Black Butler, tomes 1 et 2, de Yana Toboso (2007)

Sebastian Michaelis est majordome au service du jeune comte Ciel Phantomhive. Celui-ci, âgé de 12 ans, est déjà à la tête d’une entreprise fructueuse et se charge en outre de résoudre certaines affaires délicates pour le compte de la reine Victoria. Sebastian est, en apparence, un domestique zélé et diablement efficace. Cependant, on découvre rapidement qu’il est bien plus que cela.

Que ce soit dit, je n’y connais rien en manga. Je lis certains mangakas comme Taniguchi ou Tatsumi, mais pas de longues séries comme Black Butler. Aussi, quand un chouette concours organisé par L-Bookine et Saiwhisper des Pages qui tournent m’a permis de gagner les deux premiers tomes, j’étais ravie d’ouvrir un peu mon horizon.

Le sens de lecture et l’organisation des mangas ne me posent aucun problème et j’ai rapidement été prise par l’histoire. On découvre les personnages principaux que sont Sebastian, Ciel et les autres domestiques de ce dernier. Le premier tome nous dévoile également qui est réellement Sebastian. Ces deux tomes m’ont fait l’effet d’une introduction à l’univers de Yana Toboso. Une introduction efficace pendant laquelle on ne s’ennuie nullement.
On a rapidement envie de lire la suite pour en savoir davantage : comment Sebastian est-il rentré au service de Ciel, comment Ciel a-t-il perdu ses parents, etc. ?  Si ces personnages sont plutôt discrets et mystérieux, ce n’est pas du tout le cas de la femme de chambre, du jardinier et du cuisinier de Ciel. Ces trois boulets maladroits, bruyants, pleurnichards ou colériques mettent à rude épreuve la patience de Sebastian tout en apportant une touche d’humour très appréciable.

Car Black Butler recèle également son lot de personnages inquiétants. Notamment dans le second tome dans lequel notre duo part sur les traces de Jack l’Eventreur (d’ailleurs, j’étais un peu sceptique face à cette appropriation, mais elle passe finalement très bien). Dans ces moment, plus question de politesse et de mondanités, l’action entre en scène. Quand Ciel est en danger, Sebastian se met en mouvement et le sang coule souvent. Cela dit, la violence reste modérée, du moins dans ces deux premiers volumes. En outre, elle est nécessaire car inhérente à la nature sombre de Sebastian. Dans le second tome, on accède d’ailleurs à ses pensées et Sebastian se révèle plus méprisant – songeant à son maître comme un gamin, à la servante comme une idiote… – que ce que son sourire compréhensif laissait à présager. Sa noirceur est davantage mise en avant ainsi que ce qu’il pense des humains.
J’ai aimé cette oscillation entre un chapitre très léger et un autre plus sérieux, voire dramatique. Cela permet des changements d’ambiance intéressants tout en découvrant de nouvelles facettes des différents protagonistes.

Les graphismes sont réussis, même si je n’ai pas de coup de cœur particulier. Les protagonistes sont expressifs et suffisamment divers dans leur apparence (le souvenir que j’avais des rares mangas lus pendant mon adolescence était celui de physiques assez uniformes). J’ai apprécié toutefois la représentation schématique d’un personnage pour montrer son expression (colère, incompréhension, pleurs, joie…) alors qu’il se trouve à l’arrière-plan. Je ne sais pas si c’est un procédé fréquent dans les mangas, mais je le trouve très ingénieux. Des photos seront peut-être plus parlantes :

Il ne me reste donc plus qu’à trouver les 21 tomes suivants pour connaître la suite de l’histoire. Le nombre interminable de chapitres (et le prix de chacun) est ce qui m’a toujours rebutée avec ce genre de mangas. Je pense donc faire l’effort avec Black Butler (avec l’aide de la bibliothèque près de chez moi), mais je ne deviendrai pas une lectrice assidue de manga.

Une touche de flegme anglais, de l’humour, de l’action, des secrets et du sang, Black Butler propose une intrigue convaincante et intrigante. Merci, L-Bookine et Saiwhisper, pour cette très bonne découverte !

Black Butler, tome 1, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2009 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 184 pages.
Black Butler, tome 2, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2010 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 194 pages.

