Cœur battant, d’Axl Cendres (2018)

Coeur battant (couverture)Il y a quelques jours, j’ai eu la surprise de trouver dans ma messagerie Babelio un message d’Axl Cendres qui, ayant lu ma critique de Dysfonctionnelle, me proposait de m’envoyer son nouveau roman sorti mercredi. Bien que je ne lise habituellement pas de livres numériques, j’ai accepté pour retenter ce type de support et parce que, ayant adoré Dysfonctionnelle, j’étais fort curieuse. Le livre s’est révélé suffisamment court et l’écriture suffisamment fluide pour que la lecture sur tablette ne soit pas un calvaire, mais je reste définitivement fidèle au papier.

En tout cas, merci à Axl Cendres et Sarbacane pour cette jolie découverte !

Alex, à 17 ans, a décidé de mourir. Placé dans une clinique psychiatrique pour y retrouver le goût de vivre, il rencontre quatre compagnons « suicidants » (personnes ayant raté leur suicide) avec qui il décide de s’évader pour un dernier voyage qui les conduira en haut d’une falaise pour un plongeon mortel.

Axl Cendres nous propose de rencontrer, en même temps qu’Axel – cet adolescent qui veut abattre son cœur pour l’empêcher de battre pour une personne dont le cœur est destiné à cesser de battre (vous avez suivi ?) –, une bande haute en couleurs. Il y a Alice, qui semble un peu morte déjà, autoritaire, cynique. Il y a Victor, dont le gros corps cache un garçon généreux, sympathique et parfois étonnamment joyeux. Il y a Colette, une vieille dame élégante adepte des aphorismes et autres métaphores. Et enfin, il y a Jacopo, un millionnaire italien que tout emmerde.
Qu’elle est attachante, cette petite troupe ! Êtres de papier si vivants – paradoxal pour des personnes désireuses d’être mortes – qu’on a l’impression de les connaître personnellement. Je me suis sentie très proche de la plupart d’entre eux, certaines de leurs opinions reflétant assez bien les miennes. Ils sont touchants, chacun à leur manière, brisés, fracassés sur les rochers par cette sale vie, et, comme deux souris à taux d’espérance minimal qui tentent de se sauver de la noyage (avoir lu le roman aidera à comprendre cette phrase), l’envie m’a prise de les prendre sous mon aile pour tenter de les tirer hors de l’eau.
On souhaiterait que le roman soit plus long pour en savoir davantage sur eux et pourtant Axl Cendres nous en dit juste assez pour les comprendre. Au-delà de cela, nul besoin de s’attarder sur le passé, il y a assez à vivre, et à raconter, dans le présent.

Le ton du roman peut surprendre, peut-être plus léger et gai que ce que l’on attend d’un roman traitant de suicide, de mal-être, de dépression et de bien d’autres sujets pas joyeux pour un sou. Pourtant, ça ne m’a pas choquée. A l’exception de Jacopo que rien ne peut sortir du brouillard grisâtre de sa dépression, les quatre autres personnages font preuve d’un cynisme et d’un humour (noir) que je ne trouve pas incompatible avec leur projet. Comme si ce but commun, une fois planifié, leur permettait de se libérer un peu le cœur. C’est à mes yeux une façon très originale de traiter ce sujet sans rien perdre en justesse.

 Ce côté très ironique m’a complètement séduite. C’est un humour qui fonctionne à merveille avec moi. Les confrontations entre les patients et les soignants m’ont beaucoup amusée par le choc entre une approche désabusée et amère de la vie et un optimisme parfois sur-joué, le second se disloquant sans cesse sur la conviction tranquille de la première.
Colette joue quant à elle dans le champ du comique de répétition, ce qui est plus délicat à doser. Certes, ses grandes déclarations, même si elles tombent parfois justes, agacent rapidement, mais en cela, je trouve qu’Axl Cendres a très bien joué. Colette m’a fait ressentir ce que ressentent peut-être les personnages ou ce que je ressentirais à coup sûr en rencontrant une telle personne dans la vraie vie : un attendrissement face à sa grandiloquence de tragédienne, une lassitude, un irrépressible soupir dès qu’elle ouvre la bouche et une forte envie de lui dire de se taire.

