C’est le 1er, je balance tout ! # 22 – Octobre 2018 (& une inattendue Parenthèse 7ème art)

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

 

 

Côté Top… Littérairement productif et agréable, ce mois d’octobre. Passionnante relecture des Rois maudits, de Maurice Druon, fantastique plongée dans le monde de Tolkien avec Le Silmarillion, déstabilisante découverte avec Way Inn, de Will Wiles, moment paradoxalement brutal et cocooning avec L’habitude des bêtes, de Lise Tremblay… Mais comme ces livres ont été ou seront chroniqués, je vais plutôt vous parler de la saga Malaussène, de Daniel Pennac, achevée avec Des chrétiens et des Maures et Aux fruits de la passion.

J’avais déjà lu le premier tome, mais je n’en avais que peu de souvenirs quand j’ai entamé cette lecture de toute la saga en août 2017. Chaque tome fut un délice, un régal, un véritable enchantement littéraire. Quelle plongée dans cet univers bellevillois qui serait parfaitement crédible s’il n’était cette touche de folie qui saupoudre ces histoires !
Histoires terribles où les homicides sont légion, enquêtes policières, et pourtant, ce qu’il m’en restera, c’est l’humour. L’humour optimiste, l’humour cynique, l’humour farfelu, l’humour né des situations, des malentendus, des personnages, l’humour qui imprègne les pages de ces six romans. Cet esprit drolatique, spirituel et fantaisiste… et l’écriture.
Pennac joue avec les mots, les niveaux de langage, les images, les dialogues, les descriptions, dans un grand mélange hétéroclite à l’instar de la société cosmopolite accueillie par le quartier parisien de Belleville. A chaque tome, je suis restée baba tellement c’est bien écrit. C’est savoureux, mais ce n’est jamais pédant. C’est la prose foisonnante et colorée du conteur, de quelqu’un qui a pris plaisir à écrire ces histoires et à les partager. C’est de l’excellente littérature et c’est de la littérature partage qui, je pense, peut happer aussi bien les grands lecteurs que ceux que la lecture effraie ou rebute un peu.
Les histoires, menées d’une main de maître, captivent ; le rythme dynamique embarque et ne lâche plus sa proie avant la dernière page ; les personnages attendrissent (même si la chronique du blog Les Cheesecakes de Dolores m’a fait réfléchir un peu à la place des femmes de la famille Malaussène, j’avoue que ma lecture n’en a pas été heurtée) ; bref, laissez une chance à cette étrange famille de vous emmener dans son univers chaotique mais chaleureusement familier.

Côté Flop… C’est sans aucun doute Les Morts, de Christian Kracht qui remportent la palme de l’ennui. Ce n’est même pas que j’ai détesté ce roman, c’est qu’il ne m’a inspiré que le néant. J’ai cependant déjà eu suffisamment de mal à écrire ma chronique, je ne vais pas recommencer ici…
Les Chimères de la Mort, d’Eric Simard a également été une déception. Eric Simard, c’est l’auteur de ce fabuleux petit texte intitulé L’enfaon, si beau, si doux, si juste. Ce roman-là triple le nombre de pages et pourtant je l’ai trouvé plus superficiel. Les thèmes, les événements, les personnages, tout est jeté, à peine creusé. Le personnage principal est tout simplement imbuvable et son enfance difficile ne peut tout excuser. Bref, j’en attendais davantage.

Côté challenges…

  • Tournoi des trois sorciers : 260 + 550, soit 810 points pour Poudlard
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 1, soit 41/60 ;
  • Les 4 éléments : + 0, soit 13/20 ;
  • Voix d’autrices : + 0, soit 24/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Octobre, c’est le mois qui signe le retour du blog Allez vous faire lire ! Je n’y croyais plus, mais si, ça y est, Lupiot et sa team sont de retour. Même si je ne partage pas à 100% l’opinion extatique de Lupiot face à La Belle Sauvage (son avismon avis), la qualité inaltérée de leurs articles est un vrai bonheur ! Lupiot ayant daigné nous informer de ses coups de cœur 2017 (oui oui, 2017), je vous conseille mille fois cette liste terriblement alléchante. En ce qui me concerne, j’ai envie de tout lire.

Dans la catégorie « blogueuses qui se font rares », j’appelle la Récolteuse de mots à la barre ! Son article sur Une bouche sans personne de Gilles Marchand a été une totale découverte (je n’en avais pas entendu parler avant, je n’en ai jamais entendu parler après) et un enchantement. On sent toute sa tendresse pour ce livre, à quel point elle l’a adoré, à quel point il l’a touchée, et ça donne envie de lire ce livre, de lire les autres livres du monsieur, de lire des livres et d’avoir des coups de cœur, bref, c’est une super chronique.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Le Joli m’a fait découvrir Eddy de Pretto (je ne sais même pas s’il est connu, je suis une quiche en musique, j’en écoute peu et je ne connais pas grand-chose d’actuel…) et, même si je suis une feignasse et je n’ai pas encore écouté plus de deux chansons, j’aime beaucoup ce que j’en ai entendu. En tout cas, il chante des opinions que je partage et ses textes me parlent (homophobie, identité, virilité, liberté, tolérance…). Je suis curieuse d’en écouter plus (il faut juste que j’y pense). Merci pour la découverte !

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai beaucoup lu, j’ai bu beaucoup de thé sous mon plaid tout doux, j’ai mangé des châtaignes en écoutant le feu craquer et j’ai fait de la compote moi-même.
Voilà.
C’est l’automne.

Et vous ? Que faites-vous alors que l’automne commence enfin à montrer son nez ?

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 BONUS : Parenthèse 7e art

 En ce moment, je n’arrive pas à me motiver pour écrire des critiques cinéma. Même pour des films que j’ai aimé comme Les Evadés, non, ça ne vient pas. J’ai donc quelques rares chroniques qui traînent depuis le mois d’août, attendant que je me décide à étoffer cet article maigrelet. Comme ça n’a pas l’air d’être pour tout de suite (et que je n’ai pas grand-chose non plus à vous faire découvrir sur la toile), je vous les offre ici maintenant tout de suite. Et peut-être que les parenthèses 7e art finiront par revenir plus régulièrement.

  1. Haute Couture (VO : The Dressmaker), de Jocelyn Moorhouse (2016)

Alors qu’elle est encore une enfant, Tilly quitte l’Australie profonde à la poursuite de sa passion : la mode. Vingt ans plus tard, après avoir voyagé aux quatre coins du monde, elle revient dans sa ville natale. Les choses ont depuis bien changé : sa mère ne la reconnaît presque plus, les habitants se méfient d’elle, et son compagnon de jeu d’antan, Teddy, est devenu un homme… Entre secrets, amour, et haute couture, la vie du village va se retrouver bouleversée par le retour de Tilly. (Allociné)

Haute Couture (affiche)

(Disponible sur Netflix)

En réalité, je trouve ce résumé quelque peu erroné. Les choses n’ont pas tant changé dans sa ville natale tant l’atmosphère y a toujours été malsaine et délétère. On découvre peu à peu, à coup de flashbacks, l’enfance de Tilly, souffre-douleur de la brute de l’école (et donc de tous les autres élèves), méprisée par les adultes pour n’avoir pas de père – méprisée et jugée, sa mère l’est aussi pour avoir « fauté ». Elle revient en quête de réponses, de souvenirs effacés à propos d’un sujet dont je ne dirai mot.
Sauf que Tilly – interprétée par Kate Winslet, juste parfaite comme toujours (comme dans tous les films où je l’ai vue en tout cas) – est devenue forte. Elle n’est plus l’enfant qu’on pouvait brimer et insulter. Elle est devenue une femme splendide, intelligente, cultivée, ayant parcouru le monde. Elle a vécu, vu plus de lieux, rencontré plus de monde que ne pourraient en rêver les habitants de cette bourgade australienne… et revient en divinité vengeresse.
Elle peut compter sur le soutien de Teddy (Liam Hemsworth) dont la famille est également mise à l’écart et moquée à cause du handicap mental de son jeune frère. Beau, gentil, séduisant, bref, je n’ai pas grand-chose à dire de Teddy qui semble avant tout là pour le côté romantique un peu lassant mais tellement attendu. Cependant, elle compte parmi ses appuis – bien que peu solide parfois – le Sergent Farrat joué par Hugo Weaving, touche de douceur parmi tout ce mépris ambiant, zeste de folie au milieu de la bien-pensance. Celui-ci est porté par un amour immodéré de la mode et des tissus et l’arrivée de Tilly est synonyme pour lui de nouvelles extases. J’avoue que cet acteur est de ceux qui me mettent dans de bonnes dispositions envers leur personnage et envers le film. Capable de passer de l’agent Smith au Sergent Farrat, du sage Elrond à Mitzi dans Priscilla, folle du désert, j’adore.

Porté par une très belle photographie – éclatante pour les années 1950 avec sa lumière sur le désert, ses robes colorées qui se détachent de la poussière de la route, plus sombre mais léchée pour les flashbacks –, Haute Couture est une histoire dont je n’attendais pas grand-chose et qui m’a bien surprise. La tonalité du film oscille entre drame et comédie, mélange subtil et réussi à mon goût. Des envies de vengeance, une relation mère-fille parfois compliquée mais néanmoins étonnamment tendre (diantre ! je n’ai pas parlé de Judy Davis, époustouflante dans son rôle de mère cassante et parfois insupportable), un peu thriller, un portrait au vitriol d’un village, le tout saupoudré de haute couture, sujet qui ne me passionne pas vraiment mais qui sait décidément me toucher au cinéma (à l’instar de Phantom Thread en début d’année)

  1. Place Publique, d’Agnès Jaoui (2018)

Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd’hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu’Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux.Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d’imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein. (Allociné)

Place Publique (affiche)

J’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et j’aime beaucoup Agnès Jaoui (bien que je réalise que je n’ai pas vu grand-chose de ou avec elle, si ce n’est que je l’ai adorée dans Aurore de Blandine Lenoir), mais je n’avais encore jamais vu de film Jaoui/Bacri. Je répare ça avec leur dernier bébé en date et… je suis quelque peu déçue.
Pourtant, j’aime les films qui dessinent la société, où il ne se passe rien de plus que la vie avec ses échecs et ses réussites. Le film trace des portraits certes caricaturaux mais que l’on reconnaîtra tout de même : la star sur le déclin, la Parisienne à la campagne, l’idéaliste, l’addict aux selfies, le choc culturel avec les paysans du coin… Un discours plutôt pessimiste sur la nature humaine auquel j’adhère totalement. Les dialogues sonnent juste, l’écriture est fine, rien à dire de ce côté-là.
Toutefois, je crois que j’en attendais davantage. Ça ne décolle pas vraiment, la mise en scène est très classique et prévisible, l’humour n’a que moyennement fonctionné (pourtant, le cynisme me parle beaucoup d’ordinaire). Je pensais sans doute aller plus loin dans la critique sociétale, ou dans l’exploration des différentes personnalités. Ou n’ai-je pas adhéré à cette société du spectacle et de la célébrité ? Ou est-ce un message un peu trop appuyé qui m’a lassée ?

