Quatre mini-chroniques : Le rire du grand blessé, Le dogue noir, Les Belles Endormies et Au plus près

J’ai quelques chroniques qui traînent dans mon ordi, certaines depuis 2018, il est donc temps de les publier. SF made in France, récit fantastique signé Neil Gaiman, troublant petit roman japonais et BD en provenance directe de Scandinavie, tel est le programme

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Le rire du grand blessé, de Cécile Coulon (2013)

Le rire du grand blessé (couverture)Quand on est analphabète et condamné à une vie de misère, il n’y a plus qu’une voie de secours : devenir Agent et surveiller les Manifestations à Haut Risque dans lesquelles se pressent des milliers de lecteurs et lectrices, avides de recevoir leur shoot d’émotions fortes. 1075 surpasse tous les autres. Mais sa découverte de l’alphabet va bouleverser sa vie.

Cécile Coulon est une autrice dont j’ai beaucoup entendu parler sans jamais avoir l’occasion de la lire. Grâce au Joli – dont je vous invite à découvrir la chronique – c’est maintenant chose faite avec ce petit roman. 135 pages, un concentré efficace. De la SF ciselée comme un diamant.

Imaginez un pays contrôlé par les Livres. Des Livres Frisson, des Livres Chagrin, des Livres Fou-Rire, écrits à la chaîne pour fournir à la population la dose d’excitation dont elle a besoin et la maintenir sous contrôle. Imaginez des Agents froids, insensibles à ces transports de drogué·es, qui, pour fuir les campagnes boueuses et miséreuses, dédient leur vie à l’excellence, au dépassement de soi et à la surveillance (tout en étant étroitement surveillés eux-mêmes). Imaginez qu’un maillon se révèle défaillant, imaginez un système qui va trop loin, imaginez la graine de rébellion qui, peut-être, un jour, fleurira. Des ingrédients qui ont parfois fait leurs preuves – difficile de ne pas penser aux monstres du genre que sont Ray Bradbury et George Orwell – et qui fonctionnent ici encore.
Peut-être parce que l’abrutissement de la société est une thématique parlante, effrayante. Peut-être parce que la disparition des livres non formatés par le régime, la disparition de la lecture comme plaisir libre pour devenir une drogue savamment injectée par le gouvernement sont des sujets qui touchent la lectrice passionnée que je suis. L’autrice joue avec les codes, transforme les livres, souvent bannis des dictatures dans les romans de SF, en moyen de contrôle, en carotte pour la population. C’est original et brillamment réussi.

Peut-être parce que l’écriture est fantastique aussi. Très peu de dialogues, mais une superbe description de ce qui anime et remue les personnages. Les descriptions des lectures collectives m’ont glacée tandis que la soif d’apprendre, les doutes et les angoisses de 1075, bref, l’intériorité du personnage me captivait. La construction du récit est aussi plaisante, distillant avec justesse révélations et surprises.

Une dystopie étonnante qui pervertit l’acte de lecture d’une manière tout à fait déstabilisante et qui interroge aussi notre façon d’aborder les livres dans une société de consommation.

(J’ai depuis lu Méfiez-vous des enfants sages dont je comptais vous parler dans une chronique spécial Cécile Coulon, mais ce court roman m’a laissée tellement de marbre, m’a ennuyée même et je n’ai aucune envie d’en écrire une critique. Tant pis, je resterai sur mon excellent souvenir du Rire du grand blessé.)

Méfiez-vous des enfants sages (couverture)

« Les Agents accédaient à ce statut grâce à leur faiblesse, précisément ce pour quoi on les avait toujours rejetés. Jusqu’alors, ils n’avaient été que des ratures dans les marges de la société. »

« La liberté ? Ce mot ne signifiait rien d’autre que le souvenir de nuits sans sommeil et d’hivers sans feu. La liberté, tels le vin, les femmes et les Livres, tuait les hommes qui en consommaient trop. Elle les gangrenait, ils ne pensaient qu’à elle, comme à une fille qu’ils auraient croisée une fois sans avoir osé l’aborder. Une saleté ! L’illusion du pouvoir, la certitude idiote qu’il nous reste un trésor quand on a tout perdu. 1075 détestait les hommes libres, parce qu’ils ne possédaient rien, et qu’ils en étaient fiers. »

« 1075 ne souhaitait pas se retrouver sur les gradins d’un stade à implorer, mains jointes, trois malheureux chapitres d’un Livre quelconque ; il désirait comprendre comment on en était arrivés là. Pourquoi les mots provoquaient-ils un tel déchaînement ? »

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon. Points, 2015 (Viviane Hamy, 2015, pour la première édition). 135 pages.

