Journal 1931-1934, par Anaïs Nin

En novembre, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver l’inénarrable Alberte Bly, formidable copinaute, the best pour ce qui est des lectures communes. Après l’aventure Notre-Dame de Paris, nous nous sommes entre-motivées pour sortir le journal d’Anaïs Nin de nos PAL respectives (sachant qu’il était dans la mienne depuis cinq ou six ans minimum) et quelle bonne idée ce fut ! Outre le fait que ce sont parfois nos échanges qui m’ont persuadée de continuer cette lecture (nous y reviendrons), nos ressentis étaient incroyablement synchronisés (à l’image de notre rythme de lecture), ce qui était tout bonnement génial. Donc *instant remerciements* merci Alberte ! Encore une fois, c’était extrêmement chouette de partager ça avec toi ! Un tête-à-tête avec Anaïs uniquement n’aurait pas eu la même saveur DU TOUT.

>>> Sa chronique, à ne pas manquer ! <<<

A la base de cette envie, il y a eu la sortie de ce roman graphique de Léonie Bischoff, Anaïs Nin, sur la mer des mensonges. Contrairement à Alberte, je ne l’ai pas encore lu, mais les avis ayant croisés mon chemin m’ont donné très envie de découvrir la BD ainsi que ce fameux journal que j’ignorais depuis longtemps. Nous nous attendions à une lecture renversante et c’est donc enthousiaste au possible que je me suis lancée dans la vie d’Anaïs.

Journal 1931-1934 (couverture)

La première partie du journal relate ses relations avec l’auteur Henry Miller et June, la femme de ce dernier, tandis que la suite fait entrer d’autres personnes dont les psychanalystes Allendy et Rank, Antonin Artaud et le père d’Anaïs.
Avec June et Henry, deux rapports très différents se mettent en place. D’un côté, Henry, les discussions sur l’écriture, sur la vérité, sur June évidemment, ainsi que des sorties dans Paris. Une admiration réciproque qui naît aussi bien de leurs points communs que de leurs différences. De l’autre, June, troublante June. Leur amitié se fonde sur la fascination, toutes deux trouvant en l’autre un modèle. Les mensonges de June, sa vie flamboyante, sa passion, transportent Anaïs.
Et au bout de plusieurs dizaines pages, quand l’enthousiasme s’évapore, la lecture m’est devenue plus pénible. Impossible, entre ces trois-là, de cerner une vérité. June et Henry s’entre-déchirent tandis qu’Anaïs prend parti tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre, sans parler du fait qu’on subodore qu’elle aussi nous raconte son lot de mensonges (« Embellir est chez moi un vice », nous dit-elle). Leurs disputes et leurs petits problèmes me sont apparus comme particulièrement vains et puérils. Tous et toutes inventent leurs réalités qui se contredisent, s’affrontent, s’accusent mutuellement de mensonges.
Sans parler qu’il est difficile de se prendre d’affection pour ces personnalités qui semblent en permanence dans la mise en scène. Au mieux June inspire-t-elle parfois la compassion mais le fait qu’elle surjoue en permanence finit par fatiguer malgré tout, et entre les jalousies mesquines et les vols d’idées littéraires d’Henry, les incessantes déclarations prétentieuses d’Anaïs, l’éthique discutable de son psychanalyste Allendy dans sa relation docteur-patiente…, tous sont globalement exaspérants. J’ai ainsi fini par me détacher de toute la clique et ai parfois eu du mal à rester concentrée sur ma lecture.

Une lecture qui a interrogé l’image qu’Anaïs Nin souhaitait donner d’elle-même au travers de ses journaux qu’elle faisait lire à des proches, qu’elle a retravaillés et publiés de son vivant. La démarche n’étant pas purement intime, on se questionne sur sa sincérité. Comment se raconte-t-elle ? Exagère-t-elle volontairement cette image de femme compatissante, douce et généreuse ? Qui des perpétuelles félicitations et témoignages d’admirations qu’elle reçoit tant pour son caractère que ses fameux journaux ? Au fil des pages, elle semble créer divers personnages réservés à telle ou telle fréquentation : pour June, pour Henry, pour Allendy, pour Otto Rank…
Les autres éléments qui contribuent à la particularité de cette lecture, c’est qu’Anaïs alimentait tellement ses journaux – rédigés pratiquement en même temps qu’elle vivait les événements, comme elle le dit à plusieurs reprises – que des coupes sévères ont dû être pratiquées, ce qui donne parfois un sentiment étrange de « cheveu sur la soupe » (je pense notamment à ce bébé dont je reparlerai qui apparaît et disparaît tout aussi brusquement). En outre, certaines personnes ont refusé d’y apparaître. Ainsi, Anaïs était mariée ces années-là, mais il n’y a absolument aucune allusion à son mari !

