Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson, avec Martin Freeman, Benedict Cumberbatch, Ian McKellen… (Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, 2014)

Le Hobbit 3 4 Smaug et BardAprès toutes ces bonnes critiques, je voulais quand même râler un peu contre LE blockbuster de la fin d’année 2014, à savoir l’immanquable Hobbit. Autant j’ai aimé les deux premiers, Un voyage inattendu et La Désolation de Smaug, autant le troisième, La Bataille des Cinq Armées, m’a ennuyée pendant deux heures et demie.

Première déception : voir Smaug écarté en cinq minutes. Smaug était la star des deux premiers volets. Objet de la quête, on le fantasmait dans Un voyage inattendu, on l’a partiellement découvert avant la sortie de La Désolation de Smaug dans lequel on le découvrait enfin dans toute sa puissance, sa majesté, sa grandeur et sa terreur. Les mimiques et la voix de Benedict Cumberbatch en ont fait bien plus qu’un simple lézard de synthèse, c’était un personnage à part entière. Avec Bilbo, c’était le personnage qui m’intéressait et m’importait le plus. Et là, il meurt – comme prévu, certes – au bout de cinq minutes. On a un peu l’impression d’avoir été manipulés. Ces cinq minutes auraient très bien pu trouver leur place à la fin du deux. Différence minime entre 161 ou 166 minutes de film. Mais ces millions de spectateurs – dont je fais partie – seraient-ils allés voir le trois s’ils n’avaient pas la curiosité de savoir comment Smaug allait se débrouiller, quels ravages il allait causer ? J’en doute.

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Donc voilà, Smaug meurt. Que se passe-t-il pendant les innombrables minutes restantes ?

Thorin (Richard Armitage) est de plus en plus casse-bonbon. Ses retournements intérieurs, que ce soit sa folie ou son retour à la raison, sont tellement rapides qu’ils sont improbables à mes yeux. Sa mort, cheveux au vent dans le soleil couchant, est d’un convenu affligeant tout comme la « résurrection » d’Azog après sa mort par noyade.

Legolas (Orlando Bloom), toujours avec ses drôles d’yeux flippants, est exaspérant et devrait se prendre une baffe à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Et je suis d’accord, les Elfes sont puissants, terriblement agiles, mais… sauter sur des rochers qui s’effondrent comme sur des marches d’escalier, ce n’est pas un peu too much ?

Tauriel (Evangeline Lilly) et Kili (Aidan Turner) sont à vomir. Les longs plans sur leurs visages larmoyants sont à mourir de rire. Tauriel, dont j’avais salué l’apparition, personnage féminin libre et fort, me déçoit depuis qu’elle est tombé amoureuse de ce nain, certes très sympathique, mais tout de même. Pourquoi tout personnage féminin doit être protagoniste d’une histoire d’amour et, si possible, d’un triangle amoureux ? Dès le moment où elle rencontre Kili, son seul but est de sauver Kili. Elfe sylvestre, la voilà aussi libre qu’un Elfe de maison… Et l’interprétation d’Evangeline Lilly laisse vraiment à désirer. Beaucoup de mimiques, beaucoup de fausseté, je n’ai pas cru une seule seconde ni à son amour, ni à sa douleur.

Alfrid (Ryan Gage), le serviteur du maître de Lacville, avide et peureux, n’est qu’une pâle copie de Grima « Langue-de-Serpent » (Brad Dourif) dans la trilogie du Seigneur des Anneaux et ne fait pas rire alors que c’est bien la seule raison de sa présence. Le duel entre Galadriel (Cate Blanchett) et le Nécromancien/Sauron (voix de Benedict Cumberbatch) est très exagéré avec des effets spéciaux ridicules. Gandalf (Ian McKellen) est bien gentil, mais qu’est-ce qu’il apporte dans ce film ?

Heureusement que Martin Freeman est là. Malgré ses pieds de plus en plus énormes, Bilbo est le seul que j’ai eu plaisir à voir, le seul qui m’a réellement convaincue. Malgré sa relative inutilité dans cet opus, sa bouille suffit à me fait plaisir. Et son mélange d’intelligence et de gaucherie me séduit depuis Un voyage inattendu.

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La Bataille des Cinq Armées porte bien son titre. Ce n’est qu’une interminable bataille. Le spectateur voyageait à travers des paysages majestueux dans les premiers, le voilà sur un champ de guerre boueux et inesthétique. Les décors n’ont aucun intérêt. Champ de bataille parcouru par des créatures immondes dont la présence m’a laissée perplexe : pourquoi les « mange-terre » qui apparaissent trente secondes et qui n’apportent rien ? Cela me rappelle les cochons de combat des nains : était-ce une obligation de leur fournir des montures aussi risibles ?

