La zone d’intérêt, de Martin Amis (2015)

La zone d'intérêt (couverture)L’histoire se passe dans un camp de concentration fort semblable à Auschwitz. On y croise Paul Doll, un commandant alcoolique et prétentieux ; Angelus « Golo » Thomsen, un officier qui tombe amoureux de l’épouse de ce même commandant, Hannah ; et Szmul, le chef du Sonderkommando.

Je suis perplexe. Je ne sais pas vraiment quoi en penser. Ce n’est pas le scandale à propos de l’histoire d’amour dans un camp qui me choque, c’est avant tout que je n’ai pas adhéré au livre. Pourtant, à la base, l’idée des trois points de vue qui s’enchaînent, présentant le camp, les nazis ou les prisonniers, la vie quotidienne, l’horreur sous différents angles, m’intéressait. Mais l’écriture a tout gâché. Emailler le récit de mots d’allemand, pourquoi pas ? Mais pourquoi autant ? Pour moi qui ne parle pas un mot d’allemand à part « Guten tag », « Ich liebe dich » et « schön », cela a coupé ma lecture. Parce que parfois, le sens n’en était pas évident. Cela m’a vraiment déplu.

Et je n’ai pas compris pourquoi on porte Martin Amis aux nues (mais je n’ai peut-être pas lu le bon roman…). La construction du livre m’a semblée tordue, il y avait des passages qui me semblaient flous car je ne savais pas de quoi il parlait, des passages qui m’ont ennuyée. Tout le bouquin n’était pas comme ça, mais c’est l’impression qu’il me reste deux jours après l’avoir terminé.

Quant au fait de noter (dans les parties narrées par Paul Doll) les chiffres en chiffres, ça m’a dérangée également. Visuellement parlant. « Pas 1 mot gentil d’Hannah », « je viens tout juste de prendre 2 aspirines ». Si j’ai bien compris, c’est pour traduire l’amour des chiffres de Paul Doll (« J’aime les nombres. Ils traduisent logique, exactitude, économie. »), peut-être pour donner une particularité aux passages narrés par lui, mais non, ça ne passe pas, même si j’ai fini par m’y résigner.

Donc… Bof, bof, bof, je n’ai pas accroché à ce roman et je n’ai pas compris les critiques élogieuses que j’ai pu entendre. Il faudra peut-être que j’essaie un autre livre de Martin Amis (mais plus tard).

 

« Que disait la souris ? Elle disait : « Tout ce que je peux offrir, comme atténuation, en guise d’apaisement, c’est l’entièreté, la perfection de mon impuissance. »

Que disait le chat ? Il ne disait rien, bien sûr. Le regard froid, scintillant, impérial, d’un autre ordre, d’un autre monde.

Lorsque je suis rentré dans mon meublé, Max était étiré de tout son long sur le tapis du bureau. La souris avait disparu, dévorée sans laisser de trace, queue y compris.

Ce soir-là, au-dessus du noir infini de la plaine eurasienne, le ciel s’est accroché jusqu’à tard à son indigo, à son violet – à ces teintes pareilles à une contusion sous un ongle.

C’était en août 1942. »

La zone d’intérêt, Martin Amis. Calmann-Lévy, 2015 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Bernard Turle. 404 pages.