J’ai également été stupéfiée par la dévalorisation des femmes présentes dans son journal. Elle qui se présente comme une artiste, une femme indépendante, a parfois des propos misogynes en complet désaccord. J’ai eu beaucoup de peine pour elle dans ces moments où l’intériorisation du sexisme ordinaire ressort. Elle écrit par exemple : « Quels efforts je fais pour comprendre. Lorsque Henry parle j’ai des moments de vraie fatigue, je sens que je suis une femme qui essaie d’atteindre un savoir au-delà de ses capacités. Je tire sur mon esprit afin de suivre la trajectoire d’un esprit d’homme. »
On se demande alors dans quelle proportion son rôle de femme protectrice des hommes, cette mère pour grands enfants, cette amie indispensable pourvoyeuse de conseils, d’argent et de machines à écrire, cette posture maternelle souvent mise en scène, est joué, même si elle y trouvait de toute évidence une grande satisfaction. Elle qui, adolescente, a assisté sa mère célibataire dans l’éducation de ses frères ; elle qui, naturellement, voit les femmes à la périphérie des hommes.
De même, la manière dont chaque homme de sa vie tente de la manipuler – et généralement de l’éloigner d’Henry Miller – et d’avoir l’ascendant sur elle est ahurissante. Son père retrouvé la veut aristocrate, jolie fille à exhiber, loin de l’influence d’Henry ; Allendy, la voyant comme quelqu’un de sincère et simple, souhaite l’éloigner d’Henry qui ne mériterait pas son amitié ; Artaud réclame sa présence et son approbation (dans un jeu de « je t’aime moi non plus » assommant). Ainsi, elle est déchirée entre la discipline de soi prônée par son paternel, par le chaos d’Henry, par l’attrait des drogues consommées par Artaud, par la psychanalyse, et finit par mentir sur le fait qu’elle reste toujours très proche d’Henry pour donner aux uns ou autres ce qu’ils veulent entendre, ne se laissant pas influencer dans le choix de ses fréquentations.

Quelques pages ont toutefois éclairé cette lecture. Des moments de franchise, de sincérité, où Anaïs apparaît plus « humaine », dans ses doutes et ses peurs. Il y a les passages avec son père, ces retrouvailles dans lesquelles elle place l’espoir d’une relation de confiance, cette désillusion progressive tandis que son regard sur son père, perdant le voile de l’espérance, devient plus objectif. Et ce presque final racontant sa grossesse d’un enfant qu’elle incite à ne pas naître, discours déchirant d’une femme qui apparaît pleine de doute envers elle-même et envers les géniteurs, ainsi que cet accouchement d’une violence incroyable, témoignage de violences obstétricales de la part d’un médecin qui ignore totalement sa peur et sa souffrance.
Si seulement le reste de journal avait eu cette même tonalité, je ne ressortirais pas de ce livre avec un si grand sentiment de vide.

La préface – en corrélation avec le peu d’informations que j’avais glanées auparavant – m’avait motivée et passionnée en abordant les sujets de l’image de soi, de la persona, du masque montré au monde (bref, des sujets qui me parlent), mais le texte en lui-même a eu du mal à me convaincre. Seuls les passages concernant sa vie très personnelle – son père et cette grossesse – ont résonné comme authentiques et ainsi intéressants.
En outre, tous ses lecteurs – les personnes à qui elle fait lire son journal – semblent trouver son écriture percutante et unique, mais je n’ai pas été marquée par sa prose. Ça se lit facilement, mais ce n’est pas renversant pour un sou. Ainsi, tous les compliments qu’elle rapporte dans son journal nous ont laissées, Alberte et moi, quelque peu perplexes et dubitatives.

