Le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare (1600)

Songe d'une nuit d'été (couverture)À l’heure où les elfes s’éveillent, les humains s’endorment, et il est demandé au spectateur, victime consentante, de croire à la communication improbable de ces deux mondes. Les uns habitent la cité, régie par une loi anti-naturelle et imposée ; les autres demeurent au plus profond des bois, lieu où les lois irrationnelles de l’amour ont libre cours. Thésée juge les amoureux, Obéron les réconcilie grâce à un philtre d’amour qui, tel une encre magique, engendre dans le cœur des amants, comme dans l’intrigue, des bouleversements baroques.
(Je ne me sentais pas d’écrire un résumé qui ne soit pas totalement débile, j’ai donc gaiement piqué celui de Livraddict.)

Ma première lecture de Shakespeare ! Pour laquelle j’ai été assez prudente puisque je me suis avancée en terrain (relativement) connu. Songe d’une nuit d’été est une pièce à laquelle on trouve de multiples références. Coucou Sandman, coucou Le cercle des poètes disparus. Et je l’ai aussi vu jouée au théâtre, même si j’en ai un souvenir assez brumeux. Bref, en gros, je connaissais plus ou moins l’histoire quand j’ai sorti ma brique – Œuvres complètes, je vous prie –, je me suis installée et me suis plongée dans ma lecture pour en ressortir la circulation coupée, mais le cœur ravi.

(Parce que mon livre ne ressemble pas à l’édition Librio ci-dessus, mais à cela 🙂

 

 

Le simple aspect onirique de la pièce me séduisait. La rencontre avec Titania, Obéron et Puck, évoluant non loin des mortels, un monde de rêves, de magie, de folie, un univers sombre et trouble dans lequel le suc d’une fleur peut rendre une personne éperdue d’amour pour l’être le plus repoussant. Un monde cruel parfois dans lequel Puck se délecte des disputes et des cruautés des humains tandis que Titania martyrise pléthore de petites bêtes (elle ordonne à plusieurs reprises à ses fées de « tuer les vers dans les boutons de rose musquée », « guerroyer avec les chauves-souris, pour avoir la peau de leurs ailes », « couper leurs cuisses [aux abeilles] enduites de cire » ou « arracher les ailes des papillons diaprés »).
(Les humains ne sont toutefois guère plus civilisés : entre Hippolyte violée par Thésée – même si ce charmant couple s’apprête justement à convoler en justes et heureuses noces, Thésée déclame « Hippolyte, je t’ai courtisée avec mon épée, et j’ai gagné ton amour en te faisant violence », tout un programme – et Hermia menacée de mort si elle n’épouse pas l’homme choisi par son père, y a d’la joie !)
Pendant une nuit mouvementée, mortels et fées seront tourmentés par l’amour. Ah, l’inconstance des sentiments ! Avec un apprenti Cupidon aux desseins peu recommandables, les promesses d’amour s’envolent à toute allure. Tandis que Titania tombe amoureuse d’un homme à tête d’âne, les jeunes Hermia, Héléna, Lysandre et Démétrius forment un quatuor dont les membres tantôt s’aiment tantôt se détestent et dont le sort se complique lorsque les lutins se mêlent de jouer avec leurs sentiments.

Mais surtout, je ne m’attendais pas à rire comme ça. Il y a un côté farce que je ne suspectais pas, du moins, je ne pensais pas qu’il serait aussi réussi. Il faut pour cela remercier la bande d’artisans désireux de monter une pièce de théâtre pour le mariage de Thésée et Hippolyte. Avec ces comédiens d’un jour, la répétition est déjà assez épique, mais la représentation le jour J est irrésistible. Entre la présentation qui résume tout, les acteurs qui explicitent les choix de costumes, les erreurs de textes, les craintes d’un homme du peuple d’effrayer une gente dame et par là d’y perdre la tête et les commentaires amusés de leur noble public, je n’ai cessé de rire de bon cœur. Chose très rare par ailleurs, d’où ma surprise : mon amusement lors d’une lecture se cantonne souvent à un sourire ou un bref éclat de rire. Félicitations, M. Shakespeare, vous m’avez donné un bon gros fou rire très apprécié !

Ne connaissant rien de Shakespeare, je m’arrête là, je ne me vois pas écrire une dissertation sur cette œuvre, plus accessible que prévu, qui m’a bien séduite par son étrangeté, son atmosphère chimérique et son humour totalement inattendu.

« Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, des fantaisies visionnaires qui perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Le Songe d’une nuit d’été, dans Œuvres complètes, William Shakespeare. Editions Famot, 1975 (1600 pour la première édition). Traduit de l’anglais. 24 pages.*
* Apparemment, certaines éditions font plus de cent pages, voire deux cents. J’ignore si c’est à cause d’un appareil critique développé, mais le nombre de page varie du tout au tout selon l’édition.