La plume d’Axl Cendres fait mouche une nouvelle fois. Aussi imagée que dynamique, aussi drôle que perspicace, elle joue avec les mots qu’ils soient familiers ou plus soutenus. Elle offre à chacun de ses personnages une voix propre et contribue ainsi à rendre son roman des plus vivants et des plus justes.

Toutefois, ce roman n’est pas exempt de reproches. Ce qui m’a le plus attristée, c’est la prévisibilité de la fin. Ce que j’imaginais s’est révélé exact, il n’est pas difficile de deviner ce qui va se passer au fur et à mesure que les éléments se mettent en place. J’aurais aimé être prise au dépourvu et voir mes attentes être bousculées. Pourtant, cette fin, même si je la trouve un chouïa trop positive, n’en coule pas moins de source. C’est une bonne fin, mais une fin sans surprise.
La romance au premier regard n’est également pas ma tasse de thé, mais ça ne m’a pas gâché la lecture pour autant. Tout d’abord parce que les protagonistes concernés tentent tout d’abord de la refuser ; ensuite parce qu’on se lie si bien à eux qu’on ne leur souhaite rien d’autre au final.

Des personnages truculents, des péripéties rocambolesques, une plume lumineuse, bourrée d’humour et d’intelligence, une ambiance enjouée contrastant avec le sujet morbide du récit… en dépit de la déception liée à la fin, ce Cœur battant dissimule un roman original et savoureux !

Comme toujours chez Exprim’, la bande-son du roman !

« « (…) Et pourquoi voulais-tu mourir ? »
« Parce que je n’aime pas le concept de la vie. »
« Tu peux préciser ? »
« On est programmés pour aimer les gens, et les gens sont programmés pour mourir. »
« Continue. »
« Notre espèce est donc programmée pour souffrir – la preuve, nous naissons avec la capacité de sécréter des larmes. »
Le Doc regardait le billard en réfléchissant ; j’étais en train de mener.
« Parfois », j’ai repris, « c’est à se demander si les yeux servent à voir ou à pleurer. » »

« A vouloir décrocher les étoiles, on risque de tomber dans le caniveau ; mais puisqu’on finira tous dans le caniveau, autant tenter les étoiles. »

Cœur battant, Axl Cendres. Sarbacane, coll. Exprim’, 2018. 192 pages.

Challenge Tournoi des trois sorciers – 6e année
Détraqueurs (Défense contre les forces du mal) : un livre qui évoque la dépression

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Tout plutôt qu’être moi, de Ned Vizzini (2015)

Tout plutôt qu'être moi (couverture)Le jour où Craig Gilner, 15 ans, réussit l’examen d’admission pour l’Executive Pre-Professional, une prépa aussi prestigieuse qu’exigeante, c’est le début d’une longue dépression. Des « vélos » se mettent à tourner et tourner dans sa tête, rabâchant les mêmes pensées noires, pessimistes, sur son avenir, son intelligence, son travail. Quand les « vélos » tournent, impossible de se lever et les « tentacules » apparaissent, des tâches qu’il doit accomplir, mais qu’il laisse s’accumuler jusqu’à être étouffé par toutes ces « tentacules ». A quelle « ancre », à quel soutien se raccrocher ? Son pote Aaron et les soirées passées à fumer de l’herbe ? La copine de celui-ci, la belle Nia ? Sa famille, toujours derrière lui, prête à le soutenir ? Cela ne suffit pas et, un soir, Craig se fait interner volontairement dans la section psychiatrique de l’hôpital voisin.

 

Tout plutôt qu’être moi aborde le sujet délicat de la dépression adolescente avec beaucoup de délicatesse. Il s’agit d’un sujet actuel et l’auteur n’en rajoute pas des tonnes. Craig est un ado lambda, il n’est pas maltraité, il n’est pas orphelin, il n’a pas une histoire à faire pleurer dans les chaumières. Et pourtant, un jour, il craque.

Il faut dire que Ned Vizzini connaît son sujet puisqu’il a longtemps lutté contre la dépression et a lui-même effectué un séjour en HP. Malheureusement, cela n’a pas suffi et il s’est suicidé à l’âge de 32 ans. Difficile, sachant cela, de ne pas voir Craig comme un alter ego de l’auteur.

