Spécial albums coups de coeur – Le secret du Rocher noir et Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough

Je vous propose ici deux albums qui m’ont vraiment tapé dans l’œil en novembre. Vous connaissez sans doute le second – Rébecca Dautremer ? qui ça ? – mais peut-être pas le premier qui vaut néanmoins le détour.

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Le secret du Rocher noir, de Joe Todd-Stanton (2017)

Le secret du rocher noir (couverture)Erine aimerait accompagner sa maman pêcheuse en mer, mais celle-ci refuse, jour après jour, à cause de la légende du Rocher noir, accusé de causer la perte de bien des bateaux en changeant de place ! La petite fille est curieuse et, un jour, parvient à se glisser en douce sur le bateau…

L’histoire en elle-même est très prenante : poussée par son courage et sa curiosité, Erine part à l’aventure pour finalement passer un message de paix et de solidarité. S’ouvrant à la différence, poussant au-delà des apparences menaçantes, elle va finalement agir pour protéger la nature.
La mise en page est très agréable. Sur les pages épaisses, les illustrations s’étalent tantôt en pleine page, tantôt en vignettes. Le texte est court et l’on se laisse porter par le rythme de cette histoire.

Mais ce sont les illustrations qui m’ont mis des étoiles plein les yeux. J’avais hâte de tourner cette couverture cartonnée, parsemée de dizaines de petits poissons en relief. Les illustrations de Joe Todd-Stanton subliment la mer, les profondeurs et, surtout, la faune qui la peuple (les méduses sont magnifiques par exemple). Au fil des pages, toutes sortes d’espèces font leur apparition : dauphins, phoques, seiches, méduses, pieuvre géantes et, bien entendu, mille et un poissons. Ces créatures de toutes tailles, couleurs et formes créent une mosaïque multicolore, un ballet fascinant et mystérieux autour de cet être de pierre, protecteur de cette diversité. On ne se lasse pas de les détailler pour en découvrir toutes les richesses. Les couleurs et les contrastes sont magnifiques et offrent un superbe album sur le monde sous-marin.
(Petit dilemme personnel : vous mettre les plus belles ou ne pas révéler la suite de l’histoire ? J’ai opté pour le second choix, donc les plus jolies pages restent à découvrir.)

Un album sublime, poétique et optimiste dans lequel une petite fille ouvre les yeux des adultes et les incite à protéger l’océan et ses habitants.

Le secret du Rocher noir, Joe Todd-Stanton. L’École des Loisirs, 2018 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Reinharez. 38 pages.

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Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, de Rébecca Dautremer (2018)

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough (couverture)Ce n’est pas la première fois que Rébecca Dautremer m’enchante avec l’un de ses albums très grands formats. Contrairement à d’autres, je suis loin de connaître toute son œuvre, mais je prends toujours plaisir à les lire. Et l’histoire de Jacominus n’a pas fait exception à la règle.

S’absorber dans cette histoire d’un quotidien finalement banal mais globalement heureux – et pour une fois, il est agréable de croiser quelqu’un d’ordinaire. Douze scènes, douze instantanés, douze heures, un tour d’horloge, une existence. Suivre le chemin de l’enfance, du deuil, de la paternité, de l’amitié, de la vieillesse. Se souvenir d’un petit rien, une odeur, un son, un instant, une présence. Savourer les mots. Y revenir encore une fois. Se reconnaître dans un petit lapin.

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough 2

Se plonger dans les immenses tableaux et s’attarder longtemps sur chaque page. Caresser du regard la douceur des illustrations. Admirer la multitude de petits détails qui se cachent dans ses grandes planches. Souligner du doigt la courbe d’un arbre ou les mailles d’un gilet de laine. Observer de près fleurs et feuilles mortes.

Tendresse. Poésie. Sensibilité. Émotion. Simplicité. Vie.

Plus qu’un album, un petit bijou.

 Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, Rébecca Dautremer. Sarbacane, 2018. 52 pages.

Les autres livres chroniqués de Rébecca Dautremer :

Pollyanna, d’Eleanor H. Porter (1913)

Pollyanna (couverture)Best-seller du début du siècle aux Etats-Unis, la quatrième de couverture le présente comme un inédit jamais traduit en France, mais d’après Wikipédia, il a été traduit – ainsi que sa suite, Pollyanna grandit – en 1929 aux éditions suisses Jaheber. Pollyanna Whittier, récemment devenue orpheline, est adoptée par sa tante, Miss Polly Harrington, et part donc vivre dans le Vermont. Toutefois, ni tante Polly, ni les autres habitants de Beldingsville ne possèdent le bel enthousiasme et la joie de vivre de la fillette. Mais du haut de ses onze ans, celle-ci va leur démontrer qu’ils ont tous des raisons d’être heureux et de se réjouir.

Certes, Pollyanna est très douée pour communiquer sa joie de vivre et sa bonne humeur. Comment ? Grâce à un « jeu du bonheur » qui consiste à toujours trouver une bonne raison de se réjouir et à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Un jeu qu’on devrait peut-être mettre davantage en pratique de temps en temps pour apprendre à relativiser. Elle est vive et son sourire est communicatif, mais, malgré cela, Pollyanna devient à mon goût un peu usante avec ses « je me réjouis » qui reviennent au début de chacune de ses phrases. Une anaphore qui devient lassante.

C’est un roman très classique. Que ce soit au niveau des personnages, de leur évolution, du déroulement de l’histoire ou des rebondissements, il n’y a pas de grande surprise. La fin est évidemment un beau happy end. Elle est bien trop heureuse pour être crédible et pour me convaincre. C’est plein de beaux sentiments. Heureusement que cela se lit vite, sinon j’aurais sans doute suffoqué sous tant de guimauve.

Pris au hasard à la bibliothèque, Pollyanna est un livre gentil et frais, mais qui est – pour une fois – trop enfantin et naïf pour me convaincre. J’en retiendrai cependant ce glad game pour positiver de temps en temps.

« Sa tante ne lui répondit pas et descendit les marches. En réalité, elle était désemparée. Pour la troisième fois depuis son arrivée, elle punissait Pollyanna, et, pour la troisième fois, l’enfant considérait son châtiment comme une récompense. Il y avait de quoi désarçonner plus d’une femme de devoir. »

« Plus la situation est difficile, plus il est amusant de trouver des raisons de se réjouir. »

Pollyanna, Eleanor H. Porter. Editions Zethel, 2016 (1913 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Luc. 253 pages