Un film bien construit, aux propos pertinents, mais qui me laisse sur ma faim. Je ne laisse cependant pas tomber l’affaire et ai bien l’intention de découvrir les anciens films du duo.

  1. Larguées, d’Eloïse Lang (2018)

Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock’n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion. (Allociné)

Larguées (affiche)

Avec les daubes qui fleurissent chaque été, j’avoue que le label « comédie française » ne me vend pas du rêve. Aussi, il serait dommage de ne pas parler de celles qui relèvent un peu le niveau.
C’est Camille Cottin qui m’a attirée vers ce film (et la critique de La Moustache). Si j’ai deux-trois trucs à redire sur la saison 2 de Dix pour cent, j’avais particulièrement aimé sa prestation. Dans Larguées, Camille Cottin mène la danse, aussi bien dans l’histoire qu’au niveau des actrices et acteurs. Elle y est particulièrement attachante et m’a souvent fait sourire. Face à elle, Camille Chamoux s’en sort haut la main dans son rôle, moins sympathique, de mère et d’épouse qui se veulent modèles. Les deux sœurs n’ont pas grand-chose en commun et les disputes et répliques un peu vaches seront forcément au programme. Rien à dire sur Miou-Miou que son rôle rend un peu trop effacée pour être réellement commentée.
Le film n’est pas exempt de clichés, loin de là, mais j’ai trouvé que la réalisatrice évitait agréablement les lourdes et pesantes caricatures trop souvent présentées dans ce type de film. Elle offre à ses actrices comme à ses acteurs – à la plupart en tout cas – des personnages humains, drôles et touchants.
Une comédie agréable, dynamique et pleine de fraîcheur, entraînée par la fougue et l’insouciance de Camille Cottin. Pas inoubliable, mais un bon moment quand même !
(Par contre… les clubs de vacances, ce n’est vraiment pas mon truc…) 

Séries

  1. Dollhouse, créée par Joss Whedon (2009-2010, 2 saisons, 26 épisodes)

Au sein d’un programme top secret, des hommes et des femmes sont programmés pour remplir des missions spécifiques. Ces dernières peuvent être d’ordre romantique ou physique mais aussi les faire entrer dans l’illégalité. Pour qu’ils remplissent à bien leurs différents contrats, on leur programme à chaque fois une nouvelle personnalité, des capacités et des mémoires différentes. Après chaque mission, leurs souvenirs sont effacés et ils retournent au laboratoire secret nommé Dollhouse. Dans cet étrange univers, Echo, une jeune doll, voit ses souvenirs refaire peu à peu surface. (Allociné)

Dollhouse (photo)

Dollhouse n’est pas une série récente, mais j’ai beau l’avoir vu deux ou trois fois maintenant, je la trouve toujours aussi plaisante à voir. Elle n’est pas sans rappeler Orphan Black par son côté futuriste bien que se déroulant à notre époque (et à l’insu de la plupart des gens) et par ses intrigues conspirationnistes.
Même si l’on se rend compte dès le début qu’Echo est spéciale et que ses souvenirs ne sont pas aussi bien effacés qu’il le devrait, il faut laisser passer les premiers épisodes avant de voir la série s’approfondir et gagner en intérêt (je peux concevoir que les cinq-six premiers épisodes peuvent sembler un peu répétitif). Toutefois, à mon goût, elle mérite qu’on s’y attarde. Elle réussit toujours à surprendre et il n’est pas rare qu’elle joue avec ce que l’on croit savoir pour mieux nous surprendre par la suite.
La seconde saison remonte encore le niveau en proposant des épisodes à la fois tendus et intelligents. La Dollhouse – lieu dérangeant, « poupées » volontaires ou trafic humain ? –, le personnage d’Echo qui devient une vraie personne et non plus une coquille vide… tout cela pose des questions d’ordre éthique, des questions sur l’identité et ce qui fait l’être humain.
La série est brève – deux saisons, vingt-six épisodes – et pourtant, elle ne laisse aucun goût d’inachevé. Joss Whedon et les scénaristes parviennent à combiner concision et précision. Les informations sur les personnages sont suffisamment complètes et intéressantes pour leur offrir une vraie profondeur psychologique tandis que les événements se déroulent avec juste le rythme nécessaire. J’ai beaucoup aimé la fin, inattendue, qui creuse le sujet et développe les conséquences des actes d’Echo.

La plupart des personnages de cette série qui laisse une belle place aux femmes comme aux hommes sont attachants. Même si je ne trouve pas son jeu d’actrice absolument renversant, il y a évidemment Echo (Eliza Dushku) que l’on voit « grandir » – terme surprenant peut-être puisqu’elle est adulte, mais c’est pourtant ce qu’elle fait : apprendre de son passé, s’améliorer, prendre des décisions… Toutefois j’avoue avoir un faible pour Topher (Fran Kranz), le scientifique de la Dollhouse. Ce génie prétentieux doublé d’un enfant gâté et immature est poussé dans ces retranchements, notamment dans la deuxième saison, et fait également partie des personnages qui changent le plus, même s’il y a quelque chose de tragique et de poignant dans son évolution. Mais il y a aussi le touchant duo Sierra-Victor (Dichen Lachman et Enver Gjokaj) qui se retrouvent toujours quelle que soit l’identité qu’on leur imprime (ou l’absence d’identité), la glaciale et imperturbable Adelle DeWitt (Olivia Williams), la directrice solitaire de la Dollhouse.

Une série intelligente, proposant un juste mélange d’action et de réflexion, qui met en scène des personnages qui ne m’ont pas laissée indifférente. Apparemment, c’est loin d’être une série qui fait l’unanimité (mais en existe-t-il réellement ?), mais en ce qui me concerne, je la trouve très réussie.

La parenthèse 7ème art – Juillet 2018

Je ne suis pas très cinéma en ce moment, j’ai besoin de films qui me font rire, qui me transporte pendant une heure ou deux, des histoires divertissantes et des personnages attachants, voilà ce que je demande !

(Vous l’aurez constaté, pas de « C’est le 1er » pour juillet, mais vous parlerai de mes lectures du mois dans un double bilan le 1er septembre.)

Nouveautés

  1. Au poste !, de Quentin Dupieux (sortie le 4 juillet 2018)

Un poste de police. Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect. (Allociné) (= le plus court synopsis jamais vu)

Au poste ! (affiche)

Parler de ce film ne va pas être une chose aisée, tout simplement parce que je n’ai pas mille chose à en dire. A l’image de la plupart des films de ce bilan, c’est un film sans trop de prise de tête. Enfin, je suppose qu’il y a deux façons de le regarder. 1, on ne se prend pas la tête, on se laisse porter, on s’étonne sans trop questionner pour autant tout l’absurde du film, on ne cherche pas le pourquoi du comment. 2, on fait tout le contraire, on se pose dix mille questions, on s’interroge sur le pourquoi du comment, et tout et tout. A vrai dire, je ne suis pas certaine qu’il y ait un pourquoi du comment.
Pour être honnête avec vous, je n’ai compris ni la scène d’ouverture ni la fin (si quelqu’un a une explication, je serais ravie qu’il ou elle la partage avec moi, si possible avant que je n’aie oublié tout le film). En revanche, si on se concentre sur ce qui se trouve au milieu, j’ai globalement aimé. L’humour est noir, décalé, farfelu, porté entre autres par le gouffre entre un suspect qui respire l’innocence et la banalité (Grégoire Ludig) et des policiers loufoques/idiots/anormaux qui ne se rendent absolument pas compte de leur loufoquerie/idiotie/anormalité.
Le scénario, au fil des flash-backs qui accompagnent l’interrogatoire, mêle le passé, le présent et le futur dans un méli-mélo intrigant. Pas ou peu d’action ou de suspense dans ce presque huis-clos, juste un long bavardage entre deux hommes qui ne se comprennent pas beaucoup. Un texte savoureux et surprenant.
Un film plutôt barré, 1h13 d’absurde et d’excentricité. Il ne restera peut-être pas dans mes annales personnelles, mais j’ai néanmoins passé un bon moment.

  1. Les Indestructibles 2 (VO : The Incredibles 2), de Brad Bird (sortie le 4 juillet 2018)

Notre famille de super-héros préférée est de retour ! Cette fois c’est Hélène qui se retrouve sur le devant de la scène laissant à Bob le soin de mener à bien les mille et une missions de la vie quotidienne et de s’occuper de Violette, Flèche et de bébé Jack-Jack. C’est un changement de rythme difficile pour la famille d’autant que personne ne mesure réellement l’étendue des incroyables pouvoirs du petit dernier. Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique. (Allociné)

Les Indestructibles 2 (affiche)

Un méchant, des super-héros pour le contrer : rien de bien original, me direz-vous. Cependant, je trouve qu’un petit effort a été fait sur l’ennemi du film. Son projet n’est pas de contrôler ou détruire le monde (enfin un peu d’imagination !), mais de pousser les humains à avoir confiance en eux et non pas seulement en les supers, à ne plus leur confier aveuglément leur vie, à ne plus fuir le danger quitte à ne plus vivre. (Par contre, pas vraiment de surprise sur son identité.)
Néanmoins, le point fort de ce film d’animation reste la famille Parr. Malgré les disputes ordinaires du quotidien, parents et enfants sont unis. Ils rigolent, se soutiennent et aiment faire des choses ensemble. Au-delà de leurs fantastiques capacités, ce sont les relations entre frères et sœur, entre père et fille, entre parents et enfants qui sont racontées : comment trouver sa place, concilier travail et vie de famille… Au centre de cette famille, l’inénarrable Jack-Jack aux multiples pouvoirs et au petit côté cartoon qui nous offre les moments les plus drôles du film, le tout sans un mot bien sûr.
Cet opus met en avant un père habitué à travailler et à protéger sa famille (c’est ainsi qu’il se voit en tout cas) qui se retrouve à gérer les déboires d’une maisonnée tandis que la mère sauve le monde. S’il prend très mal cette inversion des rôles – sa jalousie machiste est d’ailleurs particulièrement agaçante –, il découvre que soutenir l’aînée dans ses problèmes de cœur, aider le cadet à faire ses maths et contrôler le benjamin qui s’amuse avec ses pouvoirs est loin d’être facile et de tout repos. Elastigirl est sur le devant de la scène et laisse sa place de femme au foyer, et ça fait du bien !