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 Le dogue noir, de Neil Gaiman (2016)

Le dogue noir (couverture)Après American Gods et Le monarque de la vallée, nous retrouvons Ombre toujours en vadrouille dans le nord du Royaume-Uni. A nouveau, l’histoire débute dans un pub alors que la pluie tombe à verse. La discussion tourne autour des chiens, réels et imaginaires (même si ces derniers sont aussi réels que les premiers pour certain·es autochtones) et d’un chat retrouvé emmuré dans les murs du bar. Une ambiance tout à fait festive donc. Ombre accepte l’invitation d’un couple qui se propose de l’héberger pour la nuit. Mais l’homme s’effondre et la rencontre vire au cauchemar.

Fantômes, meurtres, jalousie, culpabilité, molosse spectral… on retrouve bien l’ambiance étrange et macabre du Monarque de la vallée avec cette terreur qui ne vient pas forcément de là où on l’attend. On retrouve certains ingrédients d’American Gods et, bien que potentiellement indépendante, je pense que ces livres plairont surtout à celles et ceux qui connaissent déjà le personnage et son histoire.
Si j’apprécie ces historiettes – parce que Neil Gaiman, parce que bien écrits –, leur brièveté me frustre également. L’immersion est rapide tout comme la lecture (surtout pour un livre à 23€ même si les illustrations expliquent un peu ce prix) et je redoute la lassitude si le voyage d’Ombre doit ainsi se poursuivre. Ces récits sont très sympathiques et remplis de choses qui me plaisent (à commencer par l’ambiance et les sujets), mais je préférerais retrouver Ombre dans un gros roman !

Heureusement que l’illustrateur est là pour sublimer le tout ! Pour coller à l’ambiance inquiétante, les illustrations de Daniel Egnéus sont idéales. Tracées à l’encre, certaines dégoulinent comme les figures du test de Rorschach, d’autres  présentant des enchevêtrements chaotiques de traits fins. Et toutes, avec ces corps tordus, en souffrance, mettent en exergue la folie et l’irréalité qui irriguent le récit. Cette noirceur viscérale prend aux tripes, révulse et fascine et transcendent un texte qui serait probablement facilement oubliable sans elles.

Dans cette histoire, joliment sombre, résonne un écho au célèbre chien des Baskerville. Les illustrations font toute la beauté de l’objet en soulignant l’étrangeté et l’horreur de ce récit.

« Il n’y avait aucun bruit dans la maison : Ombre imaginait le Dogue noir tapi sur le toit, occultant tout soleil, toute émotion, tout sentiment et toute vérité. Quelque chose avait abaissé le volume dans cette maison, refoulé toutes les couleurs vers le noir et blanc. Il aurait souhaité se trouver ailleurs, mais il ne pouvait pas les abandonner. Il s’asseyait sur son lit, regardait par la fenêtre la pluie ruisseler sur le carreau et sentait les secondes de sa vie s’égrener pour ne jamais revenir. »

« Un autre contact lui effleura la main. Ombre jeta un coup d’œil sur le côté et comprit. Comprit pourquoi Bastet avait été à ses côtés en ce lieu, comprit qui l’avait amenée.
On les avait broyés et saupoudrés sur ces champs plus de cent ans auparavant, volés à la terre ceignant le temps de Bastet et de Beni-Hassan. Par tonnes et tonnes, par milliers, des chats momifiés, chacun un minuscule représentant de la déité, chacun un acte d’adoration préservé pour une éternité. »

Le dogue noir, Neil Gaiman. Au Diable Vauvert, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 87 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata (1961)

Les belles endormies (couverture)Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est là un texte très troublant. Nous suivons le fil des pensées du vieil Eguchi qui, pour une première fois, puis une seconde, une troisième, une quatrième et une cinquième fois, se rend dans une étrange maison pour y dormir aux côtés de jeunes filles, d’adolescentes, droguées et plongées dans un profond sommeil. La contemplation de ces filles le conduit à une sorte de méditation sur sa vie passée tandis que leurs corps et leurs odeurs réveillent en lui le souvenir des femmes de sa vie. Outre une mosaïque de son existence et des sentiments qui l’ont traversée, se dessine aussi un tableau de la vieillesse, de la peur de la décrépitude, de la solitude, de l’approche inéluctable de la mort.

Senteurs charnelles, souffles chauds, corps alanguis… l’écriture délicate de Kawabata dessine une atmosphère sensuelle, érotique parfois. Eguchi porte son attention sur de minuscules détails parfois surprenants, comme l’implantation des cheveux sur la nuque, une dent de travers, la forme d’une langue, la courbe d’une épaule, les nuances et la texture de la peau… La description des visages et des corps est tout simplement sublime.
Cependant, ce court roman m’a aussi mise très mal à l’aise. Inconscientes poupées de chair et de sang, morceaux de viande fraîche, l’impuissance de ces jeunes filles livrées aux regards – tendres, paternels, admiratifs, lubriques – de vieillards flirte avec le malsain même si les règles tacites de la maison interdisent les rapports sexuels (même si ces « hommes de tout repos » en sont généralement incapables). Doublée de certaines réflexions sur les femmes que je ne partage aucunement, ce récit n’a cessé, du début à la fin, de me déranger, voire de m’irriter.

