La parenthèse 7ème art – Avril 2018

Nouveautés

  1. Moi, Tonya (VO : I, Tonya), de Craig Gillespie

 En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression. (Allociné)

Moi, Tonya (affiche)

Je crois que j’ai tout aimé dans ce film. La façon dont il est construit en y insérant des « interviews » des protagonistes. L’humour subtilement dosé, subtilement injecté, parfois absolument cruel ou désespérant, sachant laisser place à l’émotion juste au bon moment. La façon dont est filmé le patinage : dynamique, sportive, précise, fascinante. Les rôles de la mère (Allison Janney) et de Tonya Harding (Margot Robbie, l’excellente Harley Quinn d’un Suicide Squad sans aucun autre intérêt). Le caractère de cette dernière : volontaire, arrogant, sans filtre.
J’ai vraiment apprécié le personnage Tonya Harding et ce film m’a donné l’impression de réhabiliter quelque peu la sportive et la jeune femme qu’elle était. De ce que m’ont dit des personnes suffisamment âgées pour avoir suivi cette affaire, elle était perçue uniquement comme une fille très dure et la méchante de l’histoire, son exploit avec le triple axel passant complètement à l’arrière-plan. Ici, on voit un être humain vraiment malmené physiquement et psychologiquement par sa mère, puis par son premier petit ami/mari.
Le film dénonce aussi un milieu sportif qui discrimine les patineuses en fonction de leurs origines sociales et qui préfère mettre à l’honneur de petites princesses à la vie parfaite plutôt que le talent s’il vient d’une fille un peu rustre, endurcie par une vie difficile. Je ne sais pas si telle est la réalité du monde du patinage artistique, mais les injustices dont Tonya est parfois victime sont consternantes. Si, contrairement à ce qu’elle affirme plusieurs fois dans le film, elle n’est pas toujours étrangère à  tout ce qui lui arrive, effectivement, ce n’était pas entièrement de sa faute : quel que fut son implication, elle a été surtout rattrapée par la violence qui l’a élevée.

Un film énergique et passionnant, drôle et émouvant, porté par deux actrices absolument parfaites.

(Le rôle de la jeune Tonya est joué par Mckenna Grace que j’avais découverte dans Mary : son regard noir transmettant à la fois force et vulnérabilité, elle est une nouvelle fois excellente.)

  1. L’île aux chiens (VO : Isle of Dogs), de Wes Anderson

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. (Allociné)

L'île aux chiens (affiche)

Films d’animation + Wes Anderson : je ne pouvais décidément pas manquer L’île aux chiens, le dernier film en stop-motion de ce dernier. J’y suis allée en fermant mes oreilles à toutes les critiques, j’avais simplement vu la bande-annonce. Et quel moment de cinéma !

Visuellement, c’est atypique et fascinant : la peau lisse de poupée des personnages, les pelages miteux des chiens, les paysages, les « effets spéciaux » à base de coton lors des bagarres… Si cela donne envie de tout toucher, ça ne nuit en aucun cas à l’immersion. L’on ose à peine imaginer le travail nécessaire à la création de des superbes plans qui émaillent le film.
Entre dystopie, western et récit d’aventure, le rythme décoiffant nous happe rapidement et nous voilà plongé au cœur de cette histoire étonnante et de cet univers atypique. Les dialogues vifs et bondissants, les sous-titres qui défilent en français et en anglais, la musique intense – la BO d’Alexandre Desplat est envoûtante, mêlant thèmes lancinants et airs guerriers portés par des tambours japonais –… tout cela impulse une dynamique efficace.
Porté par un casting impressionnant (comme toujours avec Wes Anderson), les langues sont multiples et le choix de laisser la place au japonais (écrit ou parlé) est à la fois plaisant et original. On ne comprend pas forcément ce que disent les personnages, mais leur ton est généralement suffisamment explicite pour que l’on comprenne. Nous nous retrouvons au même niveau que les chiens : nous les comprenons très bien à l’inverse des humains.

A travers ce conte parfois macabre, Wes Anderson rend un bel hommage à la gent canine et aborde nombre de problèmes sociétaux. L’île aux chiens et ses montagnes de déchets sont un appel écologique, le maître Kobayashi est une critique des despotes de ce monde, et le film dénonce l’intolérance qui imprègne le monde et la mise à l’écart des marginaux et autres SDF, mais j’y ai également vu un message d’amitié et d’espoir de connaître un jour égalité et tolérance. Malgré ce discours qui semble banal et un peu cucul, ce film ne l’est en aucune façon et mêle avec talent et réalisme poésie et violence, humanité et cruauté.

Hypnotisante. C’est le mot que j’utiliserais pour qualifier cette fable japonisante à l’humour acerbe et ironique qui enchante et étonne aussi bien la vue que l’ouïe.

Je vous encourage également à découvrir l’excellente chronique d’Alberte Bly sur ce film.

  1. Lady Bird, de Greta Gerwig

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. (Allociné)

Lady Bird (affiche)

J’avais vraiment hâte de voir ce film et je n’ai pas été déçue ! C’est une véritable plongée dans les affres de l’adolescence et je pense que tout le monde se retrouvera un peu en Lady Bird. Evidemment, il y a les immanquables – les amitiés qui se nouent, s’effilochent et se renouent, les premiers amours et les premières déceptions, la colère contre les parents, ce sentiment d’incompréhension et de frustration – mais il y a également de nombreux petits détails qui vont marquer cette dernière année de lycée qui vont permettre à Lady Bird de mûrir et de découvrir ce qu’elle doit à ces parents qu’elle pensait médiocres… J’ai trouvé le tout présenté sans la moindre caricature et avec une grande justesse.
La relation avec la mère est au cœur du film, ce que j’ai trouvé vraiment original car je n’ai pas le souvenir d’avoir vu beaucoup de films qui mettaient l’accent sur cet aspect-là de l’adolescence. Leur incapacité à dialoguer, bloquées par leur fierté, amène aussi bien une grande force émotionnelle qu’une certaine frustration pour le spectateur. Leur amour mutuel, muet et conflictuel, est vraiment magnifiquement mis en scène.
Saoirse Ronan est excellente (je l’avais déjà beaucoup aimé dans Brooklyn d’ailleurs) : vive, impertinente, passionnée, elle donne vie à cette rebelle qui se sent en décalage avec sa famille, sa ville, son lycée. Le reste du casting est tout aussi bon : Timothée Chalamet (que j’ai adoré dans Call me by your name) qui amène une touche de nonchalance arrogante, Tracy Letts, le père, bulle de douceur qui tente sans cesse d’arrondir les angles entre sa femme et sa fille, etc.
Un portrait sensible et sincère d’une adolescence dans l’Amérique post-11 septembre.

***

 Autres films

  1. Les combattants, de Thomas Cailley (2014)

 Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille. Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux. (Allociné)

Les combattants (affiche)

Une histoire assez simple et en même temps riche et originale. Un vent de rébellion, la naissance de l’amour chez deux personnalités antagonistes… Si les deux personnages sont très réalistes, Adèle Haenel se détache, intelligente, volontaire et enragée. Sa relation avec un Arnaud habitué à un certain confort est touchante grâce à leur duo étonnant qui marche du début à la fin.
Entre fin de l’humanité et désillusion quant à l’avenir, la jeune génération est clairement pas l’optimisme incarné (mais je ne vais pas critiquer, je m’y retrouve bien !). Malgré tout, Madeleine n’a pas tout abandonné : elle attend d’un stage au sein de l’armée (dire que si j’avais su qu’ils allaient à l’armée, je n’aurais sans doute pas regardé ce film…) un apprentissage poussé des techniques de survie (elle a beau être résignée, elle n’en est pas moins résolue à survivre le plus longtemps possible). Attentes cruellement déçues : ce sont l’obéissance et la solidarité qui sont exigées, et non les interrogations et les instincts primaires. Symptomatique de l’humour qui irrigue délicatement le film, cette discipline (que les personnages ne tardent pas à fuir) est gentiment moquée.
Ce n’est pas un film qui fera date dans mon esprit mais j’ai néanmoins passé un bon moment. Une histoire initiatique connue mais contée de manière si fraîche et inédite (ainsi mêlée avec une histoire de survivalisme) qu’elle en redevient intéressante.
(Et non, cet article n’est pas sponsorisé par le lobby des parenthèses.)

  1. Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland (2015)

Mariée, heureuse et mère de trois grands enfants, Alice Howland est un professeur de linguistique renommé. Mais lorsqu’elle commence à oublier ses mots et qu’on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et sa famille sont mis à rude épreuve. Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration. (Allociné)

Still Alice (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Un drame plutôt réussi qui nous fait entrer dans l’intimité d’une famille éprouvée par la maladie d’Alzheimer. La tragédie est prétendument amplifiée par le fait qu’Alice est une intellectuelle, une linguiste pour qui – elle l’explique d’ailleurs à un moment – les mots, l’expression et l’élocution jouent un rôle essentiel dans la construction de son identité (c’est ce qu’on essaie de nous dire, mais c’est en réalité toujours une tragédie quel que soit le milieu social de la malade). Si, avec ce genre de sujet, il y a forcément les « passages clés » de la progression de la maladie, attendus dès le début, qui semblent parfois là avant tout pour bouleverser le spectateur (spoiler : ça n’a pas marché avec moi), je trouve que le film garde globalement une certaine pudeur qui évite l’apitoiement.
Parmi les trois enfants du couple, Lydia (Kristen Stewart) est la seule qui été sympathique (même si je n’ai pas trouvé son jeu renversant). Le fils est relativement transparent tandis que la fille aînée est tout bonnement insupportable avec ses airs pincés. Lydia est la seule à ne pas viser une grande carrière comme le souhaite sa mère : elle veut être comédienne et s’est pour cela éloignée de sa famille en partant sur la côte Ouest. Elle est la seule à rester vraie, à parler franchement (mais avec tact malgré tout) à sa mère, même si cela engendre souvent des conflits.
Je suis entrée dans le film sans savoir ce que c’était et j’avoue que le trio « maladie + Julianne Moore + Kristen Stewart » m’aurait certainement fait reculer si j’en avais été prévenue à l’avance, mais j’ai passé un bon moment même si le film est très linéaire et globalement sans surprise.

  1. Will Hunting (VO : Good Will Hunting), de Gus Van Sant (1998)

Will Hunting est un authentique génie mais également un rebelle aux élans imprévisibles. Il est né dans le quartier populaire de South Boston et a arrêté très tôt ses études, refusant le brillant avenir que pouvait lui procurer son intelligence. Il vit désormais entouré d’une bande de copains et passe son temps dans les bars à chercher la bagarre et à commettre quelques petits délits qui risquent bien de l’envoyer en prison. C’est alors que ses dons prodigieux en mathématiques attirent l’attention du professeur Lambeau, du Massachusetts Institute of Technology. (Allociné)

Will Hunting (affiche)

(Disponible sur Netflix)

En dépit des dialogues qui touchent justes d’un bout à l’autre, le déroulement du film est assez classique et sans surprise. En réalité, ça n’affecte pas énormément le plaisir pendant le visionnage car je me laisse prendre par l’histoire, mais c’est un peu dommage malgré tout.
Cependant, j’ai apprécié que Will (Matt Damon) ne soit pas le genre « génie asocial (et moqué par les autres) » que l’on voit souvent. Il a une bande de potes avec qui il sort, il est bagarreur et rebelle, il est capable de parler à une fille, il fait des petits boulots, bref, il se débrouille. A ce niveau, ça change.
Tous les acteurs (et Minnie Driver, la seule et unique actrice…) sont excellents, à l’image de leurs personnages, attachants et vrais. Robin Williams est évidemment génial dans le rôle du psychiatre qui, finalement, fait sa propre thérapie en même temps que celle de Will. Son duo complice avec Matt Damon fonctionne à merveille.
Un très agréable divertissement.