« Il y eut toujours en moi deux femmes, au moins, une femme perdue et désespérée qui sentait qu’elle se noyait, une autre qui entrait dans une situation comme elle serait montée sur scène, dissimulant ses vraies émotions parce qu’elles n’étaient que faiblesse, impuissance, désespoir, pour présenter au monde un sourire, de l’ardeur, de la curiosité, de l’enthousiasme, de l’intérêt. »

« Lorsque, de ma fenêtre, je regarde la grande grille de fer verte, je lui trouve une allure de porte de prison. Sentiment injustifié, car je sais bien que je peux quitter les lieux à ma guise, et je sais bien que les êtres humains attribuent à un objet, ou à une personne, la responsabilité d’être l’obstacle, alors que l’obstacle est en soi-même. »

« Devant chaque monde nouveau, chaque personne, chaque pays, je me tiens hésitante, mal assurée, haïssant les nouveaux obstacles, les nouveaux mystères, les nouvelles possibilités de souffrir, de me tromper par manque de courage. La peur, le manque de confiance en moi ont rétréci mon univers, limité le nombre de gens que j’ai pu connaître intimement. »

« Je n’avais pas de vie intermédiaire : l’envol, le mouvement, l’euphorie, ou alors le désespoir, la dépression, la désillusion, la paralysie, le choc et le miroir brisé. »

Journal 1931-1934, Anaïs Nin. Le Livre de Poche, 1981. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Van der Elst, revu et corrigé par l’autrice. 509 pages.

C’est le 5, je balance tout ! # 47 – Novembre 2020

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Rimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Romans

Lectures graphiques

Côté Top… J’avoue avoir été époustouflée par Croc-Blanc de Jack London pour la façon dont il nous plonge dans son histoire, pour la puissance de ses descriptions, pour la force des évolutions du chien-loup, pour ce regard captivant.
Pour les BD, même à la relecture, L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur est toujours aussi intelligent !

Côté Flop… Nous en reparlerons bientôt (lundi pour être exacte), mais le Journal d’Anaïs Nin n’a pas tout à fait été le coup de cœur attendu…

Ces livres que je ne critiquerai pas davantage

La fille dans l'écran (couverture)La fille dans l’écran, de Lou Lubie et Manon Desveaux : un roman graphique bien sympathique, dessiné à quatre mains ? Page de gauche, en noir et blanc, la vie de Coline dans la campagne française ; page de droite, en couleurs, celle de Marley à Montréal. Une rencontre sur internet et deux vies qui commencent à se répondre et à avancer en parallèle. Un propos très juste, des héroïnes attachantes, ça fonctionne bien !

 Côté challenges…

  • Les Irréguliers de Baker Street : + 0, soit 51/60 ;
  • Les 4 éléments : + 0, soit 19/20 ;
  • PAL : 75 + 1 – 8, soit 68.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Une Bulle de fantasy m’a donné envie de sortir Des souris et des hommes de John Steinbeck de ma PAL, d’autant que, caché dans un recueil, je n’avais pas idée qu’il fut si court. La découverte de ce classique se profile peut-être à l’horizon !

Aliks raconte magnifiquement la beauté du Chant d’Achille et de ce qui fait que ce livre est une pépite et souligne les aspects les plus fantastiques de Circé. Si vous n’avez toujours pas envie de lire Madeline Miller après sa chronique, on ne peut plus rien pour vous.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

J’ai adoré l’article si vrai de A livre ouvert sur l’abandon de livres. Un plaidoyer pour le plaisir de la lecture et une vision des choses que je partage totalement !

Vous avez pu voir passer des tags sur mon blog ce mois-ci (pratique quand on n’a pas le temps/l’envie/la motivation/la concentration pour écrire une critiques, or La Récolteuse a également été inspirée… pour en créer un ! Le sien tourne autour des auteur·rices et est loin d’être évident !