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Miss Charity, de Marie-Aude Murail (2008)

Miss Charity (couverture)Miss Charity Tiddler est née dans une bonne famille de haute société anglaise. Cela implique de bien se tenir, de bien présenter, d’être sage et surtout de ne pas vouloir travailler pour vivre. Une vie bien ennuyeuse entre des parents qui l’ignorent et Charity passe la majeure partie de son temps avec sa bonne, Tabitha et se consacre à ce qu’elle aime : les lapins, les crapauds, les souris, les oiseaux, qu’elle recueille dans une étrange ménagerie. Elle aime aussi réciter Shakespeare, courir dans les champs, arpenter la campagne du Kent et inventer des petites histoires au sujet de ses protégés.

Marie-Aude Murail s’inspire de la jeunesse de Beatrix Potter pour donner vie à la dynamique Charity. D’où un contexte historique parfaitement documenté. Les us et coutumes de la bourgeoisie, la place des femmes, les théâtres qui présentaient alors les pièces de Wilde et de Shaw, la campagne anglaise… Nous sommes immergés dans une Angleterre du XIXe siècle plus vraie que nature.

Beatrix Potter

C’est toutefois très romancé et Charity n’est pas tout à fait Beatrix. D’une fillette attachante et maladroite, elle deviendra une jeune femme bien déterminée à suivre ses désirs – dans sa vie personnelle, dans son art, dans ses affaires professionnelle – et à faire reconnaître son intelligence dans un monde d’hommes. Elle est entourée de personnages inoubliables, fantasques, encourageants, loyaux que sont sa gouvernante française, sa bonne écossaise, le précepteur allemand de son cousin, un comédien un peu voyou et bien d’autres.
Voilà pourquoi, même si l’on devine assez vite la fin de l’histoire, tous les éléments précédents et le fait de les suivre sur de longues années contribuent à la pointe de regret au moment de fermer le livre. C’est drôle, c’est un peu triste parfois, c’est excellent.

Les aquarelles dans Miss Charity

Malgré sa taille, le roman se dévore. Merci à l’écriture vivante et entraînante de Marie-Aude Murail et à la plongée dans la tête de Charity grâce au récit à la première personne. Petite surprise : les dialogues présentés comme dans une pièce de théâtre avec le nom du personnage inscrit avant son texte (il y a d’ailleurs parfois de petites didascalies). Etonnant, mais en rien perturbant.
Les aquarelles de Philippe Dumas contribuent également à donner de la légèreté au roman et font souvent des clins d’œil à celles de Beatrix Potter. Sans dire que je les trouve magnifiques, elles sont toutes simples et illustrent à merveille l’histoire en capturant un paysage, un animal, une situation.

Le croirez-vous, il me semble bien que Miss Charity est mon premier roman de Marie-Aude Murail ! En tout cas, c’est une magnifique rencontre tant avec l’autrice qu’avec ses personnages menée par une héroïne moderne pour son temps, une amoureuse de la nature indépendante et pleine d’imagination.

Les illustrations de Beatrix Potter

« Lydia
C’est Charity Tiddler qui aurait bien besoin de consulter un médecin.
Philip
Qu’est-ce qu’elle a? Est-elle malade?
Lydia
Elle est folle. Elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles
J’ignore d’où elle tenait son information, mais je dus reconnaître que que c’était un assez bon résumé de ma vie. 
»

« Mademoiselle
Croyez-vous, Cherry, qu’un jour quelqu’un pourra faire oublier à Herr Schmal la perte de sa femme et de ses enfants ?
Moi
J’ai eu beaucoup de chagrin à la disparition de Daring Number One. Vous ne l’avez pas connu, mais c’était un crapaud remarquable. Je n’ai pas pu l’oublier. Mais je me suis attachée à Darling Number Two d’une façon tout à fait satisfaisante, aussi bien pour lui que pour moi.
Mademoiselle, l’air désespéré

En effet, c’est encourageant. »

« Juliette Capulet avait quatorze ans et il me semblait que, si on lui avait offert à son anniversaire « Le Livre des Nouvelles Merveilles », elle eût mieux employé son temps. Elle aurait pu apprendre comme moi-même que les sporophytes sont des plantes asexuées d’un commerce plus reposant que les Montaigu. »

Miss Charity, Marie-Aude Murail, illustré par Philippe Dumas. L’Ecole des Loisirs, 2008. 562 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine (4 tomes), de Gail Carriger (2013-2015)

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est une série dans laquelle j’ai eu un peu de mal à m’impliquer. Cependant, je suis têtue et, comme j’avais emprunté les quatre tomes d’un coup à la bibliothèque, j’étais bien décidée à tous les lire en dépit d’un premier tome qui ne m’avait pas du tout convaincue.
Je vous propose un récapitulatif des points positifs et négatifs de cette saga avant de revenir sur chaque tome.

