La parenthèse 9ème art – Imbattable, Ceux qui restent, Goupil ou face

Entre la mise en réseau des médiathèques de mon coin de Bretagne et mon nouveau poste dans une autre bibliothèque, mes possibilités d’emprunts de BD se sont multipliées. Ces articles, recueil de chroniques courtes, risquent donc d’être plus fréquents qu’auparavant. Après la parenthèse 7ème art consacrée aux films, j’inaugure donc la parenthèse 9ème art (pourquoi se faire des nœuds au cerveau à trouver un titre ?) qui viendra ici et là se glisser entre mes autres chroniques.

Voici donc une première sélection composée de titres très différents les uns des autres.

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Imbattable (2 tomes), de Pascal Jousselin (2017-2018)

Imbattable, T1 (couverture)Dans la bande-dessinée, un simple coup de crayon donne vie aux faits les plus improbables qui soient, tout devient possible… et plus encore lorsque l’auteur joue avec l’objet qu’est la BD.
Les cases, les bulles, la 2D, les pages… tous ces éléments ne sont plus de simples outils pour raconter une histoire, mais ils deviennent des outils pour les personnages. Des super-héros et des super-vilains d’un nouveau genre !
Le résultat est très original et amusant à regarder : voici une BD qui fait tournoyer le regard, la lecture linéaire est parfois cassée, les yeux montent et descendent, reviennent en arrière. On prend son temps pour apprécier le chemin parcouru, on revient souvent sur chaque case, le dessin a vraiment une importance cruciale.

Imbattable, T2 (couverture)De la même manière que nous savons pertinemment qu’une planche de Gaston Lagaffe se terminera sur une bourde (ou une grosse colère de Prunelle), l’issue de chaque historiette est sans surprise, Imbattable portant son nom à merveille. Mais aucune lassitude ne survient, même à la lecture du tome 2 : d’une part, parce que chaque BD est assez courte, et d’autre part, car l’auteur a su se renouveler et enrichir ce monde de papier.

Ces deux ouvrages exploitent comme jamais les particularités de la BD et le résultat visuel est totalement enthousiasmant. Ça se lit très vite, mais c’est un petit régal !
Si ces BD se lisent avant tout pour les jeux graphiques, l’auteur s’offre aussi le luxe, sous l’humour, de passer de petits messages contre la démagogie des politiciens ou la pollution engendrée par les grosses entreprises avides de profits juteux.

Découvrez ici les premières planches du tome 1 !

Imbattable, Pascal Jousselin. Editions Dupuis. 48 pages.
– T1, Justice et légumes frais, 2017
– T2, Super-héros de proximité, 2018.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Ceux qui restent, de Josep Busquet et Alex Xöul (2018)

Ceux qui restent (couverture)Une BD qui donne la parole à des oublié·es, des invisibles. Tout le monde connaît Peter Pan, mais qui s’est déjà interrogé sur le quotidien des parents Darling pendant que leurs enfants étaient loin et combattaient des pirates ? Pas moi en tout cas ! Josep Busquet et Alex Xöul, eux, l’ont fait… et la réalité est bien moins chatoyante que les aventures vécues par leur progéniture.

Ici, c’est le jeune Ben Hawking qui disparaît : enlèvement, fugue, crime ? La police est sur les dents, les médias se déchaînent et les parents tentent de surmonter ça – l’attente, l’angoisse, la suspicion des autres – du mieux qu’ils peuvent.

Je pense que l’analyse que font les auteurs de cette situation extraordinaire est plutôt juste. Les réactions – tant celles du couple que celles de l’extérieur – lors de la première disparition et de la première réapparition, celles lorsque cela se reproduit, l’éclatement inéluctable de la famille, les drames annoncés… Comment croire une telle chose – que les enfants partent réellement dans d’autres mondes –, qu’il ne s’agit pas du fruit de leur imagination ? Finalement, l’enchantement ne dure qu’un temps…

Les teintes sépia collent plutôt bien, d’une part, avec l’atmosphère un peu surannée de cette histoire et, d’autre part, avec un quotidien que l’on imagine sans difficulté bien plus terne que celui dans les mondes explorés par ces enfants « élus ».

Une bande-dessinée pas très gaie qui s’intéresse à la face cachée des récits d’aventures enfantines qui transmet beaucoup de douceur et de compassion pour ces familles dévastées. 

Ceux qui restent, Josep Busquet (scénario) et Alex Xöul (dessins). Editions Delcourt, 2018. 128 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Goupil ou face : comment apprivoiser sa cyclothymie, de Lou Lubie (2016)

Goupil ou face (couverture)Je ne suis pas une grande lectrice de témoignages, encore moins quand ceux-ci concernent une maladie. Mais ça m’arrive et il se trouve que Goupil ou face m’avait tapé dans l’œil depuis un bon moment. Et c’est une lecture que je ne regrette pas.

Après la question « qui pense aux parents ? », en voici une nouvelle : qui connaît la cyclothymie ? Avant de lire cet ouvrage, j’aurais répondu, comme ci-dessus, pas moi !