Les Indestructibles 2 (affiche)

Outre l’humour qui touche juste et les thématiques actuelles sur la parité, on retrouve aussi cette atmosphère qui combine à merveille années 1950 et technologie de pointe, cette animation dynamique et fluide, les anciens personnages (Frozone, la géniale Edna Mode…) auxquels s’ajoute toute une panoplie de petits nouveaux… Bref, à ma grande surprise, voilà une suite très réussie qui surpasse le premier (sympathique, mais au scénario un peu trop banal).

(Par contre, je suis très en colère contre le cinéma qui n’a pas diffusé le court-métrage censé accompagné ce Pixar, « Bao », et qui est apparemment très émouvant ! Pourquoi ?)

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 Autres films

  1. Her, de Spike Jonze (2014)

 Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de « Samantha », une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux. (Allociné)

Her (affiche)

Je n’attendais pas grand-chose de ce film dont je n’avais que l’affiche – sur laquelle je n’avais absolument pas reconnu Joaquin Phoenix – et un vague synopsis et j’ai finalement été extrêmement surprise. En bien évidemment. Ce qui m’a convaincue : le scénario, l’atmosphère et le jeu de Joaquin Phoenix.
Le scénario est intelligent et sensible. Il évoque un futur pas si surréaliste et y mêle la complexité des relations humaines, relations amoureuses tout particulièrement. Il interroge les histoires d’amour avec un postulat certes étonnant mais qui se révèle incroyablement captivant. En arrière-plan, on constate que, progressivement, l’arrivée de cette intelligence artificielle très perfectionnée – capable d’améliorations, d’humour et de sentiments – éloigne les gens les uns des autres, reflet amplifié de nos têtes penchées sur des écrans.
L’atmosphère est chaleureuse, les teintes sont chaudes et intimistes. On est rapidement immergé dans le quotidien de Theodore, terriblement familier avec ses doutes, ses regrets, ses peines.
Il faut dire que le Theodore interprété par Joaquin Phoenix est particulièrement attachant. Je n’ai plus vu l’acteur, mais une personne comme tout le monde. Son jeu tient en des regards, des postures, des inflexions de voix, et je l’ai trouvé très juste, à l’instar des actrices qui l’entourent, Amy Adams en tête.
Une touche de poésie et un soupçon de chagrin pour un film subtil et touchant.

  1. Il était temps (VO : About Time), de Richard Curtis (2013)

À l’âge de 21 ans, Tim Lake découvre qu’il a la capacité de voyager dans le temps. Tim ne peut changer l’histoire, mais a le pouvoir d’interférer dans le cours de sa propre existence, qu’elle soit passée ou à venir. Il décide donc de rendre sa vie meilleure en se trouvant une amoureuse. Malheureusement les choses s’avèrent plus compliquées que prévu. (Allociné)

About Time (affiche)

Quand je vous dis que j’ai besoin de films pas trop exigeants, voilà que je tape dans la comédie romantique. Cela dit, ce film présentait un argument de choix, un argument auquel je ne peux résister : Bill Nighy. Que voulez-vous, j’adore cet acteur. Il semble relégué aux seconds rôles (pourquoi ?) et pourtant chacune de ses apparitions est excellente. Que ce soit dans les films du trio Edgar Wright/Simon Pegg/ Nick Frost, Pride, Good Morning England, Indian Palace, Harry Potter ou tant d’autres, il est absolument génial, charismatique, drôle, touchant, inoubliable.
Commençons donc par les personnages. Bill Nighy joue le père et je ne saurais dire à quel point son humour pince-sans-rire marié avec sa tenue toujours un peu guindée m’a réjouie. (Et je m’arrête là bien que je pourrais vous sortir une interminable liste de superlatifs sans avoir réussi à vous dire à quel point j’aime cet acteur.) J’ai ensuite beaucoup aimé le jeu de Domhnall Gleeson (que vous aurez aussi vu dans Harry Potter dans le rôle de Bill Weasley), sa naïveté ahurie, sa gentillesse, son air un peu niais. Les actrices sont largement à la hauteur de leurs homologues masculins, que ce soit Lydia Wilson dans le rôle de la fantasque Kit Kat, sœur de Tim, ou Rachel McAdams dans celui de la femme de ce dernier. Les seconds rôles sont nombreux et intéressants, ressorts comiques essentiels et pourtant réalistes, et que dire du fait que c’est aussi ce film qui offre son dernier (mini) rôle à Richard Griffiths.
Ensuite, pour moi, l’abonnée aux regrets et aux remords et aux « si seulement… », cette opportunité de voyager dans sa propre vie me fait rêver. (Déjà, je commencerai par l’utiliser comme Bill Nighy – toujours lui – : en profiter pour lire et relire des centaines de livres !) Le sujet du voyage temporel est joliment exploité tandis que le film aborde aussi avec justesse celui des relations père-fils. L’amour est certes au cœur de ce film, mais ce n’est pas uniquement « le grand amour », c’est aussi les amours de jeunesse, l’amour pour une sœur, un père, une mère (bien que celle-ci soit assez invisible au final) et l’amitié.
Un pouvoir extraordinaire pour une vie ordinaire et pourtant merveilleuse. Un film léger et sympathique, drôle souvent et émouvant juste ce qu’il faut, qui donne envie de voir le verre à moitié plein. Certes, c’est plein de bons sentiments, et alors ? De temps en temps, c’est bien agréable. Surtout quand le scénario est intelligent, que le film n’est pas dépourvu d’originalité et que le casting est aussi brillant.

  1. Good Morning England (VO : The Boat That Rocked), de Richard Curtis (2009)

Carl vient de se faire renvoyer du lycée, et sa mère a décidé qu’il irait réfléchir à son avenir auprès de son parrain, Quentin. Il se trouve que celui-ci est le patron de Radio Rock, une radio pirate qui émet depuis un bateau en mer du Nord peuplé d’un équipage éclectique de DJ’s rock and roll. La vie en mer du Nord est riche en événements. (Allociné)

Good Morning England (

Avoir découvert About Time m’a donné envie de revoir Good Morning England du même réalisateur. On y retrouve Bill Nighy (je recommence mon speech à son sujet ?) accompagné de Nick Frost, Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans (aka Xenophilius Lovegood (oui, j’ai découvert les acteurs britanniques dans Harry Potter, et alors ?)), Emma Thompson (oui, il y a aussi Trelawney et Lockhart dans ce film)… du beau monde donc. Pour être honnête, je suis faible et tous ces excellents acteurs et actrices suffisent à me mettre de bonnes dispositions envers ce film.

S’ajoutent à cela :

  • L’immersion dans une bulle de folie au milieu de l’océan où les maîtres mots sont musique, plaisir et liberté ;
  • La plongée dans une époque aux visages contradictoires, à la fois restrictive et libertaire ;
  • La BO, pleine de morceaux cultes (alors que je n’y connais rien en musique), dynamique et entraînante ;
  • Les personnages, hauts en couleurs, attachants ;
  • Les relations entre les personnes à bord, entre ces derniers et le monde extérieur (le gouvernement, les filles…) ;
  • Beaucoup de plaisir, d’humour et de tendresse !

Bref, encore un film qui fait du bien !

  1. Docteur Patch (VO : Patch Adams), de Tom Shadyac (1998)

Voici l’histoire vraie d’un étudiant en médecine qui défia la profession et risqua son avenir en prônant les vertus thérapeutiques du rire. Tout commence en 1969, quand Hunter Patch Adams, admis dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide, découvre qu’il a le don de réconforter les patients par ses clowneries.
En 1971, Patch commence ses études de médecine. Sa gaieté lui attire d’emblée l’inimitié de ses condisciples et l’hostilité du recteur Walcott. Mais Patch persévère. Intimement convaincu du bien-fondé de sa philosophie, il appliquera avec succès ses théories. (Allociné)

Docteur Patch (affiche)

Un personnage iconoclaste et anti-conformiste pour Robin Williams, à l’image de son personnage de M. Keating dans Le cercle des poètes disparus. Sauf qu’il est cette fois étudiant en médecine. Dans ce milieu guindé et trop sérieux, Patch détonne et parfois dérange : il promeut le rire. Il fait le pitre devant les jeunes malades, se met en quatre pour réaliser les rêves les plus fous des patients, il sympathise avec les infirmières, il porte des chemises bariolées. Bref, il apporte un vent de fraîcheur dans cet hôpital et réhumanise les patients. C’est un beau film, qui donne envie de sourire (et d’aller à l’hôpital pour être soigné par Patch). Certes, il n’est pas parfait – un message parfois enfoncé à coups de marteau et un événement dramatique qui se révèle assez inutile – mais c’est une comédie agréable doublée du portrait, certes romancé, d’un homme généreux interprété par un acteur incroyablement juste.
Ce n’est pas un grand film et on frôle parfois l’overdose de bons sentiments, mais c’est un film très sympathique, tendre et divertissant qui donne envie de donner davantage justement.

Et vous, quelles découvertes cinématographiques avez-vous faites
au cours de ce mois de juillet ? 

La parenthèse 7ème art – Mai-Juin 2018

J’avais zappé le mois de mai car il n’y avait qu’un film dans mon article, mais le mois de juin n’a pas été plus glorieux.

Pourquoi ce vide ? Je n’ai pas regardé grand-chose d’une part et, de l’autre, il y a d’autres films (ou série) vus mais qui ne m’inspirent pas de critique pour autant. Exemples : Kaamelott, livres 5 et 6 (c’est absolument génial, mais tout le monde – ou presque – connaît et je vous parlerai bientôt d’un livre sur le sujet), la saison 3 de Chasseurs de Trolls (que dire de plus que sur les deux premières), Sacré Graal ! et La vie de Brian des Monty Python (j’adore, mais je ne me sens franchement pas de taille face à des films cultes pareils). Et puis il y a les films qui ne me laisseront pas un souvenir impérissable comme Black Panther (lisez plutôt la chronique de June, je suis tout à fait d’accord avec elle *flemmarde*), Suburbicon ou… d’autres que j’ai déjà oublié. Et puis aussi, j’ai un peu la flemme. J’ai déjà du retard dans les livres alors je repousse, je repousse les films jusqu’à ce qu’ils passent à la trappe.

Je compense donc avec une longue chronique sur La légende de Korra (ça ne vous console pas ? zut !) et ne vous promets pas une amélioration pour les mois à venir.