Les + :

  • Le mélange steampunk, surnaturel et enquêtes policières ;
  • L’humour et les petites piques qui se glissent ici et là ;
  • Les personnages (quand on a appris à les connaître, ce qui m’a demandé d’attendre le troisième tome), notamment les filles avec leurs caractères très différents ;
  • Les enjeux sociétaux et technologiques développés au fil de la série.

Les – :

  • Un triangle amoureux qui dure bien trop longtemps à mon goût ;
  • Une intrigue parfois un peu faible ;
  • Le premier tome (c’est le plus mauvais, ce qui est plutôt dommage) ;
  • Une héroïne un peu trop parfaite.

Résultat : une série distrayante, mais pas particulièrement excitante. Malgré un univers et une héroïne sympathiques, elle ne me laissera sans doute pas un souvenir marquant.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est apparemment très lié avec la série précédente de Gail Carriger, Le Protectorat de l’ombrelle, qui serait également plus adulte. D’une part, je ne suis pas vraiment poussée vers Le Protectorat du fait de mon avis mitigé sur Le Pensionnat, mais, d’autre part… je suis curieuse. Donc je garde l’idée sous le coude et on verra ce que l’avenir me réservera !

  • Tome 1 : Etiquette & Espionnage

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T1 (couverture)Angleterre, début du XIXe siècle. Sophronia, 14 ans, est un défi permanent pour sa pauvre mère : elle préfère démonter les horloges et grimper aux arbres qu’apprendre les bonnes manières ! Mme Temminnick désespère que sa fille devienne jamais une parfaite lady, aussi inscrit-elle Sophronia au Pensionnat de Mlle Géraldine pour le perfectionnement des jeunes dames de qualité.
Mais Sophronia comprend très vite que cette école n’est peut-être pas exactement ce que sa mère avait en tête. Certes, les jeunes filles y apprennent l’art de la danse, celui de se vêtir et l’étiquette ; mais elles apprennent aussi à donner la mort, l’art de la diversion, et l’espionnage – le tout de la manière la plus civilisée possible, bien sûr.
Cette première année au pensionnat s’annonce tout simplement passionnante.

(Désolée, j’ai été flemmarde, je vous donne les résumés de l’éditeur.)

Que ce premier tome peine à démarrer ! On découvre l’école et l’univers, mais pourtant, pendant une bonne partie du roman, j’ai eu du mal à voir où l’autrice m’emmenait.
Nous sommes au milieu du XIXe dans un univers qui mélange steampunk (avec des machines volantes et des domestiques mécaniques) et surnaturel (avec des loups-garous et des vampires) pour un résultat hétéroclite qui donne envie d’être exploré.

Comme l’indique chaque titre de volume, le pensionnat de Mlle Géraldine dispense deux formations. D’une part, elle prépare les filles à être de parfaites ladys et, d’autre part, à être de parfaites espionnes. Si j’ai beaucoup apprécié tout ce qui relevait de l’espionnage (dissimulation, combat, poisons, etc.), j’ai parfois été agacée par la frivolité des élèves. (J’ai beau savoir que ce sont les mœurs, l’époque et la société qui veulent cela et que c’est le but du roman, ça m’a tout de même irritée.)
Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer à Harry Potter pour le côté « école » et je trouve le résultat moins satisfaisant. Dans Harry Potter, dès le premier tome, j’avais une idée précise des cours et des professeurs (un premier aperçu qui n’a évidemment fait que s’étoffer au fil de la saga). Le résultat est bien moins efficace dans ce premier tome où j’ai trouvé que les cours et les professeurs étaient simplement survolés, ce qui ne m’a pas permis de me faire une idée précise du contenu de la formation.