  1. Paprika (VO : Papurika), de Satoshi Kon (animation, 2006)

Dans le futur, un nouveau traitement psychothérapeutique nommé PT a été inventé. Grâce à une machine, le DC Mini, il est possible de rentrer dans les rêves des patients, et de les enregistrer afin de sonder les tréfonds de la pensée et de l’inconscient.
Alors que le processus est toujours dans sa phase de test, l’un des prototypes du DC Mini est volé, créant un vent de panique au sein des scientifiques ayant développé cette petite révolution. Dans de mauvaises mains, une telle invention pourrait effectivement avoir des résultats dévastateurs. 
(Allociné)

Paprika (affiche)

Dans son « C’est le 1er » du mois de mars, Alberte Bly mentionnait son coup de cœur pour Paprika, un film que j’avais vu – et beaucoup aimé bien qu’il m’avait laissé bien décontenancée – il y a six ou sept ans. J’ai donc décidé de le voir et d’écrire cette petite critique avant d’aller lire la sienne.

Ce nouveau visionnage a été un vrai bonheur ! Et un sacré trip aussi. Parce que dans le genre étrange, bizarre et flippant, Paprika se pose là !
Si Inception vous a perdu, laissez tomber. Inception n’est pas si compliqué que ça à mon goût (d’ailleurs Alberte a un autre avis là-dessus, donc à vous de vous faire le vôtre !) alors que Paprika, même s’il ne présente pas tout à fait les emboîtements de rêves d’Inception, nous fait osciller sans cesse du rêve à la réalité, puis le premier entre dans la seconde, sommeil ou non. On se croit dans une scène ordinaire et paf, un truc totalement anormal se produit. La frontière est beaucoup plus poreuse et le résultat est beaucoup plus anarchique et inattendu dans la version japonaise. Bref, 1h30 d’onirisme et de délire, servie par une animation dynamique, dense et absolument envoûtante.

Entre les parades hallucinées et ondulantes pleines de poupées flippantes et les déformations corporelles parfois dérangeantes, ce n’est pas un film aussi gentil et joyeux que laissent imaginer ses couleurs acidulées et son entraînante BO – qui est totalement géniale. Il est sombre et le monde des rêves révèle bien des traumatismes et des obsessions chez les rêveurs. Toutefois, cette plongée dans cet univers pas si ludique que ça est aussi une plongée dans la psyché humaine et, si elle révèle la mégalomanie de certains, elle fait aussi grandir les personnages de Tokita, d’Atsuko et du commissaire Konakawa.

Original et inquiétant, voire glauque parfois, Paprika est une immersion surprenante dans un univers onirique et psychotique. Une expérience délirante que je vous conseille vivement !

(Cela m’a donné envie de me replonger dans le cinéma d’animation japonais et dans la filmographie de Satochi Kon – j’avais aussi vu Tokyo Godfathers (dont on voit l’affiche dans Paprika), mais une piqûre de rappel ne me ferait pas de mal –, ne soyez donc pas surpris si ceux-ci fleurissent dans les prochains bilans cinéma.)

  1. Fantastic Mr. Fox, de Wes Anderson (animation, 2010)

Fox, le plus rusé des voleurs de poules, sa femme, Mrs Fox, Ash, son fils, le cousin Kristofferson et tous les autres animaux de la forêt défient trois odieux fermiers. Ils vont vivre la plus périlleuse et délirante des aventures. (Allociné)

Fantastic Mr. Fox (affiche)

La découverte de L’île aux chiens m’a donné très envie de revoir le premier film d’animation de Wes Anderson, une adaptation du roman de Roald Dahl et, dès la présentation des trois fermiers, j’ai été plongée dans cette histoire de mon enfance.
L’animation en stop-motion est soignée – les poils, la fumée en coton… – et la mise en scène est parfaite : on aperçoit au travers de ce long-métrage tout ce que permet le choix de l’animation, toute l’inventivité qui vient servir le récit. L’anthropomorphisme exacerbé aurait pu me déranger, mais non, rien ne m’a heurté, d’autant plus que la bestialité de nos héros pointe régulièrement le bout de son nez : une goutte d’eau parmi toutes ses situations exagérées et parfois absurdes. Le film regorge de petits détails amusants (et pertinents) comme sait les placer Wes Anderson, comme ce décompte en années-renard par exemple. L’histoire de ce voleur invétéré est évidemment portée par un casting de voix aux petits oignons (autre signe distinctif du réalisateur) et des dialogues très fins.
Si L’île aux chiens me semble plus abouti et plus prenant, Fantastic Mr. Fox n’en reste pas moins un film sympathique, drôle et subtil, qui questionne l’ambition, la famille, la jalousie.

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Séries

  1. Captive (VO : Alias Grace), créée par Mary Harron et Sarah Polley, d’après le roman de Margaret Atwood (2017, mini-série, 6 épisodes)

Dans le Canada du XIXe siècle, un aliéniste américain, Simon Jordan, tente d’évaluer si Grace Marks, servante condamnée à mort (peine commuée en emprisonnement à perpétuité) pour les meurtres de son maître et d’une gouvernante, devrait être graciée. Est-elle innocente ou coupable, folle ou saine d’esprit ? (Wikipédia)

Alias Grace (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Après m’avoir attirée par un scénario alléchant, puis par des premières images qui donnent immédiatement une grande envie d’en voir plus, cette mini-série s’est révélée être un vrai régal. Elle a su me surprendre et se jouer de mes attentes. Elle a su m’indigner (en même temps, ce n’était pas tellement difficile lorsque l’on voit les injustices auxquelles sont soumises les femmes), me fasciner, me questionner.

Les images sont superbes : la lumière, les costumes, les robes, les plans sur le visage de Grace, les incroyables édredons en patchwork… C’est décidé, la couverture en patchwork rencontre dans la longue liste des « un jour, je ferai ça » (juste après apprendre à coudre…). Visuellement – comme à tout autre niveau –, c’est vraiment une réussite !

L’actrice qui interprète Grace, Sarah Gadon,  a un visage absolument fascinant : doux et mystérieux, il semble illuminé de l’intérieur et l’on doute, comme le docteur Simon Jordan chargé d’établir son innocence ou sa culpabilité, jusqu’à la fin. Elle est véritablement troublante et, si le reste de casting ne présente aucune fausse note, c’est bien elle qui confère à la série tout son sel et son intérêt.

Six épisodes tout simplement parfaits, sans la moindre fausse note. Une série qui m’a laissée fascinée et quelque peu pensive.

  1. Avatar, le dernier maître de l’air (VO : Avatar : The Last Airbender), créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko (animation, 2005-2008, 3 saisons, 61 épisodes)

Prisonnier à l’intérieur d’un iceberg pendant un siècle, Aang, un garçon d’une douzaine d’années, est libéré des glaces par deux jeunes membres de la tribu de l’eau du pôle sud. Aang a une destinée hors du commun : il est l’Avatar, chargé de garantir l’équilibre entre les maîtres des quatre éléments. Ceux-ci sont répartis en quatre civilisations : les tribus de l’eau, le royaume de la terre, la nation du feu et les nomades de l’air.
Toutefois, sa tâche se complique lorsqu’il découvre que la nation du feu a profité des cent ans passés pour semer la guerre et la destruction. Et ce, pour étendre son emprise sur les trois autres peuples. Aang est le seul à pouvoir rétablir l’ordre au sein de l’univers. Néanmoins, il doit commencer par apprendre à maîtriser tous les éléments. C’est le seul moyen d’atteindre son but. (Wikipédia)

Avatar le dernier maitre de l'air (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Avatar est un dessin animé que ma sœur regardait et que j’aimais voir également, cependant, je voyais un épisode par-ci, par-là, et je n’ai jamais eu toute l’histoire. Ayant eu l’occasion (la chance, dirais-je) de mener une vie de célibataire pendant plusieurs jours ce mois-ci, j’en ai profité pour corriger ça – puisque Netflix a eu la gentillesse de les ajouter – et renouer avec mon âme d’enfant !

Et ça a fonctionné ! La maîtrise des quatre éléments est un sujet fascinant et je ne me suis pas lassée une seconde des prouesses qu’ils étaient capables d’accomplir avec l’air, l’eau, la terre et le feu. Visuellement, on en prend plein la vue, les mouvements sont tout en fluidité, il y a beaucoup de grâce et de puissance dans la danse qu’ils font avec les éléments.
Outre leurs fascinants pouvoirs, j’ai adoré découvrir les différents royaumes, les villes, voyager de la banquise aux montagnes, des marais aux volcans, faire la connaissance des gens et des créatures étranges qui peuplent ce monde. On découvre plein de cultures, de façons de vivre. Outre le ravissement pour la spectatrice que je fus, tout cela va également contribuer à l’évolution des personnages.

Bon, on reste dans un dessin animé. Globalement, les gentils sont les gentils (même s’ils vont parfois faire quelques bourdes, être jaloux ou désireux de vengeance, ils restent les gentils), les méchants sont les méchants et il y a un méchant qui va évidemment devenir gentil (mais pas forcément au moment attendu !). Toutefois les enfants mûrissent et ils vont aussi faire la connaissance de personnes qui ne sont pas toutes blanches ou toutes noires, des gens aigris, des gens qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment, des gens aveuglés par la tristesse. Leur long périple constitue un voyage initiatique qui leur fera connaître joie, deuil, amour, doutes, peur, amitié, jusqu’à les conduire là où est leur place.
La bande de l’Avatar est éclectique et sympathique. Elle n’est certes pas exempte de clichés, mais créateurs et scénaristes ont tout de même su par moments épaissir leur profil sans les cantonner uniquement à une facette. (Le seul épisode m’ayant insupportée au possible est celui où Katara succombe au charme de Jet, le brun mystérieux et rebelle. Grr !) Ils sont en outre entourés de toute une flopée de personnages secondaires dont certains sont vraiment géniaux (Bumi par exemple !).
(Et puis, il y a l’oncle Iroh doublé par Marc Cassot, alias la voix de Dumbledore ! En plus, il a un peu le même type de rôle : le vieux sage et pacifique, mais néanmoins extrêmement puissant, tout ça quoi.)

Emotions, humour, action. Diversités de paysages, de cultures et de caractères. Epoustouflante maîtrise des quatre éléments et combats ébouriffants. Joies et peines du quotidien. Beauté et poésie du monde. Cruauté et violences de la guerre.  Sagesse, spiritualité et philosophie. Mythes et esprits d’inspiration asiatique. Art du thé. Autant d’éléments mariés avec harmonie pour créer un dessin animé intelligent et vraiment très chouette.

(En cherchant une illustration pour la série, j’ai découvert qu’il y avait eu un film ! Je n’ose imaginer le résultat et, comme je ne veux pas corrompre les bons moments passés avec le dessin animé, voilà un film que je ne regarderai pas !)
(J’ai également découvert l’existence d’une suite intitulée La légende de Korra. Je me méfie toujours des suites, mais je pense tout de même la visionner à l’occasion.)
(Et n’oubliez pas que Adlyn du blog Un rat des villes a créé un petit challenge pour rendre hommage à cette très chouette série !)