Nouveautés

Le néant.
Je n’ai pas remis les pieds dans une salle de cinéma depuis le mois d’avril.  

***

 Autres films

  1. Frances Ha, de Noah Baumbach (2013)

Frances, jeune New-Yorkaise, rêve de devenir chorégraphe. En attendant, elle s’amuse avec sa meilleure amie, danse un peu et s’égare beaucoup… (Allociné)

Frances Ha (affiche)

La découverte de Lady Bird m’a donné envie d’explorer quelque peu le travail de Greta Gerwig et je ne pouvais que commencer par Frances Ha – dont elle a coécrit le scénario avec Noah Baumbach et dans lequel elle joue le rôle principal – qui me faisait de l’œil depuis une éternité.

J’ai immédiatement été immergée dans ce film et je peux pour cela remercier Frances. Ce personnage est tellement agréable, elle n’a cessé de me faire rire par son côté décalé et son enthousiasme, par sa maladresse et ses boulettes. Greta Gerwig est incroyablement expressive et son interprétation est telle qu’on n’imagine pas qu’elle joue un rôle. Elle crève l’écran, illuminant tout autour d’elle. Bref, Frances existe !
Cependant, tous les acteurs et actrices jouent leurs rôles à merveille, avec un naturel et une grâce folle. L’intelligence et la justesse des dialogues contribuent à la perspicacité du film tandis que le noir et blanc sublime les images et les visages. C’est une esthétique qui me plaît beaucoup d’autant plus qu’elle est assez surprenante dans un film très contemporain comme celui-ci.

C’est un film très frais et spontané, ce qui peut sembler surprenant car les scènes étaient filmées plusieurs fois jusqu’à atteindre la perfection souhaitée par le réalisateur.

Pendant une heure et demie, on suit Frances, de désillusions en désillusions, dans sa découverte du monde des adultes, les tranches de vie se succèdent, touchantes, drôles, amères, mais toujours vraies et sincères. Un très beau film sur pas grand-chose comme je les aime.

  1. Shining, de Stanley Kubrick (1980)

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés. (Allociné)

Shining (affiche)

Bon, j’en ai déjà parlé dans mon article sur Shining, mais je le remets ici quand même en développant un peu plus certains éléments. (Et puis, il faut bien étoffer un peu cet article assez pauvre ce mois-ci.)
Comme je l’expliquais alors, il s’agit d’un second visionnage. Le premier, il y a fort longtemps, ne m’avait pas convaincue du tout, mais la lecture – ô combien excellente – du roman m’a donné envie de retenté le coup (et de comparer les deux).
Conclusion : ce n’est pas un mauvais film en soi, mais il est nettement en deçà du roman. D’ailleurs, il n’a parfois rien à voir avec ce dernier puisque Kubrick en a ôté tous les meilleurs éléments.

La psychologie des personnages est très pauvre. A peine en route pour l’Overlook que Jack Torrance est déjà de mauvais poil. Il n’y a pas vraiment l’optimisme joyeux qui anime toute la famille lors de son installation à l’hôtel dans le roman. Ici, Jack ne perd pas de temps avant de commencer à dérailler. Jack Nicholson a parfaitement la tête de l’emploi et, bien que son sourire et son regard impayables m’ont souvent fait rire et me le rendent très sympathique, il ne l’est guère en réalité. Bye bye la bienveillance et la tendresse de l’auteur pour ce personnage que nous ne pouvons réellement détester dans le livre.
D’autre part, Wendy (incarnée par Shelley Duvall) est absolument insupportable. Elle apparaît complètement cruche et lâche, et tout, de sa manière de parler à sa façon de courir, m’a fait lever les yeux au ciel.
De même, Danny (joué par Danny Lloyd) est froid, uniquement présenté comme un gamin medium flippant. Il n’a plus les comportements d’enfant, mâtinés de remarques perspicaces et matures, qui le rendaient si attachant dans le roman.

Ensuite, le film ne fait pas ressentir l’emprise malfaisante de l’hôtel sur ses locataires. Sa présence n’est pas aussi vivace que dans le roman et Jack apparaît finalement comme le grand méchant (alors que c’est bel et bien l’Overlook le responsable de tous les maux dans le texte). L’ajout de scènes sanglantes n’apporte rien (préférence personnelle : la tension psychologique fonctionne mieux que le gore pur avec moi). Les échos d’une fête passée et des animaux en buis qui bougent sans en avoir l’air me semblent plus efficaces qu’un ascenseur en sang, mais bon…
Un autre gros regret touche à la disparition du maillet de roque au profit de la hache. Moins original, plus expéditif. J’avoue ne pas comprendre ce choix car les coups de maillet martelant les murs des couloirs de l’hôtel avaient efficacement résonnés à mes oreilles de lectrice. En outre, un maillet me semble plus effrayant : un coup t’écrabouille, te broie les os et les chairs, alors qu’un coup de hache a de fortes chances de te tuer illico. Perso, je trouve la souffrance plus terrible que la mort, mais chacun son point de vue.
Enfin, la fin n’a rien à voir avec celle de King. Cette dernière est porteuse d’émotions et de tendresse. Dans le film, la fin n’a pas de sens comme peut en avoir celle du livre. La destruction de l’Overlook n’arrive jamais et n’a même pas besoin d’être puisque l’hôtel n’est pas ressenti comme le véritable mal.

Finalement, cet article est surtout une longue comparaison avec le livre dont il est une très mauvaise adaptation. Peut-être l’aurai-je davantage apprécié si je n’avais eu cet élément de comparaison. Malgré mon immense déception, j’ai néanmoins passé un moment sympathique porté essentiellement par l’incarnation incroyable de Nicholson, personnification même de la folie.

  1. Interstellar, de Christopher Nolan (2014)

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. (Allociné)

Interstellar (affiche)

Ça y est, j’ai enfin vu Interstellar. Il faut savoir que j’ai, à domicile, quelqu’un qui me bassine avec Interstellar depuis quatre ans. Or, plus on me parle d’un film, moins j’ai envie de le voir. J’ai tout de même fini par être partante… et il s’est passé ce qu’il se passe – quasiment – toujours quand on se met à avoir des attentes démesurées : déception. C’est peut-être un mot un peu fort, d’autant que je l’ai malgré tout trouvé très bien. Disons que je m’attendais à ce que ce soit mieux. Qu’il m’apporte un regard neuf sur le cinéma, qu’il bouleverse ma vie (au moins). Alors qu’en réalité, il n’a rien marqué du tout. (D’où la brièveté de ma critique.)

Globalement, je l’ai trouvé assez prévisible. Pas tout heureusement : je n’avais pas du tout anticipé l’explication du « fantôme » de la jeune Murphy. En revanche, les interactions entre les personnages – qui meurt, qui vit, qui a de mauvaises intentions… – ainsi que la fin restent aisément devinables.

En revanche, il s’est révélé très bien fait et immersif, que ce soit au niveau des décors, de la musique ou du jeu des personnages. La relation de Cooper (Matthew McConaughey) et ses enfants, notamment sa fille Murphy (jouée par Mackenzie Foy, puis par Jessica Chastain), est pleine de tendresse malgré les heurts, les colères et les regrets. Le jeu avec les distorsions temporelles ajoutent une gravité unique à cette relation père-fille. Bref, malgré mes reproches ci-dessus, je trouve l’exploration des sentiments humains très juste en mettant ses personnages face à des dilemmes parfois cornéliens. J’ai également été surprise et ravie de retrouver Timothée Chalamet. Sans surprise en revanche, je me suis beaucoup attachée aux robots, notamment TARS qui apporte une touche d’humour (je porte bien souvent davantage de tendresse et d’intérêt aux robots et aux animaux qu’aux êtres humains).
C’est un film intéressant et intelligent qui nous plonge dans les mystères de l’espace. Son point fort est qu’il le fait de manière tout à fait compréhensible pour le non-initié et, d’après ce que j’en ai lu, de façon sérieuse et basée sur des recherches d’astrophysiciens.

Interstellar est un film tout à fait excellent, très bien réalisé, parfaitement joué, et je regrette qu’il ait à pâtir des critiques dithyrambiques qui ont fleuri de tous les côtés et qui ont fait enfler mes expectatives. On lui reproche parfois d’être trop long ou compliqué, je ne suis pas d’accord avec ça : je n’ai pas vu le temps passer et je n’ai pas eu non plus eu l’impression de suivre une thèse en astrophysique. J’ai été captivée et entraînée dans cette histoire qui replace l’être humain au rang de grain de poussière (un grain de poussière pas décidé à lâcher l’affaire, mais bon).

***

Séries

  1. La Légende de Korra (VO : The Legend of Korra), créée par Michael Dante DiMartino, Bryan Konietzki (animation, 2012-2014, 4 saisons, 52 épisodes)

70 ans après les événements d’Avatar, le Dernier Maître de l’Air, voici les aventures du nouvel élu, une adolescente passionnée, courageuse et intrépide de la Tribu d’eau du Sud nommée Korra. Maîtrisant trois des quatre éléments, c’est sous la tutelle du fils d’Aang, Tenzin, que Korra commence sa formation pour maîtriser le dernier élément : l’air. Mais le parcours de notre jeune prodige sera semé d’embûches, le danger gronde… (Allociné)

La légende de Korra (affiche)

Après avoir vu Avatar, j’avais très envie de retrouver cet univers avec la suite sortie quelques années plus tard. Si je préfère l’originale, cette nouvelle série de quatre saisons est néanmoins sympathique.

