La parenthèse 7ème art – Février 2018

Six films, c’est probablement la dernière fois que j’en vois autant au cinéma en un mois. Il y aura une parenthèse début avril pour le mois de mars (je dois absolument vous parler de Call me by your name – au cas où on ne vous aurait pas assez rabâché les oreilles avec ce film !), mais ensuite, reste à voir si ça vaut le coup de garder ce format ou si je le modifie.

  1. Gaspard va au mariage, d’Antony Cordier

Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance. (Allociné)

Gaspard va au mariage (affiche)

Ce qui m’a tout de suite attirée dans ce film, c’est la famille iconoclaste de Gaspard. Ce dernier, même s’il s’est éloigné de ces père/sœur/frère atypiques, ne peut renier la filiation. Rêveur et inventeur en herbe, il est bien un enfant de cette vieille maison remplie d’objets hétéroclites. Les membres de la famille sont très soudés malgré leurs différences/différends et n’ont entre eux aucun tabou (ils sont par exemple très décomplexés dans leur rapport au corps ou vis-à-vis de la relation entre Coline et Gaspard). Tous sont un peu perdus, cherchant leur place et s’inquiétant pour l’avenir du zoo. L’interprétation est fine et sensible, chaque personnage apportant un regard différent, notamment ceux – enrichissants – de Laura (Laetitia Dosch), externe à la famille, et de Virgil (Guillaume Gouix) et Peggy (Marina Foïs), plus terre-à-terre. Interprétant une Coline quelque peu borderline, enveloppée dans sa peau d’ourse, Christa Théret est éblouissante.
Sinon, à part ça, vous trouverez dans ce film : de l’humour pour saupoudrer les dialogues, une bonne dose de poésie et de tendresse, mais aussi une goutte d’amertume et de nostalgie.
Narrant simplement un épisode de la vie mouvementée de cette famille, Gaspard va au mariage est un film original, fantaisiste et décalé.

  1. Cro Man (VO : Early Man), de Nick Park

Préhistoire, quand les dinosaures et les mammouths parcouraient encore la terre. L’histoire d’un homme des cavernes courageux, Doug, et de son meilleur ami Crochon, qui s’unissent pour sauver leur tribu d’un puissant ennemi. (Allociné)

Cro Man (affiche)

Je voulais voir ce film car j’ai beaucoup aimé tous les autres films des studios Aardman. Je n’en savais rien, à part que des hommes préhistoriques y rencontraient une civilisation plus évoluée (techniquement parlant en tout cas). Autant dire que, quand le football est entré en jeu, je suis bien tombée des nues.
Le mélange est certes original, mais n’a que moyennement fonctionné avec moi. L’histoire ne m’a jamais captivée, j’ai trouvé le tout très prévisible et un peu plat. Et surtout, il m’a manqué l’humour des précédents Aardman. A part le pigeon qui transmet ses messages de façon tout à fait unique, les blagues sont un peu simplettes à mon goût (pourtant je me considère comme étant généralement très bon public).
En gros, je l’ai regardé sans déplaisir, mais avec un peu de déception. Déception d’autant plus accrue que j’aime beaucoup les autres films d’animation de ces studios.

  1. Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Phantom Thread (affiche)

Je suis allée voir ce film un peu par hasard, parce que je voulais aller au cinéma et que c’était le film qui m’intriguait le plus à ce moment-là, j’avais vu les affiches, du genre à me faire de l’œil, la bande-annonce une fois, il ne m’en fallait pas plus. Et quelle bonne idée ! Quelle claque ! Décidément, après le Où passe l’aiguille de Véronique Mougin, le monde de la mode sait me parler ! L’atmosphère qui se dégage de ce film, passionnée, tendue, un peu vénéneuse, est envoûtante. Les acteurs sont incroyables. Si Reynolds Woodcock agace parfois par ses manies et sa froideur, il n’en reste pas moins un homme fascinant, un homme de passion et de talent, obsédé par son travail et par sa quête de perfection, un homme touchant aussi auquel on finit par s’attacher. Daniel Day-Lewis y est superbe d’élégance et de justesse. En face de lui, la jeune Vicky Krieps éclate de talent : dès son entrée dans sa vie, Alma, d’apparence soumise, bouscule ses habitudes et n’hésite pas à les affronter, lui et sa sœur. La fin est inattendue : j’ai craint un instant qu’elle ne soit vue et revue, mais non, pas du tout, elle est même totalement déroutante. A aucun moment, on ne peut prendre le scénario en défaut, c’est merveilleux.
Les décors, les costumes, les lumières… tout cela contribue à faire de Phantom Thread, non seulement un film fort émotionnellement, mais aussi un film magnifique. Captivant du début à la fin !

  1. Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand

 Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. (Allociné)

Jusqu'à la garde (affiche)

Ce film est d’une force inouïe. Il m’a laissée scotchée à mon siège, comme le reste de la salle sur laquelle s’était abattu un silence pesant, comme mon copain qui en a souvent reparlé les jours suivants. L’histoire n’a rien d’extraordinaire, au contraire elle est d’une triste banalité, mais c’est ce qui fait sa force et sa violence. La tension grandit peu à peu, l’ambiance s’alourdit de minutes en minutes, Xavier Legrand joue avec nos nerfs de façon magistrale.
Le sujet est sensible, mais il est traité sans pathos ni exagération. La mise en scène comme les acteurs sont sobres, mais d’une grande justesse. Si Léa Drucker et Denis Ménochet sont époustouflants, il faut aussi signaler la performance du jeune Thomas Gioria qui laisse échapper sur son visage des émotions qu’il tente de retenir.
Une histoire d’horreur ordinaire, un vrai coup de poing qui laisse KO. Absolument, saisissant.

