La parenthèse 7ème art – Janvier 2018

Même s’il y a quelques personnages féminins très intéressants (Moonee, Mildred Hayes, Katharine Graham…), la réalisation reste très masculine ! Une seule femme derrière la caméra ce mois-ci ! Mais je suis déjà bien contente d’être retournée au cinéma (les mois précédents étaient quand même assez minables à ce niveau-là), donc je ne vais pas me plaindre… Du très bon au très mauvais, je vous laisse découvrir mes découvertes du mois !

  1. The Florida Project, de Sean Baker

Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien… (Allociné)

The Florida Project (affiche)

J’étais très impatiente de découvrir ce film sorti en décembre (il aurait probablement été dans mon top si j’avais eu le temps de le voir plus tôt), notamment pour la petite Brooklynn Prince qui joue Moonee et que j’avais vu sur un plateau télé. La joie de vivre sauvage dont elle fait preuve, aussi bien dans la vie que dans le film, est vraiment communicative et enthousiasmante. En outre, après un rattrapage de Tangerine, le précédent film de Sean Baker, je me doutais que l’empathie et le réalisme avec laquelle il filme les laissés pour compte allait une nouvelle fois me toucher.
Tangerine (affiche)Essentiellement interprété par des amateurs, The Florida Project raconte le quotidien de ces marginaux qui vivent à deux pas du royaume des touristes, du consumérisme et de l’argent joyeusement dépensé pendant les vacances et qui, eux-mêmes, ont bien du mal à joindre les deux bouts. Ce n’est pas un film à l’action trépidante : on suit Moonee dans ses frasques et dans ses amitiés (notamment avec la touchante Jancey, la dernière scène entre les deux fillettes est juste bouleversante), la caméra la suit de près et se place d’ailleurs à hauteur d’enfant.
Si le soleil éclatant et les couleurs vives du motel et des bâtiments alentours échouent à dissimuler la dureté et les galères de la vie des habitants du lieu, c’est aussi un film drôle, tendre et touchant. On s’attache aux personnages, aux enfants bien sûr, mais aussi à cette mère aimante bien que dépassée et à ce gérant compréhensif qu’est Willem Dafoe (un personnage magnifique et sensible qui montre vraiment son talent, contrairement à son rôle dans le film juste en dessous). La fin est subtilement amenée (je me suis tout d’abord interrogée sur le pourquoi de ces fréquents plans de Moonee dans son bain) et déchirante.
Un petit bijou atypique qui, après la communauté trans de LA, nous fait découvrir un autre visage des Etats-Unis. Sean Baker est clairement un réalisateur que je vais suivre de près !

  1. Le Crime de l’Orient-Express (VO : Murder on the Orient Express), de Kenneth Branagh

Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau. D’après le célèbre roman d’Agatha Christie. (Allociné)

Le Crime de l'Orient-Express (affiche)

Aucun doute, je ne serai pas allée voir seule ce film car je prévoyais une grosse déception. Je ne m’étais pas trompée. Bon, mea culpa, je vais peut-être un peu virulente, mais il y eu dans ce film plusieurs petits détails exaspérants.
Premièrement. Kenneth Branagh ne m’a pas convaincue en Poirot. En outre, on nous le dépeint en homme blessé au cœur brisé (c’est à la mode de toute façon) par une certaine Katherine (il revient régulièrement pleurnicher sur la photo de celle-ci d’ailleurs, ce qui est parfaitement agaçant). J’ai lu quelques Agatha Christie, je ne suis pas une experte, mais confirmez-moi une chose : c’est une invention, cette Katherine ? En plus, Poirot étant Belge laisse régulièrement échapper des mots français lorsqu’il parle (normal), mais quand il est tout seul dans sa cabine en train de parler à sa photo, il parle tout en anglais. Logique…
Ensuite. L’énigme qui ouvre le film est facile comme tout, pas besoin d’être Hercule Poirot pour se douter qu’ils ne vont pas déclencher une guerre de religion en accusant un imam, un prêtre ou un rabbin. Et l’allusion finale à Mort sur le Nil  m’a prodigieusement agacée. C’est le genre de clin d’œil facile pour flatter l’intelligence des spectateurs (et éventuellement laisser une porte ouverte pour un autre film) qui se diront « oh, c’est Mort sur le Nil ». Sauf que dans Mort sur le Nil, Poirot est déjà en Egypte au moment du meurtre, on ne va pas le chercher au fin fond de l’Europe pour lui annoncer qu’un meurtre a été commis sur un bateau de croisière. Là, d’ici à ce qu’il arrive sur place, la macchabée risque d’être un peu frelatée.
Mais surtout, ce que je redoutais, ayant lu le roman et connaissant la fin, c’est l’ennui. Et effectivement, les tours et détours de Poirot pour annoncer le truc et les pseudos scènes d’action inutiles m’ont vivement impatientée. (Après, j’ai bien conscience que c’est un point négatif uniquement pour celles et ceux qui savent qui a commis le crime et que ceux qui découvriront l’histoire y prendront un bien plus grand plaisir.)
Allez, à part ça, Kenneth Branagh a dû faire un sacré boulot pour adopter cet accent à couper au couteau et le film est plutôt réussi esthétiquement parlant. Les paysages, la lumière, les couleurs, tout ça quoi… (Mais bon, c’est bien gentil, mais quand il n’y a que ça de positif à dire…)
Pardonnez ma langue de vipère, mais il fallait que je laisse filer l’agacement que ce film a suscité chez moi. Cela mis à part, Le Crime de l’Orient-Express vu par Kenneth Branagh est un film grand public, avec une brochette de célébrités qui jouent leur rôle ni plus ni moins, propre et bien léché, un peu long certes et qui manque d’une touche d’originalité. Disons que ça se regarde… (J’ai essayé de finir sur une touche positive, mais je n’y arrive décidément pas.)

