Black Butler, tomes 1 et 2, de Yana Toboso (2007)

Sebastian Michaelis est majordome au service du jeune comte Ciel Phantomhive. Celui-ci, âgé de 12 ans, est déjà à la tête d’une entreprise fructueuse et se charge en outre de résoudre certaines affaires délicates pour le compte de la reine Victoria. Sebastian est, en apparence, un domestique zélé et diablement efficace. Cependant, on découvre rapidement qu’il est bien plus que cela.

Que ce soit dit, je n’y connais rien en manga. Je lis certains mangakas comme Taniguchi ou Tatsumi, mais pas de longues séries comme Black Butler. Aussi, quand un chouette concours organisé par L-Bookine et Saiwhisper des Pages qui tournent m’a permis de gagner les deux premiers tomes, j’étais ravie d’ouvrir un peu mon horizon.

Le sens de lecture et l’organisation des mangas ne me posent aucun problème et j’ai rapidement été prise par l’histoire. On découvre les personnages principaux que sont Sebastian, Ciel et les autres domestiques de ce dernier. Le premier tome nous dévoile également qui est réellement Sebastian. Ces deux tomes m’ont fait l’effet d’une introduction à l’univers de Yana Toboso. Une introduction efficace pendant laquelle on ne s’ennuie nullement.
On a rapidement envie de lire la suite pour en savoir davantage : comment Sebastian est-il rentré au service de Ciel, comment Ciel a-t-il perdu ses parents, etc. ?  Si ces personnages sont plutôt discrets et mystérieux, ce n’est pas du tout le cas de la femme de chambre, du jardinier et du cuisinier de Ciel. Ces trois boulets maladroits, bruyants, pleurnichards ou colériques mettent à rude épreuve la patience de Sebastian tout en apportant une touche d’humour très appréciable.

Car Black Butler recèle également son lot de personnages inquiétants. Notamment dans le second tome dans lequel notre duo part sur les traces de Jack l’Eventreur (d’ailleurs, j’étais un peu sceptique face à cette appropriation, mais elle passe finalement très bien). Dans ces moment, plus question de politesse et de mondanités, l’action entre en scène. Quand Ciel est en danger, Sebastian se met en mouvement et le sang coule souvent. Cela dit, la violence reste modérée, du moins dans ces deux premiers volumes. En outre, elle est nécessaire car inhérente à la nature sombre de Sebastian. Dans le second tome, on accède d’ailleurs à ses pensées et Sebastian se révèle plus méprisant – songeant à son maître comme un gamin, à la servante comme une idiote… – que ce que son sourire compréhensif laissait à présager. Sa noirceur est davantage mise en avant ainsi que ce qu’il pense des humains.
J’ai aimé cette oscillation entre un chapitre très léger et un autre plus sérieux, voire dramatique. Cela permet des changements d’ambiance intéressants tout en découvrant de nouvelles facettes des différents protagonistes.

Les graphismes sont réussis, même si je n’ai pas de coup de cœur particulier. Les protagonistes sont expressifs et suffisamment divers dans leur apparence (le souvenir que j’avais des rares mangas lus pendant mon adolescence était celui de physiques assez uniformes). J’ai apprécié toutefois la représentation schématique d’un personnage pour montrer son expression (colère, incompréhension, pleurs, joie…) alors qu’il se trouve à l’arrière-plan. Je ne sais pas si c’est un procédé fréquent dans les mangas, mais je le trouve très ingénieux. Des photos seront peut-être plus parlantes :

Il ne me reste donc plus qu’à trouver les 21 tomes suivants pour connaître la suite de l’histoire. Le nombre interminable de chapitres (et le prix de chacun) est ce qui m’a toujours rebutée avec ce genre de mangas. Je pense donc faire l’effort avec Black Butler (avec l’aide de la bibliothèque près de chez moi), mais je ne deviendrai pas une lectrice assidue de manga.

Une touche de flegme anglais, de l’humour, de l’action, des secrets et du sang, Black Butler propose une intrigue convaincante et intrigante. Merci, L-Bookine et Saiwhisper, pour cette très bonne découverte !