  1. La forme de l’eau (VO : The Shape of Water), de Guillermo del Toro

 Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres. (Allociné)

La forme de l'eau (affiche)

La bande-annonce me fascinait, la référence à L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold me séduisait (j’adore les Universal Monsters), j’étais donc bien décidée à aller voir le nouveau Guillermo del Toro avant que les louanges de la presse ne parviennent à mes oreilles.
Ce qui saute aux yeux, c’est que ce film est visuellement sublime avec cette atmosphère délicieusement surannée. Les jeux de lumière, la tonalité bleu-vert, les costumes, l’apparence de l’homme-poisson (j’apprécie d’ailleurs l’usage d’un vrai costume et non pas la création uniquement numérique de la créature)… Sally Hawkins est magnifique, bouleversante bien qu’elle n’ouvre pas la bouche. Sur tous ces points, c’est absolument renversant. Bien.
Cependant, l’histoire en elle-même reste, à mon goût, trop classique (et le fait qu’une humaine tombe amoureuse d’une créature marine ne vient pas relever cela). Les personnages ont des rôles bien définis – l’héroïne rêveuse et sensible, la copine drôle et compréhensive (Octavia Spencer que je trouve décidément excellente à chaque fois), le vieux voisin partageant la solitude de l’héroïne, le méchant à la tête de méchant… – et il n’y a pas la moindre surprise concernant leur évolution. C’est une jolie histoire pleine d’amour et d’appel à la tolérance, mais je ne la trouve pas d’une grande originalité. Tout se déroule comme on s’y attend, sans le moindre accroc, sans le moindre « je n’avais pas vu ça venir ».
La forme de l’eau est un film poétique et un conte tout aussi touchant, certes, mais je trouve cette avalanche d’éloges et de nominations exagérée. (A sa décharge, ce film s’est retrouvé entre deux longs-métrages infiniment plus puissants émotionnellement parlant, à savoir Jusqu’à la garde qui m’a profondément remuée et Call me by your name que j’ai trouvé d’une justesse et d’une sensibilité absolue (on en reparle pour la parenthèse de mars), ce qui joue peut-être en sa défaveur en plus des attentes surdimensionnées que j’en avais…)

  1. Mary et la fleur de la sorcière (VO : Meari To Majo No Hana), de Hiromasa Yonebayashi

C’est l’été. Mary vient d’emménager chez sa grand-tante dans le village de Manoir Rouge. Dans la forêt voisine, elle découvre une fleur mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois tous les 7 ans. On l’appelle la « fleur de la sorcière ». Pour une nuit seulement, grâce à la fleur, Mary possédera des pouvoirs magiques et pourra entrer à Endor, l’école la plus renommée dans le monde de la magie, qui s’élève au-dessus du ciel, au-delà des nuages. Le secret de la fleur de la sorcière se révélera à elle petit à petit. (Allociné)

Mary et la fleur de la sorcière (affiche)

Une petite fille, un balai, un chat noir… plus une école de magie… tout cela me faisait diablement penser au Kiki la petite sorcière de Miyasaki mêlé d’un peu d’Harry Potter, mais finalement Hiromasa Yonebayashi – réalisateur d’Arrietty et du très beau Souvenirs de Marnie – a su me surprendre.
Malgré quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film d’animation, premier produit des nouveaux Studios Ponoc. Les dessins sont magnifiques et on s’immerge avec plaisir dans cet univers. La flamboyante (tant par ses cheveux que par son caractère) Mary est attachante et sympathique. Si la découverte de l’école de magie, rappelant le premier tome d’Harry Potter et notre entrée à Poudlard, en émerveillera plus d’un.e, on pourra regretter qu’une fois cette visite effectuée, le lieu ne soit pas davantage exploité et disparaisse pour laisser la place aux allers-retours de Mary.
De la magie, de la poésie, de l’aventure, et une fin qui n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais en y allant, voilà qui m’a fait passer un très joli moment même si scénario et personnages auraient clairement gagné à être un peu plus épais.

Etes-vous allés au cinéma ? Y avez-vous fait de belles découvertes ? Quelques films à me recommander ?

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4 réflexions au sujet de « La parenthèse 7ème art – Février 2018 »

  1. Ohh whaou, je suis passée à côté de plein de pépites manifestement ! Faut dire que chez moi, le cinéma coûte l’équivalent de 15€ minimum, alors j’y vais pas vraiment au bol 😉 Mais je tâcherai de rattraper Gaspard va au mariage, Phantom Thread et Jusqu’à la garde, après tes éloges ! 🙂

    • Je comprends, le cinéma va aussi prendre une claque de mon côté… Pourtant, il y a plein de films qui me faisaient de l’oeil pour ce mois de mars !
      Avec le recul, Gaspard était un très bon moment, mais il n’est pas au même niveau que Jusqu’à la garde ou Phantom Thread !

  2. Cela fait un petit moment que je ne suis pas allée au cinéma, mais Mary et la fleur de la sorcière me tente bien. Je ne pense pas en avoir déjà entendu parler… donc merci pour la découverte 🙂

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