Avec, en outre, des personnages classiques et pas spécialement attachants (mais je compte sur les tomes suivants pour remédier à cela) et une écriture agréable mais sans charme particulier, on ne peut pas dire que ce premier tome ait réussi à me séduire. Il m’a fait l’impression d’un long préambule un peu vide que ce soit en terme d’action ou de personnages. Toutefois, j’ai bravement continué ma lecture pour laisser une chance à cette série.

« Comment ai-je fait pour ne pas remarquer qu’il suffisait de la complimenter pour qu’elle me trouve acceptable ? se demanda Sophronia, sans vraiment se rendre compte que cela était aussi une conséquence de sa nouvelle éducation. Nombreuses sont les dames qui ne font confiance au jugement des autres que si elles ont été jugées favorablement elles-mêmes. »

  • Tome 2 : Corsets & Complots

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T2 (couverture)Certaines choses ne changent pas au pensionnat de Mlle Géraldine : Monique est toujours aussi pimbêche, les cours toujours aussi mortels et les vampires, les loups-garous et les humains brûlent de s’entretuer. Cette deuxième année s’annonce donc bien remplie pour Sophronia : alors que son école volante se dirige vers Londres pour un mystérieux voyage scolaire, elle doit réussir ses examens, remplir son carnet de bal, perfectionner son art de l’espionnage et découvrir qui se cache derrière un dangereux complot visant à contrôler le fameux prototype susceptible de révolutionner le transport aérien surnaturel. Et voilà que les professeurs du pensionnat commettent l’impensable : ils laissent monter à bord rien moins que des garçons !
Mais Sophronia est douée dans sa partie et ne se laissera pas distraire de sa mission dans ce deuxième volet piquant et délicieusement écrit du Pensionnat de Mlle Géraldine.

Dans ce second tome, Sophronia est plus à l’aise dans son nouvel environnement et on devine clairement qu’elle est destinée à devenir la meilleure élève du pensionnat (ce qui est une véritable surprise, reconnaissons-le). Moi aussi, j’ai été plus à l’aise avec cet opus légèrement plus dynamique que le précédent. L’intrigue, totalement dans le prolongement du premier tome, se déroule avec davantage de fluidité (mais peut-être me étais-je tout simplement habituée à l’écriture, à l’histoire, à l’univers, etc., car finalement l’histoire reste globalement semblable à celle du premier tome).

J’ai été ravie d’en apprendre un peu plus sur les vampires, leur mode de vie, leur société ou leurs capacités. Côté personnages, je reconnais commencer à m’attacher à certains d’entre eux et à être curieuse de leur destinée, mais, à part Sophronia, ils n’évoluent pas énormément, ce qui est regrettable (mais pas irrattrapable puisqu’il reste deux tomes).

Un second tome qui, sans être transcendant, s’est révélé meilleur que le premier et ne m’a pas fait regretter ma persévérance.

« Beaucoup de messieurs étaient incapables d’affronter les pipelettes, ce qui était la raison pour laquelle ils les épousaient souvent. »

  • Tome 3 : Jupons & Poisons

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T3 (couverture)Toujours élégante, Sophronia continue sa deuxième année au pensionnat – avec un éventail à lames d’acier dissimulé dans les plis de sa robe de bal, bien évidemment. Une arme tendance et fort à propos, puisque la jeune espionne, sa meilleure amie Dimity, l’adorable soutier Savon et le charmant Lord Felix Mersey montent clandestinement dans un train en direction de l’Écosse pour ramener leur camarade de classe Sidheag à sa meute de loups-garous. Personne ne se doute de ce qu’ils vont trouver – ou qui – à bord de ce train étrangement vide. Alors que Sophronia met à jour un complot susceptible de plonger Londres tout entière dans le chaos, elle va aussi devoir décider une bonne fois pour toutes vers qui va sa loyauté.
Rassemblez vos poisons, affûtez vos plumes d’oie et rejoignez les jeunes et gracieuses machines à tuer du pensionnat de Mlle Géraldine dans ce troisième volume passionnant offert par l’auteur steampunk à succès Gail Carriger.

