Chroniques d’Espérance, de Lobo Grant (2018)

Chroniques d'EspéranceUn continent déchiré par une guerre entre le Nord et le Sud. Une légende, celle d’une île, Espérance, qui pourrait mettre un terme à des centaines d’années de souffrances. Un jeune homme, Glad, sur la piste de ce mythe et sur le point de se découvrir un incroyable pouvoir.

C’est un peu à reculons que je me lance dans cette chronique pourtant nécessaire puisque ce livre m’a été offert suite à une opération Masse Critique sur Babelio. Or, je n’ai pas du tout apprécié cette lecture. Pour être honnête, je me demande même pourquoi je l’avais sélectionné aux côtés d’autres titres qui me faisaient beaucoup plus envie…

En le découvrant, j’ai pensé que l’écrin n’était guère prometteur mais qu’il ne fallait pas juger un livre à sa couverture. Après tout, des livres moches mais géniaux, j’en ai rencontrés. Ici, la couverture ne correspond pas du tout à mes goûts. Ajoutez à cela un résumé proprement illisible, des marges rongées au maximum et une carte floue (le détail qui me tue toujours, les romans de fantasy avec une carte floue, comme une petite image trop agrandie, sur laquelle la moitié des noms est illisible : il n’y a pas des épreuves pour ajuster ce genre de choses ?), la lecture ne débutait pas sous les meilleurs hospices, mais finalement, tout cela relevait de détails peu importants comparés à l’histoire elle-même.

Sauf que ça a coincé aussi. Pas longtemps heureusement car je l’ai lu en deux jours (pour ne pas m’attarder dessus trop longtemps, je l’avoue). Ma lecture a peut-être pâti de celle, toute fraîche, du premier tome du Livre des Martyrs. Sortir d’une mythologie très dense et originale pour retrouver des elfes, des nains, des orcs, un élu, des gentils des méchants… le contraste a dû être trop violent.
Tout d’abord, tout était trop facile. L’intrigue commence par un choix totalement illogique à mon avis : quatre-vingts soldats tombent dans une embuscade de morts-vivants, cinq s’en sortent vivants (dont Glad qui est censé être moyennement doué à l’épée et un mage novice, ça doit donner le niveau de ceux qui ont été éliminés…), vont-ils prévenir leur hiérarchie que les ennemis ressuscitent les morts sur leurs terres et préparent un gros coup ? mais non, voyons ! c’est beaucoup plus simple d’aller, à cinq zozos, zigouiller le mage nécromancien super puissant, ça évite la paperasserie, ça venge les copains (rencontrés deux jours avant) et on n’est jamais mieux servi que par soi-même, non ?
Et l’avenir montrera qu’ils ont bien eu raison parce que, finalement, ça va être très facile du début à la fin de l’histoire. Les chapitres de deux ou trois pages constituent chacun une étape de l’aventure, mais ils s’en sortent toujours aisément. Je n’y ai donc pas du tout adhéré. Même quand quelqu’un meurt, outre le fait que je m’en fichais puisque mon affection pour eux était inexistante, ça semble quand même bidon vu que la moitié de l’équipe devrait être crevée depuis des jours.
(En bonus, une autre décision aberrante : ils campent, ils font des tours de garde pendant la nuit – ce qui m’a étonné de leur part tant ça semble sensé – sauf que le mec de garde file son épée pour que le magicien aille travailler à la rendre magique pendant la nuit. Pratique, en cas de pépin. C’est un détail, mais trop de détails similaires tuent l’histoire.)

Ensuite, c’est plein de bons sentiments. C’est bien, les bons sentiments, mais c’est quand même un peu niais parfois. Quand je dis les bons sentiments, il y en a un surtout dans ce roman : la confiance. J’ai confiance en toi, aie confiance en moi, notre groupe est basé sur la confiance… Extrait choisi : « « (…) Ramèneras-tu l’équilibre ? Nous, puissant esprit lunaire, nous l’espérons. Nous faisons confiance à ton instinct, à ton cœur. Tu as su triompher des épreuves pour venir jusqu’ici, c’est donc que tu mérites toute notre confiance. Sache qu’il y a différentes façons de vaincre. Nous te laissons le choix… »
La voix s’estompa. Glad savait que ceci était un gage de confiance, comme un avertissement. »
Et c’était ainsi avant l’extrait et ça continue après. Au bout d’un moment, j’avais envie de hurler à chaque fois que je lisais le mot « confiance ». C’est bien, la confiance, mais il ne va pas falloir m’en parler pendant quelques jours, j’ai fait une overdose.

Et sinon, on en parle des femmes ? Je vais me contenter d’une seule (c’est qu’il y en a tellement… Deux. Trois en comptant la femme d’un des personnages qui doit avoir deux lignes de dialogues à tout casser.). Onuca. Combinaison moulante qui sera déchirée pour révéler un tatouage sur la poitrine, généreuse bien sûr et qui ne manquera pas d’être inopinément pressée contre le héros. Appelée uniformément « jolie guerrière » ou « jolie princesse ». Je pense que vous voyez le tableau. Personnellement, quelques soupirs m’ont échappé.

Cependant, je dois dire que pendant longtemps je me suis dit que c’était un roman qui pouvait trouver son public. C’est rythmé, sans temps mort, l’immersion est facile avec un univers familier et des explications à chaque notion nouvelle (c’est sûr que ce n’était pas Le livre des martyrs…). C’est de la fantasy classique, mais pourquoi pas pour un premier pas dans cette littérature.
Je suis très nulle pour évaluer à partir de quel âge tel ou tel livre peut être conseillé car j’ai lu très jeune de la littérature adulte (ah, raconter les scènes de torture des Rois maudits à la récré…), mais je me disais que pour des 10-11 ans, ça pouvait le faire. Du moins jusqu’à la scène de cul du roman qui m’a semblée bien explicite. Mais encore une fois, je ne sais pas juger ce genre de chose vu qu’il devait bien avoir du sexe dans Les Rois maudits et mes autres lectures de jeunesse.