Point fort : les créateurs ont su proposer de nouveaux personnages, assez différents de ceux d’Avatar (et légèrement plus âgés). Tout d’abord, il y a la nouvelle Avatar, Korra. Loin de la bienveillance et la sagesse monastique de son prédécesseur, loin de la gentillesse maternelle de Katara, Korra est musclée (loin de la minceur douce de tant d’héroïnes de dessins animés), impétueuse, têtue et décidée. Elle a mauvais caractère et tendance à agir avec impulsivité et elle est amenée à énormément évoluer au fil des épisodes. Ses mésaventures avec les ennemis et autres maîtres qui se mettent sur son chemin la feront douter, mûrir et gagner en réflexion et en sagesse.
Elle peut compter sur l’aide de la Team Avatar. Asami est inventeuse et ingénieure : elle reprend la firme de son père et développe de nouvelles machines. Si elle ne possède aucune maîtrise, elle peut compter sur son intellect, sa connaissance de la technologie et des techniques d’auto-défense.
Mako, maître du feu réservé, et Bolin, maître de la terre, complètent l’équipe. Les garçons, en revanche, présentent un peu moins d’intérêt. Bolin ressemble à Sokka avec son rôle de boute-en-train et leur relation de frères évoque la dynamique entre Katara et Sokka – l’un plus réfléchi, l’autre plus ouvert, etc. Toutefois, ils remettent en question certains stéréotypes masculins. Bolin, ce grand émotif, sa relation compliquée avec Eska. Mako, ce timide parfois inconfortable avec ses histoires d’amour.
La Légende de Korra présente, comme Avatar, toute une galerie de personnages secondaires. Malheureusement, ceux-ci sont globalement peu développés. Même s’ils ont essayé de titiller mon côté fangirl en me présentant les enfants de Aang et Katara ou de Toph. Même si j’avoue avoir eu un faible pour Tenzin, sa famille, ses trois enfants si différents mais attachants, sa relation avec son frère aîné Bumi…

J’ai été surprise de voir que le monde qu’arpentaient Aang et ses amis avait tant changé. La technologie a fait son apparition. J’avoue que ces grandes villes en pleine révolution industrielles, peuplées de voitures et d’armes à feu, m’ont moins séduites que les cités qui existaient soixante-dix ans auparavant. Néanmoins, la modernisation permet d’aborder de nouveaux sujets et de contrebalancer le pouvoir illimité des maîtres dont dépendaient ceux qui n’avaient pas de maîtrise (et qui parfois en subissaient la puissance). Cette suprématie remise en question sera d’ailleurs au cœur de plusieurs épisodes.

Il y a un autre changement. Dans la série originale, les trois saisons poursuivaient un but commun : vaincre le Seigneur du Feu et rendre au monde sa liberté. Les épisodes étaient presque indépendants et, ceux en deux parties mis à part, présentaient à chaque fois une étape du périple de l’Avatar et ses amis. Une aventure après l’autre. Or, dans cette suite, chaque saison a son propre fil conducteur. Un méchant apparaît et la Team Avatar mettra entre douze et quatorze épisodes pour le vaincre. Difficile d’en rater un sans être perdu dans l’histoire.
Et j’avoue que ce format répétitif a failli me lasser (seulement je suis curieuse, donc j’ai continué). Le/la méchant.e arrive, ça devient de pire en pire, « ouh la la, ça devient vraiment très très pire là », « han, comment vont-ils s’en sortir ? », « ils sont fichus… », dernier épisode et… « ah ben non en fait, ça y est, il/elle a eu son compte ». Au bout de la quatrième fois, ça devient lassant et ça donne l’impression qu’ils pourraient rajouter une cinquième saison, et une sixième, et une septième… et je n’aime pas les séries à rallonge. Bon, du coup, ça n’a pas l’air d’être le cas, mais il n’y a pas ce point final qui clôture vraiment la saison (contrairement à Avatar où on se dit, avec un petit pincement au cœur, « cette fois, c’est vraiment fini… »).

Néanmoins, je ne peux détester ces deux derniers points car ce sont eux qui ont permis de renouveler de manière innovante et intéressante la série originale. Ils amènent de nouvelles questions philosophiques et politiques. Les différents « méchants » qui se succèdent n’ont pas forcément que des mauvaises intentions. Le premier demandait l’égalité entre maîtres et non-maîtres, le second rêvait de réunir monde physique et monde spirituel et laisser aller et venir les esprits, le troisième prônait la liberté du peuple contre les monarchies et autres dictatures et la quatrième voulait offrir la paix à son pays. D’ailleurs leurs philosophies seront parfois suivies par Korra bien que d’une autre manière, plus pacifique et apaisée.

Sans réelle surprise, La Légende de Korra reste en deçà de la série originale. Si je relativise sur les points soulevés plus hauts, j’ai en revanche vivement regretté le manque d’évolution des personnages – Korra mise à part –, les triangles amoureux niais et l’absence des voyages qui m’avaient tant fait rêver dans la première série. Elle aura toutefois permis d’aborder de nouveaux thèmes et de nous faire découvrir les origines du premier Avatar au cours d’un double épisode captivant !

En outre, je lui sais gré d’avoir proposé des personnages masculins qui changent des stéréotypes – sensibles, rêveurs, romantiques, adeptes de shopping… – et offert une place valorisée aux personnages féminins – que ce soit Jinora surpassant son père grâce à sa connexion avec les esprits, la muette Zhu Li obligeant finalement son exigeant patron à reconnaître son travail et son indispensabilité dans leur duo, Kuvira, enfin une « méchante », déterminée, puissante et jolie (car si la plupart des filles sont toujours désespérément et banalement jolies, ce n’est pas le cas des méchantes, sorcières, reines tyranniques et autres marâtres qui sont souvent d’une laideur innommable, donc pour le coup, c’est aussi un changement appréciable (par contre, il n’y a pas de gentille moche, faut pas abuser !)) – et même une esquisse de relation entre Korra et Asami (mais comme ce n’est que la dernière image de la série, je trouve quand même ça un peu léger).

Avatar et La légende de Korra

La parenthèse 7ème art – Avril 2018

Nouveautés

  1. Moi, Tonya (VO : I, Tonya), de Craig Gillespie

 En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression. (Allociné)

Moi, Tonya (affiche)

Je crois que j’ai tout aimé dans ce film. La façon dont il est construit en y insérant des « interviews » des protagonistes. L’humour subtilement dosé, subtilement injecté, parfois absolument cruel ou désespérant, sachant laisser place à l’émotion juste au bon moment. La façon dont est filmé le patinage : dynamique, sportive, précise, fascinante. Les rôles de la mère (Allison Janney) et de Tonya Harding (Margot Robbie, l’excellente Harley Quinn d’un Suicide Squad sans aucun autre intérêt). Le caractère de cette dernière : volontaire, arrogant, sans filtre.
J’ai vraiment apprécié le personnage Tonya Harding et ce film m’a donné l’impression de réhabiliter quelque peu la sportive et la jeune femme qu’elle était. De ce que m’ont dit des personnes suffisamment âgées pour avoir suivi cette affaire, elle était perçue uniquement comme une fille très dure et la méchante de l’histoire, son exploit avec le triple axel passant complètement à l’arrière-plan. Ici, on voit un être humain vraiment malmené physiquement et psychologiquement par sa mère, puis par son premier petit ami/mari.
Le film dénonce aussi un milieu sportif qui discrimine les patineuses en fonction de leurs origines sociales et qui préfère mettre à l’honneur de petites princesses à la vie parfaite plutôt que le talent s’il vient d’une fille un peu rustre, endurcie par une vie difficile. Je ne sais pas si telle est la réalité du monde du patinage artistique, mais les injustices dont Tonya est parfois victime sont consternantes. Si, contrairement à ce qu’elle affirme plusieurs fois dans le film, elle n’est pas toujours étrangère à  tout ce qui lui arrive, effectivement, ce n’était pas entièrement de sa faute : quel que fut son implication, elle a été surtout rattrapée par la violence qui l’a élevée.

Un film énergique et passionnant, drôle et émouvant, porté par deux actrices absolument parfaites.

(Le rôle de la jeune Tonya est joué par Mckenna Grace que j’avais découverte dans Mary : son regard noir transmettant à la fois force et vulnérabilité, elle est une nouvelle fois excellente.)

  1. L’île aux chiens (VO : Isle of Dogs), de Wes Anderson

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. (Allociné)

L'île aux chiens (affiche)

Films d’animation + Wes Anderson : je ne pouvais décidément pas manquer L’île aux chiens, le dernier film en stop-motion de ce dernier. J’y suis allée en fermant mes oreilles à toutes les critiques, j’avais simplement vu la bande-annonce. Et quel moment de cinéma !

Visuellement, c’est atypique et fascinant : la peau lisse de poupée des personnages, les pelages miteux des chiens, les paysages, les « effets spéciaux » à base de coton lors des bagarres… Si cela donne envie de tout toucher, ça ne nuit en aucun cas à l’immersion. L’on ose à peine imaginer le travail nécessaire à la création de des superbes plans qui émaillent le film.
Entre dystopie, western et récit d’aventure, le rythme décoiffant nous happe rapidement et nous voilà plongé au cœur de cette histoire étonnante et de cet univers atypique. Les dialogues vifs et bondissants, les sous-titres qui défilent en français et en anglais, la musique intense – la BO d’Alexandre Desplat est envoûtante, mêlant thèmes lancinants et airs guerriers portés par des tambours japonais –… tout cela impulse une dynamique efficace.
Porté par un casting impressionnant (comme toujours avec Wes Anderson), les langues sont multiples et le choix de laisser la place au japonais (écrit ou parlé) est à la fois plaisant et original. On ne comprend pas forcément ce que disent les personnages, mais leur ton est généralement suffisamment explicite pour que l’on comprenne. Nous nous retrouvons au même niveau que les chiens : nous les comprenons très bien à l’inverse des humains.

A travers ce conte parfois macabre, Wes Anderson rend un bel hommage à la gent canine et aborde nombre de problèmes sociétaux. L’île aux chiens et ses montagnes de déchets sont un appel écologique, le maître Kobayashi est une critique des despotes de ce monde, et le film dénonce l’intolérance qui imprègne le monde et la mise à l’écart des marginaux et autres SDF, mais j’y ai également vu un message d’amitié et d’espoir de connaître un jour égalité et tolérance. Malgré ce discours qui semble banal et un peu cucul, ce film ne l’est en aucune façon et mêle avec talent et réalisme poésie et violence, humanité et cruauté.

Hypnotisante. C’est le mot que j’utiliserais pour qualifier cette fable japonisante à l’humour acerbe et ironique qui enchante et étonne aussi bien la vue que l’ouïe.

Je vous encourage également à découvrir l’excellente chronique d’Alberte Bly sur ce film.