A la lecture de ce troisième tome, il devient clair que les quatre intrigues sont étroitement liées par le prototype convoité de tous dans le premier volume. Deux énigmes se mêlent dans ce tome : l’une liée aux loups-garous et l’autre au prototype. Comme j’avais aimé découvrir les vampires, j’ai apprécié la rencontre avec les loups-garous qui permet d’approfondir notre connaissance de ce monde atypique. Il n’y a plus de temps mort comme dans les deux premiers volumes grâce à l’escapade rocambolesque des cinq jeunes gens et ce troisième tome a, en plus, le bon goût d’amorcer quelques changements agréables au niveau des personnages. Et j’avoue que je commence à apprécier le sens de la répartie des jeunes filles et l’humour distillé ici et là par l’autrice.

En revanche, je dis NON au triangle amoureux Sophronia-Savon-Félix ! C’est d’un classique horripilant et j’espère que l’on passera à autre chose dans le dernier tome (comme la fin de celui-là le laisse entendre). Il est également terriblement lassant de lire encore et encore que Félix est « terriblement séduisant », que son air d’ennui blablabla, que ses yeux bleus blablabla… Aaargh ! Stop !

Malgré un côté un peu fleur-bleue qui conviendra peut-être davantage à des lectrices plus jeunes que moi, ce roman remonte la série dans mon estime. J’attends du quatrième et dernier tome qu’il continue sur cette lancée.

 « Sophronia, l’espace d’une pensée hystérique, se dit que Félix ressemblait peut-être au pudding aux figues. Il était riche et délicieux mais il valait mieux le consommer avec modération. »

  • Tome 4 : Artifices & Arbalètes

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T4 (couverture)Apprendre l’art de l’espionnage au sein de l’école volante de Mlle Géraldine est devenu fastidieux pour Sophronia, privée de la présence de Savon à ses côtés. Elle préférerait utiliser ses talents pour contrarier les plans des Vinaigriers, mais ses maints avertissements au sujet des viles intentions de ces derniers sont encore et toujours ignorés. Sophronia ne sait plus à qui se er. Quelles informations détient le bourru dewan de Sa Majesté ? Dans quel camp se place l’élégant vampire lord Akeldama ?
Une seule chose est certaine : un complot d’envergure se trame, et Sophronia doit se préparer à sauver ses amis, son école et Londres tout entier du désastre à venir – sans jamais se départir de son spectaculaire raffinement, bien évidemment.
Découvrez le destin de notre jeune héroïne alors qu’elle met enfin en pratique ses années d’entraînement, dans ce quatrième et dernier volume du Pensionnat de Mlle Géraldine.

 Voilà la fin de cette série ! Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en suis soulagée, mais je ne suis pas particulièrement triste de voir le point final arriver.
Pourtant, ce dernier tome s’est révélé vif et agréable à lire. Le défi auquel Sophronia est confronté est plus dangereux et complexe que ceux des tomes précédents (on pourra regretter la facilité avec laquelle l’héroïne se défie des obstacles, mais, arrivée au quatrième tome, je n’en suis plus surprise). Si Savon, peu présent, m’a manqué, la maturité des filles (Sophronia la première), la réapparition de certains protagonistes des tomes précédents (comme Pétunia ou Lord Akeldama) ainsi que quelques révélations sur d’autres personnages m’ont vraiment fait plaisir.

Je laisse ce dernier tome sur un sentiment positif. Cette série vaut ce qu’elle vaut, elle n’est pas exempte de défauts (loin de là), mais la lecture est légère et distrayante, ce qui ne fait pas de mal de temps à autre.

« « Une jeune fille, qui portait un poulet en osier et jouait de la harpe, m’a assommé avec un livre sur les beignets puis m’a fourré sous un piano. » Ça ressemblait à un rêve bizarre. »

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 1 : Etiquette & Espionnage (VO : Finishing School – Etiquette & Espionage), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 353 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 2 : Corsets & Complots (VO : Finishing School – Curtsies & Conspiracies), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 354 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 3 : Jupons & Poisons (VO : Finishing School – Waistcoats & Weaponry), Gail Carriger. Orbit, 2015 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 359 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 4 : Artifices & Arbalètes (VO : Finishing School – Manners & Mutiny), Gail Carriger. Orbit, 2016 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 374 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Ecole du Prieuré :
lire un livre se déroulant dans un pensionnat

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, d’Edward Carey (2015)

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (couverture)Attention aux spoilers pour qui n’aurait pas lu les deux premiers tomes !

