Illuminae, tome 2 : Dossier Gemina, d’Amie Kaufman et Jay Kristoff (2016)

Illuminae, tome 2 (couverture)Cette fois, j’ai été plus maligne qu’avec La Passe-miroir, j’ai relu le tome 1, Dossier Alexander, avant la sortie du Dossier Gemina pour me jeter sur celui-ci dès le 21 juin ! Ma relecture a été un vrai bonheur et j’ai à nouveau été glacée par les terribles ravages du virus Phobos et fascinée par AIDAN.

Tandis que Kady, Ezra, AIDAN et les autres filent à toute allure vers la station de saut Haimdall, ils ne se doutent pas que celle-ci est attaquée par un escadron d’élite de BeiTech. Ceux-ci prennent rapidement la situation en main, mais Hanna Donnelly, fille du commandant responsable de la station, passionnée de mode mais aussi d’arts martiaux, et Niklas Malikov, membre de la mafia locale, vont leur mettre des bâtons dans les roues. Mais les mercenaires ne sont pas les seuls dangers présents sur la station.

En découvrant le résumé, j’ai eu un peu peur de la redondance par rapport au premier tome. Certes, il y a quelques aspects répétitifs entre les deux volumes (les deux couples qui, au début du moins, ne sont pas sur la même longueur d’ondes – Kady et Ezra car ils venaient de rompre, Hanna et Nik parce qu’ils ne vivent pas du tout dans le même milieu social –, la menace insidieuse du virus puis des laminas), mais les auteurs ont quand même su se renouveler suffisamment. Toutefois, j’ai d’autres reproches à faire à ce second tome.
Dossier Alexander nous plongeait directement au cœur de l’invasion de BeiTech sur Kerenza et nous faisait découvrir Kady et Ezra au milieu de l’action. En revanche, Dossier Gemina prend davantage son temps pour introduire Hanna, son caractère, ses relations avec Nik, son père ou encore Jackson Merrick, elle nous présente aussi la station Heimdall via son journal. Autant le premier tome m’a immédiatement happée, autant il m’a fallu une centaine de pages pour être vraiment dans celui-ci.
Il m’a ensuite semblé qu’il y avait une moins grande variété dans les documents constituant l’histoire. On trouve majoritairement des résumés de vidéosurveillance pour faire avancer l’action (ainsi que du chat). Or, ces retranscriptions sont les moins originales, elles sont moins marquantes visuellement et, finalement, ce sont simplement des récits avec un narrateur omniscient qui commente les faits et gestes des protagonistes.
Enfin, je l’ai trouvé moins visuel que le premier tome. Je suis encore hantée par la vision de cette petite fille traînant son cœur humain comme un nounours ou par leurs « Arrête de me regarder ». J’ai des images très fortes liées au Dossier Alexander. Pas avec le Dossier Gemina. Déjà parce que j’ai eu du mal à imaginer, à visualiser les laminas (des bestioles mortelles élevées par la Maison des Couteaux, la mafia locale, qui se sont échappées et se baladent dans les tuyaux d’aération). J’ai plus ou moins fini par définir leur apparence dans mon esprit, mais je n’en suis pas satisfaite et je ne suis jamais parvenue à véritablement leur donner vie.

Cependant, j’ai quand même passé un excellent moment et ma déception reste légère ! (J’insiste là-dessus, j’ai commencé par les points négatifs, mais j’ai quand même été happée par ce roman et je les conseillerai toujours mille fois !)
La forme du roman est toujours aussi originale et plaisante à lire. J’ai notamment apprécié le journal de Hanna (papier contrairement à celui de Kady) et le petit côté manga de ses dessins ainsi que le trombinoscope de l’escadron BeiTech progressivement barré au fil des morts.

Le changement de décor est agréable. La présence du trou de ver donne l’impression d’être sur un fil où tout peut dégénérer en un clin d’œil. La théorie du multivers est aussi abordée. Je ne sais pas si elle sera réutilisée par la suite, mais c’était bien amené et j’ai adoré la double narration qu’elle permet sur quelques pages.

Illuminae T2 6

Les personnages sont une nouvelle fois efficaces et on s’y attache rapidement. Hanna, cette fille pas aussi superficielle qu’elle en a l’air, courageuse et décidée malgré toutes les pertes qu’elle connaît. Nik, fort sympathique également. Je mets toutefois un bémol sur la romance, mignonne certes mais malheureusement trop prévisible. Ma préférence va, de toute façon, à Ella, la cousine hackeuse et battante du héros. (Et j’ai retrouvé AIDAN avec plaisir, diminué mais toujours tentant de comprendre les humains ! Et toujours drôle.)
Enfin, on retrouve les ingrédients d’une aventure survoltée : la tension liée à la traque, le jeu entre proies et prédateurs (qui s’inverse parfois), le rythme (car, malgré ce début un peu moins prenant, on se retrouve vite embarqué dans une course folle), l’émotion, l’humour, l’horreur parfois. Des révélations aussi ainsi que des retournements de situation !