  1. Lady Bird, de Greta Gerwig

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. (Allociné)

Lady Bird (affiche)

J’avais vraiment hâte de voir ce film et je n’ai pas été déçue ! C’est une véritable plongée dans les affres de l’adolescence et je pense que tout le monde se retrouvera un peu en Lady Bird. Evidemment, il y a les immanquables – les amitiés qui se nouent, s’effilochent et se renouent, les premiers amours et les premières déceptions, la colère contre les parents, ce sentiment d’incompréhension et de frustration – mais il y a également de nombreux petits détails qui vont marquer cette dernière année de lycée qui vont permettre à Lady Bird de mûrir et de découvrir ce qu’elle doit à ces parents qu’elle pensait médiocres… J’ai trouvé le tout présenté sans la moindre caricature et avec une grande justesse.
La relation avec la mère est au cœur du film, ce que j’ai trouvé vraiment original car je n’ai pas le souvenir d’avoir vu beaucoup de films qui mettaient l’accent sur cet aspect-là de l’adolescence. Leur incapacité à dialoguer, bloquées par leur fierté, amène aussi bien une grande force émotionnelle qu’une certaine frustration pour le spectateur. Leur amour mutuel, muet et conflictuel, est vraiment magnifiquement mis en scène.
Saoirse Ronan est excellente (je l’avais déjà beaucoup aimé dans Brooklyn d’ailleurs) : vive, impertinente, passionnée, elle donne vie à cette rebelle qui se sent en décalage avec sa famille, sa ville, son lycée. Le reste du casting est tout aussi bon : Timothée Chalamet (que j’ai adoré dans Call me by your name) qui amène une touche de nonchalance arrogante, Tracy Letts, le père, bulle de douceur qui tente sans cesse d’arrondir les angles entre sa femme et sa fille, etc.
Un portrait sensible et sincère d’une adolescence dans l’Amérique post-11 septembre.

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 Autres films

  1. Les combattants, de Thomas Cailley (2014)

 Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille. Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux. (Allociné)

Les combattants (affiche)

Une histoire assez simple et en même temps riche et originale. Un vent de rébellion, la naissance de l’amour chez deux personnalités antagonistes… Si les deux personnages sont très réalistes, Adèle Haenel se détache, intelligente, volontaire et enragée. Sa relation avec un Arnaud habitué à un certain confort est touchante grâce à leur duo étonnant qui marche du début à la fin.
Entre fin de l’humanité et désillusion quant à l’avenir, la jeune génération est clairement pas l’optimisme incarné (mais je ne vais pas critiquer, je m’y retrouve bien !). Malgré tout, Madeleine n’a pas tout abandonné : elle attend d’un stage au sein de l’armée (dire que si j’avais su qu’ils allaient à l’armée, je n’aurais sans doute pas regardé ce film…) un apprentissage poussé des techniques de survie (elle a beau être résignée, elle n’en est pas moins résolue à survivre le plus longtemps possible). Attentes cruellement déçues : ce sont l’obéissance et la solidarité qui sont exigées, et non les interrogations et les instincts primaires. Symptomatique de l’humour qui irrigue délicatement le film, cette discipline (que les personnages ne tardent pas à fuir) est gentiment moquée.
Ce n’est pas un film qui fera date dans mon esprit mais j’ai néanmoins passé un bon moment. Une histoire initiatique connue mais contée de manière si fraîche et inédite (ainsi mêlée avec une histoire de survivalisme) qu’elle en redevient intéressante.
(Et non, cet article n’est pas sponsorisé par le lobby des parenthèses.)

  1. Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland (2015)

Mariée, heureuse et mère de trois grands enfants, Alice Howland est un professeur de linguistique renommé. Mais lorsqu’elle commence à oublier ses mots et qu’on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et sa famille sont mis à rude épreuve. Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration. (Allociné)

Still Alice (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Un drame plutôt réussi qui nous fait entrer dans l’intimité d’une famille éprouvée par la maladie d’Alzheimer. La tragédie est prétendument amplifiée par le fait qu’Alice est une intellectuelle, une linguiste pour qui – elle l’explique d’ailleurs à un moment – les mots, l’expression et l’élocution jouent un rôle essentiel dans la construction de son identité (c’est ce qu’on essaie de nous dire, mais c’est en réalité toujours une tragédie quel que soit le milieu social de la malade). Si, avec ce genre de sujet, il y a forcément les « passages clés » de la progression de la maladie, attendus dès le début, qui semblent parfois là avant tout pour bouleverser le spectateur (spoiler : ça n’a pas marché avec moi), je trouve que le film garde globalement une certaine pudeur qui évite l’apitoiement.
Parmi les trois enfants du couple, Lydia (Kristen Stewart) est la seule qui été sympathique (même si je n’ai pas trouvé son jeu renversant). Le fils est relativement transparent tandis que la fille aînée est tout bonnement insupportable avec ses airs pincés. Lydia est la seule à ne pas viser une grande carrière comme le souhaite sa mère : elle veut être comédienne et s’est pour cela éloignée de sa famille en partant sur la côte Ouest. Elle est la seule à rester vraie, à parler franchement (mais avec tact malgré tout) à sa mère, même si cela engendre souvent des conflits.
Je suis entrée dans le film sans savoir ce que c’était et j’avoue que le trio « maladie + Julianne Moore + Kristen Stewart » m’aurait certainement fait reculer si j’en avais été prévenue à l’avance, mais j’ai passé un bon moment même si le film est très linéaire et globalement sans surprise.

  1. Will Hunting (VO : Good Will Hunting), de Gus Van Sant (1998)

Will Hunting est un authentique génie mais également un rebelle aux élans imprévisibles. Il est né dans le quartier populaire de South Boston et a arrêté très tôt ses études, refusant le brillant avenir que pouvait lui procurer son intelligence. Il vit désormais entouré d’une bande de copains et passe son temps dans les bars à chercher la bagarre et à commettre quelques petits délits qui risquent bien de l’envoyer en prison. C’est alors que ses dons prodigieux en mathématiques attirent l’attention du professeur Lambeau, du Massachusetts Institute of Technology. (Allociné)

Will Hunting (affiche)

(Disponible sur Netflix)

En dépit des dialogues qui touchent justes d’un bout à l’autre, le déroulement du film est assez classique et sans surprise. En réalité, ça n’affecte pas énormément le plaisir pendant le visionnage car je me laisse prendre par l’histoire, mais c’est un peu dommage malgré tout.
Cependant, j’ai apprécié que Will (Matt Damon) ne soit pas le genre « génie asocial (et moqué par les autres) » que l’on voit souvent. Il a une bande de potes avec qui il sort, il est bagarreur et rebelle, il est capable de parler à une fille, il fait des petits boulots, bref, il se débrouille. A ce niveau, ça change.
Tous les acteurs (et Minnie Driver, la seule et unique actrice…) sont excellents, à l’image de leurs personnages, attachants et vrais. Robin Williams est évidemment génial dans le rôle du psychiatre qui, finalement, fait sa propre thérapie en même temps que celle de Will. Son duo complice avec Matt Damon fonctionne à merveille.
Un très agréable divertissement.

  1. Paprika (VO : Papurika), de Satoshi Kon (animation, 2006)

Dans le futur, un nouveau traitement psychothérapeutique nommé PT a été inventé. Grâce à une machine, le DC Mini, il est possible de rentrer dans les rêves des patients, et de les enregistrer afin de sonder les tréfonds de la pensée et de l’inconscient.
Alors que le processus est toujours dans sa phase de test, l’un des prototypes du DC Mini est volé, créant un vent de panique au sein des scientifiques ayant développé cette petite révolution. Dans de mauvaises mains, une telle invention pourrait effectivement avoir des résultats dévastateurs. 
(Allociné)

Paprika (affiche)

Dans son « C’est le 1er » du mois de mars, Alberte Bly mentionnait son coup de cœur pour Paprika, un film que j’avais vu – et beaucoup aimé bien qu’il m’avait laissé bien décontenancée – il y a six ou sept ans. J’ai donc décidé de le voir et d’écrire cette petite critique avant d’aller lire la sienne.

Ce nouveau visionnage a été un vrai bonheur ! Et un sacré trip aussi. Parce que dans le genre étrange, bizarre et flippant, Paprika se pose là !
Si Inception vous a perdu, laissez tomber. Inception n’est pas si compliqué que ça à mon goût (d’ailleurs Alberte a un autre avis là-dessus, donc à vous de vous faire le vôtre !) alors que Paprika, même s’il ne présente pas tout à fait les emboîtements de rêves d’Inception, nous fait osciller sans cesse du rêve à la réalité, puis le premier entre dans la seconde, sommeil ou non. On se croit dans une scène ordinaire et paf, un truc totalement anormal se produit. La frontière est beaucoup plus poreuse et le résultat est beaucoup plus anarchique et inattendu dans la version japonaise. Bref, 1h30 d’onirisme et de délire, servie par une animation dynamique, dense et absolument envoûtante.

Entre les parades hallucinées et ondulantes pleines de poupées flippantes et les déformations corporelles parfois dérangeantes, ce n’est pas un film aussi gentil et joyeux que laissent imaginer ses couleurs acidulées et son entraînante BO – qui est totalement géniale. Il est sombre et le monde des rêves révèle bien des traumatismes et des obsessions chez les rêveurs. Toutefois, cette plongée dans cet univers pas si ludique que ça est aussi une plongée dans la psyché humaine et, si elle révèle la mégalomanie de certains, elle fait aussi grandir les personnages de Tokita, d’Atsuko et du commissaire Konakawa.

Original et inquiétant, voire glauque parfois, Paprika est une immersion surprenante dans un univers onirique et psychotique. Une expérience délirante que je vous conseille vivement !

(Cela m’a donné envie de me replonger dans le cinéma d’animation japonais et dans la filmographie de Satochi Kon – j’avais aussi vu Tokyo Godfathers (dont on voit l’affiche dans Paprika), mais une piqûre de rappel ne me ferait pas de mal –, ne soyez donc pas surpris si ceux-ci fleurissent dans les prochains bilans cinéma.)

  1. Fantastic Mr. Fox, de Wes Anderson (animation, 2010)

Fox, le plus rusé des voleurs de poules, sa femme, Mrs Fox, Ash, son fils, le cousin Kristofferson et tous les autres animaux de la forêt défient trois odieux fermiers. Ils vont vivre la plus périlleuse et délirante des aventures. (Allociné)

Fantastic Mr. Fox (affiche)

La découverte de L’île aux chiens m’a donné très envie de revoir le premier film d’animation de Wes Anderson, une adaptation du roman de Roald Dahl et, dès la présentation des trois fermiers, j’ai été plongée dans cette histoire de mon enfance.
L’animation en stop-motion est soignée – les poils, la fumée en coton… – et la mise en scène est parfaite : on aperçoit au travers de ce long-métrage tout ce que permet le choix de l’animation, toute l’inventivité qui vient servir le récit. L’anthropomorphisme exacerbé aurait pu me déranger, mais non, rien ne m’a heurté, d’autant plus que la bestialité de nos héros pointe régulièrement le bout de son nez : une goutte d’eau parmi toutes ses situations exagérées et parfois absurdes. Le film regorge de petits détails amusants (et pertinents) comme sait les placer Wes Anderson, comme ce décompte en années-renard par exemple. L’histoire de ce voleur invétéré est évidemment portée par un casting de voix aux petits oignons (autre signe distinctif du réalisateur) et des dialogues très fins.
Si L’île aux chiens me semble plus abouti et plus prenant, Fantastic Mr. Fox n’en reste pas moins un film sympathique, drôle et subtil, qui questionne l’ambition, la famille, la jalousie.