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

A MANGER !
Je suis actuellement prise d’une frénésie culinaire qui est l’une des rares activités – à part celle consistant à s’affaler dans le canapé – qui parvient à me motiver en rentrant du boulot. J’aimais déjà cuisiner, mais les nouvelles recettes, les ingrédients récemment découverts et les acquisitions d’ustensiles n’ont jamais été aussi présents dans mon esprit. Et tout cela est un peu grâce à (mon compte bancaire me dit « à cause de ») un site dont je crois avoir déjà parlé (mais 1, j’ai la flemme de vérifier – déjà que je suis en retard pour écrire ce bilan… – et 2, il mérite bien qu’on en parle deux fois) : Owi Owi Fouette-moi.
Derrière ce nom insolite se cache un site de cuisine particulièrement réjouissant et appétissant évidemment. Avec un ton plein de peps (expression périmée ?) et d’humour, l’autrice nous présente des recettes toutes plus alléchantes les unes que les autres. J’avais déjà testé les Peace Orechiette, novembre fut le mois des Croustiti, des carottes rôties-harissa-haricots blancs (car, fait improbable, j’avais simultanément des haricots blancs traînant depuis des siècles dans un placard et quelques jeunes carottes que je ne savais comment accommoder : au lieu du résultat fadasse que j’aurais bricolé, ça a donné quelque chose de puissant gustativement parlant), des Pasta Explosion, des rösti au four, du Rackam Chicken, des douces patates, des biscuits miel et flocons, ainsi que du riz au lait à la vanille (j’avais déjà une recette, mais celle-ci était meilleure encore !)
C’était tellement bon que, si vous aimez cuisiner un peu, je vous invite vivement à aller y jeter un œil !

Je vous souhaite un beau mois de décembre !

TAG Choose your Fellowship

Comme le blog tourne un peu au ralenti en ce moment, je vous propose un nouveau tag : après Harry Potter, celui-ci est inspiré du Seigneur des Anneaux !

Découvert chez Ma Lecturothèque, je reprends ses énoncés et traductions qui me conviennent parfaitement.

FRODO: I WILL TAKE THE RING TO MORDOR.

1/ A book you’re not quite sure if you like or not.
Un livre dont vous ne savez pas si vous l’aimez ou pas.

 Le dernier livre m’ayant laissé une impression miton-mitaine fut Ogresse d’Aylin Manço. Je lui reconnais de bonnes idées, une ambiance plutôt chouette, des personnages intéressants et bien construits, mais il a échoué à me convaincre aussi pleinement que le laisserait penser l’énumération ci-dessus. Je ne peux pas dire que je l’ai aimé, mais pas davantage que je l’ai détesté. Bref, un livre qui me laisse perplexe, le cul entre deux chaises, d’une désagréable indécision.
Ogresse (couverture)

SAM: I CAN’T CARRY IT, BUT I CAN CARRY YOU.

2/ A book you’ll always be loyal to.
Un livre auquel vous serez toujours loyal·e.

Je reste fidèle à de nombreuses œuvres de ma jeunesse, donc je vais citer les trilogies de Pierre Bottero : La quête d’Ewilan, Les mondes d’Ewilan et Le pacte des Marchombres. Lues pour la première fois quand j’avais une dizaine d’années, je suis tombée sous le charme de son univers, de ses personnages et, par-dessus tout, de sa plume. Un amour qui ne s’est jamais démenti au fil des relectures, innombrables quoique plus rares depuis quelques années (comprendre : depuis que ma PAL est devenue monstrueuse).

PIPPIN: WHAT ABOUT SECOND BREAKFAST?

3/ A book you want to reread.
Un livre que vous voulez relire.

Il y a tellement de livres que j’aimerais relire ! Je suis une grande relectrice, c’est un moment que j’adore et l’une des raisons pour laquelle je veux voir disparaître cette PAL dévorante. Autant dire que j’ai le choix. Je veux relire des titres de mon enfance, des romans dont j’ai perdu tout souvenir, des livres découverts récemment, des univers que je veux retrouver. Par exemple, la trilogie Arthur de Kevin Crossley-Holland répond parfaitement aux deux premiers critères et Le Nom du Vent aux deux suivants !

MERRY: WE’RE GOING WITH YOU FRODO.

4/ A book about friendship.
Un livre sur l’amitié.

Citons Nous rêvions juste de liberté d’Henri Loevenbruck. Un road-trip à moto ébouriffant avec une bande de jeunes assoiffés de liberté, d’ailleurs. Une histoire pleine de drames mais qui nous laisse un sentiment de joie échevelée dans le cœur.