Le Faubourg a brûlé, le Château a sombré dans l’océan de détritus ; les Ferrayor se tournent donc vers Londres, rebaptisée Londremor. Ils plongent la capitale dans une nuit perpétuelle, se terrent dans une maison et, alors que de plus en plus de Londoniens se transforment en objets, préparent leur vengeance. Une vengeance dont Clod est l’élément-clé.

Changement par rapport aux deux tomes précédents : les Ferrayor ne sont plus des seigneurs tout-puissants. Ils envahissent Londres comme des rats et, comme des rats, ils sont traqués et tués s’ils montrent le bout de leur nez. Cette chasse les pousse aux dernières extrémités et nous découvrons de nouvelles facettes de leur personnalité. Ce dernier volume nous permet également d’en apprendre davantage sur certains Ferrayor comme Pinalippy, Rippit ou encore l’effrayante Scory.

Un roman bavard qui nous plonge comme dans un rêve étrange et sale, dans l’esprit torturé de ses personnages et dans l’imagination foisonnante de son auteur. Toutefois, en dépit de la frénésie verbale dont font preuve les narrateurs, l’histoire en elle-même avance lentement. Ce troisième tome est le plus long des trois et peut-être souffre-t-il un peu des répétitions et des fréquents changements de narrateurs. En effet, les points de vue sont multiples : Clod et Lucy évidemment, mais également Pinalippy, des garçons des rues, des membres de la famille Ferrayor…et même la reine Victoria.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (image)

Malgré tout, je n’ai pas été déçue par ce troisième tome qui conclut magistralement cette trilogie originale. La langue est toujours aussi addictive, riche et soignée tandis que les illustrations collent parfaitement avec le ton et l’atmosphère dérangeante du roman. Une trilogie qui m’a convaincue d’un bout à l’autre en me transportant dans son univers totalement décalé.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville 4

« Imaginez ceci : il y a une rue dans Londres, Londres la plus grande ville du monde, cette métropole foisonnante, qui abrite plus d’âmes que n’importe quelle ville sur la planète, où tout le monde se pousse et se bouscule. Eh bien, dans cette ville surpeuplée il existe une rue vide, une rue morte, une rue déserte.
Comme si l’humanité s’achevait là.
Comme si Londres était devenu un musée, et qu’il n’y avait plus personne pour le visiter. »

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, Edward Carey, illustré par l’auteur. Grasset, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Alice Seelow. 569 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Dernier Problème 
lire un livre qui est le dernier tome d’une saga

Les Ferrailleurs (tomes 1 et 2), d’Edward Carey (2013-2014)

Les Ferrailleurs, tome 1, Le Château (couverture)Nous sommes à la périphérie de Londres en 1875. Une étrange demeure appelée le Château des Ferrayor se dresse dans une mer d’ordures venues de Londres. C’est là que vit Clod, un garçon solitaire et mélancolique qui possède un étrange don : il entend parler les objets. Il faut dire que l’extravagante famille des Ferrayor a une relation plus que particulière avec les objets, souvent totalement inintéressants à première vue. La vie du jeune Clod est bouleversée par l’arrivée d’une nouvelle servante, Lucy Pennant, une orpheline du Faubourg.

Les Ferrailleurs est un roman qui prend son temps. La mise en place de cet univers si particulier se fait lentement. On peut être quelque peu frustré du temps que met l’action à décoller, mais en ce qui me concerne, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir tranquillement ce monde étrange. L’imaginaire d’Edward Carey est complètement délirant et incroyablement riche. A la fois gothique et magique, c’est également un monde très sale, puant et fuligineux, que l’on soit au château comme dans le faubourg. Et pourtant, j’ai été conquise.