***

Séries

  1. Captive (VO : Alias Grace), créée par Mary Harron et Sarah Polley, d’après le roman de Margaret Atwood (2017, mini-série, 6 épisodes)

Dans le Canada du XIXe siècle, un aliéniste américain, Simon Jordan, tente d’évaluer si Grace Marks, servante condamnée à mort (peine commuée en emprisonnement à perpétuité) pour les meurtres de son maître et d’une gouvernante, devrait être graciée. Est-elle innocente ou coupable, folle ou saine d’esprit ? (Wikipédia)

Alias Grace (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Après m’avoir attirée par un scénario alléchant, puis par des premières images qui donnent immédiatement une grande envie d’en voir plus, cette mini-série s’est révélée être un vrai régal. Elle a su me surprendre et se jouer de mes attentes. Elle a su m’indigner (en même temps, ce n’était pas tellement difficile lorsque l’on voit les injustices auxquelles sont soumises les femmes), me fasciner, me questionner.

Les images sont superbes : la lumière, les costumes, les robes, les plans sur le visage de Grace, les incroyables édredons en patchwork… C’est décidé, la couverture en patchwork rencontre dans la longue liste des « un jour, je ferai ça » (juste après apprendre à coudre…). Visuellement – comme à tout autre niveau –, c’est vraiment une réussite !

L’actrice qui interprète Grace, Sarah Gadon,  a un visage absolument fascinant : doux et mystérieux, il semble illuminé de l’intérieur et l’on doute, comme le docteur Simon Jordan chargé d’établir son innocence ou sa culpabilité, jusqu’à la fin. Elle est véritablement troublante et, si le reste de casting ne présente aucune fausse note, c’est bien elle qui confère à la série tout son sel et son intérêt.

Six épisodes tout simplement parfaits, sans la moindre fausse note. Une série qui m’a laissée fascinée et quelque peu pensive.

  1. Avatar, le dernier maître de l’air (VO : Avatar : The Last Airbender), créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko (animation, 2005-2008, 3 saisons, 61 épisodes)

Prisonnier à l’intérieur d’un iceberg pendant un siècle, Aang, un garçon d’une douzaine d’années, est libéré des glaces par deux jeunes membres de la tribu de l’eau du pôle sud. Aang a une destinée hors du commun : il est l’Avatar, chargé de garantir l’équilibre entre les maîtres des quatre éléments. Ceux-ci sont répartis en quatre civilisations : les tribus de l’eau, le royaume de la terre, la nation du feu et les nomades de l’air.
Toutefois, sa tâche se complique lorsqu’il découvre que la nation du feu a profité des cent ans passés pour semer la guerre et la destruction. Et ce, pour étendre son emprise sur les trois autres peuples. Aang est le seul à pouvoir rétablir l’ordre au sein de l’univers. Néanmoins, il doit commencer par apprendre à maîtriser tous les éléments. C’est le seul moyen d’atteindre son but. (Wikipédia)

Avatar le dernier maitre de l'air (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Avatar est un dessin animé que ma sœur regardait et que j’aimais voir également, cependant, je voyais un épisode par-ci, par-là, et je n’ai jamais eu toute l’histoire. Ayant eu l’occasion (la chance, dirais-je) de mener une vie de célibataire pendant plusieurs jours ce mois-ci, j’en ai profité pour corriger ça – puisque Netflix a eu la gentillesse de les ajouter – et renouer avec mon âme d’enfant !

Et ça a fonctionné ! La maîtrise des quatre éléments est un sujet fascinant et je ne me suis pas lassée une seconde des prouesses qu’ils étaient capables d’accomplir avec l’air, l’eau, la terre et le feu. Visuellement, on en prend plein la vue, les mouvements sont tout en fluidité, il y a beaucoup de grâce et de puissance dans la danse qu’ils font avec les éléments.
Outre leurs fascinants pouvoirs, j’ai adoré découvrir les différents royaumes, les villes, voyager de la banquise aux montagnes, des marais aux volcans, faire la connaissance des gens et des créatures étranges qui peuplent ce monde. On découvre plein de cultures, de façons de vivre. Outre le ravissement pour la spectatrice que je fus, tout cela va également contribuer à l’évolution des personnages.

Bon, on reste dans un dessin animé. Globalement, les gentils sont les gentils (même s’ils vont parfois faire quelques bourdes, être jaloux ou désireux de vengeance, ils restent les gentils), les méchants sont les méchants et il y a un méchant qui va évidemment devenir gentil (mais pas forcément au moment attendu !). Toutefois les enfants mûrissent et ils vont aussi faire la connaissance de personnes qui ne sont pas toutes blanches ou toutes noires, des gens aigris, des gens qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment, des gens aveuglés par la tristesse. Leur long périple constitue un voyage initiatique qui leur fera connaître joie, deuil, amour, doutes, peur, amitié, jusqu’à les conduire là où est leur place.
La bande de l’Avatar est éclectique et sympathique. Elle n’est certes pas exempte de clichés, mais créateurs et scénaristes ont tout de même su par moments épaissir leur profil sans les cantonner uniquement à une facette. (Le seul épisode m’ayant insupportée au possible est celui où Katara succombe au charme de Jet, le brun mystérieux et rebelle. Grr !) Ils sont en outre entourés de toute une flopée de personnages secondaires dont certains sont vraiment géniaux (Bumi par exemple !).
(Et puis, il y a l’oncle Iroh doublé par Marc Cassot, alias la voix de Dumbledore ! En plus, il a un peu le même type de rôle : le vieux sage et pacifique, mais néanmoins extrêmement puissant, tout ça quoi.)

Emotions, humour, action. Diversités de paysages, de cultures et de caractères. Epoustouflante maîtrise des quatre éléments et combats ébouriffants. Joies et peines du quotidien. Beauté et poésie du monde. Cruauté et violences de la guerre.  Sagesse, spiritualité et philosophie. Mythes et esprits d’inspiration asiatique. Art du thé. Autant d’éléments mariés avec harmonie pour créer un dessin animé intelligent et vraiment très chouette.

(En cherchant une illustration pour la série, j’ai découvert qu’il y avait eu un film ! Je n’ose imaginer le résultat et, comme je ne veux pas corrompre les bons moments passés avec le dessin animé, voilà un film que je ne regarderai pas !)
(J’ai également découvert l’existence d’une suite intitulée La légende de Korra. Je me méfie toujours des suites, mais je pense tout de même la visionner à l’occasion.)
(Et n’oubliez pas que Adlyn du blog Un rat des villes a créé un petit challenge pour rendre hommage à cette très chouette série !)

La parenthèse 7ème art – Mars 2018

Avec le déménagement, le cinéma a disparu de mon quotidien. Je compte sur lui pour revenir dès que les choses se seront un peu posées, mais en attendant, c’est la misère. Voilà pourquoi, encouragée par Pauline du blog Histoires Vermoulues, j’ai décidé d’élargir le champ de mes chroniques et de parler également de films vus chez moi, peinarde sur mon canapé. (Je ne parlerais cependant de ceux qui m’inspirent, pas besoin de reparler de mon énième visionnage d’Hair ou d’évoquer le film un peu naze regardé pour me vider la tête.)

  1. Call me by your name, de Luca Guadagnino

 Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais. (Allociné)

(Ils devraient faire des résumés encore un peu plus longs chez Allociné…)

Call me by your name (affiche)

Difficile, je pense, de ne pas avoir entendu parler de Call me by your name. Avec La forme de l’eau (et, dans une moindre mesure peut-être, Lady Bird), ce sont LES films de ce début d’année. Mais si le Guillermo del Toro ne m’a pas bouleversée plus que ça, je ne peux pas dire de même pour celui-ci.

Le rythme est lent et prend le temps de la mise en place pour ces personnages, ce coin d’Italie, cet été avec les stridulations des insectes et le glougloutement de l’eau. J’ai adoré me laisser emporter cette tranquillité languissante, léthargique. L’immersion est totale et les décors se montrent aussi importants que les personnages. La caméra les aime et les sublime tout au long du film : les fruits tendres, juteux et sucrés, les statues marmoréennes à la beauté immortelle, la rivière, le soleil caressant les corps alanguis… tout autant de passage pour les deux protagonistes.
Le désir et la prise de conscience de ce désir ne déboulent pas dès les premiers jours et les deux hommes vont passer un bon bout de temps à se tourner autour. Pourtant, grâce à l’intensité et la justesse du jeu de Timothée Chalamet et Armie Hammer, on ne s’ennuie pas une seconde et les regarder apprendre à se connaître, se trouver, découvrir l’amour se révèle tout bonnement attendrissant.

Les personnages sont superbes, profonds, et merveilleusement incarnés. Ils ne sont nullement parfaits – Oliver a d’ailleurs commencé par m’agacer avant de me faire changer d’avis par sa gentillesse et son amour pour Elio. Elio – tout comme son amie Marzia d’ailleurs qui m’a émue lors de son ultime apparition – est à la fois d’une grande intelligence et d’une sensibilité aiguë. Entre innocence et maturité, il est difficile de rester insensible face à lui.
Elio peut compter sur le soutien de ses parents, ce qui change de ces familles qui se déchirent face à l’homosexualité. Le père notamment se révèle magnifique. L’incroyable lien de compréhension et d’amour entre son fils et lui, sublimé dans son discours à la fin du film, est extrêmement touchant.

Pour moi, Call me by your name est une petite perle. A la fois très sensuel et pudique, c’est un film sublime, fort et juste qui transmet de belles émotions. Une réussite totale, des décors aux personnages, des acteurs au choix des plans, de la musique aux silences.

(En voulant vérifier l’orthographe du nom du réalisateur, j’ai appris qu’une suite était prévue en collaboration avec l’auteur du bouquin, André Aciman : mêmes personnages, quatre ou cinq ans après les événements de celui-ci. Le genre de projet qui me laisse un peu dubitative (et partagée parce que, d’une part, je trouve la fin parfaite et crédible et poignante, et d’autre part, parce qu’ils avaient une belle relation quand même, du coup…), mais que je serai curieuse de découvrir. Avec appréhension.)