Précision : ce n’est pas un roman déprimant. J’en ai d’ailleurs été quelque peu surprise : je pensais que les idées noires de Craig assombriraient davantage le ton du roman. L’auteur a-t-il « minimisé » la souffrance à certains moments pour insister sur les meilleurs instants ?

De plus, la première partie du roman, où l’on voit Craig sombrer, est la plus dure à mon goût. Dès lors qu’il rentre à l’hôpital, les choses s’améliorent pour lui, donc le ton du roman change et les pensées de Craig prennent une nouvelle tournure.

Joue également le fait que, si Craig a parfois envie de mourir, il a surtout une immense envie de vivre. C’est pour cela qu’il va de lui-même passer une semaine dans un service psychiatrique à la recherche du déclic qui lui permettrait d’avancer plus tranquillement dans la vie.

 

Craig est un personnage très attachant. Il m’a touchée par son courage, par la détresse qu’il exprimait parfois, par son humour quelque peu sarcastique, par son ouverture aux autres, par sa gentillesse envers les autres patients. Nous le voyons évoluer, combattre ses démons (ses « tentacules »), analyser sa situation, réfléchir aux raisons de sa dépression, à ce qui l’a conduit à se faire interner. Il prend conscience de ce qu’il désire vraiment, de ce qui compte. Il apprend à regarder le monde avec un nouveau regard. Il se lie d’amitié avec de nouvelles personnes. On a vraiment envie qu’il s’en sorte.

J’ai également adoré les portraits des autres patients de l’hôpital psychiatrique, chacun étant auréolé d’une folie douce. Il y a beaucoup de solidarité entre eux et Craig va s’attacher à eux. Cela donne lieu à des moments très tendres, voire parfois très drôles.

 

Il est très facile de se retrouver dans Craig. Les doutes, les craintes, les espoirs qu’il exprime sont ceux de la majorité des adolescents et je pense que bon nombre de lecteurs se reconnaîtront dans ses mots (sans forcément être allés jusqu’à la dépression).

Un très beau roman, touchant, juste, sans pathos, avec une histoire qui peut parler à chacun, adolescents comme adultes.

 

« Qui n’a jamais pensé au suicide étant gosse ? Comment peut-on grandir dans ce monde et ne pas y penser une seule fois ? »

« Ah, oui, Dieu. Je l’avais oublié, celui-là. Ma mère est persuadée qu’il va jouer un rôle clé dans ma guérison. De mon point de vue, Dieu n’est rien d’autre qu’un mauvais psy dont la méthode thérapeutique se résume à laisser faire les choses. Tu lui racontes tes problèmes et lui, ta daaa ! il ne fait rien du tout. »

« Les gens d’aujourd’hui sont tous plus ou moins déglingués, tu sais. Je préfère être avec quelqu’un qui a conscience de l’être, plutôt que de côtoyer une personne qui semble parfaite mais qui est … prête à exploser. »

 

Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini. La belle colère, 2015 (2006 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris. 396 pages.

Vous parler de ça, de Laurie Halse Anderson (2014)

Vous parler de ça (couverture)Celle qui veut vous parler de ça, c’est Melinda Sordino. Elle voudrait parler, mais elle ne peut pas. Les mots refusent de franchir le barrage de ses lèvres et restent coincés dans sa gorge. Et moins elle parle, plus elle s’isole. Les filles qu’elle croyait être des amies tournent le dos à cette paumée mal dans sa peau, les profs punissent cette lycéenne qui refuse de participer en classe, les parents repoussent peu à peu cette fille mutique et fermée.
Vous parler de ça aborde un sujet trop souvent tabou ou source de honte chez celles qui ne sont que les victimes. L’horreur, le traumatisme connu par Melinda est raconté là dans un récit touchant. L’auteure en parle avec énormément de délicatesse et de finesse, notamment parce qu’elle ne se focalise pas dessus.
Ce qui fait le cœur du roman, c’est la mise à l’écart de Melinda. Personne ne l’interroge vraiment sur les raisons de son mutisme, sur la chute de ses notes, sur l’absence d’amies. On la punit, on l’ignore, on lui crie dessus, mais on ne s’intéresse pas réellement à elle. Cela ne fait que rendre la chose plus affreuse, plus douloureuse. Seul un professeur d’arts plastiques saura voir un peu à travers la carapace qu’elle s’est construite. Le manque de pédagogie des enseignants est déjà ahurissant, mais c’est le comportement des parents qui m’a le plus choquée. Ils ne montrent aucun intérêt à leur fille unique, se contentant de la minable explication « elle fait sa crise d’adolescence ».

