La déesse des petites victoires, de Yannick Grannec, lu par Flora Brunier (Le Livre qui Parle, 2015)

La déesse des petites victoires (couverture audio)J’ai écouté pas mal de livres audio ces derniers temps et j’ai deux très bonnes découvertes à partager : Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, de Baptiste Beaulieu et cette fameuse Déesse des petites victoires, de Yannick Grannec.

Les chapitres s’alternent pour raconter deux rencontres, deux histoires. D’un côté, la vie d’Adèle, danseuse sans fortune, et de Kurt Gödel, mathématicien de génie. De l’autre, en 1980, la rencontre d’Adèle (avec quelques décennies de plus) et d’Anna Roth, jeune documentaliste missionnée pour récupérer les archives du mathématicien défunt auprès de sa veuve au caractère épineux.

Une histoire passionnante au niveau historique. Leur fuite de Vienne en direction des Etats-Unis m’a tout particulièrement intéressée. Europe-Amérique, le chemin le plus court est par l’Atlantique, mais ce n’est pas du tout le chemin que le couple Gödel a été contraint de suivre, mais je n’en dis pas plus…

Mais j’ai aussi aimé l’histoire de cette femme, cette « déesse des petites victoires », qui s’est toujours mis en retrait pour soutenir son génie de mari. Ce n’est que sa rencontre avec Anna qui lui a permis de se libérer un peu, de raconter son histoire, avec sa vision du grand mathématicien, qu’elle avait retenu à l’intérieur d’elle-même pendant des années. Son courage, son abnégation et sn amour incroyable pour cet homme qui ne lui rend rien m’ont touchée.

La lecture de Flora Brunier est excellente. Elle est rythmée – un point important pour moi, j’ai souvent du mal avec les lectures un peu traînantes – et elle offre une voix différente pour chaque personnage, mais sans caricaturer, sans appuyer. Son interprétation est vraiment pleine de finesse et elle transmet à merveille le caractère franc et enjoué d’Adèle, la voix maladive et geignarde de Kurt, les doutes d’Anna… ainsi que la simplicité et le bon vivant d’Albert Einstein ! Car Einstein, qui avait émigré aux Etats-Unis avant les Gödel, fut effectivement un ami de Kurt. On découvre un personnage fort sympathique, pas raide pour un sou et très agréable à côtoyer !

Un mot sur les mathématiques : pas besoin d’avoir une âme de scientifique pour comprendre, pour aimer ce roman. Kurt et Albert expliquent de temps en temps leurs théories ou leurs calculs, mais ce n’est pas le fond de l’histoire.

Les 11 heures de cette histoire (Histoire ?) fascinante et émouvante filent en un clin d’œil – c’est un peu cela la théorie de la relativité, non ? –, je ne peux donc que vous encourager à rencontrer Adèle, Anna et Kurt, porté par les mots de Yannick Grannec et la voix de Flora Brunier.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions du Livre qui Parle : une des premières rencontres entre Adèle Gödel et Anna Roth.

 

« Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel. »

Albert Einstein (véritable citation)

« A l’échelle d’une vie, l’absolu est pavé de beaucoup de petits renoncements. »

« Il n’était, lui-même, jamais approximatif. Dans ce monde de beaux parleurs, il préférait le silence à l’erreur. Il aimait l’humilité face à la vérité. Il possédait cette vertu en quantité toxique ; craignant les faux pas, il en oubliait d’avancer. »

 

La déesse des petites victoires, Yannick Grannec, lu par Flora Brunier. Le Livre qui Parle, 2015 (Anne Carrière, 2012, pour l’édition papier). 11h, texte intégral.

Vladimir Vladimirovitch, de Bernard Chambaz (2015)

Vladimir Vladimirovitch (couverture)Deux histoires se mêlent dans ce roman. Celles de deux Vladimir Vladimirovitch Poutine. Un homme du peuple, machiniste bientôt retraité, raconte l’histoire de son homonyme – le surnommant Volodka –, depuis son enfance jusqu’à ces mandats successifs en tant que président.

La forme alternant les chapitres sur la vie de l’un ou de l’autre est intrigante. L’idée d’aborder la biographie du président russe par le biais d’un homme anonyme qui voit sa vie dérangée par l’ascension de son homonyme est originale. En outre, l’écriture est belle, souvent poétique.

 

Mais je n’ai pas réussi à véritablement accrocher à ce livre. Je l’ai lu sans trop de déplaisir (mais avec lenteur au début). Ce n’était pas de l’ennui car la manière dont on nous livre les informations sur le président nous conduit à réfléchir, mais les passages sur la vie de Vladimir Vladimirovitch (le narrateur) m’ont laissée indifférente.

En revanche, j’ai apprécié le voyage à travers l’histoire de la Russie. De grands hommes, des écrivains de talent ou encore des cosmonautes, pionniers dans le domaine de l’exploration spatiale, sont à plusieurs reprises cités car admirés par le narrateur, ce qui permet d’évoquer des événements marquants pour le pays. Cependant, on découvre aussi les côtés plus sombres de la vie des Russes avec, notamment, cette URSS toujours omniprésente.

 

Je le relirai plus tard afin de voir si mon opinion a évolué. En attendant, je pense garder un souvenir flou de cette pseudo-biographie de l’homme politique aux yeux de phoques.

« Est-ce moi qui rêve ou bien suis-je un personnage rêvé, une projection de mon double, et alors lequel de nous deux aura le dernier mot ? »

Vladimir Vladimirovitch, Bernard Chambaz. Flammarion, 2015. 373 pages.