  1. Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994)

Quelques décennies d’histoire américaine, des années 1940 à la fin du XXème siècle, à travers le regard et l’étrange odyssée d’un homme simple et pur, Forrest Gump. (Allociné)

Forrest Gump (affiche)

(Disponible sur Netflix)

J’arrive avec un temps de retard pour découvrir ce classique du cinéma.
Impeccablement interprété par Tom Hanks, Forrest Gump effectue un voyage passionnant et touchant. Incapable de mensonge, il est le genre de personnage véritablement attendrissant qu’il est difficile de ne pas aimer. Ce qu’il vit fait écho en chacun de nous, il appréhende la vie avec une fraîcheur et une innocence magnifiques. Imperturbable, assis sur un banc, il déroule le fil de sa vie avec un immense sérieux qui fait sourire ou qui touche, bref, qui ne laisse jamais indifférente. (En revanche, Jenny (Robin Wright), son amie, son amour secret, la femme de sa vie, est parfaitement horripilante et la façon dont elle l’utilise m’a indignée.)
La façon dont son périple est intégré à l’histoire américaine (Elvis Presley, guerre du Vietnam, hippies, Black Panthers, JFK, John Lennon, Nixon, Apple, les smileys, etc.) est réussie et divertissante. Tout en faisant le point sur ses connaissances en histoire, on s’amuse à trouver les références et de la façon dont Forrest en devient instigateur principal. Les effets visuels et trucages sont bluffants (j’avoue : je suis une quiche dans ce genre de domaine, m’impressionner n’est donc nullement un exploit).
Aventure humaine poétique et enthousiasmante, Forrest Gump mérite amplement son statut de film culte !

  1. Annihilation, d’Alex Garland

 Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale. (Allociné)

Annihilation (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Apparemment, ce film a été jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel » pour les salles de cinéma (françaises entre autres). Mouais. Certes, ça ne bourrine pas toutes les trente secondes, mais de là à le qualifier de « trop intellectuel », je pense qu’il y a un peu de marge. Certes, on se pose des questions et il y a moyen d’élaborer quelques théories, cependant, au final, j’ai surtout été déçue. Il y avait de l’idée, un scénario qui diverge des films de SF que l’on peut voir habituellement, des passages contemplatifs, des instants un peu malsains (plus oppressants que les moments vaguement gore) mais je n’ai vraiment pas réussi à être prise par l’histoire. Je ne sais pas pourquoi, la lenteur n’est pas un problème pour moi, mais là, j’ai trouvé que c’était beaucoup de bruit pour rien. Et la fin tombe à plat.
Quant à la team 100% féminine, oui, chouette, ça change. Mais le cliché de la fille physicienne super intelligente toute timide qui se cisaille les bras ou celui de la grande musclée forcément lesbienne… No way.
Je ne connais pas le livre d’où est tiré le film, mais j’aurais presque envie de le lire si je n’en avais pas trois mille autres en attente pour voir si c’est le film, si c’est moi, ou si c’est le livre qui coince. Dommage ! SF, Natalie Portman, héroïnes, sujets de réflexion : j’aurais aimé ne pas passer à côté !

***

Séries (ou « la section qui n’apparaîtra pas souvent »)

  1. Chasseurs de Trolls (VO : Trollhunters), créée par Guillermo del Toro (2016-, 2 saisons, en cours)

Sur le chemin de l’école, Jimmy Dulac, un adolescent de quinze ans, trébuche par inadvertance sur une amulette magique. Il découvre alors une extraordinaire civilisation secrète de puissants trolls vivant sous sa petite ville d’Arcadia. Jimmy se retrouve soudainement destiné à être le protecteur du monde des trolls et des humains. (Allociné)

Chasseurs de Trolls (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Ayant commencé cette série d’animation en pensant qu’il s’agissait simplement d’un film, j’ai été embarquée par le rythme court des épisodes (23 minutes) et par l’histoire. Certes, certains ressorts sont assez classiques : le héros qui effectue tout le parcours initiatique auquel on s’attend, le grand méchant prisonnier dans les Darklands, un petit gros comme sidekick, une belle fille intelligente comme troisième comparse, des aides et des ennemis, des ennemis qui deviennent des soutiens, des soutiens qui ne sont pas si honnêtes que ça finalement, etc. Et pourtant, j’ai bien accroché.

Tout d’abord à ce monde souterrain de trolls, changelins et gnomes. Comme dans Harry Potter, Le seigneur des Anneaux et autres récits de fantasy, c’est là toute une mythologie que je trouve toujours fascinante. La seconde saison nous fait découvrir d’autres trolls que ceux basés au Marché et ainsi élargir notre connaissance de cet univers. Je passerais bien quelques jours dans la bibliothèque de Blinky, le mentor de Jim, pour tout savoir des trolls.
Ensuite, j’ai été séduite à l’esthétisme de la série. Le physique des personnages (même si je ferai le même reproche qu’aux autres dessins animés : pourquoi seules les vieilles filles ou les méchantes peuvent-elles avoir un physique atypique ? Evidemment, l’amie ou la mère de Jim sont très jolies… et très lisses), les différentes créatures de la nuit, les lumières, les roches… C’est très beau ! L’animation est très réussie à la hauteur des studios qui ont vu naître Dragons (Krokmou passe d’ailleurs faire un petit coucou !)
Et malgré les défauts évoqués au début, les personnages n’en sont pas moins attachants et le format série permet de creuser un peu plus leur personnalité, leurs rêves et leur passé que dans un simple film. L’univers banal de l’école et de la maison est aussi important que leur vie cachée de chasseurs de trolls, tout est fouillé, exploité avec talent. Toby, Aargh !, Blinky, Strickler… inoubliables.

Les scènes d’action ne sont jamais redondantes ou inutiles, l’humour fait son apparition sans devenir lourd ou répétitif, l’intrigue est captivante (et on veut savoir la suite à la fin de chaque épisode) et l’univers fantastique créé par Guillermo del Toro est absolument fascinant : bref, une super série d’animation !

Patience à présent : la suite de l’histoire sera apparemment narrée dans une série dérivée, 3 Below, qui sortira fin 2018.

  1. Under the Dome, créée par Brian K. Vaughan, d’après le roman de Stephen King (2013-2015, 3 saisons)

Les habitants d’une petite communauté se réveillent un matin, coupés du monde et piégés dans la ville à cause d’un immense dôme transparent. Certains tenteront, de manière dissimulée, de tirer profit de cette situation inquiétante et inexpliquée, afin de prendre le pouvoir. Mais une résistance va s’organiser autour d’un vétéran de la guerre en Irak, pour empêcher ces personnes malveillantes de parvenir à leur fin. (Allociné)

Under the Dome (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Dans ma grande démarche « donner une seconde chance à Stephen King, tant à ses livres qu’aux adaptations » suite à mon coup de cœur pour Ça, nous nous sommes lancés dans le visionnage de la série Under the Dome. Je précise que je n’ai pas lu le livre.

Que dire ? La première saison et la première moitié de la seconde (à vue d’œil car, ayant enchaîné les épisodes, je n’ai pas vraiment intégré les limites de chaque saison) m’ont plutôt accrochée. Le principe est assez classique : la survie sous le dôme avec tous les problèmes auxquels nous pouvons nous attendre (nourriture et autres ressources, effritement de la solidarité, folie, prise de pouvoir, tentatives d’évasions, crimes, etc.). En dépit de l’originalité toute relative de la chose, je ne me suis pas ennuyée en découvrant le dôme et en regardant les personnages se débattre et appréhender peu à peu leur nouvel environnement.
Toutefois, la direction prise par la série par la suite n’a suscité chez moi qu’une lassitude de plus en plus abyssale. Je l’ai trouvé bâclée (ce qui est fort compréhensible étant donné qu’il s’agit d’une série annulée après la saison 3), sans intérêt, sans accroche. Du grand n’importe quoi à mon goût. Même les effets spéciaux ou l’apparence des cocons ou des nouveaux arrivants (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler de potentiels courageux désireux de se lancer dans un visionnage laborieux…) étaient mauvais, laids. Il n’y a aucun moment d’horreur ou de thriller, aucun passage flippant où l’on craindrait pour les personnages (d’ailleurs, ceux-ci non plus ne semblent jamais effrayés), il n’y a pas de suspense et c’était parfois usant de regarder de longues séquences interminables pour arriver à un résultat prévu trois épisodes plus tôt.

Et j’avoue avoir tout au long de la série (saison 1 à 3) été stupéfaite des choix et/ou de la bêtise, de la naïveté des personnages. Certaines réactions (ou absences de réaction) sont totalement ahurissantes. De toute façon, les personnages ne sont pas bien intéressants, il y a une fadeur généralisée qui ne fait que s’amplifier au fil des saisons. D’un côté, des Julia, Joe ou Barbie, bien sympathiques, mais trop lisses, trop gentils pour être véritablement passionnants. De l’autre, un Junior dont la tête t’annonce dès sa première apparition qu’il est le psychopathe de la série (mais c’est parce qu’il n’a plus sa maman et que son papa était méchant, vous allez vite le piger puisque c’est répété au moins cent mille fois. Au moins.)
Ouf, un personnage s’est détaché : Big Jim (le méchant papa de Junior), joué par Dean Norris (vu dans Breaking Bad également, cet acteur est parfait). Contrairement aux autres personnages, cet homme est bien plus complexe. Mégalo, égocentrique (il y a eu un moment où j’étais au bord de la crise de nerfs à chaque fois qu’il commençait une phrase par « I », c’est-à-dire à peu près toutes ses phrases), on se demande souvent dans quelle mesure il agit par amour pour sa ville – attachement qu’il clame régulièrement – ou uniquement pour sauver sa peau. Véritable salopard parfois, il est cependant capable d’actes de générosité. Bref, il oscille perpétuellement, on ne sait pas toujours que penser de lui, et j’ai eu une vraie relation amour-haine avec ce personnage.
(Parmi les personnages qui relèvent un peu le niveau, je citerai également la capricieuse Norrie (Mackenzie Lintz) – je ne la supportais pas au début, mais sa colère et sa révolte ont finalement fini par me plaire, son imperfection étant assez rafraîchissante parmi tous ces protagonistes à une seule facette – et Sam Verdreaux (Eddie Cahill), personnage parfois flou, malheureusement sacrifié dans la saison 3 – pas sacrifié dans le sens « tué », sacrifié dans le sens « lui enlever tout intérêt ».)

Pour être juste, j’ai regardé le début sans déplaisir et cette histoire de dôme avait des atouts pour me convaincre, mais le fait que cette série ait réussi à faire naître un tel ennui chez moi bien que je sois relativement bon public est un exploit que seul Dexter avait réussi jusqu’à présent.
Donc mon conseil : regardez plutôt Chasseurs de Trolls (ou la saison 2 de Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, j’en ai déjà parlé donc je ne vais pas recommencer mon speech, mais la seconde saison me confirme que cette série est merveilleuse !)

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)