Lent, triste, beau, vaporeux, ce huis-clos nous plonge dans les souvenirs, les affres et les craintes d’un vieil homme. Si la fin laisse un goût d’inachevé, Les Belles Endormies, roman étrange s’il en est, m’aura à la fois séduite pour la poésie et la sensibilité de son écriture sur des sujets inhérents au genre humain et révulsée par son cadre éminemment perturbant et même scabreux.

« Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l’argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s’étendre aux côtés d’une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s’épargnaient la honte du sentiment d’infériorité propre à la décrépitude de l’âge, et trouvaient la liberté de s’abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes. Était-ce pour cela qu’ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée ? »

« L’immense étendue des désirs, leur insondable profondeur, jusqu’à quel point les avait-il finalement mesurées au cours des soixante-sept années de son passé ? »

Les Belles Endormies, Yasunari Kawabata. Le Livre de Poche, coll. Biblio romans, 2006 (1961 pour l’édition originale. Albin Michel, 1970, pour la traduction française). Traduit du japonais par René Sieffert. 124 pages.

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Au plus près, d’Anneli Furmark (dessin) et Monika Steinholm (scénario) (2018)

Au plus près (couverture)La dernière Masse Critique Babelio de l’année m’a permis de découvrir la bande-dessinée Au plus près aux éditions Çà et Là, une maison qui m’avait déjà séduite par le passé avec l’atypique Bottomless Belly Button de Dash Shaw.
Au plus près nous emmène en Norvège aux côtés de Jens et Edor. Tous deux, au cours d’un été mouvementé, découvrent leur homosexualité et leur attirance réciproque.

Commençons par le point qui fâche. Je n’ai pas du tout adhéré au dessin. Pas du tout. Pourtant, j’ai plutôt tendance à m’habituer facilement à des styles très divers, y compris ceux qui, à première vue, ne sont pas dans mes goûts car je finis souvent par trouver qu’ils se marient bien à l’histoire qu’ils illustrent. Mais là, non. Je n’ai pas arrêté de tiquer sur telle ou telle page, ce trait, comment le qualifier, naïf ? simpliste ? enfantin ? n’a pas su me séduire. Ce coloriage un peu grossier – feutre et crayon de couleur mêlé de collages – n’a pas davantage réussi à me transporter dans « les somptueux paysages du nord de la Norvège » vantés par le communiqué de presse.

En revanche, l’histoire est jolie et tendre. On s’attache aux garçons, surtout Jens pour ma part. Ce garçon à la chevelure flamboyante, un peu gros, un peu trop timide qui finalement se découvrira bien plus de courage et d’honnêteté – envers lui-même et envers les autres – que cette tête brûlée d’Edor. Les événements et la façon dont ils sont narrés ne sont pas d’une grande originalité – j’avoue que l’on peut sans trop de difficultés annoncer ce qui se passera dans les pages suivantes – mais le but n’est sans doute pas là et il se dégage de ses pages une grande douceur et beaucoup de pudeur. On s’immisce dans les pensées des personnages sans voyeurisme et les autrices ne poussent jamais trop loin dans le pathos.

Une histoire d’amour tout à fait réaliste et crédible, dont les émois et les drames parleront à tout le monde. Il est simplement regrettable que j’ai été si rebutée par le dessin de la Suédoise Anneli Furmark.

Au plus près, Anneli Furmark (dessin), tiré d’un roman de Monika Steinholm (2017). Editions Çà et Là, 2018 (2018 pour l’édition originale). Traduit du suédois par Florence Sisask. 224 pages.

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Thérèse et Isabelle, de Violette Leduc (1954)

Thérèse et Isabelle (couverture)Thérèse et Isabelle raconte la passion brûlante et éphémère entre les deux héroïnes éponymes, toutes deux pensionnaires dans un collège. Ce texte de 1954 fut publié par Gallimard en 1966 dans une version censurée et ce n’est qu’en 2000 que l’éditeur le publia dans son intégralité.
Violette Leduc s’inspira fortement de sa propre expérience pour écrire le court texte qu’est Thérèse et Isabelle (comme pour tous ces autres romans d’ailleurs) car elle a connu, au cours de ses années collège dans les années 1920, deux passions, l’une avec une autre pensionnaire, Isabelle, l’autre avec une surveillante, Hermine (ce qui causa son renvoi).