Certes, le Dossier Gemina est à mon goût un peu en-deçà du Dossier Alexander, mais ça reste malgré tout une lecture géniale ! Je n’ai pas lâché mon livre, j’ai été happée par cette histoire, bref, c’est addictif ! Donc n’hésitez pas ! Le plus dur reste à venir : il faut maintenant attendre l’année prochaine pour découvrir l’ultime volume, le Dossier Obsidio !

« Vue de l’extérieur, la station est fabuleuse. Rien ne trahit les drames qui s’y déroulent. Ni impact de balle, ni cadavre, ni tache de sang sur les murs. Une ville circulaire en constante révolution autour d’un trou scintillant au bord de l’univers. »

« Rêver l’impossible : une quête de chaque instant. »

Illuminae, tome 2 : Dossier Gemina, Amie Kaufman et Jay Kristoff, illustré par Marie Lu. Casterman, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Australie) par Corinne Daniellot. 670 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – La Deuxième Tache : 
lire le deuxième tome d’une saga

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S’accrocher aux étoiles, de Katie Khan (2017)

S'accrocher aux étoiles (couverture)Carys et Max n’ont plus que quatre-vingt-dix minutes à vivre. Dérivant dans l’espace, tentant par tous les moyens de sauver leur vie, ils regardent la Terre et se remémorent leurs souvenirs communs.

S’accrocher aux étoiles est avant tout une histoire d’amour. Autant dire qu’en découvrant cela, j’étais plutôt sceptique. Cela dit, même si j’ai été moyennement touchée par l’histoire de Carys et Max, je ne me suis pas ennuyée au cours de cette lecture (qui se lit vite, avouons-le). Ce qui m’a manqué est avant tout un attachement aux protagonistes. Ce couple est sympathique, mais pas marquant pour autant. Ils sont vraiment humains (avec des défauts et des qualités, sans capacité hors du commun), mais je n’ai pas tremblé pour eux. (La quatrième de couverture compare ce roman à Gravity, or ce film ne m’a pas fait davantage vibrer.)
Nous sommes directement plongés dans l’action, quand les deux astronautes constatent que leurs réserves d’oxygène s’épuisent, et c’est au fil du roman que des flash-back nous feront revivre leur histoire (avec toutes les étapes attendues : rencontre, séduction, conflits, réconciliations, etc.). Puisqu’ils sont dans l’espace et que leur champ d’action est relativement restreint, le roman est composé majoritairement de dialogues, leur permettant de se déclarer leur amour, de se disputer ou de se remémorer les bons et mauvais souvenirs. Cela donne aussi un côté léger au roman… qui n’est donc plus si dramatique !

Si l’histoire d’amour ne m’a que peu passionnée, j’étais curieuse – comme à chaque fois que je lis de la SF – d’en apprendre davantage sur ce futur qui – s’il ne fait pas rêver malgré ses rêves de perfection – collait assez bien avec notre présent : une guerre a détruit les Etats-Unis et le Moyen-Orient, l’Union Européenne a resserré les rangs pour donner naissance à Europa, l’humanité est perpétuellement connectée (du moins dans les pays suffisamment riches), la parité est totale (car je veux croire que l’on avance en ce sens !). Le cadre et les réflexions sur la guerre et les frontières, la religion et la foi, l’utopie et la loi, l’amour et le couple, ont bien davantage attiré mon attention que la relation entre Carys et Max !

Histoire d’amour et anticipation, un univers qui pose quelques questions, un roman sans prétention à mon goût dont j’ai particulièrement apprécié les trois dernières parties, intéressantes et bien construites, qui ont d’ailleurs été une petite surprise. Malheureusement, je ne peux rien dire…

 « Quand on vous dit que quelque chose vous est refusé, je pense que c’est dans la nature humaine de commencer à en avoir envie. »

« Après avoir pesé et comparé différents mode de vie, nous en choisissons un : tu ne crois pas que c’est ça, le sens véritable d’utopie ? Europia sentirait vite le rance si des gens comme moi ne remettaient pas de temps en temps en question le bien-fondé de certaines règles. Il vaut mieux être mort que cesser d’être curieux. »

S’accrocher aux étoiles (VO : Hold back the stars), Katie Khan. Editions Super 8, 2017 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie Hermet. 352 pages.