En bonus, quelques images de l’histoire « Le Songe d’une nuit d’été » tirée du volume 2 de Sandman :

 

 

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23 réflexions au sujet de « Le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare (1600) »

  1. J’ai lu plusieurs œuvres de Shakespear, Hamlet et Le Roi Lear notamment. J’ai aussi lu le très classique Roméo et Juliette, je vais d’ailleurs le relire afin d’écrire un article sur le couple le plus agaçant de toute la littérature. Je n’ai pas encore lu cette pièce-là, mais ta chronique m’a vraiment envie de m’y mettre !

    • Je pense que, pour mon prochain Shakespeare, je choisirai une de ces trois pièces-là, je vais rester dans les plus connues pour commencer ! Peut-être lirai-je Roméo et Juliette pour lire ton futur article en connaissance de cause !

  2. J’ai lu Macbeth et Le conté de l’Hiver (je crois que c’est le titre français ^^) pour la fac, et j’avais la prof la plus soporifique du monde, ce qui fait que je n’ai pas du tout accroché à la plume de ce pauvre Willy… Mais Le songe d’une nuit d’été m’a toujours attiré, peut être que ça serait un moyen de me rabibocher avec le monsieur ! =)

    • Peut-être… ou peut-être pas. J’ai lu des critiques qui disaient n’avoir pas trouvé ça drôle du tout, que c’était lent et ennuyant… donc je pense que ça peut être quitte ou double. ^^
      En tout cas, une prof soporifique n’aide pas à apprécier une oeuvre…

    • Tu n’as pas à avoir honte. Il y a un mois, je n’avais pas lu Shakespeare non plus. Et il y a plein de trucs que je n’ai pas lu encore. Et tu as lu plein d’autres trucs que personne n’a lu (enfin, si, mais ni moi ni plein d’autres blogueur·euses). Bref, ce n’est ni une tare, ni un drame, ni une honte !

        • Mais non, faut pas s’en faire comme ça. Et tu sais quoi, je pense même qu’on peut très bien vivre sans avoir lu de Shakespeare. Ou d’autres auteurs classiques. A toi de voir si ça te tente ou pas un jour.

            • Je les attends. Honnêtement, j’adore les classiques, donc je trouve génial et passionnant d’en lire, je me régale, la langue est parfois dingue, j’ai envie de donner l’envie d’essayer aux gens, bref, je m’éclate. Par contre, si ce n’est pas ton truc, que tu as juste envie de lire de la littérature contemporaine, des BD, des essais ou je ne sais quoi, tant pis, ce n’est pas parce que tu n’as pas lu Zola, Hugo ou Shakespeare que tu vas rater ta vie. Il faut relativiser quand même. 🙂

              • Zola est un génie (Germinal <3), j'aime bien les classiques aussi, mais que ceux que j'ai envie de lire, d'où le petit désaccord que je peux avoir avec certains, vu qu'il est, selon certains, obligatoire de les lire… En tout cas, nous sommes sur la même longueur d'ondes ! 😉

  3. Owiiiiii ! ♥ Tu me donnes envie de relire le Songe et d’écrire dessus, il y a tellement à dire ( et tu en parles très bien; vraiment, tu traites pleins de choses ! ) J’ai eu la chance de voir une classe de théâtre représenter la pièce et voir Puck prendre vie, mais quel plaisir ! C’était une excitation toute particulière ! J’avais lu un YA pas terrible ( La princesse d’hiver ou un truc du genre, j’ai quand même lu 3 livres / 4 hahum ) et le personnage de Puck était repris, je raffole de ce bonhomme.
    Je pense qu’une des raisons du pourquoi cette pièce est ma préférée, c’est déjà pour l’onirisme précurseur je trouve, et pour le fait que l’auteur trouve le moyen de te faire passer des choses horribles avec facilités. Et même quand tu n’aimes pas rire des autres, il trouve le moyen de te décrocher des fous rires ! Les joyeux lurons artisans en sont un parfait exemples, mais finalement c’est rire de « la naïveté / le côté benêt / leur côté simplet même », ce qui moralement me dérange. Idem pour Puck, de loin mon préféré de la pièce, mais comme tu le dis, il se délecte de ce que les hommes se font entre eux. Il les sait cupides et il s’amuse de les voir ainsi, ils pourraient s’entretuer qu’il serait sans doute au premier rang à les regarder !
    Shakespeare trouve le moyen de nous éduquer sur notre morale en même temps qu’il nous retranche dans notre « côté sombre et honteux », et c’est en ce sens que je le trouve indéniablement moderne.
    Arf d’ailleurs je n’avais rien écris sur La Tempête parce que j’étais un peu déçue, mais finalement parler de Willy me donne envie d’écrire sur ses pièces, c’est dingue !
    J’aime énormément ton édition, elle est plus que canon, je te jalouse haha.