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La parenthèse 7ème art – Mars 2018

Avec le déménagement, le cinéma a disparu de mon quotidien. Je compte sur lui pour revenir dès que les choses se seront un peu posées, mais en attendant, c’est la misère. Voilà pourquoi, encouragée par Pauline du blog Histoires Vermoulues, j’ai décidé d’élargir le champ de mes chroniques et de parler également de films vus chez moi, peinarde sur mon canapé. (Je ne parlerais cependant de ceux qui m’inspirent, pas besoin de reparler de mon énième visionnage d’Hair ou d’évoquer le film un peu naze regardé pour me vider la tête.)

  1. Call me by your name, de Luca Guadagnino

 Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais. (Allociné)

(Ils devraient faire des résumés encore un peu plus longs chez Allociné…)

Call me by your name (affiche)

Difficile, je pense, de ne pas avoir entendu parler de Call me by your name. Avec La forme de l’eau (et, dans une moindre mesure peut-être, Lady Bird), ce sont LES films de ce début d’année. Mais si le Guillermo del Toro ne m’a pas bouleversée plus que ça, je ne peux pas dire de même pour celui-ci.

Le rythme est lent et prend le temps de la mise en place pour ces personnages, ce coin d’Italie, cet été avec les stridulations des insectes et le glougloutement de l’eau. J’ai adoré me laisser emporter cette tranquillité languissante, léthargique. L’immersion est totale et les décors se montrent aussi importants que les personnages. La caméra les aime et les sublime tout au long du film : les fruits tendres, juteux et sucrés, les statues marmoréennes à la beauté immortelle, la rivière, le soleil caressant les corps alanguis… tout autant de passage pour les deux protagonistes.
Le désir et la prise de conscience de ce désir ne déboulent pas dès les premiers jours et les deux hommes vont passer un bon bout de temps à se tourner autour. Pourtant, grâce à l’intensité et la justesse du jeu de Timothée Chalamet et Armie Hammer, on ne s’ennuie pas une seconde et les regarder apprendre à se connaître, se trouver, découvrir l’amour se révèle tout bonnement attendrissant.

Les personnages sont superbes, profonds, et merveilleusement incarnés. Ils ne sont nullement parfaits – Oliver a d’ailleurs commencé par m’agacer avant de me faire changer d’avis par sa gentillesse et son amour pour Elio. Elio – tout comme son amie Marzia d’ailleurs qui m’a émue lors de son ultime apparition – est à la fois d’une grande intelligence et d’une sensibilité aiguë. Entre innocence et maturité, il est difficile de rester insensible face à lui.
Elio peut compter sur le soutien de ses parents, ce qui change de ces familles qui se déchirent face à l’homosexualité. Le père notamment se révèle magnifique. L’incroyable lien de compréhension et d’amour entre son fils et lui, sublimé dans son discours à la fin du film, est extrêmement touchant.

Pour moi, Call me by your name est une petite perle. A la fois très sensuel et pudique, c’est un film sublime, fort et juste qui transmet de belles émotions. Une réussite totale, des décors aux personnages, des acteurs au choix des plans, de la musique aux silences.

(En voulant vérifier l’orthographe du nom du réalisateur, j’ai appris qu’une suite était prévue en collaboration avec l’auteur du bouquin, André Aciman : mêmes personnages, quatre ou cinq ans après les événements de celui-ci. Le genre de projet qui me laisse un peu dubitative (et partagée parce que, d’une part, je trouve la fin parfaite et crédible et poignante, et d’autre part, parce qu’ils avaient une belle relation quand même, du coup…), mais que je serai curieuse de découvrir. Avec appréhension.)

  1. Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994)

Quelques décennies d’histoire américaine, des années 1940 à la fin du XXème siècle, à travers le regard et l’étrange odyssée d’un homme simple et pur, Forrest Gump. (Allociné)

Forrest Gump (affiche)

(Disponible sur Netflix)

J’arrive avec un temps de retard pour découvrir ce classique du cinéma.
Impeccablement interprété par Tom Hanks, Forrest Gump effectue un voyage passionnant et touchant. Incapable de mensonge, il est le genre de personnage véritablement attendrissant qu’il est difficile de ne pas aimer. Ce qu’il vit fait écho en chacun de nous, il appréhende la vie avec une fraîcheur et une innocence magnifiques. Imperturbable, assis sur un banc, il déroule le fil de sa vie avec un immense sérieux qui fait sourire ou qui touche, bref, qui ne laisse jamais indifférente. (En revanche, Jenny (Robin Wright), son amie, son amour secret, la femme de sa vie, est parfaitement horripilante et la façon dont elle l’utilise m’a indignée.)
La façon dont son périple est intégré à l’histoire américaine (Elvis Presley, guerre du Vietnam, hippies, Black Panthers, JFK, John Lennon, Nixon, Apple, les smileys, etc.) est réussie et divertissante. Tout en faisant le point sur ses connaissances en histoire, on s’amuse à trouver les références et de la façon dont Forrest en devient instigateur principal. Les effets visuels et trucages sont bluffants (j’avoue : je suis une quiche dans ce genre de domaine, m’impressionner n’est donc nullement un exploit).
Aventure humaine poétique et enthousiasmante, Forrest Gump mérite amplement son statut de film culte !

  1. Annihilation, d’Alex Garland

 Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale. (Allociné)

Annihilation (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Apparemment, ce film a été jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel » pour les salles de cinéma (françaises entre autres). Mouais. Certes, ça ne bourrine pas toutes les trente secondes, mais de là à le qualifier de « trop intellectuel », je pense qu’il y a un peu de marge. Certes, on se pose des questions et il y a moyen d’élaborer quelques théories, cependant, au final, j’ai surtout été déçue. Il y avait de l’idée, un scénario qui diverge des films de SF que l’on peut voir habituellement, des passages contemplatifs, des instants un peu malsains (plus oppressants que les moments vaguement gore) mais je n’ai vraiment pas réussi à être prise par l’histoire. Je ne sais pas pourquoi, la lenteur n’est pas un problème pour moi, mais là, j’ai trouvé que c’était beaucoup de bruit pour rien. Et la fin tombe à plat.
Quant à la team 100% féminine, oui, chouette, ça change. Mais le cliché de la fille physicienne super intelligente toute timide qui se cisaille les bras ou celui de la grande musclée forcément lesbienne… No way.
Je ne connais pas le livre d’où est tiré le film, mais j’aurais presque envie de le lire si je n’en avais pas trois mille autres en attente pour voir si c’est le film, si c’est moi, ou si c’est le livre qui coince. Dommage ! SF, Natalie Portman, héroïnes, sujets de réflexion : j’aurais aimé ne pas passer à côté !

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Séries (ou « la section qui n’apparaîtra pas souvent »)

  1. Chasseurs de Trolls (VO : Trollhunters), créée par Guillermo del Toro (2016-, 2 saisons, en cours)

Sur le chemin de l’école, Jimmy Dulac, un adolescent de quinze ans, trébuche par inadvertance sur une amulette magique. Il découvre alors une extraordinaire civilisation secrète de puissants trolls vivant sous sa petite ville d’Arcadia. Jimmy se retrouve soudainement destiné à être le protecteur du monde des trolls et des humains. (Allociné)

Chasseurs de Trolls (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Ayant commencé cette série d’animation en pensant qu’il s’agissait simplement d’un film, j’ai été embarquée par le rythme court des épisodes (23 minutes) et par l’histoire. Certes, certains ressorts sont assez classiques : le héros qui effectue tout le parcours initiatique auquel on s’attend, le grand méchant prisonnier dans les Darklands, un petit gros comme sidekick, une belle fille intelligente comme troisième comparse, des aides et des ennemis, des ennemis qui deviennent des soutiens, des soutiens qui ne sont pas si honnêtes que ça finalement, etc. Et pourtant, j’ai bien accroché.

Tout d’abord à ce monde souterrain de trolls, changelins et gnomes. Comme dans Harry Potter, Le seigneur des Anneaux et autres récits de fantasy, c’est là toute une mythologie que je trouve toujours fascinante. La seconde saison nous fait découvrir d’autres trolls que ceux basés au Marché et ainsi élargir notre connaissance de cet univers. Je passerais bien quelques jours dans la bibliothèque de Blinky, le mentor de Jim, pour tout savoir des trolls.
Ensuite, j’ai été séduite à l’esthétisme de la série. Le physique des personnages (même si je ferai le même reproche qu’aux autres dessins animés : pourquoi seules les vieilles filles ou les méchantes peuvent-elles avoir un physique atypique ? Evidemment, l’amie ou la mère de Jim sont très jolies… et très lisses), les différentes créatures de la nuit, les lumières, les roches… C’est très beau ! L’animation est très réussie à la hauteur des studios qui ont vu naître Dragons (Krokmou passe d’ailleurs faire un petit coucou !)
Et malgré les défauts évoqués au début, les personnages n’en sont pas moins attachants et le format série permet de creuser un peu plus leur personnalité, leurs rêves et leur passé que dans un simple film. L’univers banal de l’école et de la maison est aussi important que leur vie cachée de chasseurs de trolls, tout est fouillé, exploité avec talent. Toby, Aargh !, Blinky, Strickler… inoubliables.

Les scènes d’action ne sont jamais redondantes ou inutiles, l’humour fait son apparition sans devenir lourd ou répétitif, l’intrigue est captivante (et on veut savoir la suite à la fin de chaque épisode) et l’univers fantastique créé par Guillermo del Toro est absolument fascinant : bref, une super série d’animation !

Patience à présent : la suite de l’histoire sera apparemment narrée dans une série dérivée, 3 Below, qui sortira fin 2018.

  1. Under the Dome, créée par Brian K. Vaughan, d’après le roman de Stephen King (2013-2015, 3 saisons)

Les habitants d’une petite communauté se réveillent un matin, coupés du monde et piégés dans la ville à cause d’un immense dôme transparent. Certains tenteront, de manière dissimulée, de tirer profit de cette situation inquiétante et inexpliquée, afin de prendre le pouvoir. Mais une résistance va s’organiser autour d’un vétéran de la guerre en Irak, pour empêcher ces personnes malveillantes de parvenir à leur fin. (Allociné)

Under the Dome (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Dans ma grande démarche « donner une seconde chance à Stephen King, tant à ses livres qu’aux adaptations » suite à mon coup de cœur pour Ça, nous nous sommes lancés dans le visionnage de la série Under the Dome. Je précise que je n’ai pas lu le livre.

Que dire ? La première saison et la première moitié de la seconde (à vue d’œil car, ayant enchaîné les épisodes, je n’ai pas vraiment intégré les limites de chaque saison) m’ont plutôt accrochée. Le principe est assez classique : la survie sous le dôme avec tous les problèmes auxquels nous pouvons nous attendre (nourriture et autres ressources, effritement de la solidarité, folie, prise de pouvoir, tentatives d’évasions, crimes, etc.). En dépit de l’originalité toute relative de la chose, je ne me suis pas ennuyée en découvrant le dôme et en regardant les personnages se débattre et appréhender peu à peu leur nouvel environnement.
Toutefois, la direction prise par la série par la suite n’a suscité chez moi qu’une lassitude de plus en plus abyssale. Je l’ai trouvé bâclée (ce qui est fort compréhensible étant donné qu’il s’agit d’une série annulée après la saison 3), sans intérêt, sans accroche. Du grand n’importe quoi à mon goût. Même les effets spéciaux ou l’apparence des cocons ou des nouveaux arrivants (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler de potentiels courageux désireux de se lancer dans un visionnage laborieux…) étaient mauvais, laids. Il n’y a aucun moment d’horreur ou de thriller, aucun passage flippant où l’on craindrait pour les personnages (d’ailleurs, ceux-ci non plus ne semblent jamais effrayés), il n’y a pas de suspense et c’était parfois usant de regarder de longues séquences interminables pour arriver à un résultat prévu trois épisodes plus tôt.