Les personnages sont fabuleux, étranges et complexes. Les Ferrayor sont totalement fous, très bien campés, avec des caractères variés et on aimerait tout savoir sur eux. J’ai beaucoup aimé le regard incrédule que pose Lucy sur eux. Pour elle qui a les pieds sur terre, leur manière de vivre et les règles qu’on lui impose sont pour le moins déconcertantes. Si elle m’a agacée par certains côtés, j’ai apprécié le caractère bien trempé de Lucy qui n’a pas la langue dans sa poche. Tout le contraire du timide Clod pour lequel j’ai ressenti beaucoup de sympathie. Au début, plutôt faible et timoré, il mûrit au fil de ses (més)aventures et découvertes. C’est le personnage qui m’a le plus touché dans ces deux tomes.

Le fait que les chapitres alternent les points de vue de Clod et de Lucy (plus quelques autres personnages de temps en temps) apporte une richesse à la narration et nous permet d’en savoir plus, d’en voir plus, sur la famille et leur domaine.
Je tiens également à souligner que Les Ferrailleurs sont des romans extrêmement bien écrits. J’ai trouvé que le vocabulaire était d’une richesse fabuleuse et le style agréablement désuet. Cela contribue énormément à nous plonger dans cet univers du XIXe siècle et dans cette prétendue grandeur des Ferrayor.

Au début de chaque chapitre, Edward Carey nous offre un portrait délicieusement lugubre d’un personnage du roman. Ces illustrations, toujours en noir et blanc, sont accompagnées de plans du château pour le premier tome et du faubourg pour le second. Ce sont d’ailleurs ces couvertures sombres (très « à la Tim Burton ») qui m’ont attirée.

Les Ferrailleurs, tome 2, Le Faubourg (couverture)Quand on arrive à la fin du premier tome – et  quelle fin ! elle est juste parfaite –, on ne peut avoir qu’une seule hâte : celle de découvrir le second ! C’est ce que j’ai fait, je l’ai tout simplement dévoré. On change de cadre, ce qui permet à Edward Carey d’approfondir son univers. Aussi bon et dépaysant que le premier, plus sombre également, Le Faubourg est beaucoup plus dans l’action que Le Château. Le cadre est maintenant Fetidborough, le triste, gris et dangereux Faubourg qui a vu naître Lucy. Cependant, l’action n’empêche pas la réflexion et des questions qui étaient déjà légèrement présentes dans le premier tome prennent une importance bien plus considérable. Les thèmes de ces réflexions : l’identité, l’asservissement, le travail, la lutte des classes…

Les Ferrailleurs garantissent une plongée immersive dans un univers unique à la fois biscornu et glaçant. Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je ne peux que vous inciter à les lire. Ce sera forcément une lecture atypique !

J’attends avec beaucoup d’impatience la sortie du troisième tome qui nous emmène cette fois dans La Ville le 22 mars prochain !

Les Ferrailleurs, tome 1, Le Château« La demeure des Ferrayor, notre château, notre palais, était construit, je le voyais maintenant, non pas avec des briques et du mortier, mais avec du froid et de la douleur, ce palais était un édifice de méchanceté, de noires pensées, de souffrances, de cris, de sueur et de crachats. Ce qui collait le papier peint sur nos murs, c’étaient des larmes. Quand notre demeure pleurait, elle pleurait parce que quelqu’un d’autre dans le monde se souvenait de ce que nous lui avions fait. »
Tome 1, Le Château

« Les hommes dans les guerres perdent leur âme, elle est foulée aux pieds, je l’ai vu, il n’y a plus d’individus, rien qu’une masse, une grande masse qui court à son anéantissement. »
Tome 2, Le Faubourg

Les Ferrailleurs, tome 1 : Le Château, Edward Carey, illustré par l’auteur. Grasset, 2015 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Alice Seelow. 452 pages.

Les Ferrailleurs, tome 2 : Le Faubourg, Edward Carey, illustré par l’auteur. Grasset, 2016 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Alice Seelow. 373 pages.

From Hell : une autopsie de Jack l’Eventreur, d’Alan Moore et Eddie Campbell (2000)

From HellIl y a très longtemps, j’avais vu le film, réalisé par Albert et Allen Hughes, avec Johnny Depp et Ian Holm (2001). Ce fut une surprise d’apprendre il y a quelques mois qu’il était tiré d’un roman graphique. L’ayant trouvé à la médiathèque, j’ai attaqué sa lecture.