    • Merci, mais je pense que ta chronique serait bien plus intéressante et profonde que la mienne : il suffit de lire ton commentaire, tu en dis déjà plus que moi ! La mienne est franchement superficielle, j’ai bien honte maintenant. ^^
      Je l’ai aussi vue au théâtre et c’était vraiment chouette ! Comme toi, j’adore Puck ! J’ai beaucoup aimé l’appropriation de Neil Gaiman dans Sandman car il en fait une créature vraiment plus flippante que celle de Shakespeare (qui n’est déjà pas si sympathique en réalité).
      Ah, c’est tellement vrai, ce que tu dis sur rire des artisans. Je ne savais pas trop comment l’écrire de façon claire dans ma chronique, mais c’est ce que j’essayais d’expliquer à mon copain et à ma mère. Je ne peux pas dire le contraire, j’ai beaucoup ri dans les scènes avec eux. Mais je vois ce que tu veux dire. Même dans ma façon de rire d’eux, je n’y mets pas du mépris, mais c’est un peu condescendant, je le reconnais (et la condescendance, le mépris… ça se rejoint vite) (tu vois pourquoi je ne savais pas être claire ?). Hippolyte m’a agacée parce qu’elle est vraiment méchante avec eux ; si ça ne tenait qu’à elle, elle les aurait renvoyés vite fait. J’étais plutôt comme Thésée, en mode « c’est bien d’essayer, c’est mignon », mais c’est vrai que c’est condescendant parce que ce n’est pas leur pièce qui fait rire, mais la façon dont ils jouent. Bref, cépabien.
      Ah, j’avoue que je l’aime beaucoup aussi. J’en ai toute une série comme ça, dix en fait (Molière, Marivaux, Racine, Beaumarchais, etc.)

      • Mais non ! Elle est complète je trouve, vraiment. Et puis mon commentaire n’est pas extra, j’ai l’impression que c’est des propos qu’on peut tenir sur un peu n’importe quelle oeuvre…
        Je n’ai pas encore lu Sandman mais j’étais plutôt tentée, donc tu me donnes une raison de plus pour !
        Disons qu’on rit de manière bon enfant je dirais, parce qu’on est amusé.e.s, mais quand on cherche ce qui nous amuse c’est bien eux. Leur jeu d’acteur qui laisse à discuter, leurs mésaventures etc. On pense rire avec, mais ça se transforme contre notre gré en rire d’eux.
        Aaaaaaah Beaumarchais ! Je vais venir en douce chez toi te les voler héhéhé. (Je te laisse Molière, Racine et tout ce genre là. )

        • Ben oui, mais moi, je n’aurais pu les tenir sur aucune oeuvre, donc c’est très bien dit, je trouve. Voilà.

          Par contre, il n’y a que trois ou quatre chapitres sur toute la série avec Shakespeare (mais tu croiseras plein d’autres personnes) (et je ne peux que t’encourager à les lire !).

          Ah non, je ne me suis jamais dit que je riais avec eux par contre. C’est clair qu’on rit d’eux et qu’ils sont tout à fait inconscients de leur ridicule.

          Ah ? Tu m’intrigues ! Je n’ai jamais lu Beaumarchais, mais apparemment, c’est une chose à tenter si je comprends bien ?

          • Bon hé bien merci !

            Oh tu sais, si je voulais exclusivement du Shakespeare, je n’aurais qu’à reprendre la série de manga sur l’auteur.

            Je n’ai lu que deux pièces de Beaumarchais -les deux première de sa trilogie pour Figaro. La première, donc le Barbier, reste la meilleure car plus légère. Le mariage traîne un peu en longueur. Mais c’est un dramaturge que j’apprécie plutôt bien, sa plume est acérée comme il faut tout en étant fichtrement drôle.

  4. Avec une édition pareille, comment ne pas passer un bon moment ?! ❤
    J'ai assisté à pas mal de pièces de Shakespeare, mais je n'en ai jamais lu. A vrai dire je ne pense pas m'y mettre, mais c'était quand même bien sympa de lire ton retour et de constater ton enthousiasme – il est hyper communicatif dis donc 🙂 !

    • Ahah, j’avoue que ça motive à les sortir de l’étagère !
      Merci beaucoup ! Ça ne me dérange pas de lire des pièces, mais je préfère malgré tout les voir sur scène ! Malheureusement, il m’est plus facile de trouver un bouquin que d’aller au théâtre (tant en termes financiers qu’en termes d’offres).

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