Et j’avoue avoir tout au long de la série (saison 1 à 3) été stupéfaite des choix et/ou de la bêtise, de la naïveté des personnages. Certaines réactions (ou absences de réaction) sont totalement ahurissantes. De toute façon, les personnages ne sont pas bien intéressants, il y a une fadeur généralisée qui ne fait que s’amplifier au fil des saisons. D’un côté, des Julia, Joe ou Barbie, bien sympathiques, mais trop lisses, trop gentils pour être véritablement passionnants. De l’autre, un Junior dont la tête t’annonce dès sa première apparition qu’il est le psychopathe de la série (mais c’est parce qu’il n’a plus sa maman et que son papa était méchant, vous allez vite le piger puisque c’est répété au moins cent mille fois. Au moins.)
Ouf, un personnage s’est détaché : Big Jim (le méchant papa de Junior), joué par Dean Norris (vu dans Breaking Bad également, cet acteur est parfait). Contrairement aux autres personnages, cet homme est bien plus complexe. Mégalo, égocentrique (il y a eu un moment où j’étais au bord de la crise de nerfs à chaque fois qu’il commençait une phrase par « I », c’est-à-dire à peu près toutes ses phrases), on se demande souvent dans quelle mesure il agit par amour pour sa ville – attachement qu’il clame régulièrement – ou uniquement pour sauver sa peau. Véritable salopard parfois, il est cependant capable d’actes de générosité. Bref, il oscille perpétuellement, on ne sait pas toujours que penser de lui, et j’ai eu une vraie relation amour-haine avec ce personnage.
(Parmi les personnages qui relèvent un peu le niveau, je citerai également la capricieuse Norrie (Mackenzie Lintz) – je ne la supportais pas au début, mais sa colère et sa révolte ont finalement fini par me plaire, son imperfection étant assez rafraîchissante parmi tous ces protagonistes à une seule facette – et Sam Verdreaux (Eddie Cahill), personnage parfois flou, malheureusement sacrifié dans la saison 3 – pas sacrifié dans le sens « tué », sacrifié dans le sens « lui enlever tout intérêt ».)

Pour être juste, j’ai regardé le début sans déplaisir et cette histoire de dôme avait des atouts pour me convaincre, mais le fait que cette série ait réussi à faire naître un tel ennui chez moi bien que je sois relativement bon public est un exploit que seul Dexter avait réussi jusqu’à présent.
Donc mon conseil : regardez plutôt Chasseurs de Trolls (ou la saison 2 de Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, j’en ai déjà parlé donc je ne vais pas recommencer mon speech, mais la seconde saison me confirme que cette série est merveilleuse !)

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)

La parenthèse 7ème art – Février 2018

Six films, c’est probablement la dernière fois que j’en vois autant au cinéma en un mois. Il y aura une parenthèse début avril pour le mois de mars (je dois absolument vous parler de Call me by your name – au cas où on ne vous aurait pas assez rabâché les oreilles avec ce film !), mais ensuite, reste à voir si ça vaut le coup de garder ce format ou si je le modifie.

  1. Gaspard va au mariage, d’Antony Cordier

Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance. (Allociné)

Gaspard va au mariage (affiche)

Ce qui m’a tout de suite attirée dans ce film, c’est la famille iconoclaste de Gaspard. Ce dernier, même s’il s’est éloigné de ces père/sœur/frère atypiques, ne peut renier la filiation. Rêveur et inventeur en herbe, il est bien un enfant de cette vieille maison remplie d’objets hétéroclites. Les membres de la famille sont très soudés malgré leurs différences/différends et n’ont entre eux aucun tabou (ils sont par exemple très décomplexés dans leur rapport au corps ou vis-à-vis de la relation entre Coline et Gaspard). Tous sont un peu perdus, cherchant leur place et s’inquiétant pour l’avenir du zoo. L’interprétation est fine et sensible, chaque personnage apportant un regard différent, notamment ceux – enrichissants – de Laura (Laetitia Dosch), externe à la famille, et de Virgil (Guillaume Gouix) et Peggy (Marina Foïs), plus terre-à-terre. Interprétant une Coline quelque peu borderline, enveloppée dans sa peau d’ourse, Christa Théret est éblouissante.
Sinon, à part ça, vous trouverez dans ce film : de l’humour pour saupoudrer les dialogues, une bonne dose de poésie et de tendresse, mais aussi une goutte d’amertume et de nostalgie.
Narrant simplement un épisode de la vie mouvementée de cette famille, Gaspard va au mariage est un film original, fantaisiste et décalé.

  1. Cro Man (VO : Early Man), de Nick Park

Préhistoire, quand les dinosaures et les mammouths parcouraient encore la terre. L’histoire d’un homme des cavernes courageux, Doug, et de son meilleur ami Crochon, qui s’unissent pour sauver leur tribu d’un puissant ennemi. (Allociné)

Cro Man (affiche)

Je voulais voir ce film car j’ai beaucoup aimé tous les autres films des studios Aardman. Je n’en savais rien, à part que des hommes préhistoriques y rencontraient une civilisation plus évoluée (techniquement parlant en tout cas). Autant dire que, quand le football est entré en jeu, je suis bien tombée des nues.
Le mélange est certes original, mais n’a que moyennement fonctionné avec moi. L’histoire ne m’a jamais captivée, j’ai trouvé le tout très prévisible et un peu plat. Et surtout, il m’a manqué l’humour des précédents Aardman. A part le pigeon qui transmet ses messages de façon tout à fait unique, les blagues sont un peu simplettes à mon goût (pourtant je me considère comme étant généralement très bon public).
En gros, je l’ai regardé sans déplaisir, mais avec un peu de déception. Déception d’autant plus accrue que j’aime beaucoup les autres films d’animation de ces studios.

  1. Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Phantom Thread (affiche)

Je suis allée voir ce film un peu par hasard, parce que je voulais aller au cinéma et que c’était le film qui m’intriguait le plus à ce moment-là, j’avais vu les affiches, du genre à me faire de l’œil, la bande-annonce une fois, il ne m’en fallait pas plus. Et quelle bonne idée ! Quelle claque ! Décidément, après le Où passe l’aiguille de Véronique Mougin, le monde de la mode sait me parler ! L’atmosphère qui se dégage de ce film, passionnée, tendue, un peu vénéneuse, est envoûtante. Les acteurs sont incroyables. Si Reynolds Woodcock agace parfois par ses manies et sa froideur, il n’en reste pas moins un homme fascinant, un homme de passion et de talent, obsédé par son travail et par sa quête de perfection, un homme touchant aussi auquel on finit par s’attacher. Daniel Day-Lewis y est superbe d’élégance et de justesse. En face de lui, la jeune Vicky Krieps éclate de talent : dès son entrée dans sa vie, Alma, d’apparence soumise, bouscule ses habitudes et n’hésite pas à les affronter, lui et sa sœur. La fin est inattendue : j’ai craint un instant qu’elle ne soit vue et revue, mais non, pas du tout, elle est même totalement déroutante. A aucun moment, on ne peut prendre le scénario en défaut, c’est merveilleux.
Les décors, les costumes, les lumières… tout cela contribue à faire de Phantom Thread, non seulement un film fort émotionnellement, mais aussi un film magnifique. Captivant du début à la fin !

  1. Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand

 Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. (Allociné)

Jusqu'à la garde (affiche)

Ce film est d’une force inouïe. Il m’a laissée scotchée à mon siège, comme le reste de la salle sur laquelle s’était abattu un silence pesant, comme mon copain qui en a souvent reparlé les jours suivants. L’histoire n’a rien d’extraordinaire, au contraire elle est d’une triste banalité, mais c’est ce qui fait sa force et sa violence. La tension grandit peu à peu, l’ambiance s’alourdit de minutes en minutes, Xavier Legrand joue avec nos nerfs de façon magistrale.
Le sujet est sensible, mais il est traité sans pathos ni exagération. La mise en scène comme les acteurs sont sobres, mais d’une grande justesse. Si Léa Drucker et Denis Ménochet sont époustouflants, il faut aussi signaler la performance du jeune Thomas Gioria qui laisse échapper sur son visage des émotions qu’il tente de retenir.
Une histoire d’horreur ordinaire, un vrai coup de poing qui laisse KO. Absolument, saisissant.

  1. La forme de l’eau (VO : The Shape of Water), de Guillermo del Toro

 Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres. (Allociné)

La forme de l'eau (affiche)

La bande-annonce me fascinait, la référence à L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold me séduisait (j’adore les Universal Monsters), j’étais donc bien décidée à aller voir le nouveau Guillermo del Toro avant que les louanges de la presse ne parviennent à mes oreilles.
Ce qui saute aux yeux, c’est que ce film est visuellement sublime avec cette atmosphère délicieusement surannée. Les jeux de lumière, la tonalité bleu-vert, les costumes, l’apparence de l’homme-poisson (j’apprécie d’ailleurs l’usage d’un vrai costume et non pas la création uniquement numérique de la créature)… Sally Hawkins est magnifique, bouleversante bien qu’elle n’ouvre pas la bouche. Sur tous ces points, c’est absolument renversant. Bien.
Cependant, l’histoire en elle-même reste, à mon goût, trop classique (et le fait qu’une humaine tombe amoureuse d’une créature marine ne vient pas relever cela). Les personnages ont des rôles bien définis – l’héroïne rêveuse et sensible, la copine drôle et compréhensive (Octavia Spencer que je trouve décidément excellente à chaque fois), le vieux voisin partageant la solitude de l’héroïne, le méchant à la tête de méchant… – et il n’y a pas la moindre surprise concernant leur évolution. C’est une jolie histoire pleine d’amour et d’appel à la tolérance, mais je ne la trouve pas d’une grande originalité. Tout se déroule comme on s’y attend, sans le moindre accroc, sans le moindre « je n’avais pas vu ça venir ».
La forme de l’eau est un film poétique et un conte tout aussi touchant, certes, mais je trouve cette avalanche d’éloges et de nominations exagérée. (A sa décharge, ce film s’est retrouvé entre deux longs-métrages infiniment plus puissants émotionnellement parlant, à savoir Jusqu’à la garde qui m’a profondément remuée et Call me by your name que j’ai trouvé d’une justesse et d’une sensibilité absolue (on en reparle pour la parenthèse de mars), ce qui joue peut-être en sa défaveur en plus des attentes surdimensionnées que j’en avais…)

  1. Mary et la fleur de la sorcière (VO : Meari To Majo No Hana), de Hiromasa Yonebayashi

C’est l’été. Mary vient d’emménager chez sa grand-tante dans le village de Manoir Rouge. Dans la forêt voisine, elle découvre une fleur mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois tous les 7 ans. On l’appelle la « fleur de la sorcière ». Pour une nuit seulement, grâce à la fleur, Mary possédera des pouvoirs magiques et pourra entrer à Endor, l’école la plus renommée dans le monde de la magie, qui s’élève au-dessus du ciel, au-delà des nuages. Le secret de la fleur de la sorcière se révélera à elle petit à petit. (Allociné)

Mary et la fleur de la sorcière (affiche)

Une petite fille, un balai, un chat noir… plus une école de magie… tout cela me faisait diablement penser au Kiki la petite sorcière de Miyasaki mêlé d’un peu d’Harry Potter, mais finalement Hiromasa Yonebayashi – réalisateur d’Arrietty et du très beau Souvenirs de Marnie – a su me surprendre.
Malgré quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film d’animation, premier produit des nouveaux Studios Ponoc. Les dessins sont magnifiques et on s’immerge avec plaisir dans cet univers. La flamboyante (tant par ses cheveux que par son caractère) Mary est attachante et sympathique. Si la découverte de l’école de magie, rappelant le premier tome d’Harry Potter et notre entrée à Poudlard, en émerveillera plus d’un.e, on pourra regretter qu’une fois cette visite effectuée, le lieu ne soit pas davantage exploité et disparaisse pour laisser la place aux allers-retours de Mary.
De la magie, de la poésie, de l’aventure, et une fin qui n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais en y allant, voilà qui m’a fait passer un très joli moment même si scénario et personnages auraient clairement gagné à être un peu plus épais.