Ai-je besoin de rappeler l’histoire de Jack l’Eventreur, cet homme qui dans le Londres victorien assassina les prostituées de Whitechapel avant de disparaître sans laisser de traces ? Il ne laissa qu’une lettre (malgré de nombreux imitateurs) intitulée « From Hell », « De l’enfer ». Je ne révèlerai rien de l’hypothèse avancée par Alan Moore afin de ne gâcher à personne le plaisir de la découvrir.

From Hell est un sacré pavé avec ses 575 pages. Quatorze chapitres, un prologue, un épilogue et des appendices.

 

Chaque chapitre – un peu comme Fritz Haberest ouvert par une page noire et des citations. Contemporaines à l’histoire ou moderne, provenant de journaux, d’écrivains célèbres (Oscar Wilde ou Frank Kafka, par exemple), de livres de ripperologues, de poèmes (Milton, Yeats…), etc., elles annoncent le chapitre, donnent parfois le ton. Les chapitres peuvent plus ou moins longs, muets ou bavards, dynamiques ou lents, sanglants ou non.

Des épisodes de la vie de l’assassin se mêlent à ceux de ses victimes. Je l’ai dit : de son identité, je ne dirai pas un mot. Mais sa psychologie est particulièrement fouillée. Ses intentions, ses secrets, sa vie publique, ses illuminations, ses croyances nous sont dévoilées.

On découvre la vie dans le Londres de Victoria : la domination du pouvoir, les francs-maçons, et le quotidien des plus démunis, la solitude et la misère humaine. Ceux, ou je devrais plutôt dire, celles pour qui la vie signifie l’alcool, la prostitution et la peur des gangs qui leur extorquent de l’argent. Pourtant, les femmes ne sont pas les plus misérables : elles se battent pour survivre, pour payer le loyer, pour se nourrir alors que les hommes apparaissent souvent plus pitoyables. Ça grouille parfois, les personnages sont nombreux, il faut un petit moment le temps de faire leur connaissance et de les reconnaître. On rencontre John Merrick, alias Elephant-Man, William Blake ou encore Oscar Wilde.

 

Les appendices sont divisés en deux parties. Tout d’abord, précédées par deux plans de Londres et de Whitechapel, des annotations pour chaque chapitre, voire pour chaque planche du livre, éclaircissent les passages un peu nébuleux et expliquent les sources, les preuves, les spéculations, les inventions, les probabilités de chaque élément. Car malgré une part de fiction évidente, les auteurs se sont basés sur une enquête sérieuse prenant en compte des faits avérés et des documents réels. Ensuite, Le Bal des chasseurs de mouettes est un historique de la « ripperologie » et des différents suspects proposés par les auteurs. Nous commençons avec Walter Sickert en 1890 pour terminer avec From Hell.

Si le premier appendice est parfois très conséquent et un peu lourd en références, il n’en reste pas moins passionnant et témoigne de l’enquête réalisée par Alan Moore. De même le second illustre de manière assez drôle les spéculations et les fantasmes nés de ces meurtres. On apprend quand même un certain nombre de choses.

 

Les dessins  d’Eddie Campbell n’utilisent que du noir. Sombres, ils transmettent et servent à merveille l’ambiance de l’histoire. Ils sont parfois oppressants, si ténébreux que l’on ne voit pas bien ce qui se passe, comme si l’on était au fond d’une impasse au milieu d’une nuit sans lune. Certaines planches sont très lentes et donnent au lecteur le temps de s’imprégner d’une situation, elles accompagnent une discussion ou illustrent la stupéfaction d’un personnage comme frappé par la foudre suite à la découverte d’un corps. En alternant deux techniques (énormément de traits ou des aplats), Eddie Campbell fait le parallèle entre deux mondes : celui des riches auquel appartient l’assassin et celui des plus miséreux auquel appartiennent les victimes.

Un roman graphique passionnant, documenté, qui nous transporte à la fois dans le mythe de Jack l’Eventreur et dans les palais et les bas-fonds du Londres de la reine Victoria.

« Le seul lieu où les dieux et les monstres existent sans conteste n’est autre que l’esprit humain… »

From Hell : une autopsie de Jack l’Eventreur, Alan Moore (textes) et Eddie Campbell (dessin). Delcourt, coll. Contrebande, 2000 (1991-1996 pour l’édition originale en dix volumes). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Jannequin. 572 pages.