La poésie du début de la trilogie ? L’humour ? Disparus, enterrés.

A la place des plans ampoulés et des paroles vides. A mille reprises, le spectateur est sans doute censé se trouver pris aux tripes, les larmes aux yeux, par la profondeur des phrases lancées d’un air inspiré et sage par tous les personnages, mais j’ai simplement été partagée entre un long bâillement et un éclat de rire devant leur vacuité et leur pathétisme.

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J’ai beaucoup ri devant un résumé trouvé dans le magazine Illimité si je ne me trompe pas. Je vous le donne :

« Et si le dragon Smaug était le cœur qui fait battre la trilogie du Hobbit [sans aucun doute… dans les deux premiers films, jusqu’à son éviction impitoyable dans les cinq minutes introduisant le troisième], à la manière de son cousin Gollum devenu plus mythique que Frodon [heureusement…] ? Dans ce cas, La Bataille des Cinq Armées, centré sur sa terrible vengeance [avez-vous vu le film ?], est sans conteste le film le plus excitant de la saga [dans quelle langue répétition, ennui et platitude sont-ils synonyme d’excitation ?], vouée à s’éteindre avec lui [et on oubliera cette fin]. »

Un film de bourrins, sans poésie, sans subtilité, sans intérêt. La pire fin possible pour la trilogie du Hobbit. A oublier. A enterrer.

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Toile de dragon, Muriel Zürcher (textes) et Qu Lan (illustrations) (2014)

Toile de dragon (couverture)

Découverte montreuilloise, Toile de dragon raconte l’histoire de Thong-Li, un petit garçon qui s’occupe au marché en dessinant dans la poussière. Lorsqu’un vieux mendiant lui troque un magnifique poisson bleu contre un pinceau et de l’encre, il peut enfin réaliser son rêve : garder une trace de ses dessins ! Trop pauvre pour acheter du papier, il ne se décourage pas et commence à peindre sur des toiles d’araignée… Et son talent est si immense que l’empereur ne tolère pas qu’il ne soit pas à son service. Il l’envoie chercher pour qu’il peigne sur chaque toile de son immense palais et c’est le début des ennuis pour Thong-Li…

L’histoire, aux accents d’authentique conte chinois, est belle bien que classique. Liberté, beauté de la nature, art, mégalomanie… On se laisse prendre facilement à cette aventure. On est ravi de voir le rêve de Thong-Li se réaliser, on s’émerveille devant ses dragons que l’on imagine majestueux, on tremble avec lui devant la menace de mort lancée par l’empereur. Et quelle belle idée, peindre sur des toiles d’araignée ! Ne nous arrêtons pas sur le comment et laissons le rêve faire effet… Que de poésie jusqu’à la dernière page qui m’apparaît comme un mélange des poèmes « Liberté » et « Le cancre » de Jacques Prévert.

« Liberté

(…) Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffé d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom (…) »

« Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur »

« Et là, sur une toile d’araignée tendue entre deux vieux arbres, il peint. Son dessin s’offre aux caresses des éléments, aux regards des vivants. Le vent et les hommes retiennent leur souffle devant tant de beauté. Sur la toile, Thong-Li a dessiné la liberté. »

Elle-même d’origine chinoise, Qu Lan illustre magnifiquement cette histoire et le grand format de l’ouvrage les met particulièrement en valeur. Elle transcrit en image la délicatesse de ce jeune artiste, il est touchant dans sa joie comme dans sa détresse. Sous son pinceau, il s’épuise et dépérit peu à peu alors que l’empereur exige sans cesse plus de lui. Ses paysages brumeux, écumeux, transportent le lecteur sur les rivages lointains de la Chine. Son petit poisson scintillant parmi les carpes grises m’a fasciné à lui-seul : onirique apparition qui donne un ton rêveur dès les premières pages…

Une petite perle. Un texte empli de poésie et servie par une illustratrice talentueuse.

« Ceci est pour toi. Un bâton d’encre, une pierre pour l’écraser, un pinceau fin, et un conseil : veille à ne pas tracer les limites de ta liberté. »

 « Sache, Thong-Li, que toutes les beautés m’appartiennent. Je les garde enfermées en ma demeure. Toi, tu peindras un dragon sur les toiles d’araignée de chacune des mille et une pièces du palais. Si ton travail me donne satisfaction, tu vivras, vêtu de soie brodée, nourri de mets exquis, abreuvé de liqueurs rares. Mais si tu me déçois… je te ferai couper la tête ! »

Toile de dragon, Muriel Zürcher (textes) et Qu Lan (illustrations). Picquier jeunesse, 2014. 36 pages.

Quelques illustrations sur le site de Qu Lan