Elyon (tomes 1 à 3), de Patrick Carman (2005)

Avec Elyon, je me suis replongée dans une trilogie de mon adolescence. Des livres dont je n’avais absolument aucun souvenir. Par ailleurs, Livraddict m’a appris qu’il existait deux tomes supplémentaires dont je n’avais jamais eu connaissance et que je n’avais même jamais recherché la mention « trilogie » figurant sur les trois premiers volumes.

Alexa, 12 ans, se rend avec son père, comme tous les étés, à Bridewell, la principale cité de leur petit royaume. Sauf que, cette fois, elle est bien décidée à franchir les murailles qui les isolent de l’extérieur pour partir à l’aventure. Elle ne se doutait que cela l’amènerait à parler avec des animaux et surtout à prendre conscience qu’un terrible danger menace sa ville. Son destin vient de se mettre en marche.

Le premier tome, Le mystère des Monts Obscurs, peut se lire seul. Il y a un début et une fin bien propre et presque aucune question n’est laissée en suspens. Seuls les mystères entourant certains protagonistes – tels Thomas et Renny Warvold ou encore Elyon, le créateur de cette Terre – trouveront des réponses dans les deux volumes suivants.
Cette première lecture m’a été agréable. La Terre d’Elyon est un monde original, intrigant et onirique (quoique étonnement restreint en terme de géographie) sur lequel planent les reliquats d’une ancienne magie presque évaporée, oubliée. Ce récit recèle de très belles trouvailles, comme les Jocastes, ces pierres dont les gravures subtiles recèlent des motifs cachés ou ces récits poignants de famille (d’animaux mais cela importe peu) séparées par les murailles érigées par les humains. Bien qu’ayant démasqué « le méchant de l’histoire » bien avant Alexa, le jeu d’énigmes et d’enquête s’est révélé sympathique et plaisant à suivre.

Avec le second tome, La Vallée des Épines, mon enthousiasme a commencé à décroître. Un an après les événements du premier volume, les aventures d’Alexa continuent et celui qu’elle doit défaire est presque l’égal d’Elyon lui-même. Une histoire de toute évidence inspirée de la Chute, Elyon étant Dieu, Abaddon Lucifer et les Séraphins les anges déchus (Séraphins étant un terme désignant dans la Bible des créatures célestes dotées de trois paires d’ailes et présentes autour du trône de Dieu.
En premier lieu, j’ai trouvé ce tome très lent. C’est avant tout un voyage qui s’embrouille parfois dans des indications pas toujours claires et pendant lequel l’action se fait moins régulière. Ensuite, en dépit de cette lenteur, les nouveaux personnages traversent l’histoire sans susciter la moindre émotion puisque qu’ils restent méconnus et peu caractérisés.

Le troisième tome, La Dixième Cité, a tout d’abord souligné une étrange erreur qui me questionnait depuis le premier lorsque j’étudiais la carte de la Terre d’Elyon. Voici le passage en question :
« – Je connais l’existence de neuf cités sur la Terre d’Elyon.
(…)

– Neuf cités que j’ai vues de mes yeux, poursuivit Warvold.
Et il les énuméra, trop bas pour que j’entende ces noms familiers : Bridewell, Turlock, Lathbury, Lunenburg, Ainsworth, le Royaume de l’Ouest, Castalia et le Royaume du Nord.
– Il en est cependant une autre, reprit-il plus fort. Une autre dont je pensais que nul ne pouvait l’atteindre…
Il s’interrompit, se retint aux poutres tandis qu’une nouvelle vague cognait contre la coque.
– … La Dixième Cité, par-delà le Traître-Champ et les brumes éternelles, située en un lieu que personne n’a jamais découvert. »
Sauf que nous sommes bien d’accord qu’il n’énumère que huit cités (qui apparaissent sur la carte) : du coup, où est passée la neuvième ? Ou est-ce que l’auteur trouvait simplement que la Dixième Cité sonnait mieux que la Neuvième Cité ? Quoi qu’il en soit, c’est le genre de détail qui m’agace…

Ensuite, ce troisième opus a confirmé ce qui m’était déjà apparu dans le second : les personnages sont beaucoup trop lisses. Sujets à aucune évolution, ils représentent un caractère inébranlable tout au long de la trilogie. Les méchants sont atrocement caricaturaux : même le traître du premier tome, qui a tout de même connu l’héroïne depuis sa naissance, n’apparaît finalement que comme un homme cruel et violent sans la moindre nuance une fois dévoilée sa véritable identité. Dans les tomes 2 et 3, les apparitions de Victor Grindall, l’âme damnée d’Abaddon, sont risibles tant elles sont exagérées. Finalement, le seul personnage avec une psychologie un tant soit peu intéressante est Pervis Kotcher, le chef de la garde qui, malgré l’aversion mutuelle entre Alexa et lui, se révèlera d’une aide précieuse ; il possède un caractère plus complexe que les autres personnages. Bien entendu, tout cela est terminé dans le tome 2 puisque Pervis devient alors irrémédiablement « un gentil ».
Sans surprise, c’est la même chose du côté de l’histoire. On en devine la plupart des rebondissements, notamment grâce à des indices aussi discrets qu’un troupeau d’éléphants. Sans compter que tout semble trop facile puisqu’Elyon parle directement Alexa, la guidant dans sa quête et annihilant, pour le lecteur, le moindre sentiment de danger. Ses incertitudes apparaissent presque factices car elle ne semble finalement prendre aucune décision, se laissant guider par les autres et son ami omniscient. De plus, le discours « Elyon nous aime et veille sur nous, je ressentis alors tout l’amour qu’Elyon avait pour moi, etc. » était un peu exagéré pour moi, avec une connotation religieuse trop marquée.