Etes-vous allés au cinéma ? Y avez-vous fait de belles découvertes ? Quelques films à me recommander ?

La parenthèse 7ème art – Janvier 2018

Même s’il y a quelques personnages féminins très intéressants (Moonee, Mildred Hayes, Katharine Graham…), la réalisation reste très masculine ! Une seule femme derrière la caméra ce mois-ci ! Mais je suis déjà bien contente d’être retournée au cinéma (les mois précédents étaient quand même assez minables à ce niveau-là), donc je ne vais pas me plaindre… Du très bon au très mauvais, je vous laisse découvrir mes découvertes du mois !

  1. The Florida Project, de Sean Baker

Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien… (Allociné)

The Florida Project (affiche)

J’étais très impatiente de découvrir ce film sorti en décembre (il aurait probablement été dans mon top si j’avais eu le temps de le voir plus tôt), notamment pour la petite Brooklynn Prince qui joue Moonee et que j’avais vu sur un plateau télé. La joie de vivre sauvage dont elle fait preuve, aussi bien dans la vie que dans le film, est vraiment communicative et enthousiasmante. En outre, après un rattrapage de Tangerine, le précédent film de Sean Baker, je me doutais que l’empathie et le réalisme avec laquelle il filme les laissés pour compte allait une nouvelle fois me toucher.
Tangerine (affiche)Essentiellement interprété par des amateurs, The Florida Project raconte le quotidien de ces marginaux qui vivent à deux pas du royaume des touristes, du consumérisme et de l’argent joyeusement dépensé pendant les vacances et qui, eux-mêmes, ont bien du mal à joindre les deux bouts. Ce n’est pas un film à l’action trépidante : on suit Moonee dans ses frasques et dans ses amitiés (notamment avec la touchante Jancey, la dernière scène entre les deux fillettes est juste bouleversante), la caméra la suit de près et se place d’ailleurs à hauteur d’enfant.
Si le soleil éclatant et les couleurs vives du motel et des bâtiments alentours échouent à dissimuler la dureté et les galères de la vie des habitants du lieu, c’est aussi un film drôle, tendre et touchant. On s’attache aux personnages, aux enfants bien sûr, mais aussi à cette mère aimante bien que dépassée et à ce gérant compréhensif qu’est Willem Dafoe (un personnage magnifique et sensible qui montre vraiment son talent, contrairement à son rôle dans le film juste en dessous). La fin est subtilement amenée (je me suis tout d’abord interrogée sur le pourquoi de ces fréquents plans de Moonee dans son bain) et déchirante.
Un petit bijou atypique qui, après la communauté trans de LA, nous fait découvrir un autre visage des Etats-Unis. Sean Baker est clairement un réalisateur que je vais suivre de près !

  1. Le Crime de l’Orient-Express (VO : Murder on the Orient Express), de Kenneth Branagh

Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau. D’après le célèbre roman d’Agatha Christie. (Allociné)

Le Crime de l'Orient-Express (affiche)

Aucun doute, je ne serai pas allée voir seule ce film car je prévoyais une grosse déception. Je ne m’étais pas trompée. Bon, mea culpa, je vais peut-être un peu virulente, mais il y eu dans ce film plusieurs petits détails exaspérants.
Premièrement. Kenneth Branagh ne m’a pas convaincue en Poirot. En outre, on nous le dépeint en homme blessé au cœur brisé (c’est à la mode de toute façon) par une certaine Katherine (il revient régulièrement pleurnicher sur la photo de celle-ci d’ailleurs, ce qui est parfaitement agaçant). J’ai lu quelques Agatha Christie, je ne suis pas une experte, mais confirmez-moi une chose : c’est une invention, cette Katherine ? En plus, Poirot étant Belge laisse régulièrement échapper des mots français lorsqu’il parle (normal), mais quand il est tout seul dans sa cabine en train de parler à sa photo, il parle tout en anglais. Logique…
Ensuite. L’énigme qui ouvre le film est facile comme tout, pas besoin d’être Hercule Poirot pour se douter qu’ils ne vont pas déclencher une guerre de religion en accusant un imam, un prêtre ou un rabbin. Et l’allusion finale à Mort sur le Nil  m’a prodigieusement agacée. C’est le genre de clin d’œil facile pour flatter l’intelligence des spectateurs (et éventuellement laisser une porte ouverte pour un autre film) qui se diront « oh, c’est Mort sur le Nil ». Sauf que dans Mort sur le Nil, Poirot est déjà en Egypte au moment du meurtre, on ne va pas le chercher au fin fond de l’Europe pour lui annoncer qu’un meurtre a été commis sur un bateau de croisière. Là, d’ici à ce qu’il arrive sur place, la macchabée risque d’être un peu frelatée.
Mais surtout, ce que je redoutais, ayant lu le roman et connaissant la fin, c’est l’ennui. Et effectivement, les tours et détours de Poirot pour annoncer le truc et les pseudos scènes d’action inutiles m’ont vivement impatientée. (Après, j’ai bien conscience que c’est un point négatif uniquement pour celles et ceux qui savent qui a commis le crime et que ceux qui découvriront l’histoire y prendront un bien plus grand plaisir.)
Allez, à part ça, Kenneth Branagh a dû faire un sacré boulot pour adopter cet accent à couper au couteau et le film est plutôt réussi esthétiquement parlant. Les paysages, la lumière, les couleurs, tout ça quoi… (Mais bon, c’est bien gentil, mais quand il n’y a que ça de positif à dire…)
Pardonnez ma langue de vipère, mais il fallait que je laisse filer l’agacement que ce film a suscité chez moi. Cela mis à part, Le Crime de l’Orient-Express vu par Kenneth Branagh est un film grand public, avec une brochette de célébrités qui jouent leur rôle ni plus ni moins, propre et bien léché, un peu long certes et qui manque d’une touche d’originalité. Disons que ça se regarde… (J’ai essayé de finir sur une touche positive, mais je n’y arrive décidément pas.)

  1. I Am Not A Witch, de Rungano Nyoni

Shula, 9 ans, est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre… Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ? (Allociné)

I am not a witch (affiche)

Honnêtement, je ne sais pas quoi penser de ce film qui me semblait très prometteur. Il m’a à la fois mise très mal à l’aise et profondément ennuyée. Mal à l’aise car, si ça se veut comédie grinçante, je l’ai trouvé violent et triste. Ennuyée car je l’ai trouvé plat et, malgré ses yeux ardents, le mutisme de la jeune héroïne m’a lassée. J’ai fini par laisser mon esprit vagabonder, ratant une bonne partie de la fin du film. Pas de critique donc de ce long-métrage étrange…

  1. Lucky, de John Carroll Lynch

 Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisés et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l’entraînent dans une véritable quête spirituelle et poétique. (Allociné)

Lucky (affiche)

Un magnifique dernier rôle, taillé sur mesure, pour Harry Dean Stanton. Une ode contemplative sur le temps qui passe, les années qui s’accumulent, sur une peur bravement dissimulée sous une résignation de façade. Le ton est assez mélancolique, mais optimiste en même temps. Les acteurs sont parfaits, les dialogues justes, le sujet universel. Lucky est un film sensible, intelligent et délicat, non dénué d’humour, porté par un Harry Dean Stanton absolument touchant et charismatique. Je n’ai pas mille choses à dire, ce film m’a remuée et c’est tout.

  1. Downsizing, d’Alexander Payne

Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek  et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours. (Allociné)

Downsizing (affiche)

Bon. Que dire ? Cette critique va être laborieuse. Parce que je n’ai pas pensé grand-chose de ce film. Premièrement, je l’ai trouvé long – beaucoup trop long. Je pense qu’il y avait de bonnes idées au départ, mais le traitement qui en a été fait aboutit à un scénario sans surprise ni originalité. Voire mièvre. Le film se voulait sans doute critique de la société, il insiste bien sur le fait que, grands ou petits, rien ne change, les inégalités et les trafics persistent, mais c’est laborieux et peu passionnant. Les réflexions sur l’écologie et la fin de l’humanité restent totalement superficielles et n’apportent rien. Bien que plus drame que comédie, de nombreuses tentatives d’humour sont faites en tirant sur des clichés et des personnages caricaturaux. Si j’ajoute que ces derniers m’ont globalement ennuyée, voire agacée (raah, le passif Paul Safranek !), j’obtiens un film vraiment moyen…

  1. 3 Billboards, les panneaux de la vengeance (VO : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri), de Martin McDonagh

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville. (Allociné)

3 Billboards (affiche)

3 Billboards trace un portrait assez amer de l’Amérique profonde dans cette petite bourgade où l’amour ne règne pas en maître puisqu’on y déteste les Noirs, les nains, les gays… De temps à autre, toute cette moquerie, parfois gratuite, met mal à l’aise. Les scènes qui m’ont le plus dérangée : l’humiliation systématique de James, joué par Peter Dinklage, et celle de Penelope, la nouvelle petite amie de l’ex-mari de Mildred, qui, puisqu’elle n’a que 19 ans, est forcément une cruche écervelée, intéressante seulement pour son corps jeune et frais…
Néanmoins, cela ne change rien au fait que 3 Billboards est une vraie claque, magistralement menée d’un bout à l’autre. Un thème dramatique et poignant, des personnages sobres et subtils, un scénario original, et un humour très noir.
Le casting est superbe : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, Caleb Landry Jones… Frances McDormand campe une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’hésite pas à en venir à la violence s’il le faut. Seule la justice importe et retrouver le violeur et le meurtrier de sa fille. Une scène bouleversante vient nous montrer que toute cette colère destructrice vient, certes de la douleur, mais aussi de la culpabilité qui la ronge au souvenir des derniers mots, d’une violence inouïe, échangés avec sa fille. Difficile de ne pas s’attacher à cette Mildred froide et cassante (qui ne te laisserait sans doute pas t’attacher dans la vraie vie), mais d’une humanité folle,  à l’instar de tous les autres personnages. Pas de personnages 100% détestables, pas de personnages 100% gentils, mais toute une palette de caractères d’une grande justesse ! Même le plus haïssable d’entre eux laisse sa carapace de haine se fendre peu à peu.
Un film, grave, drôle, humain, noir, bref, excellent du début à la fin. Une fin par ailleurs très réussie puisqu’elle se joue avec brio de toutes nos attentes.