Illuminae, tome 1 : Dossier Alexander, d’Amie Kaufman et Jay Kristoff (2015)

Illuminae 1 - Dossier Alexander (couverture)Kerenza, petite planète perdue quelque part dans l’Univers, est attaquée par une entreprise interstellaire, BeiTech. Rescapés à bord de deux vaisseaux différents et persuadés que l’état-major leur ment sur leur situation, Kady Grant, 17 ans, et Ezra Mason, 18 ans, s’unissent pour découvrir la vérité grâce aux talents de hackeuse de Kady.

Une planète isolée, la colonisation de l’espace par les hommes, une attaque spatiale, une Intelligence Artificielle (du nom d’AIDAN) qui semble dérailler… On pourrait se dire que tout cela est quelque peu déjà vu, et pourtant… non ! Illuminae, c’est génial, c’est une claque et c’est à lire !
Reprenons plus posément. Illuminae est un roman comme je n’en ai jamais lu. Il faut reconnaître que la forme est pour le moins atypique.

Voici quelques pages piochées dans le roman pour exemple :

On y trouve des rapports, des retranscriptions de vidéos surveillance, des entretiens, des discussions par mails ou messagerie instantanée, des extraits du journal de Kady, etc. A cela s’ajoute des images comme des calligrammes, des affiches ou des plans de vaisseaux. La typographie varie en fonction des documents – ce qui leur confère davantage d’authenticité –, mais aussi en fonction de la situation ou de l’état des personnages. Nous pouvons passer d’un écrit très formel, quasi militaire, à une conversation par messagerie instantanée qui nous montre les protagonistes sous un jour plus naturel.

Quand j’ai commencé à lire les interrogatoires de Kady et Ezra qui ouvrent le roman, je me suis demandé si ma lecture allait être vraiment agréable. Et oui, elle l’a été.
Je me suis prise au jeu et j’ai apprécié – avec un plaisir sans cesse grandissant – les changements de supports. En outre, malgré cette originalité, le récit est toujours cohérent et l’on peut suivre nos personnages de manière fluide. Le roman était donc très bien pensé et très bien construit : les documents ne sont jamais là par hasard, ils sont toujours utiles et on ne tombe pas dans le travers de mettre des éléments simplement parce que c’est original.

Illuminae 1 - Dossier Alexander 8
Et l’histoire alors ? Elle n’est pas en reste non plus puisqu’elle m’a complètement emportée pour un voyage aux confins de l’Univers. Pas de descriptions, mais un départ sur les chapeaux de roue, directement dans le vif du sujet ! J’ai été prise par ce huis-clos (peut-on vraiment parler de huis-clos dans des vaisseaux long de plusieurs kilomètres ?) avec cette IA apparemment timbrée (et donc pas rassurante pour un sou) et les autres dangers que devront affronter Kady et Ezra (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). Grâce à l’alternance des points de vue et des documents, le rythme est dynamique, voire haletant, pendant plus de 600 pages !

L’originalité de la forme ne nuit nullement à l’émotion. Le ton et l’ambiance changent sans difficulté : de la gravité, de l’humour (pas au point de s’esclaffer devant le livre, mais plus de légèreté, dirais-je), du cynisme, des instants solennels et d’autres où l’on retient son souffle… On s’attache aux personnages sans difficulté et, en ce qui me concerne, j’ai eu un coup de cœur pour AIDAN, l’Intelligence Artificielle, qui devient rapidement un narrateur à part entière par le biais de fichiers provenant de ses serveurs et inclus au dossier.

Ecrit à quatre mains, Illuminae – Dossier Alexander est un Space Opera unique qui m’a captivée à 200%. Une histoire excellente (qui interroge également sur l’intelligence artificielle ou le pouvoir accordé aux grandes entreprises), du suspense et des retournements de situation en quantité, des personnages forts et surtout une mise en page exceptionnelle pour un résultat addictif !

Vivement la parution du second tome pour prolonger cette expérience de lecture totalement nouvelle !