Nous rêvions juste de liberté (couverture)

ARAGORN: FOR FRODO!

5/ A book with a hero/heroin to swoon over.
Un livre avec un héros ou une héroïne pour qui vous tombez en pâmoison.

Si j’aurais pu citer Ellana dans les trilogies de Pierre Bottero précédemment évoquées parce qu’elle est quand même vraiment cool en plus d’être intelligente et fascinante (amour de jeunesse quand tu nous tiens), j’avoue avoir vraiment adoré Ophélie de La Passe-Miroir par Christelle Dabos. Un personnage caché derrière ses lunettes et sa longue écharpe, héroïne tout d’abord réservée et insignifiante aux yeux du reste du monde qui, au fil des tomes, s’affirme, se trouve, grandit, prend confiance, ose. Ça me parle beaucoup tout ça. Et même si leur association – l’intello timide et la brun ténébreux – sonne un peu comme un gros cliché, j’ai complètement fondu pour son duo avec Thorn – dont j’ai attendu le moindre geste et les rares paroles avec impatience, dont j’ai suivi la transformation avec tout autant de bonheur -, leurs oppositions et leur alchimie m’a touchée et attendrie tout au long des quatre tomes. Et puis, je suis aussi complètement fan d’Archibald, l’iconoclaste qui cache sa sagesse sous des airs loufoques, sa tristesse sous des excentricités, dont j’ai accueilli avec joie chaque apparition. En utilisant des stéréotypes, Christelle Dabos a vraiment su proposer des personnages touchants, intéressants tant par leur caractère que leur évolution.

LEGOLAS: A BOOK THAT STILL ONLY COUNTS AS ONE…

6/ The biggest book in your TBR.
Le plus gros livre de votre PAL.

Indubitablement, Les Souvenirs de la Glace, le troisième tome du Livre des Martyrs, de Steven Erikson et ses 1148 pages… Mais avant d’en arriver là, les deux premiers tomes m’attendent.

Le livre des martyrs T3

GIMLI: SHALL I GET YOU A BOX?

7/ A short bun fun read.
Une lecture courte mais sympa à lire.

Lu il y a plusieurs années, je vous propose La mort est une femme comme les autres de Marie Pavlenko dans lequel Em, aka la Mort, fait un burn-out et décide de laisser tomber son funèbre métier. Sauf que forcément, le bordel s’installe sur Terre…

La Mort est une femme comme les autres (couverture)BOROMIR: THEY’VE TAKEN THE LITTLE ONES.

8/ A series you never made it past the first book.
Une série pour laquelle vous n’avez jamais réussi à dépasser le premier tome.

Je fondais de grands espoirs sur La Belgariade de David Eddings (notamment parce que j’avais récupéré tous les tomes, ainsi que ceux de La Mallorée et de Belgarath le sorcier, soit une douzaine de romans), sauf que je n’ai pas du tout accroché. J’ai lu le premier tome très péniblement, j’ai tenté le premier chapitre du deuxième et j’ai laissé
tomber.
Et puis, il y a les fois où je procrastine, où j’oublie la série, mais que j’aimerais bien finir un jour, comme La Faucheuse de Neal Shusterman (sauf que depuis le temps, il me faudra aussi relire ce fameux tome 1…).

GANDALF: ALL WE HAVE TO DECIDE IS WHAT TO DO WITH THE TIME THAT IS GIVEN TO US.

9/ A book that made you think about your life, the universe and everything once you finished it.
Un livre qui vous fait réfléchir sur votre vie, l’univers… une fois que vous l’avez terminé.

Changer ma vie, c’est un terme un peu extrême pour moi, mais il y a des livres qui ont pu m’ouvrir les yeux sur certaines choses, comme les essais passionnants d’Eliane Viennot sur la masculinisation subie par la langue française sous la pression des grandes instances. Une façon de voir que tout n’est pas acquis, que tout n’est pas logique, que l’influence de certains peut décidément être puissante.
Côté romans, je pourrais parler de Mers mortes d’Aurélie Wellenstein. Un livre qui m’a profondément marquée au point de ne plus manger de poisson pendant des mois et des mois.

A vous de jouer, si vous souhaitez le reprendre !