L’écriture est précieuse, les mots sont précis et les phrases ciselées. Il est presque inattendu de trouver ce langage parfois quelque peu désuet parlant de passion charnelle et de l’union des corps. Mais l’écriture est également crue et parle de l’amour physique sans fausse pudeur. Violette Leduc raconte l’homosexualité féminine et le plaisir féminin avec beaucoup de sensualité. Il y a de la douceur entre les deux filles, mais aussi une impatience fiévreuse parfois brutale.

Le texte est très court et c’est là son seul défaut. Il ne faut pas le lire pour ses personnages que l’on connaît finalement assez peu. Il ne se perd pas en description sur les protagonistes, mais s’attache à raconter la naissance, puis la découverte de l’amour physique, du corps de l’autre ainsi que l’attente fébrile entre deux retrouvailles.

Thérèse et Isabelle est un texte intense, à la fois poétique (le texte est parsemé de métaphores autour des fleurs notamment) et explicite, et peut-être l’un des premiers à parler sans fard de l’homosexualité féminine. Quant à Violette Leduc, elle est vraiment une autrice que je veux découvrir plus en avant. Dans ma ligne de mire : La Bâtarde et Ravages (et une relecture de L’Asphyxie qui ne m’a pas laissé de grands souvenirs…).

« Nous avions créé la fête de l’oubli du temps. Nous serrions contre nous les Isabelle et les Thérèse qui s’aimeraient plus tard avec d’autres prénoms, nous finissions de nous étreindre dans le craquement et le tremblement. Nous avons roulé enlacées sur une pente de ténèbres. Nous avons cessé de respirer pour l’arrêt de vie et l’arrêt de mort. »

« Elle attendait : c’est ainsi qu’elle m’apprit à m’ouvrir, à m’épanouir. La muse secrète de mon corps c’était elle. Sa langue, sa petite flamme, charmait mon sang, ma chair. Je répondis, je provoquai, je combattis, je me voulus plus violente qu’elle. »

Thérèse et Isabelle, Violette Leduc. Gallimard, coll. Folio, 2000 (1954 pour l’écriture du roman, 1966 pour la version censurée). 142 pages.

Contes des Royaumes, tome 3 : Beauté, de Sarah Pinborough (2014)

Beauté (couverture)Fille du roi et d’une ondine (la Petite Sirène ?), Belle – comme dans la Belle au Bois Dormant, mais aussi comme dans la Belle et la Bête – est la reine du royaume situé près de la Montagne lointaine. Mais un jour, un maléfice s’abat sur la contrée et Belle, comme tous ses sujets, tombe dans le sommeil pour cent ans tandis qu’une forêt (presque) impénétrable encercle le pays. Un prince en mal d’aventure, un chasseur contraint d’assurer sa protection et une jeune fille vêtue d’une cape rouge partent explorer ce royaume inconnu. Evidemment, quand il la voit le prince fait son devoir de prince – « C’est une princesse et je suis un prince. Je suis censé l’embrasser. » –, mais tout ne se passe pas comme prévu… Le mariage et les enfants font devoir attendre.

Ce tome est peut-être le plus difficile à critiquer. Où s’arrêter ? Que dévoiler ? Il y a beaucoup de réponses aux questions que l’on pouvait se poser suite à la lecture de Poison et de Charme, donc il serait dommage de les dévoiler.
On comprend peu à peu que les événements décrits dans Beauté se déroulent avant ceux des deux autres tomes. Evidemment, on retrouve notre chasseur, malheureusement embringué dans toutes ces histoires de princesses, et notre prince, blondinet charmeur. On découvre donc comment ils se sont rencontrés, comment le chasseur est entré en possession des pantoufles de diamant ; quant à la réaction du prince face au comportement de Blanche-Neige une fois celle-ci réveillée, elle trouve son origine dans ce tome.

Deux autres personnages de contes font leur apparition : le Petit Chaperon rouge, renommé Petra, et Rumplestiltskin.
Petra quitte sa mère-grand et part avec le chasseur et le prince en direction du royaume ensorcelé. Sa motivation : traverser le mur végétal pour retrouver celui dont le hurlement l’attire plus que tout. Je ne l’ai toutefois pas trouvée d’une utilité folle (sauf à la fin). Elle rencontrera d’ailleurs son « grand méchant loup » en la personne de Toby, l’homme-loup. Mais finalement, je ne me suis pas attachée à elle car je n’ai pas eu l’impression de bien la connaître. A part son obsession pour le hurlement, on ne sait pas énormément de choses sur elle.
Le second n’est pas le personnage de conte que je connais le mieux. J’ai déjà entendu parler de lui, que ce soit sous ce nom ou sous celui de Nain Tracassin, mais tout ce dont je me rappelais était une histoire de prendre le premier-né d’une reine. En le rencontrant dans Beauté, on comprend qui était cet homme portant une quenouille dans Charme et quel terrible pacte le prince avait passé avec lui.
Est également évoquée Raiponce, la belle à la longue chevelure blonde, sauvée par l’arrière-grand-père du prince.