Illuminae 1 - Dossier Alexander 5

« Quel tandem improbable, elle et lui.
Un duo de code et d’électron.
L’âge et la jeunesse, le cynisme et l’espoir.
Il est plus rapide qu’elle – bien plus expérimenté.
Mais elle. Elle est sans peur. Trop jeune pour avoir connu l’échec et la peur qui s’en nourrit. Elle le mène sur des sentiers qu’il n’aurait pas osé explorer seul.
Elle est le catalyseur.
Elle est le chaos.
Je peux comprendre pourquoi il l’aime.
< Erreur >
< Erreur > »

« Les miracles sont des improbabilités statistiques. Et le destin est une illusion à laquelle l’humanité se raccroche pour avoir moins peur du noir. Il n’existe aucune certitude dans la vie, exceptée la mort. »

Illuminae, tome 1 : Dossier Alexander, Amie Kaufman et Jay Kristoff. Casterman, 2016 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Australie) par Corinne Daniellot. 607 pages.

Gravity, d’Alfonso Cuarón, avec Sandra Bullock et George Clooney (Etats-Unis – Royaume-Uni, 2013)

GravityGravity. Le film de cet automne dont tout le monde parle. Celui qui fit l’ouverture de la Mostra de Venise 2013. Celui que les critiques encensèrent. Bref, LE film.

Tout ça ne m’aurait pas convaincue pour aller le voir. Tout le monde parlait d’Avatar, tout le monde allait voir Avatar, je ne suis pas allée le voir car ça ne me tentait absolument pas (d’ailleurs, je ne l’ai toujours pas vu…). Mais on m’a conseillé Gravity. Plusieurs personnes. Longtemps. Avec beaucoup d’arguments. Alors j’ai cédé, et j’y suis allée.

Et là, assise dans mon siège, mes lunettes sur le nez, je me demandais pourquoi. Et maintenant, une fois rentrée chez moi, je me pose toujours cette question. Et aussi : est-ce que je suis la seule personne à ne pas avoir aimé Gravity ?

Parcourir le résumé, quand on a commencé à entendre parler de Gravity, ne m’avait pas convaincue : deux bonhommes qui tournent en rond dans l’espace, bof. Ça n’a pas l’air passionnant. Et je confirme : ce n’est pas passionnant. (Je vais me mettre à dos tous ceux qui vantent le suspense insoutenable et la tension incroyable de Gravity…) Honnêtement, à part un moment (peut-être… et encore… mouais… non, en fait), je suis restée totalement froide. Certains trouvent longues les trois heures de La vie d’Adèle que je n’ai pas vu passées (même si je l’ai vu deux fois à une semaine d’intervalle), mais qu’est-ce que les 90 minutes de Gravity m’ont parues interminables !

Le scénario tient en deux pages (ce qui n’est pas forcément une fin en soi) : fracassage de navette, errance, fracassage de station, suspense, fracassage de station, suspense, noyade, ouf, c’est fini. Un enchaînement de catastrophes, c’est vrai qu’elle n’a vraiment pas de pot. Même ça, c’est vraiment possible ? Survivre à tout ça ? Tout le monde est tué, tout est démoli par des débris voyageant à une vitesse inimaginable, mais elle, elle survit ? Vraiment ?

Un peu d’émotion par là-dessus avec un enfant mort, et hop ! On fait pleurer dans les chaumières !

Oups, je deviens un peu méchante quand je suis déçue…

Mais ne vous inquiétez pas ! Il y a du positif.

C’est une chouette visite guidée des navettes et autres stations de l’espace. Apparemment, tout colle à la réalité (aussi irréel que cela peut nous sembler, à nous qui sommes cloués au sol) à l’exception de deux ou trois détails. Autant dire qu’au bout d’un moment, je me suis essentiellement focalisée là-dessus. Je ne connais rien aux navettes et assez peu de choses sur l’espace (un TPE de première sur les difficultés pour aller sur Mars m’avait donné quelques connaissances, mais en quatre ans, elles se sont un peu évaporées). Et ça a l’air beau de là-haut…

Le film est très bien fait, je le reconnais. Je ne sais pas quoi dire, tout a déjà été dit. Chapeau pour ce point-là. (Mais ce n’est pas suffisant.)

La 3D, oui, c’est bien, mais ça ne me transcende toujours pas. Et de toute manière, en 2002, la 3D n’existait pas pour les Harry Potter et ça ne m’avait pas empêchée de me baisser quand le Cognard dans La Chambre des secrets m’était arrivé dessus.

(D’ailleurs, le fait que ce soit Cuarón – Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban – qui le réalisait m’avait aussi un peu donné envie de le voir, mais ce n’était pas une bonne raison. A ce propos, on retrouve David Heyman à la production et Jany Temime aux costumes. Voilà. Fin de la parenthèse Potterhead.)

Voilà. N’allez pas voir Gravity.