Croc-Blanc, de Jack London (1906)

Croc-Blanc (couverture)Tout le monde connaît (ou croit connaître, comme c’était mon cas) cette histoire dans laquelle Croc-Blanc, un chien-loup né à l’état sauvage, se confronte à la nature et au monde des humains.

La première chose qui m’a enthousiasmée dans cette lecture, c’est la facilité avec laquelle elle m’a happée. Tout de suite dans l’action, tout de suite plongée dans les étendues glacées du Grand Nord. On ressent immédiatement le souffle puissant d’une lecture formidable – mais pourquoi ne l’ai-je pas lu plus tôt ? – et cela s’est confirmé au fil des pages : jusqu’à la fin, je n’ai pas pu le lâcher et je m’y replongeais avec délectation.
D’une chasse à l’homme haletante par une meute affamée à une louve fière et courtisée, nous voilà à la naissance de ce louveteau gris que l’on appellera Croc-Blanc. Dès le début, le ton est immersif, vivant, palpitant tandis que le frisson de l’aventure vibre d’une manière dévorante. Jack London nous offre une de ces expériences que seule la littérature permet : vivre dans la fourrure d’un loup, voir le monde par ses yeux.
Car c’est l’un des points forts de ce roman : à compter de sa naissance, tout est raconté du point de vue de Croc-Blanc. C’est par ses yeux que l’on découvre la nature sauvage et la civilisation humaine, par son corps que l’on expérimente la famine et l’exaltation de la chasse. Sans parler que l’empathie pour ce protagoniste hors du commun est immédiat et indéfectible, nonobstant le nombre de chiens (ou autres) égorgés qu’il laissera dans son sillage. Bref, un coup de génie pour passionner les lecteur·rices et faire entendre la voix de son héros.

Dès le début, le roman est placé sous le signe d’une vie âpre, d’une vie de combat pour manger et survivre. La vie sauvage est impitoyable et il faut lutter pour ne pas se retrouver en position de proie. La vision donnée de la vie dans la nature n’est pas idéalisée en dépit d’un esprit de liberté bien présent. Rapidement, Croc-Blanc rencontre les humains qui lui apportent la chaleur, la nourriture et une relative protection. Relative car, comme il en fera l’expérience, les humains ne sont pas avares en rudesse, voire en cruauté. C’est là que, tout en restant prenant, le roman est devenu vraiment terrible pour moi. Car Croc-Blanc devra attendre longtemps avant de connaître la douceur d’une main, d’une voix, d’un regard. Ses maîtres sont tout d’abord durs, sévères, violents, voire cruels. Certes, l’éducation bienveillante des chiens est une notion assez récente, mais cette violence conjuguée à la soumission de Croc-Blanc envers les « dieux » m’a révoltée. Car je me suis immédiatement attachée à cette créature exceptionnelle aux yeux de tous et terriblement émouvante pour nous qui partageons son cerveau et son cœur.

L’écriture est riche, visuelle et détaillée, que ce soit pour les descriptions de la nature ou la psychologie des protagonistes. Petite merveille, elle séduit mon goût des détails avec mon besoin actuel d’efficacité. J’ai été fascinée d’un bout à l’autre par Croc-Blanc, par ses comportements instinctifs, par ses expériences et les leçons qui en sont tirées, par ses relations avec les chiens depuis longtemps domestiques, par son regard sur les hommes, par la force de ses attachements ou de ses répulsions, par sa puissance et ses impuissances, par ses évolutions étonnantes et fascinantes. C’est le roman d’une évolution, de plusieurs évolutions, un roman darwiniste sur les influences du milieu, la mémoire d’une race et les apprentissages d’un individu. London nous donne à voir aussi bien la société des chercheurs d’or et des Indiens que le comportement – certes de manière romancée – d’un chien-loup.
Je m’attendais à une fin différente et, si une part de moi ne peut s’empêcher de ressentir une légère déception, j’ai été ravie de la douceur qu’elle annonce et qu’on espère pour Croc-Blanc.

Une lecture saisissante, d’une immense efficacité que ce soit dans l’effroi, dans la violence, dans l’injustice ou l’hostilité de la vie, mais aussi dans la douceur, l’espoir et la beauté. Une formidable découverte qui dormait à portée de main depuis des années.