Il y une atmosphère souvent oppressante dans ce livre. Par deux fois, le chasseur tente de prévenir ses compagnons de ce qu’il a découvert dans les cachots, mais par deux fois, il est interrompu. Viennent ensuite des rumeurs de sœur jumelle aussi folle et cruelle que Belle est douce. Le Premier Ministre semble louche avec ses yeux étincelants, sa manie d’arriver en douce et ses menaces.
La scène érotique, celle du bal, est une débauche de sexe, de sang et de cruauté, ce qui (pour cette fois) tombe vraiment bien dans cette histoire emplie d’horreur.
Cette réécriture est vraiment plus sombre que les versions que l’on connaît habituellement de la Belle au Bois Dormant. Les personnages sont poussés à leurs extrémités et subissent des tortures psychologiques bien plus fortes que n’importe quelle souffrance physique. On voyage aux confins de la folie.

En relisant mes notes, je me rends compte que j’ai toujours des questions qui restent sans réponses. Par exemple, la mère du prince  laisse entendre qu’elle a un amour passé, secret : « Et puis, quand le roi avait eu des aventures – comme en ont toujours les souverains, hommes gâtés entre tous –, elle avait haussé les épaules, convaincue qu’il finirait pas revenir dans son lit. Après tout, leur mariage était une union royale. Avant cela, elle-même avait connu des aventures romantiques. Des idylles et puis… » Et puis quoi ?
Ensuite, le chasseur découvre les pantoufles dans une chaumière pleine de fioles, d’herbes et de potions, l’antre d’une sorcière qui aimait séduire les hommes. On comprend ensuite qu’il s’agit de la sorcière qui a jeté le sort à Toby, mais qui était-elle ? Et qui l’a assassinée ? Est-ce simplement, comme le suggère Toby, la vengeance d’une femme trompée et jalouse ? L’auteure se serait-elle mélangée avec toutes ses sorcières ?
Nous apprenons qu’il y a neuf royaumes en guerre perpétuelle, plus un dixième royaume soumis à une malédiction. Nous connaissons celui de Blanche-Neige, celui de Cendrillon ; celui de Belle est le dixième ; cela laisse des possibilités sur les princesses des sept royaumes restants et sur leur vie dans ces lieux parfois loin d’être idylliques.

J’ai beaucoup aimé ce troisième tome qui est vraiment sombre. J’ai passé de bons moments de lecture avec cette trilogie, même si les histoires étaient peut-être un peu trop courtes. Les personnages de Disney ne brillent pas toujours par leur profondeur de caractère, il est donc plaisant de creuser un peu leur psychologie et donc de les rendre plus humains. Au diable, les princes sauveurs et parfaits ! Aux oubliettes, les princesses sans cervelle !
En outre, les trois livres sont vraiment très beaux avec leurs couvertures rigides et brillantes et leurs fines illustrations intérieures.

« Ce son effrayait petits et grands, mais il recelait quelque chose qui parlait à Petra et la laissait le cœur lourd. Longtemps, elle n’avait fait qu’écouter, mais une nuit, elle avait rejeté sa capuche en arrière et hurlé à son tour en réponse. La forêt toute entière s’était mise à vibrer et trembler lorsque leurs deux voix n’en avaient plus fait qu’une. C’était devenu comme un chant, un secret mystérieux et suave qui la faisait frissonner d’une façon qu’elle ne comprenait pas vraiment. Elle brûlait de franchir le mur de ronciers pour aller retrouver l’autre moitié du duo. Quelle pouvait être la bête ainsi retenue prisonnière ? Pourquoi semblait-elle si désespérément condamnée à la solitude ? »

« Tu sais, il n’y a pas que les hommes qui ont besoin d’aventure. Tout le monde doit trouver sa destinée. Et s’il y a quelque chose qui t’appelle de l’autre côté de ce mur, c’est que tu dois t’y rendre. Ainsi vont les choses. »

« Lorsque les ennuis s’abattaient sur les gens ordinaires, c’était généralement aux classes dirigeantes et à leurs souverains qu’ils le devaient. Ce qui avait réduit la ville au silence avait forcément pour point d’origine le château. »

« A la lueur de la chandelle, Rumplestiltskin eut la sensation de voir briller dans les prunelles de la sorcière les centaines d’années qu’elle avait vécues – et la sécheresse du cœur mort qui battait dans sa poitrine. La magie ne produit jamais rien de bon, lui hurlait sa conscience. Il s’était mis à trembler légèrement. Sous ses dehors si ordinaires, ce n’était en fait qu’une horrible vieille chouette. Il ne faut rien attendre de bon d’une vieille chouette. »

Contes des Royaumes, tome 3 : Beauté, Sarah Pinborough. Bragelonne, coll. Milady, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Frédéric Le Berre. 216 pages.

