de la nuit est un court roman qui se dévore en très peu de temps. Etonnant aussi, car, tel un magicien, Bertrand Santini transforme en clin d’œil l’ambiance du récit. Parfois drôle, à la limite du burlesque ou de l’absurde, parfois grave et solennel, parfois tendre, ou encore terriblement dramatique et poignant. L’histoire finit même par basculer dans le macabre… ce qui m’a surprise et ravie.

J’ai également pensé aux Noces funèbres de Tim Burton. En effet, le monde des humains apparaît comme bien sombre, plein de nuit, de rancœur, de jalousie envieuse, alors que celui des morts est beaucoup plus vif et joyeux. Les dialogues dans le cimetière sont cocasses et dynamiques, ponctués d’éclats de rire et d’absurdités.

On termine cette lecture sur une délicieuse note de flou. On ne sait vraiment ce qu’il en est, ce qui est rêvé, ce qui est réel. Mais ce qui est sûr, c’est, le temps de la lecture, on se laisse embarquer avec plaisir et on croit à tous les événements extraordinaires qui arrivent à Hugo.

Rempli d’humour et de poésie, Hugo de la nuit est un récit onirique et horrifique qui nous faire sourire et frissonner le temps d’une nuit fantasmagorique.

« Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d’un fantôme. Mais tant que l’image de sa mère demeurait au chaud dans son esprit, l’enfant ne craignait rien. »

« Lorsqu’Andy se montrait trop envahissante, Hélène savait mettre un terme à ce jeu. Il n’est jamais prudent de laisser les êtres imaginaires prendre leurs aises dans la réalité. A ne plus les distinguer du rêve, la raison court parfois un grave danger, comme en témoignent ces guerres menées depuis la nuit des temps au nom de personnages qui n’ont jamais existé. »

Hugo de la nuit, Bertrand Santini. Grasset jeunesse, 2016. 213 pages.