Quant à l’héroïne, Laurie Halse Anderson en fait un portrait très réussi, tout en nuances. Melinda est poignante. Elle ne dit mot, mais son esprit tourne à mille à l’heure. Elle se réfugie derrière un certain cynisme, mais elle doit s’avouer qu’elle rêve d’amitié, de rires et de compréhension, qu’elle désire profondément ne plus être seule. En dépit de sa souffrance, c’est une fille forte qu’on ne peut qu’aimer. Elle a de l’humour, de la volonté et elle semble être une personne véritablement intéressante. Ce fut un plaisir de faire sa connaissance au fil des pages.

Les chapitres très courts racontent des instants de vie au lycée ou à la maison. Elle relate son quotidien entre des parents absents et des lycéens qui la rejettent. On voit sa situation se dégrader petit à petit et, si on comprend bien ce qui lui est arrivé, elle met du temps à le dire.
Toutefois, tous les chapitres ne sont pas tristes. D’autres sont drôles ou émouvants (de l’émotion heureuse cette fois). Cette année scolaire se construit donc dans une alternance de moments lumineux et sombres.
La fin est mon seul regret. Elle est un peu rapide. Je n’avais pas envie de quitter Melinda et j’aurais aimé la suivre encore un peu, pour la voir remonter la pente.

Sorti en 1999, cet émouvant roman n’avait jamais été traduit en français. Je remercie donc vivement les éditions de La Belle Colère de nous avoir offert ce beau morceau de littérature qui m’a fortement émue. A mettre entre de nombreuses mains, adultes et adolescentes.

(J’ai souvent été attirée par l’axe éditorial – en gros, des livres dont les personnages principaux sont des adolescent-es, mais qui ne sont pas destinés uniquement aux adolescent-es – et les couvertures toutes simples de La Belle Colère, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire un. A présent que c’est fait, je peux affirmer que ce ne sera pas le dernier.)

« Je sais que j’ai l’esprit en vrac. Je veux partir, déménager, me téléporter dans une autre galaxie. Je veux tout raconter, rejeter la culpabilité, la faute et la colère sur quelqu’un d’autre. Il y a une bête dans mon ventre, je l’entends gratter sous mes côtes. En admettant que je réussisse à me débarrasser du souvenir, cette bête restera avec moi et continuera à me souiller. »

« De quel droit me punissent-ils sous prétexte que je ne parle pas ? Ce n’est pas juste. Que savent-ils de moi ? Que savent-ils de ce qui se passe dans ma tête ? Le tonnerre, des gosses en pleurs, voilà ce qu’il y a. Pris dans une avalanche, tenaillées par l’inquiétude, se tortillant sous le poids du doute, de la culpabilité. De la peur. »

« Compte tenu de ma réputation, je devrais m’estimer heureuse qu’on m’invite à mes propres funérailles. »

Vous parler de ça, Laurie Halse Anderson. La belle colère, 2014 (1999 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin. 298 pages.

La Mort est une femme comme les autres, de Marie Pavlenko (2015)

La Mort est une femme comme les autres (couverture)Emm fauche les humains les uns après les autres, jour et nuit, sur tous les continents. Autant dire qu’elle abat un sacré boulot. Mais un jour, elle craque. Elle ne peut plus bouger, elle ne veut plus accomplir ce travail millénaire. C’est le burn out. Sur Terre, le résultat n’est pas vraiment la vie éternelle dont rêvaient les humains car la douleur est toujours là. Les hôpitaux sont surpeuplés : certains ont les organes dehors tandis que les maladies continuent de ronger et d’affaiblir leurs organismes.
Emm, poussée par sa Faux, sort arpenter la ville. Elle rencontre Suzie et Anatole. La première est atteinte d’un cancer du pancréas incurable, le second est un médecin des soins palliatifs débordé, harcelé par sa mère, qui tombe amoureux de Suzie au premier regard. Elle croise également la route de Germain Toluelle, le voisin de Suzie, 87 ans, qui lui fait découvrir le plaisir des premières fois.