Me voilà à présent boostée pour la relecture d’un livre de mon enfance dont j’ai tout oublié (mais dont je ne doute plus qu’il me plaira à nouveau), L’appel de la forêt du même auteur, qui raconte, cette fois, l’histoire inverse d’un chien domestique qui retourne à l’état sauvage.

« Car le Grand Nord est hostile à toute forme de vie, le moindre mouvement lui fait injure : il lui faut donc l’éliminer. Il gèle les eaux pour les empêcher d’atteindre la mer. Il fige la sève des arbres jusqu’à ce qu’ils en crèvent. Mais c’est à l’homme qu’il s’en prend avec le plus d’acharnement et de férocité afin de le réduire à sa merci. Parce que l’homme est un être infatigable, en perpétuelle révolte à la seule idée que tout mouvement puisse être inexorablement condamné. »

« L’eau n’était pas vivante. Pourtant, elle bougeait. De plus, si elle avait l’air solide comme la terre, elle était dépourvue de consistance réelle. Il en conclut que les choses n’étaient pas toujours ce qu’elles paraissaient être. Sa crainte de l’inconnu découlait d’une expérience congénitale qui se trouvait maintenant renforcée par l’expérience acquise… Désormais, il aurait un doute permanent sur l’exacte nature des choses quelle que fût leur apparence. Il devrait en déterminer par lui-même la véritable réalité avant de pouvoir s’y fier. »

« Partout on entendait parler du « Loup de combat », comme on l’appelait, et sur le pont du bateau, la cage où on l’avait enfermé attira de nombreux curieux. Il grondait furieusement à l’adresse de ces visiteurs, ou restait couché  à les observer froidement, d’un regard chargé de haine. Car qu’eût-il pu éprouver d’autre à leur égard ? Il ne se posait jamais la question. Il ne connaissait plus que la haine et s’y livrait avec passion. La vie était devenue pour lui un enfer. Il n’était pas fait pour cette étroite réclusion que les hommes font subir aux bêtes fauves. Pourtant, c’était exactement de cette façon qu’on le traitait. Les passagers le regardaient, pointaient des bâtons entre les barreaux pour le faire grogner, et se moquaient de lui.
Ces hommes-là représentaient tout son environnement. Et à cause d’eux, sa férocité naturelle s’accrut encore davantage. Heureusement toutefois que la nature l’avait également doté d’une grande faculté d’adaptation. Là où beaucoup d’autres animaux auraient perdu la vie ou la raison, lui était capable de s’accommoder à de nouvelles conditions et de survivre sans que son équilibre mental eût à en souffrir. »

Croc-Blanc, Jack London. Le Livre de Poche, 1985 (1906 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Alibert-Kouraguine. 312 pages.

TAG Tu es un sorcier, Harry !

Petit tag, créé par Signé C., que j’ai pu voir à droite à gauche ces derniers temps et que je reprends avec plaisir parce que ça fait bien longtemps qu’il n’y avait pas eu de tag dans le coin. Onze sorts, onze questions, onze réponses, c’est parti !

1 – ACCIO ! Quel livre aimeriez-vous avoir entre les mains actuellement ?

Sans doute Night Travelers de Rozenn Illiano. Midnight City m’avait envoûtée l’année dernière et je traîne – à mon habitude – pour découvrir la suite. Je pense toutefois me l’offrir ce mois-ci parce qu’il faut savoir se faire de petits cadeaux de temps à autre…

Night Travelers (couverture)2 – STUPÉFIX ! Avez-vous abandonné une lecture ? Si oui, pourquoi ?

Fini le temps où je m’échinais à terminer un livre coûte que coûte ! A présent, je veux bien persévérer un peu, mais si ça ne passe pas (parce que je n’aime pas du tout ou parce que je m’ennuie trop), tant pis : il y a trop de livres appétissants pour se forcer à terminer ceux qui ne m’intéressent finalement pas.
Le dernier en date : Fight Club, de Chuck Palahniuk. Je n’ai pas accroché du tout à ce livre (dont je connaissais déjà le film), mon ennui était terrible. La lecture était facile et j’aurais pu continuer sans trop peiner, mais ça ne m’intéressait vraiment pas…

Fight Club (couverture)

3 – RICTUSEMPRA ! Quel livre vous a fait rire dernièrement ?