  1. The Greatest Showman, de Michael Gracey

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire. (Allociné)

The Greatest Showman (affiche)

Sans être le film du mois, j’ai bien aimé cette comédie musicale (même si The Greatest Showman ne rivalisera certainement pas avec mes comédies musicales préférées et nous sommes très loin de Moulin Rouge qui touchait un peu au même univers). Tout y est peut-être un peu trop heureux et plein de bons sentiments, mais je trouve agréable d’entendre pour une fois des messages de tolérance, de dépassement de soi et d’amitié.
N’espérez pas trouver ici un biopic fidèle sur Phineas Taylor Barnum qui était bien moins sympathique que celui dépeint par Hugh Jackman. Cet aspect peut même déranger (car P.T. Barnum était loin du philanthrope montré dans le film et je ne suis pas sûre que les freaks de l’époque étaient autre chose qu’un moyen de s’enrichir), mais ce film se veut plutôt comme une fête et une célébration du spectacle populaire. Soit.
Pour suivre le rythme effréné impulsé par la musique, les péripéties s’enchaînent très rapidement. C’est peut-être le point noir du film : à part P.T. Barnum, les personnages sont simplement esquissés et peu profonds (pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris ce que le personnage de Zac Efron, Philip Carlyle) apportait au cirque, enfin, j’ai compris ce qu’il était censé apporter, mais concrètement, ça passe un peu à la trappe…). Certes, il n’y a pas de temps mort, mais justement, les différents rebondissements sont parfois un peu trop rapidement expédiés.
Les chansons sont entraînantes (bien que parfois un peu redondantes à mon goût) et les chorégraphies époustouflantes. Visuellement, c’est un enchantement, il y a sans cesse du rythme et certains plans – notamment au cirque Barnum – sont tout simplement magiques. Cependant, j’aurais aimé fréquenter d’un peu plus près les « freaks », autres que la très belle Anne Wheeler (qui n’a sûrement pas connu tout à fait la même exclusion qu’une femme à barbe ou qu’un nain)… Dommage qu’elle soit autant mise en avant !
Pas exceptionnel et dispensable, mais sympathique tout de même !

  1. Pentagon Papers (VO : The Post), de Steven Spielberg

Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis… (Allociné)

Pentagon Papers (affiche)

Scandale politico-militaire, réflexion sur la liberté de la presse, manipulation des pouvoirs publics… Le sujet est intéressant, mais la mise en scène est classique. De plus, même s’il ne peut véritablement y avoir de suspense puisque la fin de l’histoire est connue, je n’ai pas ressenti les risques pris par les journalistes – ils sont évoqués, mais pas transmis à mon goût – et je le regrette car cela m’aurait sans doute aidé à rentrer dans l’histoire. En effet, j’avoue avoir trouvé ce film un peu long, mais je plaide coupable, c’est de ma faute : ce genre de sujet – comme l’espionnage ou la politique – m’ennuie un peu.
En revanche, je trouve que Spielberg a très bien montré la situation délicate et inconfortable qu’était celle de Katherine Graham. En tant que femme, personne ne l’aurait choisie pour occuper ce poste majeur et ça n’aurait d’ailleurs pas été le cas sans la mort de son père et de son mari. Elle a dû se battre contre les idées reçues et la domination des hommes de son entourage pour imposer ses choix. Certaines scènes m’ont d’ailleurs fait ressentir avec une grande acuité l’oppression qu’elle a pu parfois subir, entourée d’hommes tentant à tout prix de lui imposer leur point de vue et de lui dicter ses prises de position.
Un film intéressant, mais qui me parle finalement assez peu.

La parenthèse 7ème art – Décembre 2017 + Bilan de l’année 2017

Contrairement à ce que j’espérais, décembre n’a pas été beaucoup plus prolifique que novembre en terme de films vus en salle. Entre le travail et les séjours dans nos familles respectives, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour y aller. Tant pis, ce n’est que partie remise !
Comme cet article est assez court, je lui joins mon bilan cinématographique de l’année 2017 !

  1. Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz. Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révélera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel… (Allociné)

Coco (affiche)

J’ai beaucoup aimé ce nouveau Disney-Pixar. Si l’histoire est parfois cousue de fil blanc et un peu facile parfois, elle reste cependant très touchante. Et surtout, il est visuellement magnifique. L’intrigue prend place El Día de Los Muertos, le jour des morts, où la frontière entre vivants et défunts se fait plus mince que jamais et le héros, Miguel, va la franchir et se retrouver dans la ville des morts. Tout au long du film, j’ai été submergée par la beauté des couleurs, notamment chez les morts. Leur cité est si riche en détails que j’ai hâte de le revoir pour en saisir toutes les subtilités. La mort n’est absolument pas quelque chose de sombre et les familles tracent de lumineux chemins fleuris pour permettre aux ancêtres de retrouver leur chemin jusqu’aux offrendas. La mort n’est pas montrée comme absolument négative et, tant que les vivants se souviennent des morts, c’est davantage une seconde vie qui commence. Les musiques ne se valent pas toutes, mais donnent un beau rythme et une ambiance festive au film. Bref, une belle histoire sur la famille, l’oubli (un personnage atteint de la maladie d’Alzheimer, voilà qui est nouveau !), les rêves, et surtout la vie et la mort, et un beau Pixar comme je n’en avais pas vu depuis Vice-Versa.
Pour retrouver le même genre d’univers, je vous conseille également La légende de Manolo, sorti en 2014.

La légende de Manolo (affiche)

  1. Seule la terre (VO : God’s Own Country), de Francis Lee

Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Il essaie d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant toutes les nuits au pub du village et en s’adonnant à des aventures sexuelles sans lendemain. Quand un saisonnier vient travailler pour quelques semaines dans la ferme familiale, Johnny est traversé par des émotions qu’il n’avait jamais ressenties. Une relation intense naît entre les deux hommes, une relation qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais. (Allociné)

Seule la terre (affiche)

Si je ne suis jamais allée dans le Yorshire, ces grandes étendues isolées et froides inondées de brouillard, sublimées par un rayon de soleil, n’ont pas été sans me rappeler l’Ecosse. Tout comme le parler rugueux de ses habitants. J’ai dès les premières minutes été plongée dans un monde qui me fascine et m’attire énormément.
Comme pour Petit paysan, le superbe film français dont j’ai parlé dans la parenthèse ciné du mois d’août, il s’agit d’un premier long-métrage pour le réalisateur, un premier film qui prend place dans la ferme parentale. Le monde agricole sonne donc totalement véridique (le quotidien, l’agnelage, le travail prenant, parfois abrutissant…) et on sent tout autant que le réalisateur a mis dans son film tout ce qu’il aimait à la campagne (le rapport aux animaux, la nature…).
Si Johnny n’est pas immédiatement sympathique, à la différence de Gheorghe, on apprend peu à peu le connaître et son comportement s’explique et s’excuse rapidement par une vie difficile, uniquement dédiée au travail à l’exception de ses escapades nocturnes, à porter la ferme de son père affaibli par un AVC, simplement aidé par sa grand-mère. Et lorsque des sourires éclairent son visage, il devient beaucoup plus facile à approcher, à apprécier et à aimer. On assiste à la naissance de leur relation et, si celle-ci est d’abord assez rude, elle se teinte bientôt d’une immense complicité qui ne peut que toucher.
Ian Hart et Gemma Jones (alias Quirrell et Madame Pomfresh pour celles et ceux qui, comme moi, ont découvert les acteurs et actrices britanniques dans Harry Potter) sont parfaits dans les rôles de Martin, le père, et de Deidre, la grand-mère. Une famille dans laquelle on parle peu, une famille pour laquelle la ferme est tout, une famille dans laquelle il est difficile de se trouver personnellement. Mais une famille dans laquelle, à la fin, le soutien et l’amour sont bien là.
Un film sensible et sincère. Peu de mots, mais des émotions brutes, à fleur de peau. L’économie de dialogues et autres discours n’empêchent pas un instant la complexité des sentiments et la profondeur des caractères. Seule la terre raconte une existence dure, voire violente, mais l’espoir et le bonheur qui souffle sur le film n’en est que plus réconfortante.

  1. Diane a les épaules, de Fabien Gorgeart

Sans hésiter, Diane a accepté de porter l’enfant de Thomas et Jacques, ses meilleurs amis. C’est dans ces circonstances, pas vraiment idéales, qu’elle tombe amoureuse de Fabrizio. (Allociné)

Diane a les épaules (affiche)

Diane a les épaules est tout à fait le genre de film qui a des chances de me plaire. Un petit film proche des personnages, une histoire humaine, avec quelques dilemmes affectifs que l’on voit venir. Clotilde Hesme est fabuleuse et irradie le film de sa présence.
Sauf que ce film a quand même un point noir : Fabrizio. Le nouveau copain de Diane est peut-être sympathique au départ, mais il m’a rapidement insupportée. Certes, son arrivée dans la vie de Diane constitue un point de bascule dans le déroulement de la grossesse de celle-ci (et sans lui, pas d’histoire), mais je l’ai trouvé possessif et irrespectueux au possible. Il tente peu à peu de s’approprier son corps et ce qu’il contient comme si elle, pauvre femme irresponsable, ne pouvait faire des choix convenables. Il va jusqu’à s’imposer dans la salle d’accouchement, refusant de prévenir les futurs pères (Diane, les pieds dans les étriers, étant plutôt dans l’impossibilité de le faire par elle-même) et se comportant comme s’il était le géniteur de l’enfant. Bref, à mes yeux, il est imbuvable et tout simplement macho, et la fin ouverte, suggérant la possibilité qu’il revienne dans la vie de Diane, m’a fait quitter la salle plutôt remontée.
Je vis peut-être un peu trop le film, mais, si l’on oublie ce personnage exaspérant, c’est un bon moment à passer même s’il ne me marquera sans doute pas plus que ça sur la durée.

  1. Les Gardiennes, de Xavier Beauvois

1915, à la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l’assistance publique pour les seconder. Francine croit avoir enfin trouvé une famille. (Allociné)

Les Gardiennes (affiche)

J’écris cette critique deux semaines après avoir vu le film et je bloque un peu. C’est un beau film qui dessine des portraits de femmes sensibles, notamment avec une Iris Bry formidable dans le rôle de Francine qui s’émancipe peu à peu. Les hommes sont au second plan et, si certains passent quelques permissions à la ferme, ils sont davantage des fantômes ou de simples souvenirs. Même si je lui ai trouvé quelques longueurs, j’ai aimé la façon dont Xavier Beauvois a filmé les saisons, le temps qui coule lentement et les travaux des champs. Cette lenteur sert le film et retransmet avec justesse le quotidien de ces femmes. Je garderai le souvenir de tableaux, délicatement illuminés par une lumière naturelle, parsemés ici et là de touches bleutées (le bleu des étoffes, le bleu des volets…). Une belle histoire familiale, finement ciselée, joliment filmée.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?

***

Top 10 de l’année 2017 !

Top 10… quelle idée. C’est tellement difficile de trancher, il y a tellement de films que j’aimerais citer ! J’ai vu 93 films au cinéma cette année (j’aurais aimé atteindre le palier de 100 films, mais tant pis) et il y en a quelques-uns qui se sont révélés très bons… Et d’autres très mauvais, mais on en reparle à la fin de ce top. (Et d’autres dont je n’ai déjà plus aucun souvenir, c’est dire s’ils m’ont marquée…)
Je me suis limitée aux films récents, sans compter les vieux films qui sont repassés dans les salles obscures pour mon plus grand plaisir. La première sélection comportant déjà vingt films, n’ajoutons pas en plus Mulholland Drive (David Lynch), Hair (Milos Forman) ou Trainspotting (Danny Boyle) qui viendraient gaiement piquer la place de leurs nouveaux compagnons.

Top 10, c’est parti !

(L’ordre est très subjectif – la sélection aussi d’ailleurs : redemandez-moi de la refaire dans six mois, elle aura sans doute changé – et certains films ne peuvent pas vraiment être comparés avec leurs voisins.)

  1. 120 battements par minute, de Robin Campillo

Le coup de cœur annoncé, le film que j’attendais. Le public et le privé, le quotidien au sein d’Act Up et l’amour, la maladie et la passion, la vie qui flirte avec la mort. La révélation Nahuel Perez Biscayart entourée d’acteurs éblouissants. Un film puissant et vivant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de septembre.