La Mort est une femme comme les autres est un texte très court qui se dévore littéralement. J’ai adoré les personnages imaginés par Marie Pavlenko. Emm, parfois cruelle, parfois touchante, toujours décalée. La Faux, bavarde et cynique, un véritable prolongement de la Mort. Suzie, forte et fragile à la fois. Anatole Paladru, pas très courageux, pas très aimable envers cette Emm décidément trop étrange. Le vieux Germain, partagé entre sa sensation de devoir partir et son talent pour apprécier tous les petits bonheurs de la vie. Il y a peu de personnages, mais ils ont une réelle profondeur, ils ont des qualités et des défauts, comme tout le monde, et on peut facilement se sentir proche d’eux, les comprendre, compatir…

Je me suis beaucoup amusée en découvrant les situations tarabiscotées dans lesquelles se retrouve Emm. La Mort chez le psy, la Mort donnant la vie à l’hôpital… J’aurais aimé qu’il y en ait plus, mais cela aurait peut-être fait naître des longueurs dans le récit et une certaine lassitude.
A ces scènes un peu folles sont entremêlées des réflexions d’Emm : sur la mort, sur la société, sur la mesquinerie et les supplications geignardes des humains, mais aussi sur la vie maintenant qu’elle l’expérimente au côté des humains, sur les petits plaisirs, sur les moments de gentillesse… C’est une comédie, mais une comédie très bien construite, très intelligente. Et vous, voudriez-vous être immortel si vous le pouviez ? La vie ne vaut-elle pas la peine d’être vécue parce qu’elle est courte ?

L’humour peut ne pas plaire à tout le monde, mais il correspond plutôt bien au mien. J’ai vraiment aimé le côté sarcastique de la Faux (que j’adore en fait). L’écriture est très fluide avec un langage courant et de belles métaphores, les pages se tournent toutes seules.
La fin peut paraître un peu téléphonée, mais elle est bien amenée, donc je n’ai pas de reproches à lui faire.

193 pages survoltées, pleines de plaisir, d’humour noir, de folie, qui fait réfléchir sur la mort, mais surtout sur la vie.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Pygmalion pour ce livre et l’excellente rencontre qui a suivi.

« C’est la meilleure de l’année ! Moi, cruelle ? Ils me supplient tout le temps de les épargner, et maintenant que je m’exécute, ça ne va toujours pas ! Ils ne sont jamais contents, jamais contents ! »

« Emm avait du mal à comprendre Suzie, mas elle essayait. L’humanité trimait depuis sa naissance. La souffrance était son lot. Et la mort, la cerise sur le gâteau. Elles étaient inévitables. Pourquoi les redouter ? »

« (…) on ne doit pas avoir peur de mourir car nous sommes des étincelles. Quand nous naissons, nous sommes déjà morts à l’échelle de la planète. Une fraction de seconde, voilà ce qu’est l’homme. »

« Ce qui est bien dans la vie, c’est de ne pas se lasser. Des premières fois, on peut en avoir jusqu’au dernier jour ! »

« Mourir, c’est la fin. Le monde continue de tourner, sans nous. C’est être exclu du monde, renoncer aux chemins que nous n’avons pas eu le temps d’emprunter. Il y a cette idée de gâchis. On voudrait s’accomplir et être heureux mais on se dissout dans le quotidien, on se laisse dévorer par un travail chiant, des soucis sans intérêt, et au final, on passe à côté de notre vie. Enfant, elle est illimitée, potentiellement multiple. Elle ressemble à un chêne millénaire, imposant, touffu. Puis on grandit, on se confronte à des choix, et l’arbre se rabougrit. Un jour, on est vieux et on se rend compte que le chêne s’est transformé en ficus nain. »

La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015. 192 pages.