Les Morts, de Christian Kracht (2016)

Les Morts (couverture)Vraiment, me voilà bien embêtée. Je dois faire une critique de ce livre reçu grâce à Babelio, c’est le deal, mais je n’ai rien à en dire. Tout simplement parce que je me suis mortellement ennuyée. A l’exception de brefs passages d’intérêt aussi inattendus que surprenants, je me suis battue – j’ai vraiment lutté – pour finir ce livre. J’ai essayé de ne pas trop lire en diagonale dans la seconde moitié bien que j’avais l’impression de ne pas progresser d’un iota, mais je m’aperçois à présent, deux jours après la fin de ma lecture, qu’il ne me reste pas grand-chose de plus que si je l’avais fait.

Nous sommes dans les années 1930 et, voyageant entre la Suisse, l’Allemagne et le Japon, nous suivons deux personnages : Emil Nägeli, réalisateur suisse missionné pour réaliser un film collaboratif entre Allemagne et Japon (et impatient de retrouver sa maîtresse Ida von Üxküll), et Masahiko Amakasu, agent ministériel responsable de la venue de ce dernier au Pays du Soleil Levant.
Si les personnages principaux sont nés de l’imagination de l’auteur, on croise également toute une galerie de personnages non fictionnels qui ont fait l’histoire cinématographique et politique de cette époque : Charlie Chaplin, Lotte Eisner, historienne et critique de cinéma, et d’autres que je ne connaissais pas comme Alfred Hugenberg, homme politique et soutien d’Adolf Hitler (merci Wiki !)…

Pour m’avoir laissée dans une telle indifférence, je me dis que ce n’était tout simplement pas le moment, pas le livre dont j’avais envie. Non ? Il a été primé, il est traduit en plusieurs langues, j’ai forcément raté quelque chose ! J’aurais aimé l’aimer, ce livre suisse – nationalité rarement rencontrée – publiée par une maison d’édition dont je n’avais encore rien lu (à ma connaissance).

Je suis sortie de ce livre… désabusée. Pas seulement parce qu’il n’a pas fonctionné avec moi – pourtant, je veux bien croire au potentiel du rythme d’écriture, des touches d’humour subtilement distillées, de la plume même de Christian Kracht –, mais aussi parce que les personnages ne m’ont inspiré aucune compassion, aucune sympathie. Egocentriques, pathétiques, se méprisant les uns les autres derrière les sourires et les courbettes, Emil remâchant sa relation avec son père encore et encore, et ne pensez pas que des personnages comme Chaplin remonteront la barre. Finalement, les seuls passages que j’ai lus avec intérêt sont ceux concernant l’enfance d’Amakasu, ses parents, ses obsessions, ce pensionnat qu’il a tant haï. Il me laisse en bouche un vague goût de déchéance et de déception.

Je ne dirai rien de plus car, si je sais parler d’un livre que j’ai adoré, que j’ai détesté, qui m’a un peu déçue, qui m’a agacée, je peine à le faire pour un livre qui n’a rien éveillé chez moi si ce n’est l’ennui et l’incommensurable envie de passer à autre chose. Je trouve cette position très inconfortable, mais sincèrement, je ne sais pas quoi dire de plus.

« Les secrets inébranlables de son pays, cette taciturnité qui laisse tout entendre et ne dit rien, lui répugnaient mais, comme tout Japonais, il trouvait les étrangers profondément suspects en raison de leur insensibilité – cependant si l’on pouvait se servir d’eux et de leur opportune insignifiance pour accomplir son devoir d’airain à l’égard de l’empereur et de la nation, alors il fallait le faire. »

Les Morts, Christian Kracht. Editions Phébus, coll. Littérature étrangère, 2018 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’allemand (Suisse) par  Corinna Gepner. 184 pages.

Challenge Tournoi des trois sorciers – 5e année
Filet du diable (Botanique) : un livre que vous pensiez aimer mais qui est une déception

Lait de tigre, de Stefanie de Velasco (2015)

Lait de tigre (couverture)Univers de la banlieue, jeunesse désœuvrée, fond d’alcool, de prostitution et d’herbe… Rien pour me séduire à première vue. J’ai lu – et parfois apprécié – à une certaine époque de mon adolescence ces livres comme Moins que zéro de Bret Easton Ellis ou Bleu presque transparent de Ryû Murakami, mais à présent, ce n’est plus ce qui m’attire. Et c’est ce que l’on retrouve dans Lait de tigre. Car finalement, cette amitié détruite qu’on annonce dans le résumé apparaît comme un épisode mineur du roman, qu’on attend, qu’on anticipe, et qu’on ne trouve jamais, et c’est le quotidien de ces jeunes berlinois qui prime malgré le meurtre qui bouleverse le cours de leurs vacances.

Malgré tout, elle parvient à ajouter des contrastes qui rendent le roman plus intéressant. Les personnages sont suffisamment intelligents et attachants pour sortir du décor de banlieues sordides auquel on pourrait s’attendre. Jameelah et Nini semblent tellement innocentes qu’on ne peut les juger durement, même lorsque leurs actes sont à l’opposé des nôtres. La maturité dont ils peuvent faire preuve détache Lait de tigre d’un roman pour ado plus classique : cela est dû au fait qu’il s’agisse d’une jeunesse marquée par l’histoire. Qu’ils soient Serbes, Hongrois ou Irakiens, ils ont fui la guerre, ils ont connu des pertes. J’ai beaucoup aimé la description de ce mélange de culture, la fraternité de ses communautés qui peut flirter avec une violence, une haine qui a émigré avec eux.

De plus, j’ai été surprise par certains personnages pour qui j’ai fini par ressentir de la compassion alors qu’ils étaient à première vue très rebutants – comme Dragan qui m’a touchée par sa détresse à connaître le lieu de sépulture de Jasna – ou Jessi – qui se tourne naturellement vers sa sœur en cas de « problèmes ».

Finalement, dans une jungle urbaine crade et dure, Stefanie de Velasco place des personnages qui ont le courage et l’amitié bien accrochés dans leur cœur et qui ne se laissent pas tomber, qui s’entraident sans cesse. Nini et Jameelah font souvent preuve de bravoure (et pas seulement d’un courage de tête brûlée comme aller rouler sur l’autoroute en vélo) et de lucidité, notamment Jameelah par rapport à son statut d’immigrée.

Un roman intéressant pour sa description de la mixité dans cette banlieue et pour ses personnages bien dessinés, mais qui m’a quelque peu déçue par son intrigue.

« Noura dit toujours qu’il faut vivre de manière à ce que rétrospectivement notre vie ressemble à un poème. Elle n’a jamais dit que ce devait être un poème joyeux, juste un poème. »

Lait de tigre, Stefanie de Velasco. Belfond, 2015 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’allemand par Mathilde Sobottke. 320 pages.