Bien que je sois quelqu’un d’assez bon public en manière général, les livres humoristiques ne sont pas ceux vers lesquels je me tourne le plus. Cela dit, je trouve de l’humour dans d’autres genres : par exemple, il n’est pas rare que Jane Austen me fasse rire. En tout cas, comme ça, je ne retrouve pas de livres récents m’ayant fait rire…

4 – OUBLIETTE ! Quel livre souhaiteriez-vous oublier pour redécouvrir ?

Le Cirque des rêves d’Erin Morgenstein. Un roman à l’atmosphère absolument magique que j’avais découvert en en sachant vraiment très peu, une lecture merveilleuse. C’est une relecture que je projette depuis longtemps, mais que je repousse sans cesse. Je finirai bien par me laisser aspirer une nouvelle fois par cet univers onirique.

Le Cirque des rêves (couverture)5 – EVANESCO ! Quel livre vous a déçu au point de vouloir le faire disparaître ?

Rayer un livre de la Terre simplement parce qu’il n’a pas eu l’heur de me plaire me semble un tantinet prétentieux, mais dans le genre immense déception, Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson tient le haut du podium depuis deux ans. Une retraite au bord du lac Baïkal, ça semblait pourtant un si bon début pour me plaire…

Dans les forêts de Sibérie (couverture)6 – GEMINO ! Quel livre avez-vous envie de conseiller à vos amis ?

L’homme qui savait la langue des serpents d’Andus Kivirähk. Œuvre unique, surprenante, fascinante, en provenance directe d’un pays rarement croisé sur les rayonnages – l’Estonie -, ce livre est un titre que j’aimerais beaucoup faire découvrir bien que je doute qu’il plaise à tout le monde.

L'homme qui savait la langue des serpents (couverture)7 – PETRIFICUS TOTALUS ! Quel livre vous a glacé le sang ?

J’ai rarement l’occasion de lire de l’horreur et je crains n’avoir encore jamais éprouvé si forte sensation face à un roman. J’aimerais bien pourtant. King m’a offert quelques instants de tension, mais pas de terreur.

8 – PRIOR INCANTO ! Quelle est votre toute dernière lecture ?

Croc-Blanc de Jack London. Un classique qui traînait dans ma PAL depuis moult années et qui m’a happée de la première à la dernière ligne.

Croc-Blanc

Questions bonus spéciales Sortillèges impardonnables…

9 – IMPERIUM ! Quel auteur aimeriez-vous pouvoir contrôler afin de le contraindre à changer un passage de son œuvre ?

Question difficile… Il faudrait déjà que je me rappelle d’un livre que j’ai assez aimé pour vouloir le relire, mais dont un ou des passages m’ont déplu. Sans compter qu’il est un peu présomptueux de se dire que l’on fera mieux que l’auteur·rice. Mais jouons le jeu avec Christelle Dabos, histoire d’offrir une autre ampleur et une autre fin, un peu plus attentive, à tous ses superbes personnages secondaires, délaissés dans les troisième et quatrième tomes de La Passe-Miroir !

10 – ENDOLORIS ! Quel roman a été un supplice à lire ?

A présent, plus de supplices puisque livre-supplice équivaut à livre abandonné. Mais si je remonte un peu dans le passé, Salammbô de Gustave Flaubert avait été bien laborieux. J’ai vraiment du mal avec cet auteur et je n’avais d’ailleurs pas terminé Madame Bovary lorsque je m’y étais frottée il y a une dizaine d’années.

Salammbo11 – AVADA KEDAVRA ! Quelle mort d’un personnage vous a affecté ?

 Attentions aux spoilers !

Je vais dire les morts qui surviennent dans Les Misérables de Victor Hugo. Celle de Javert car elle survient dans un passage grandiose, celle de Jean Valjean qui donne envie de gueuler de frustration, celle de Gavroche qui touche forcément, celle d’Enjolras et Grantaire parce qu’elle clôt un autre passage sublime, celle d’Eponine parce que ce personnage est d’une tragédie terrible. Ah, ce livre…

Les Misérables (couverture)

Voilà mes réponses !
N’hésitez pas à le reprendre ou à me dire en commentaire ce que vous auriez répondu !