Je ne vais pas faire que critiquer cependant. Côté personnages, la relation entre Alexa et Murphy, un écureuil surexcité, s’est révélé plutôt touchante dans la manière dont ces deux-là se réconfortent et s’encouragent mutuellement.
C’est aussi une histoire sympathique sur le fait de grandir, la vie qui se complique, les jeux qui n’en sont plus, les pertes qui ponctuent le chemin de l’existence, les regrets lorsqu’on regarde en arrière et l’impossibilité de redonner vie au passé. Si je pense être devenue trop âgée – et surtout trop exigeante – pour ces livres, je vois ce qui m’avait plu à l’époque et ce qui peut encore plaire à des adolescent·es.

Je sais que ma chronique n’est guère positive, cependant je pense que cela est dû à mon âge et à des romans trop enfantins à mon goût. Le premier tome fut une bonne redécouverte (et puis une héroïne qui adore lire et passe des heures à la bibliothèque, c’est toujours agréable !), mais la suite un peu trop monotone m’a moins emballée. J’aurais aimé quelque chose de plus creusé, avec des développements et dénouements moins évidents.

« Murphy en profita pour grimper encore plus haut et s’installer sur l’épaule de Yipes. Murphy sur Yipes, Yipes sur Armon : cela ressemblait à un numéro de cirque qui soulignait la nature unique de notre groupe. A présent, nos faiblesses me semblaient moins apparentes, et ce qui faisait notre force, plus évident. Les événements de la journée avaient prouvé que chacun de nous était doté de capacités que les autres n’avaient pas. Comme si nous étions les parties d’un même corps, nous dépendions les uns des autres et fonctionnions au mieux lorsque nous agissions ensemble. Ne sachant quelle partie de ce corps j’étais, je me sentis soudain inadaptée. »

Elyon (tomes 1 à 3), Patrick Carman. Bayard jeunesse.
– Tome 1, Le mystère des Monts Obscurs, 2006 (2005 pour l’édition originale), 327 pages ;
– Tome 2, La Vallée des Épines, 2007 (2005 pour l’édition originale), 279 pages ;
– Tome 3, La Dixième Cité, 2008 (2005 pour l’édition originale), 327 pages.

Trois petits livres signés par trois auteurs que j’apprécie beaucoup : Gaiman, de Fombelle et Bottero

Un peu par hasard, je me suis retrouvée avec trois livres de trois auteurs que j’aime beaucoup : Neil Gaiman, Timothée de Fombelle et Pierre Bottero. Odd et les géants de glace, Céleste, ma planète et Tour B2 mon amour sont trois courts romans jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

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Odd et les géants de glace, de Neil Gaiman (2009)

Odd et les géants de glaceOdd, globalement, n’a pas beaucoup de chance. Plus de père, une mère réinstallée avec un gros bonhomme qui n’aime guère son beau-fils, une jambe en miette suite à un accident de bûcheronnage et voilà que l’hiver s’éternise, s’éternise, s’éternise… Il décide de partir du village sans se douter que son périple le fera côtoyer dieux et géants.

Avant son livre La mythologie Viking (que je n’ai pas encore lu), Gaiman avait déjà exploré ces contrées à travers une petite histoire. Un conte dans lequel un enfant vient en aide à Odin, Thor et Loki chassés d’Asgard par un géant de glace.
Ce n’est pas un Gaiman qui me restera en tête très longtemps. Ce serait même plutôt l’inverse. Attention, c’est une lecture très agréable, le décor prend vite forme – même s’il fait chaud dehors, on s’imagine aisément projeté au cœur de l’hiver –, les personnages sont sympathiques – même si je n’ai pas eu le temps de m’attacher à qui que ce soit – et l’on suit les péripéties sans déplaisir. Mais, contrairement à Timothée de Fombelle qui parvient en moins de pages encore à donner naissance à un récit puissant, Odd et les géants de glace se déroule trop facilement. Odd ne rencontre aucune difficulté et son aventure se déroule comme notre lecture, sans anicroche et bien trop rapidement. Le déroulé du récit est très classique et linéaire. J’aurais sans doute bien davantage accroché à cette histoire enfant, notamment pour l’aspect mythologique et la rencontre avec Loki, Freya et les autres.