La trilogie des Contes des Royaumes par Sarah Pinborough :

Contes des Royaumes (3 tomes, couvertures)

Contes des Royaumes, tome 2 : Charme, de Sarah Pinborough (2014)

Contes des Royaumes 2 - Charme (couverture)Dans ce second tome, c’est le conte de Cendrillon qui est revisité. On retrouve les deux belles-sœurs, Ivy et Rose, la belle-mère, Esmée, ainsi qu’Henry, le père (qui n’est pas mort, pas plus que ne l’était celui de Blanche-Neige). Par contre, pas de souris et d’oiseaux qui confectionnent des robes ou de citrouille qui se transforme en carrosse.

J’ai beaucoup aimé les relations familiales qui sont très approfondies dans ce roman. On part avec l’idée qu’Esmée et ses filles sont cruelles envers la pauvre Cendrillon qui doit trimer du matin au soir, mais mes sentiments envers tous ces personnages ont énormément évolué au fil du récit. Cendrillon est au cœur du récit plus que ne l’était Blanche-Neige, on connait davantage ses pensées et son caractère. D’ailleurs, elle m’a assez rapidement agacée (même si ça a encore changé plus tard) par sa jalousie envers ses sœurs (« Je pourrais tuer pour une robe pareille. Ou même pour un simple tour dans ce bel équipage, songea Cendrillon. Oui, sans doute pourrait-elle tuer pour cela. En revanche, elle n’était pas certaine qu’elle aurait été jusqu’à donner un seul baiser au vicomte pour l’un ou l’autre de ces trophées. ») et par la manière dont elle traite son ami Bouton qui prend mille risques pour elle (« Certes, Bouton était plein de qualités, mais elle attendait plus de la vie. Elle voulait ce qu’Ivy avait, avec un homme grand et beau pour époux en plus. Elle le souhaitait si fort que cela en devenait douloureux. »). Malgré tout, elle change, éprouve de la compassion et de la compréhension pour sa belle-famille et ouvre les yeux sur la vie de palais qu’elle idéalisait tant.
De la même manière, belle-mère et belles-sœurs perdent leur image de méchantes personnes. Rose se révèle notamment très fine et intelligente (loin des bécasses de Walt Disney) tandis que l’on comprend de mieux en mieux le caractère changeant d’Esmée.
Bref, je m’arrête là avant de vraiment trop en dire.
Certains des personnages principaux de Poison jouent à nouveau un rôle très important : Lilith, qui était la belle-mère de Blanche-Neige, le prince et le chasseur. C’est très plaisant de les retrouver car cela permet de leur donner encore un peu plus d’épaisseur.

Pour ce qui est des croisements avec d’autres contes, Hansel et Gretel est à nouveau présent à travers des disparitions d’enfants dans la forêt et l’étrange récit d’une fillette à propos d’une maison en pain d’épices (j’espère d’ailleurs qu’on en saura plus dans le troisième tome, Beauté, puisque la sorcière était déjà présente dans Poison). On rencontre également Robin des Bois. Il s’agit ici d’un ami très proche de Cendrillon, surnommé Bouton, qui travaille au palais mais au service des pauvres : « Je vole les riches pour donner aux pauvres, lui avait-il dit un jour. C’est la seule façon d’être un voleur heureux. »

Le côté érotique de ce conte revisité ne m’a pas laissée aussi perplexe que lors de ma lecture de Poison. Peut-être parce que j’ai dû m’y habituer, peut-être aussi parce qu’elles sont mieux amenées (je repense à l’étreinte entre Blanche-Neige et le chasseur, pourquoi ? quelle nécessité ? quel intérêt ?). Et ça change des princesses naïves et éloignées de tout ce qui se rapporte au sexe, elles sont plus humaines avec leurs fantasmes et leurs désirs.

Pour ce qui est de la fin, elle est, dans ce second tome, beaucoup plus heureuse que dans le premier. Heureusement, elle diffère tout de même grandement de la fin connue de Cendrillon, mais je n’ai pas ressenti la même surprise que pour Poison.

Ce second volume ne m’a pas déçue, bien qu’il soit moins sombre que Poison. Il y a des belles descriptions pleines de féérie, les personnages sont toujours aussi profonds et humains et des questions restent en suspens, questions dont j’espère trouver la réponse dans Beauté. Ma curiosité est ouverte en ce qui concerne la fin du troisième et dernier volume.