  1. Djam, de Tony Gatlif

Daphné Patakia, une actrice flamboyante. Une bande-son entraînante longtemps écoutée. Des sujets graves, mais un film lumineux. Incroyablement beau et touchant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août.

  1. La La Land, de Damien Chazelle

Le film qui a marqué ce début d’année. Un plaisir pour les yeux et les oreilles. Des couleurs chatoyantes, des robes tournoyantes pour les premiers. Des chansons entêtantes pour les secondes (et une nouvelle fois, une BO qui résonne encore parfois dans mon appartement). Une Emma Stone époustouflante et un Ryan Gosling pas moins fantastique. Un film poétique et envoûtant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de février.

  1. Petit paysan, d’Hubert Charuel

Une tranche de vie pleine de justesse inspirée des souvenirs d’Hubert Charuel, un acteur incroyable (Swann Arlaud, époustouflant), des vaches magnifiques qu’on finit par aimer autant que le personnage et le réalisateur, une maladie visuelle, une économie de mots servie par des images soignées. Un premier film touchant et très réussi.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août.

  1. Brimstone, de Martin Koolhoven

Un film que j’ai adoré mais que je ne suis pas prête de revoir dans l’immédiat. Une ambiance pesante et malsaine. Une héroïne obligée de devenir une guerrière dans un monde sexiste qui méprise et utilise les femmes, un Guy Pearce haïssable à la présence incroyablement crispante. Un film soigné visuellement avec des images sublimes, une construction à rebours qui nous fait remonter le temps. Un film perturbant et psychologiquement violent (physiquement aussi d’ailleurs…).
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril.

  1. Ouvrir la voix, d’Amandine Gay

Un documentaire passionnant qui donne la parole à des femmes noires. Racisme, sexisme et parfois homophobie, c’est un témoignage essentiel que constituent ces faces caméra.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre.

  1. Noces, de Stephan Streker

Une histoire désespérante sur un mariage forcé. A la base, un fait divers ; au final, la dénonciation d’un phénomène terrible mais encore banal dans certains pays. Des acteurs et actrices justes et surtout une héroïne merveilleusement interprétée par Lina El Arabi.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars.

  1. La Passion Van Gogh, de Dorota Kobiela et Hugh Welchman

Tout simplement parce qu’il est esthétiquement magnifique. Un film entièrement peints à la main. Un bel hommage à Van Gogh qui nous immerge dans ses toiles. En plus, une intrigue prenante sur les derniers jours du célèbre peintre. Le film d’animation de l’année.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre.

  1. Le vénérable W., de Barbet Schroeder

Second documentaire de la sélection. Un choc terrifiant, cette découverte de l’autre visage du bouddhisme. Des paroles de haine posément déclarées avec un sourire jovial, des rassemblements glaçants. Une claque sur le sort des Rohingyas et sur la cruauté qui, décidément, se loge dans toutes les religions.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de juillet.

… et le dernier !

Les Mauvaises Herbes (affiche)

  1. Les Mauvaises Herbes, de Louis Bélanger

Un film inattendu dans ce top, un film original d’un bout à l’autre, drôle et toujours fin, tendre mais jamais niais, une touche d’amoralité et d’accent québécois, et on obtient un coup de cœur !
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril.

***

Bonus 1 :
Les  cinq repêchés
(ceux qui ont failli être dans le top 10, mais en fait, non…)

  1. Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel : fidélité au roman, magnificence des images et des masques, formidable Nahuel Perez Biscayart, une vraie réussite qui a su effacer toutes mes appréhension (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre) ;
  2. Une femme fantastique, de Sebastián Lelio : un film sensible et délicat, une actrice juste, de l’authenticité du début à la fin, de l’émotion mais pas de pathos inutile (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août) ;
  3. Logan, de James Mangold : un film de super-héros qui sort clairement du lot avec son ambiance sombre et poussiéreuse, ses personnages sur le déclin (sauf pour la petite nouvelle jouée par Dafne Keen, une boule d’énergie qui concentre sur elle tous les regards et qui a du potentiel), ça sent la fin (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars) ;
  4. Glory, de Kristina Grozeva et Petar Valchanov : une fable bulgare plutôt absurde mais non pas dénuée de réalisme, intelligente bien que parfois ubuesque, une excellente découverte (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril) ;
  5. Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina (chronique complète ci-dessus).

Mais j’aurais également pu citer Seule la terre, Ça (même si je suis un peu plus critique depuis que j’ai lu les romans), De sas en sas, La planète des singes, Tunnel, Après la tempête

***

Bonus 2 :
Le Top 5 des plus mauvais films de l’année
(ceux dont l’arrivée du générique de fin a été accompagnée d’un soupir de soulagement)

  1. Valérian et la cité des mille planètes, de Luc Besson : prévisible, sexiste, ridicule, vide, inutile (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août) ;
  2. La Momie, d’Alex Kurtzman : une momie qui n’est là que pour marcher lentement et nous faire admirer sa plastique, aucun suspense, aucun sursaut, une romance stupide, un film dont je n’attendais rien et qui a réussi à me surprendre par sa nullité (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de juin) ;
  3. Les Gardiens de la Galaxie 2, de James Gunn : la déception après un premier volume bien sympathique, des longueurs, des personnages laids et peu crédibles, de l’humour pas drôle, des combats interminables, des discours pathétiques… (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mai) ;
  4. Kong : Skull Island, de Jordan Vogt-Roberts : un gorille toujours plus grand, des créatures étranges à deux pattes, une surenchère d’effets spéciaux qui laisse de marbre, des humains stupides et clichés… (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars) ;
  5. Justice League, de Zack Snyder : longueurs, tentatives d’humour ratées, scénario et méchant identiques à tous les précédents blockbusters, héros insupportables… bref, profond ennui (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de novembre).

Voilà ! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un beau mois de janvier dans les salles de cinéma !

L’invention de Hugo Cabret (2007) et La boîte magique d’Houdini (1991), de Brian Selznick

Pour l’avant-dernière critique de l’année, je vous propose de retrouver Brian Selznick après Le musée des merveilles et Les Marvels. Promis, c’est la dernière fois… jusqu’à son prochain roman. Aujourd’hui, ce sera une double chronique avec deux histoires pleines de magie. Mes critiques seront plus brèves que d’habitude car j’ai déjà longuement parlé de ses précédents ouvrages.

  • L’invention de Hugo Cabret

L'invention de Hugo Cabret (couverture)Orphelin, Hugo Cabret est seul responsable des horloges de la gare depuis la disparition de son oncle. Outre cette passion pour les mécanismes en tous genres qu’il comprend, manipule et assemble presque instinctivement, Hugo partage une autre obsession avec son père décédé dans un incendie : la restauration d’un vieil automate. Ce dernier et un carnet de croquis l’amèneront à rencontrer un vieux marchand de jouets aigri et une amoureuse des livres jusqu’à ce que tous les mystères soient éclaircis.

Dans ce roman, on retrouve les thèmes chers à Brian Selznick : se trouver une place dans le monde et une famille. Si Hugo était proche de son père, son oncle n’a jamais été d’un grand soutien pour lui, même s’il a été son mentor en lui apprenant à prendre soin des horloges. Au fil des événements et parce qu’il n’a jamais abandonné la tâche qui l’habitait, Hugo finit finalement par se trouver une famille qui lui ressemble et qui le comprend. Semblable à Ben,  Joseph et Victor, les héros des autres romans de Brian Selznick, c’est un garçon rêveur et débrouillard qui gagne rapidement la tendresse des lecteurs.

Après – même si je devrais plutôt dire avant – New-York (Le musée des merveilles) et Londres (Les Marvels), Hugo Cabret sonne comme une déclaration d’amour à Paris. C’est également une ode au cinéma des premiers temps, à Méliès et aux rêves. Car, bien que l’histoire soit fictionnelle, l’un des personnages principaux est en effet Georges Méliès dans les dernières années de sa vie. Il était alors marchand de jouets à la gare Montparnasse et son œuvre était tombée dans l’oubli après la Première Guerre mondiale. Brian Selznick nous fait redécouvrir, en même temps qu’Hugo, toute la magie fantasmagorique de ses films.

Annonçant ses futurs romans « en mots et en images », Hugo Cabret est en grande partie composé de dessins toujours aussi splendides et expressifs. Cependant, si les images sont importantes, elles ne le sont pas autant que dans les deux ouvrages suivants et ne racontent pas tout à fait d’histoires à elles toutes seules. Malgré l’émergence de leur côté narratif, le texte a encore le premier rôle et explicite parfois des images comme si l’auteur n’était pas certain de pouvoir s’y fier entièrement.
En plus des dessins, d’autres éléments ont été insérés en guise d’illustrations : des dessins de Georges Méliès, des images de films (de Méliès évidemment, mais aussi L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat de Louis Lumière ou Monte là-dessus avec Harold Lloyd) ainsi qu’une photographie d’époque sur un accident survenu à la gare Montparnasse.

Superbe histoire, pleine d’aventures et de poésie, de tendresse qui ne cache cependant pas tout à fait les tristesses de la vie, L’invention de Hugo Cabret rend hommage au septième art et à la magie. Un ouvrage original et magnifique capable de conquérir le cœur des petits comme des grands.

« – Tu as remarqué que toutes les machines sont créées dans un but précis ? demande-t-il à Isabelle. Elles sont conçues pour nous amuser, comme cette souris ; pour donner l’heure, comme les horloges ; pour nous émerveiller, comme l’automate. C’est peut-être ce qui m’attriste quand je trouve une machine cassée. Qu’elle ne soit plus en état de remplir sa fonction.
Isabelle prend la souris, la remonte de nouveau et la pose.
– Au fond, c’est peut-être pareil pour les gens, continue Hugo. Quand ils n’ont plus de but dans la vie… en un sens, ils sont cassés.
– Comme Papi Georges ?
– Peut-être… peut-être que nous pourrons le réparer. »

« Je m’imagine que le monde est une machine géante. Tu sais, dans les machines, il n’y a pas de pièces en trop. Elles ont exactement le nombre et le type de pièces qui leur sont nécessaires. Alors, je me dis que, si l’univers entier est une machine, il y a bien une raison pour que je sois là. Et toi aussi, tu as une raison d’exister. »

L'invention de Hugo Cabret 5

L’invention de Hugo Cabret, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2008 (2007 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Laruelle. 533 pages.

  • La boîte magique d’Houdini

Après la prestidigitation qui habitait Hugo Cabret, parlons un peu d’escapologie, l’art de l’évasion !

La boîte magique d'Houdini (couvertureLe rêve de Victor ? Devenir magicien et, comme Houdini, traverser des murs et s’échapper des coffres les plus solides. Le jour où il croise son idole, il lui demande de lui apprendre. Souriant, Houdini promet de lui écrire…

Traduit pour la première fois en français en 2016, La boîte magique d’Houdini est le premier livre de Brian Selznick, publié en 1991.
Soyons honnête, cela se sent.
Tout d’abord, c’est un livre jeunesse très classique dans sa forme, loin de l’originalité des trois autres. Les images illustrent le texte, mais ne racontent rien. On reconnaît le coup de crayon de Brian Selznick, mais je ne le trouve pas aussi abouti que dans les romans suivants où ses illustrations sont tout simplement à tomber.
Ensuite, il est extrêmement court (surtout placé à côté des pavés qui ont suivi (oui, oui, j’arrête les comparaisons !)). L’histoire en elle-même fait 70 pages et les quarante suivantes proposent plusieurs bonus :

  • Une biographie d’Houdini: presque plus intéressante que le roman, le personnage, que je connais finalement très peu, m’a fasciné par son talent, mais aussi pour le combat longtemps mené contre les faux médiums ;
  • La naissance de l’histoire à travers les idées et étapes qui ont conduit à sa création, les recherches et les premières esquisses : une intéressante plongée dans le travail de l’artiste.