Parlons de l’écriture à présent. On pourrait dire que ce qui m’a déplu relève d’une écriture très orientée jeunesse. Peut-être. Peut-être que ce n’est qu’une question d’appréciation, mais ça sonnait faux. Je suis désolée de le dire, mais je n’ai pas trouvé ça bien écrit. C’est très exagéré à la fois dans le drama (avec notamment des « NON ! » déchirants à tout-va) et dans la légèreté (le gars qui, une fois dans le château du fameux nécromancien, avec un des leurs immobilisé en prime, te sort « En route, l’ennemi nous attend. », je suis désolée mais ça me sort de l’histoire : tu es dans une cour de récré ou tu vas tuer un mec cent fois plus fort que toi ?).
Je pourrais parler de la typographie, de l’abus des points de suspension, des alinéas aléatoires, mais encore une fois… détails.

Ce n’est pas souvent que j’écris une chronique aussi négative et je m’en sens presque désolée pour ce petit roman. Cependant, je ne peux pas m’inventer des sentiments différents et ce roman n’a pas su me convaincre. Sur aucun point, ce qui tend à en faire une lecture exceptionnelle tant c’est rare.
Evidemment, aussi négatif soit-il, ce n’est que mon avis. D’autres personnes ont apparemment adoré ce roman, certains trouvent la couverture belle, comme quoi, tout est subjectif et peut-être que je suis totalement passée à côté d’un bon roman.

« – Et maintenant, que devons-nous faire ? demanda Glad.
– Crois en ton instinct comme je crois en toi…
– Cloïd… je suis ravi de partager ce moment avec toi. Et je voudrais en partager encore beaucoup d’…
– Je serai toujours à tes côtés, petit frère. Quoiqu’il arrive, tu ne dois penser qu’à une seule chose pour l’instant.
– Arrêter la guerre… répondit Glad, d’un air détaché en baissant la tête.
– Non…, dit Cloïd en posant la main sur l’épaule de son frère.
Glad releva la tête pour voir les yeux de son aîné remplis d’une détermination sans faille. Cloïd prouvait par ce regard qu’il avait une entière confiance en Glad. Il finit sa phrase, ne quittant pas son frère des yeux.
– Faire ce qui te semble juste…
 »
Ce passage… Je ne sais pas si c’est moi, la nervosité d’arriver à la fin, l’exténuation mentale, mais je suis incapable de le lire sérieusement, il fait naître en moi une irrépressible envie de faire la nouille.

Chroniques d’Espérance, Lobo Grant. H.Tag/Faralonn éditions, 2018. 283 pages.

2 réflexions au sujet de « Chroniques d’Espérance, de Lobo Grant (2018) »

  1. Aaaaaaaaah les chroniques négatives, c’est toujours un vrai régale! Surtout quand tu y es obligé comme c’est ton cas ici! Mais je te rassure tu t’en sors très bien dans l’art d’enrober la critique hihi
    J’avoue avoir soufflé fort du nez en lisant la phrase « d’introduction » : « En le découvrant, j’ai pensé que l’écrin n’était guère prometteur mais qu’il ne fallait pas juger un livre à sa couverture. » x »D
    Le grand écart avec Le livre des Martyrs n’a pas dû aider effectivement mais je pense que meme sans ca tu aurais quand meme trouvé la galerie de personnages un peu fades, ca a l’air bien manichéen!
    Le répétitions m’ont achevée alors que j’ai lu un extrait de 10 lignes…Quel prodige que d’avoir réussi à finir ce livre. Je salue ton courage et ta détermination! aha

    J’ai trouvée ta chronique très sincère et argumentée, tu as bien gérée ta chronique négative. Je sais pas toi mais je trouve toujours ca plus fatiguant à écrire qu’une chronique positive parce que tu dois bien noter tout ce qui t’as déplu et démontrer par a+b que tu sors pas tes infos de ton chapeau en citant le texte etc, ce qu’on fait moins pour un avis positif ^^

    • Non, mais ce livre, je te jure… Je viens de relire l’extrait que j’avais mis et ce n’est juste pas possible.
      En vrai, Livre des Martyrs ou pas, j’ai tellement rien aimé dans cette lecture que ça aurait peut-être été un peu moins pire, mais ça n’aurait pas été bien pour autant.
      Après, franchement, ça se lisait très facilement donc ce n’était pas un tel exploit que d’en venir à bout. Si ce n’est nerveusement, car je crois que j’ai alterné fous rires et désespoir sur la seconde moitié du roman. ^^

      Mais en vrai, si les points négatifs venaient très facilement et que la chronique en elle-même n’a pas été si dure à écrire (pour moi, le pire, ce sont les romans « mouais », ceux qui sont pas mal, mais pas fabuleux non plus, ceux qui te laissent mitigeouille, les bof ni top ni nuls), ça m’a vraiment embêtée que ce soit un petit roman avec pas beaucoup de lecteurs. Quand tu n’aimes pas un roman hyper adulé ou que tu descends un Jules Verne (exemple tout à fait pris au hasard…), ça ne fait rien, ça ne change rien au fait que des centaines ou des milliers de personnes vont quand même lire le livre et ce n’est pas mon avis au milieu de centaines d’autres qui va changer quoi que ce soit. Lui, il a huit chroniques sur Babelio…

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