Black Butler, tome 1, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2009 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 184 pages.
Black Butler, tome 2, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2010 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 194 pages.

Contes traditionnels du Québec, collectif de 8 conteurs (Ouï’Dire, 2014)

Contes traditionnels du QuébecDécouvertes au cours des Oralires du Chat Noir 2014 à Clermont-Ferrand, les éditions Ouï’Dire font un merveilleux travail dans le monde du livre sonore. Contes de qualité, enregistrements soignés, elles sont vraiment à découvrir. Amoureux du conte, amateur de livres audio, lecteur persuadé que c’est pour les aveugles et les enfants, oreille lambda, découvrez les éditions Ouï’Dire.

Issus de la collection La puce à l’oreille, ces Contes traditionnels du Québec regroupent huit conteurs, huit histoires, huit voix, huit univers :

  • La princesse embêtée en trois paroles, de Jocelyn Bérubé ;
  • Ti-Fine, la femme plus rusée que le diable, d’Alexis Roy ;
  • L’Invisible, de Robert Seven Crows ;
  • Le trempeur de couteau, de François Lavallée ;
  • L’ours des rosiers, de Nadine Walsh ;
  • Jos Bezeau, de Simon Gauthier ;
  • Rose Latulippe, de Renée Robitaille ;
  • Le miroir, de Michel Faubert.

Beaucoup d’histoires de Diable, de mensonges et de tromperies, de la magie et de la sorcellerie, un peu d’amour… de l’émerveillement sans cesse. Des conteurs actuels pour des contes traditionnels ou comment faire du neuf avec du vieux. On ressent les origines des légendes québécoises : débarquées du Vieux Continent, on retrouve des traces de nos contes européens, mais elles sont enrichies par les traditions amérindiennes. L’Invisible, par exemple, évoque clairement une Cendrillon transportée chez les Indiens micmac.
Ces récits sont des délices auditifs grâce à la profondeur du québécois. Pas seulement lié à leur accent unique, mais également à leur vocabulaire et à leur langue si imagée.
L’enregistrement est parfait. Les voix sont claires et ne trébuchent pas. L’accompagnement sonore – quand il est là – se fait discret : ouverture et fermeture de la plupart des contes, propre à chacun, de rares bruitages. Il accompagne et rehausse vraiment délicatement le plus important : la narration.

Rose Latulippe est particulièrement envoûtante. J’ai été ensorcelée par Renée Robitaille, figée devant la danse effrénée de Rose et du Diable. J’ai vu Rose, éclatante, passée de cavaliers en cavaliers jusqu’à ce grand inconnu, j’ai vu briller son regard, j’ai vu son rictus, j’ai ressenti la morsure qu’il a donné à Rose, j’ai vu le parquet exploser. J’ai vu. Avec mes oreilles.
L’ours des rosiers est une sorte de Belle et la Bête. Parce que le père, après être allé à la grande ville, a osé cueillir une fleur pour sa cadette, celle-ci, la petite Nichouette, doit épouser un ours, propriétaire du massif en question. Une bête, une fleur, trois filles et leur père, un voyage, un mariage… La Belle et la Bête. Cette légende m’a séduite par sa conteuse. J’ai adoré le ton chantant, rythmé et rimé de Nadine Walsh.

Une pépite Ouï’Dire. La découverte des légendes d’un pays. Et la magie des contes qui, par de simples mots, donne à voir et à ressentir.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Ouï’Dire.

« C’est pas cher, pis, j’fais du crédit… Profite maintenant, paie plus tard… Gratis de ton vivant, paiement à ta mort… »

Ti-Fine, la femme plus rusée que le diable, Alexis Roy

« Le jour, c’est un ours. Le soir, c’est un prince… Le jour, une bête, le soir, un homme… une autre sorte de bête… »

L’ours des rosiers, Nadine Walsh

Contes traditionnels du Québec, collectif de 8 conteurs. Ouï’Dire, coll. La puce à l’oreille, 2014. 1h.