Outre le fait que pour moult raisons, le sujet me parle et me touche, c’est surtout une BD tout simplement passionnante qui vulgarise un trouble mental méconnu. Lou Lubie raconte sa cyclothymie avec clarté et humour, poésie et sincérité. Les hauts, les bas, les compromis, la peur d’un gouffre qui ne disparaîtra jamais totalement… Elle ne rend jamais sa maladie « glamour », elle ne se présente pas comme exceptionnelle du fait de cette particularité de son cerveau ; le propos est assez dur et on comprend bien que sa vie est un combat.

On apprend beaucoup de choses sur la bipolarité (dont la cyclothymie est une branche) tout en se prenant d’affection pour cette jeune femme et son renard récalcitrant à toute forme d’apprivoisement. Nous la suivons de près : les premières manifestations de sa maladie, les diagnostiques erronés, la révélation lorsqu’elle put enfin mettre un mot sur ce qui se passe dans sa tête, la rencontre avec ce renard tantôt flamboyant, tantôt aussi noir que les abysses, les luttes quotidiennes…

Le choix de ne rehausser le noir et blanc que de touches rousses est totalement pertinent. Il souligne tant la fourrure de ce renard cynique et dévorant que les deux faces principales de ce trouble mental (qui en comporte en réalité des dizaines), à savoir la dépression et l’excitation exacerbée (vous apprendrez dans ce livre qu’on appelle cela l’hypomanie).

Un dessin très mignon et une présentation ludique pour un discours érudit et un sujet profond qui touche 6% de la population.

Goupil ou face : comment apprivoiser sa cyclothymie, Lou Lubie. Editions Vraoum !, 2016. 144 pages.

Challenge Voix d’autrices : une bande dessinée

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Voilà, cette première parenthèse se termine, mais je suis déjà en train de préparer la seconde !
A bientôt et bonnes lectures !

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17 réflexions au sujet de « La parenthèse 9ème art – Imbattable, Ceux qui restent, Goupil ou face »

  1. J’aime beaucoup le concept d’Imbattable ! Je n’ai lu que quelques strips sur facebook, mais l’astuce du bédéiste pour se servir des codes afin de les détourner me plaît beaucoup. Pourquoi pas me tenter une album entier à l’occasion^^
    Et ce n’est pas la première fois que je vois passer Goupil ou Face sur la blog. Je dois dire que les graphismes me plaise beaucoup et le sujet semble intéressant, quoique pas très fun.

    • J’ai vraiment aimé Imbattable : j’ai trouvé le tout d’une originalité sans précédent et je me suis beaucoup amusée à les lire. C’était très agréable !
      Je pense que tu peux te lancer pour Goupil ou face : tu as tout dit, graphismes vraiment sympas et sujet passionnant. Goupil ou face, ou comment apprendre plein de trucs sans jamais s’ennuyer.

  2. Je suis ravie que tu apprécies Goupil ou face. Effectivement, c’est vraiment expliqué avec clareté, humour et poésie. La métaphore du renard est bien trouvée. On ne s’ennuie pas avec cette petite BD et on apprend plein de choses sur ce combat quotidien.

  3. En voilà une bonne idée d’article ! ça me fait penser qu’il faut que je m’y remette moi aussi… !
    Je suis vachement contente que tu aies parlé de « Ceux qui restent » parce que ça fait un moment que je l’avais repéré.. Et « Goupil ou face » m’intrigue beaucoup également. Merci pour ces chouettes découvertes 🙂

  4. Ceux qui restent me tente beaucoup. Le traitement de l’histoire sous le point de vue des personnes qui voient leurs enfants disparaître doit être intéressant. Ravie de voir ton avis sur Goupil ou face. Je ne lis pas beaucoup de livres sur ces sujets-là non plus mais celui m’intrigue. Lire une vulgarisation par la BD de ce trouble malade me semble une manière abordable de mieux le comprendre. Et puis les dessins comme le texte ont l’air tops.

    • Oui, c’était un point de vue très original ! Alors même si l’histoire était logiquement moins merveilleuse et plus terre-à-terre que les aventures vécues par les enfants, c’était très chouette à lire !
      Je te le recommande vraiment : j’ai trouvé le travail de vulgarisation de Lou Lubie vraiment réussi. La BD est à la fois captivante et riche en savoirs, c’est une superbe découverte. Et je suis fan des dessins et du choix du renard !

  5. Trois BD qui ont l’air passionnante ! Je connaissais déjà Goupil ou face que j’avais très envie de découvrir, et les autres ont l’air tops ! Je pense que je vais faire comme toi et profiter de ma médiathèque ^^

    • J’ai lu des tas de BD ce mois-ci grâce aux bib, c’est quand même une mine à explorer, surtout pour des ouvrages qui ne sont pas donnés à l’achat. Je te les conseille toutes, mais spécialement Goupil ou face pour le sujet et la narration passionnantes et Imbattable pour le jeu avec les codes de la BD que je trouve vraiment très réussi !

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