« Son esprit n’était plus qu’un nœud de noires pensées auxquelles elle ne parvenait même plus à donner la moindre forme cohérente. La jalousie était à l’œuvre, elle le savait. L’envie mêlée d’une touche d’auto-apitoiement. Elle n’y pouvait rien, c’était plus fort qu’elle. »

« La vie n’est pas un conte de fées, Cendrillon. J’aimerais qu’elle le soit, mais ce n’est pas le cas. »

Contes des Royaumes, tome 2 : Charme, Sarah Pinborough. Bragelonne, coll. Milady, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Frédéric Le Berre. 254 pages.

La trilogie des Contes des Royaumes par Sarah Pinborough :

Contes des Royaumes, tome 1 : Poison, de Sarah Pinborough (2014)

Contes des Royaumes 1 - Poison (couverture)« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. »

Ce n’est certainement pas par cette formule traditionnelle que se termine cette version revisitée du conte de Blanche-Neige.
On connaît tous le conte, donc un résumé ne sera pas nécessaire. Quant à la fin, elle est bien différente de celle de Disney, mais je ne la spoilerai pas.

J’ai beaucoup aimé la manière dont sont approfondis les caractères de ces personnages célèbres : la reine, les nains, le prince, Blanche-Neige… Leur importance se vaut et Blanche-Neige n’est plus la seule héroïne et les méchants occupent bon nombre des pages de ce roman. Ils apparaissent plus modernes, plus humains, torturés par leurs désirs.
La reine – prénommée Lilith (elle était prédestinée au mal avec ce prénom) – n’est pas présentée comme étant LA méchante sorcière, un-point-c’est-tout, on découvre pourquoi elle est comme ça, son passé, sa bisaïeule qui lui a enseigné l’art de la magie, son mariage forcé, sa jalousie qui lui ronge le cœur et qui lutte (et vainc) les remords qu’elle ressent parfois. Son inhumanité n’est pas sans causes et est aggravée par des événements inattendus. J’ai beaucoup aimé ce personnage. Décidée et autoritaire, belle et captivante, intelligente et manipulatrice, mais pourtant tourmentée. Son fameux miroir n’est pas vraiment un objet régulièrement sollicité, mais une voix
Les nains souffrent de leur travail de mineurs, peuple d’exploités. L’un d’eux, Manchot, a même connu un épisode particulièrement traumatisant dans les profondeurs de la terre. Les chants, les livres pour Rêveur et Blanche-Neige leur apportent un peu de joie et de lumière dans cette obscurité.
Le prince… Je n’en dirai rien car il est plein de surprise, ce prince. Il nous rappelle que la cruauté peut prendre bien des visages, même celui de l’amour et de la beauté.
Quant à Blanche-Neige, elle est certes quelque peu ingénue car elle vit dans le bonheur, l’action et le plaisir de vivre et ne connaît pas de difficultés au quotidien, mais elle n’est pas sans caractère. Elle est forte et décidée. Elle tente de changer sa belle-mère, dompte les plus fougueux étalons, se lie d’amitié avec les miséreux et les domestiques, etc. N’étant pas une demoiselle niaise en détresse, elle n’agit pas comme une princesse de son rang le devrait, ce qui ne plaît pas à tout le monde.
On peut noter que le roi, le père de Blanche-Neige, nous est un peu plus présenté que dans d’autres versions du conte. Outre un portrait physique, l’auteure définit sa relation à sa défunte femme et à Lilith, ses motivations pour son royaume ou son amour pour sa fille.

J’ai beaucoup aimé que d’autres contes interviennent dans celui-ci : Aladdin, Hansel et Gretel, les pantoufles de verre de Cendrillon, etc. Ainsi que l’intervention de l’arrière-grand-mère de Lilith qui jouera un rôle important dans l’empoisonnement de la belle princesse.

Le ton est plus adulte. Autant il y a des tensions entre les personnages qui rajoutent à l’épaisseur de leur caractère (je pense à Lilith, Blanche-Neige ou le chasseur), autant la nuit de noces de Blanche-Neige y est relatée de manière particulièrement érotique. Etait-ce nécessaire ? Je ne sais pas. Ça ne m’a pas dérangée, mais je ne trouve pas que cela apporte énormément de choses.

Autre point sur lequel j’apporterai une nuance : la fin. Je trouve l’idée audacieuse, originale et sombre à souhait, mais j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus étoffée. Les derniers chapitres se sont déroulés à une vitesse folle, une ultime vision de chaque protagoniste, mais elle m’a laissée un petit goût de manque.

Le livre en lui-même est très beau également. Sa couverture cartonnée et écarlate à l’extérieur et les illustrations de Noëmie Chevalier à l’intérieur (une pour chaque chapitre) en font un magnifique objet.

N’ayant jamais été fan de Blanche-Neige, j’ai passé un bon moment avec cette version pleine de noirceur et ces personnages profonds, qu’ils soient bons, méchants ou un peu des deux.