Si j’aurais aimé une histoire plus approfondie, Odd et les géants de glace n’en reste pas moins un conte agréable que je conseillerais toutefois davantage aux enfants qu’aux adultes.

« Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n’avait rien d’étrange ni d’inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. « Odd » signifiait « la pointe d’une lame », c’était un nom porte-bonheur.
Le garçon, en revanche, était un peu bizarre. C’était du moins l’avis des autres villageois. Bizarre, il l’était sans doute ; mais chanceux, certainement pas. »

« De l’écarlate retomba doucement autour d’eux, et tout fut souligné de vert et de bleu, et le monde fut couleur framboise, et couleur de feuille, et couleur d’or, et couleur de feu, et couleur de myrtille, et couleur de vin. »

Odd et les géants de glace, Neil Gaiman, illustré par Brett Helquist. Albin Michel, coll. Wiz, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 141 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Problème du Pont de Thor : 
lire un livre en rapport avec la mythologie nordique

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Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle (2007)

Céleste ma planèteJe préviens, je vais spoiler pour cette chronique !

Dans un monde ultra modernisé, avec des complexes commerciaux titanesques, des tours dans lesquelles les voitures sont garées à la verticale, des humains qui ne mettent plus le nez dehors et une planète en souffrance, notre héros va faire une découverte incroyable qui va tout changer. Il tombe amoureux de Céleste, une jeune fille très malade… qui souffre des maux infligés à la planète.

On retrouve immédiatement la patte « de Fombelle » dans ce très court récit vite avalé. Poésie est un mot qui revient très souvent pour parler des œuvres de Timothée de Fombelle et ce texte ne fait exception. Cette histoire d’amour cache en réalité un fort engagement écologique et nous interpelle sur les ravages causés à la Terre et à la nature. Une manière originale et onirique pour parler de pollution. Un petit roman très actuel qui fait passer un message fort par le biais d’une histoire efficace et immédiatement prenante.

« Chaque coup porté à notre Terre était reçu par Céleste.
Céleste ne souffrait de rien d’autre que de la maladie de notre planète.
Elle allait mourir à petit feu.
Son sang devait être pollué comme les mers et les rivières, et ses poumons comme le plafond de fumée de nos villes. »

Céleste, ma planète, Timothée de Fombelle, illustré par Julie Ricossé. Gallimard, coll. Folio junior, 2016 (2007 pour la première publication). 91 pages.

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Tour B2 mon amour, de Pierre Bottero (2004)

Tour B2 mon amour (couverture)De Bottero, je n’ai lu que ses trilogies – La quête et Les mondes d’Ewilan, Le pacte des Marchombres et L’Autre – ainsi que Les âmes croisées, premier tome qui, tristesse infinie, restera sans suite. Ses one-shots me restent donc à découvrir et je suis tombée sur Tour B2 mon amour totalement par hasard.

C’est l’histoire d’une rencontre. De la rencontre de deux mondes entre les tours bétonnées d’une cité. La rencontre entre Tristan qui y est né et y a toujours vécu et Clélia qui a dû y emménager par la force des choses. Alors que son décrochage scolaire, ses conflits avec sa mère et la pression des copains menacent de faire glisser le premier sur une bien mauvaise pente, la seconde débarque dans sa vie avec sa spontanéité, sa gentillesse et son amour des livres et des mots. Tout cela, ainsi que sa veste trop grande et son vocabulaire soutenu, font d’elle une extraterrestre, parfaitement ignorante des codes de la cité.

Je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre, moins encore lorsque j’ai compris qu’il allait s’agir d’une histoire d’amour, mais la plume de Bottero a su me convaincre.
Certes, l’histoire en elle-même n’est ni inoubliable ni particulièrement originale. La relation des deux personnages est très mignonne et, peu à peu, on s’attache à eux, à leurs fragilités, à leurs rêves, à leurs différences. J’ai apprécié que les personnages restent des collégiens et que les drames de leur quotidien restent crédibles et réalistes. Bottero aborde des thématiques actuelles, mais sans rendre le récit trop pesant, sombre ou torturé.
Cependant, le point fort de ce roman reste cette magie, cette profondeur dans son écriture. Cette justesse des mots qui touchent à chaque fois au cœur. Cette façon de raconter les sentiments, les tempêtes qui agitent cœurs et esprits. Si Clélia est un personnage atypique et décalé que j’ai immédiatement adoré, Tristan m’a également touchée par les craintes et espoirs qui l’agitent : la peur du rejet, le poids du regard des autres, l’envie de se dépasser, le rêve d’un avenir plus radieux, les efforts pour s’améliorer, la sensibilité qu’il tente de cacher, les instants de liberté avec Clélia…

C’est un joli petit récit, empli de tendresse, d’espoir et de la violence des premières histoires d’amour.

« Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. L’image de Clélia se superposant à celle de ses copains, les accents de sa voix, ses mots formant une cacophonie avec le langage de la cité, il ne savait qu’écouter. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

Tour B2 mon amour, Pierre Bottero. Flammarion jeunesse, coll. Tribal, 2004. 150 pages.