En découvrant la genèse de l’histoire, on sent rapidement que ce petit texte devait tenir à cœur à son créateur, lui-même passionné par Houdini (d’ailleurs, le Victor adulte, dans la scène du grenier, ressemble drôlement à Brian Selznick). Conclusion : des petits bonus plutôt enrichissants.

Malgré sa brièveté, Brian Selznick parvient encore une fois, en quelques phrases seulement, à nous faire ressentir une grande sympathie pour le personnage de Victor. Son enthousiasme et sa ténacité à recommencer encore et encore ses tours de magie (ratés) au grand dam de sa mère et de sa tante se révèlent véritablement attendrissants.

Une petite histoire sympathique, enfantine mais aussi très personnelle, mais qui permet d’en apprendre un peu plus sur le grand Houdini. Parfait pour de jeunes lecteurs !

« – Comment je peux faire pour sortir de la malle de ma grand-mère en moins de vingt secondes ? Pour retenir ma respiration dans mon bain sans manquer d’air ? Pourquoi je ne peux pas traverser un mur comme vous ? Comment vous vous évadez des prisons ? Comment vous vous libérez des menottes ou des cordes, et faites disparaître des éléphants ? Comment…
– Félicitations, jeune homme, l’interrompt Houdini en souriant. Personne ne m’a jamais posé autant de questions en si peu de temps. Serais-tu un magicien par hasard ?
 »

La boîte magique d’Houdini, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2016 (1991 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Agnès Piganiol. 111 pages.

Le compte-rendu de la rencontre Babelio avec Brian Selznick

La parenthèse 7ème art – Novembre 2017

Bon.
Novembre a été un mois misérable pour le cinéma. Seulement quatre films, ce qui est juste misérable. Promis, je me rattrape en décembre !

  1. Jalouse, de David et Stéphane Foenkinos

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme. (Allociné)

Jalouse (affiche)

Le programme ciné ne m’inspirait guère en ce début novembre (malheureusement, de nombreux films me faisant très envie sont ensuite sortis sans que je ne trouve vraiment le temps (ou le courage) d’aller les voir), je me suis donc rabattue sur ce film sur lequel je ne projetais pas de grandes espérances. C’est une comédie parfaite pour se vider la tête. Karin Viard se révèle parfaitement insupportable par sa jalousie dévorante (même si certaines répliques acides sont assez amusantes). Elle n’a toutefois pas réussi à s’attirer beaucoup de mon affection. Si je peux comprendre son mal-être et l’impulsivité née du malheur qui nous fait dire des choses immédiatement regrettées, sa jalousie devient un peu trop malsaine et méchante. En outre, on tourne un peu en rond jusqu’au dernier quart d’heure. Avant cela, c’est parole vacharde sur allusion désagréable pour qu’on soit bien sûrs que personne n’est épargné, mais j’ai fini par me lasser et souhaiter que le film avance.
Les seconds rôles sont très convaincants. J’ai notamment relevé Anne Dorval et Marie-Julie Baup, la nouvelle compagne de son ex-mari, présenté tout d’abord comme une cruche, méprisée par l’universitaire qu’est Karin Viard, mais qui se révèle très humaine, amusante et intuitive lorsqu’on la découvre par les yeux de sa belle-fille.
Je n’ai pas énormément de choses à dire sur ce film dont je ne garderai pas longtemps un souvenir précis, la faute résidant sans doute principalement dans le fait que je n’ai pas été touchée par le personnage de Nathalie Pêcheux.

  1. Les conquérantes (VO : Die Göttliche Ordnung), de Petra Biondina Volpe

Woodstock, Flower Power, Révolution Sexuelle: trois ans se sont écoulés depuis mai 68 mais la vague de libération ne semble pas avoir atteint le petit village suisse d’Appenzell. En mère au foyer exemplaire, Nora ne conçoit d’ailleurs pas sa vie autrement. Pourtant, à l’approche d’un référendum sur le droit de vote des femmes, un doute l’assaille : et si elles s’affirmaient davantage face aux hommes ? A mesure que Nora propage ses drôles d’idées, un désir de changement s’empare du village, jusque chez les plus récalcitrantes…(Allociné)

Les conquérantes (affiche)

Les conquérantes m’a beaucoup fait penser au film Pride de Matthew Warchus (déjà juste pour voir une Ombrage (Imelda Staunton) et un Moriarty (Andrew Scott) doux et gentils comme des agneaux, il est chouette à voir !) qui raconte l’union entre des mineurs du pays de Galles et une association LGBT en 1984. Si le sujet est évidemment différent, les deux films racontent une lutte pour des droits et ils font du bien. On s’attache aux personnages, on les rejoint dans leur combat et on est bien heureux de voir leur amitié naître et se solidifier ainsi que de les voir triompher. (En tout cas, c’est l’effet que ça me fait…)

Pride (film)

Revenons à nos conquérantes. Nous sommes donc en Suisse en 1971 et les femmes n’ont toujours pas le droit de vote (en réalité, certains cantons l’accordaient déjà depuis 1959 (et celui d’Appenzell Rhodes-Intérieures attendra 1991 (!) pour l’accorder), mais ce n’était pas encore acté au niveau fédéral), mais un vote (masculin) devant décider de leur accorder ou non approche à grands pas. A première vue, Nora se fiche bien de voter ou pas, mais quelques événements venant bouleverser son quotidien de femme au foyer viennent également bousculer ses convictions (ou son absence de conviction). Elle réalise à quel point les femmes sont dépendantes des hommes et commence à froncer les sourcils. Avec deux autres femmes du village, Graziella (qui a en plus la malchance d’être immigrée italienne) et Vroni (qui clame fièrement qu’elle avait déjà voté « oui » en 1959), elles s’entraînent mutuellement dans une lutte qui vient bousculer « l’ordre divin » (le titre en VO du film).
Les conquérantes est vraiment un excellent film porté par un très bon scénario. Tout d’abord, il est très drôle. On rit beaucoup même si certaines situations ne sont pas amusantes pour un sou. Un parfait équilibre entre le drame et la comédie. Et en plus de cet humour, il est tout simplement passionnant. Parallèlement à cette lutte contre le patriarcat, nous suivons également les prises de conscience et le cheminement progressif de notre héroïne. J’ai été parfois abasourdie par cette époque pas si lointaine où les femmes étaient muselées et attachées au foyer (ce n’était pas une découverte, mais c’est à chaque fois un étourdissement).
Les actrices crèvent l’écran avec en tête Marie Leuenberger dans le rôle de Nora et Sibylle Brunner dans celui de Vroni. Si l’on peut sans doute trouver quelques situations prévisibles, je trouve que les personnages ne tombent pas trop dans la caricature (même si la réalisatrice a fait en sorte d’utiliser au mieux ses femmes pour nous présenter tout un échantillon : la femme contre le droit de vote, l’immigrée, etc.). Elles sont attachantes, parfois maladroites, elles bravent leur timidité et les pudeurs enseignées depuis des générations, et j’ai tout autant aimé la solidarité qui les unit peu à peu.
Film intelligent et plein d’humour, véritable feel good movie, ces Conquérantes sont décidément des femmes à rencontrer !

  1. Justice League, de Zack Snyder

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique… (Allociné)

Justice League (affiche)

Ça y est, j’ai atteint l’écœurement des films de super-héros, que ce soit Marvel ou DC (et on peut même Star Wars dans la liste, ce sont des marques que je ne peux plus voir en peinture). Je me suis ennuyée d’un bout à l’autre du film et je n’ai pas pu retenir tous les soupirs que ce film m’a inspirés.
Je n’en peux plus de ces films où le scénario est tout le temps le même, où les dialogues ne changent pas. « Aaah, je vais tous vous écraser ! C’est la fin du monde ! » « Notre devoir est de sauver le monde.. » « On va tous mourir ! » « Ah ben non, personne n’est mort. » (Il y en a même certains qui ressuscitent, c’est plus pratique pour continuer à faire des milliers de films identiques sur eux.)
Les méchants sont plus ridicules les uns que les autres. Celui de Wonder Woman n’était déjà pas bien impressionnant, mais celui-là n’est pas crédible pour un sou. Il s’approche de celui du dernier X-men, le bonhomme violet censé amener l’apocalypse. Les scènes de combat n’en finissent pas, mais on connaît quand même bien la fin. Peu importe le nombre de fois que les héros auront été encastrés dans les murs.
Remarque, les héros ne sont pas vraiment plus convaincants. J’ai essayé, hein, mais je ne suis pas parvenue à voir autre chose que des hommes qui font des grandes phrases et qui se prennent beaucoup trop au sérieux. L’humour de Flash tombe à plat (désolée, Ezra, j’aurais tellement aimé apprécier ton rôle !) et j’ai franchement eu envie de claquer Diana. Son histoire d’amour avec le mec qui meurt dans Wonder Woman ne m’avait vraiment pas émue, mais qu’elle vienne me dire, CENT ANS APRES, qu’elle ne s’est pas remise de son crush de trois jours… c’est un peu too much. Et Batman qui se pleure dessus… Ah, ces âmes torturées… Dommage qu’ils ne soient absolument pas crédibles.
Bref. Vous avez compris, je me suis ennuyée et je suis en overdose totale.

  1. Battle of the Sexes, de Jonathan Dayton et Valerie Faris

1972, la championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple… (Allociné)

Battle of the sexes (affiche)

Heureusement que ce film est venu relever le niveau du précédent… J’ai trouvé ce second film féministe du mois très bon.
Je parlais de la crédibilité absente des acteurs dans Justice League, j’ai ici été bluffée par Emma Stone. Ses cheveux noirs et ses lunettes la rendent suffisamment méconnaissable pour que je me laisse totalement aller à suivre l’histoire de Billie Jean King. Et son jeu est tout simplement formidable.
Ce sont deux aventures, l’une professionnelle, l’autre personnelle, qui se mêlent dans cette histoire. 1972 a dû être l’une des années les plus importantes de sa vie. Dans sa vie publique, BJK se bat pour les femmes, pour une égalité de traitement et pour un véritable respect, tandis que, dans sa vie privée, elle découvre son homosexualité à une époque où celle-ci n’est pas très bien considérée et se retrouve déchirée entre son amante et son mari (compréhensif et attentif au possible).
Le bouffon phallocrate, Bobby Riggs, joué par Steve Carell, est tout aussi convaincant. Bien qu’il soit irritant au possible, il n’est pas aussi fort (ni aussi misogyne) qu’il tente de le faire croire. Comme Billie Jean, il a ses faiblesses et les deux réalisateurs ne se contentent pas de nous le présenter comme le macho à détester, nous montrant toutes les facettes du personnage, y compris les plus touchantes.
On se laisse prendre par le film. Peu à peu, j’ai été captivée par la volonté et le courage de Billie Jean King tout en découvrant le personnage progressivement créé par Bobby Riggs après sa mise à la retraite. Un peu de tension vers la fin jusqu’à l’apogée du film : le match qui les oppose et la victoire de Billie Jean, nouvelle marche dans la lutte féministe.
Cette plongée dans le monde du tennis des années 1970 m’a permis de découvrir une histoire vraie dont je n’avais jamais entendu parler. Ce n’est pas seulement un épisode de l’histoire du sport, c’est surtout un épisode de l’histoire de l’égalité entre les femmes et les hommes.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?
Je vous souhaite un beau mois de décembre dans les salles de cinéma !