Je suis curieuse de découvrir les deux tomes suivants – Charme (sur Cendrillon) et Beauté (sur la Belle et la Bête) – et j’espère qu’il ne s’agira pas trop d’un copier-coller (du genre « on reprend la même recette en changeant les noms »).

« Tout le monde l’aime, n’est-ce pas ? Et comment pourrait-il en être autrement ? Elle est si belle et si gentille, et en même temps, libre et indocile. Elle pourra choisir parmi les princes celui dont elle tombera amoureuse. Oui, elle est vraiment la plus belle du royaume. N’est-ce pas magnifique ? »

Contes des Royaumes, tome 1 : Poison, Sarah Pinborough. Bragelonne, coll. Milady, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Frédéric Le Berre. 221 pages.

La trilogie des Contes des Royaumes par Sarah Pinborough :

The Rocky Horror Picture Show, de Jim Sharman et Richard O’Brien, avec Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick… (Etats-Unis, 1975)

The Rocky Horror Picture Show 1Attention, film culte !

Je sais que tout le monde ne sera pas d’accord ; pour certains, ce film est naze, mal joué, etc. Eh bien ! Pour moi comme pour beaucoup d’autres, il est culte.

Brad Majors et Janet Weiss viennent de se fiancer et décident d’aller l’annoncer à leur ex-professeur devenu un ami, Everett V. Scott. Sur la route, par une nuit orageuse, ils crèvent un pneu. Se souvenant avoir dépassé un vieux château, ils décident de s’y rendre afin de téléphoner. Dans ce manoir se déroule le meeting annuel des Transylvaniens. Leur chef, Frank N Furter, les invite à rester la nuit et à assister à son succès : il a découvert le secret de la vie et a créé l’homme parfait (bon, plein de muscles, mais pas de cervelle).

Je reconnais que c’est complètement délirant, que c’est certes kitsch, que les effets spéciaux sont approximatifs (le laser des Transylvaniens est pas mal !), mais c’est justement cela qui fait la saveur de ce film. C’est ce qui fait le charme de cette parodie des films de science-fiction, d’horreur et de série B, charme qui n’existerait pas si les  effets spéciaux étaient dignes des films de science-fiction actuels.

Film plein de références aux films de série B, aux réalisateurs, aux acteurs (Fay Wray, The Invisible Man, George Pal, la société RKO Pictures, etc.), mais aussi à Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.
Film osé – pour l’époque – sur l’homosexualité, la bisexualité.
Film érotique, mais jamais vulgaire.
Film impertinent.
Film inclassable.

Mais le plus important de cette comédie musicale gothique restera toujours la musique évidemment. Géniale. Les premières notes du « Time Warp » donnent envie de danser comme celles de « Hot Patootie » et tant d’autres. Science Fiction/Double Feature, Over at the Frankenstein Place, Don’t Dream it Be it… Elles sont géniales. Et elles restent bien en tête, pendant des heures, voire des jours.

C’est l’un des premiers films de Susan Sarandon, mais, même si elle joue très bien la cruche (« – Hey Janet. – Yes Brad ? » « Oh Brad. »), c’est Tim Curry qui domine le show dans son rôle de « sweet transvestite from Transexual, Transylvania ». Il surpasse tous les autres, Transylvaniens, Terriens et autres créations, dans son rôle de Frank N Furter. Déjanté, sensuel, cruel. Impressionnant, sidérant. Toutes ses expressions, toutes ses mimiques rendent le film délicieux. Il prend aux tripes. On sourit seul face à l’écran, quitte à se sentir idiot. Il est époustouflant.

Il est encore projeté au cinéma (38 ans après sa sortie qui a été un bide) et j’aimerais vraiment assister à l’une de ces projections interactives où une troupe joue le film devant l’écran et où le public participe en venant déguisé et avec divers accessoires (riz, eau, gants, journal…). J’adore cette idée de cinéma où l’on n’est pas passif, mais actif. De plus, l’ambiance doit être autrement plus joyeuse et décontractée que pour les autres films (attention, j’adore le cinéma, m’en prendre plein la vue et les oreilles dans l’obscurité silencieuse de la salle, je n’ai jamais dit le contraire). Etant donné que j’habite en province, cela devra attendre un petit voyage à Paris, ce qui n’est malheureusement pas dans mes projets immédiats.

Ce film est intemporel. Il est immortel.

 En attendant, je vais me le re-re-re-garder !

« I would like, if I may, to take you on a strange journey. »

 Une mystérieuse phrase finale :

« And crawling on the planet face, some insects called the human race, lost in time and lost in space and meaning.  »

« Ils rampent à la surface de la Terre, ces insectes qu’on appelle la race humaine, perdus dans le temps et perdus dans l’espace et la signification. »

The Rocky Horror Picture Show 2