  1. I Am Not A Witch, de Rungano Nyoni

Shula, 9 ans, est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre… Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ? (Allociné)

I am not a witch (affiche)

Honnêtement, je ne sais pas quoi penser de ce film qui me semblait très prometteur. Il m’a à la fois mise très mal à l’aise et profondément ennuyée. Mal à l’aise car, si ça se veut comédie grinçante, je l’ai trouvé violent et triste. Ennuyée car je l’ai trouvé plat et, malgré ses yeux ardents, le mutisme de la jeune héroïne m’a lassée. J’ai fini par laisser mon esprit vagabonder, ratant une bonne partie de la fin du film. Pas de critique donc de ce long-métrage étrange…

  1. Lucky, de John Carroll Lynch

 Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisés et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l’entraînent dans une véritable quête spirituelle et poétique. (Allociné)

Lucky (affiche)

Un magnifique dernier rôle, taillé sur mesure, pour Harry Dean Stanton. Une ode contemplative sur le temps qui passe, les années qui s’accumulent, sur une peur bravement dissimulée sous une résignation de façade. Le ton est assez mélancolique, mais optimiste en même temps. Les acteurs sont parfaits, les dialogues justes, le sujet universel. Lucky est un film sensible, intelligent et délicat, non dénué d’humour, porté par un Harry Dean Stanton absolument touchant et charismatique. Je n’ai pas mille choses à dire, ce film m’a remuée et c’est tout.

  1. Downsizing, d’Alexander Payne

Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek  et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours. (Allociné)

Downsizing (affiche)

Bon. Que dire ? Cette critique va être laborieuse. Parce que je n’ai pas pensé grand-chose de ce film. Premièrement, je l’ai trouvé long – beaucoup trop long. Je pense qu’il y avait de bonnes idées au départ, mais le traitement qui en a été fait aboutit à un scénario sans surprise ni originalité. Voire mièvre. Le film se voulait sans doute critique de la société, il insiste bien sur le fait que, grands ou petits, rien ne change, les inégalités et les trafics persistent, mais c’est laborieux et peu passionnant. Les réflexions sur l’écologie et la fin de l’humanité restent totalement superficielles et n’apportent rien. Bien que plus drame que comédie, de nombreuses tentatives d’humour sont faites en tirant sur des clichés et des personnages caricaturaux. Si j’ajoute que ces derniers m’ont globalement ennuyée, voire agacée (raah, le passif Paul Safranek !), j’obtiens un film vraiment moyen…

  1. 3 Billboards, les panneaux de la vengeance (VO : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri), de Martin McDonagh

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville. (Allociné)

3 Billboards (affiche)

3 Billboards trace un portrait assez amer de l’Amérique profonde dans cette petite bourgade où l’amour ne règne pas en maître puisqu’on y déteste les Noirs, les nains, les gays… De temps à autre, toute cette moquerie, parfois gratuite, met mal à l’aise. Les scènes qui m’ont le plus dérangée : l’humiliation systématique de James, joué par Peter Dinklage, et celle de Penelope, la nouvelle petite amie de l’ex-mari de Mildred, qui, puisqu’elle n’a que 19 ans, est forcément une cruche écervelée, intéressante seulement pour son corps jeune et frais…
Néanmoins, cela ne change rien au fait que 3 Billboards est une vraie claque, magistralement menée d’un bout à l’autre. Un thème dramatique et poignant, des personnages sobres et subtils, un scénario original, et un humour très noir.
Le casting est superbe : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, Caleb Landry Jones… Frances McDormand campe une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’hésite pas à en venir à la violence s’il le faut. Seule la justice importe et retrouver le violeur et le meurtrier de sa fille. Une scène bouleversante vient nous montrer que toute cette colère destructrice vient, certes de la douleur, mais aussi de la culpabilité qui la ronge au souvenir des derniers mots, d’une violence inouïe, échangés avec sa fille. Difficile de ne pas s’attacher à cette Mildred froide et cassante (qui ne te laisserait sans doute pas t’attacher dans la vraie vie), mais d’une humanité folle,  à l’instar de tous les autres personnages. Pas de personnages 100% détestables, pas de personnages 100% gentils, mais toute une palette de caractères d’une grande justesse ! Même le plus haïssable d’entre eux laisse sa carapace de haine se fendre peu à peu.
Un film, grave, drôle, humain, noir, bref, excellent du début à la fin. Une fin par ailleurs très réussie puisqu’elle se joue avec brio de toutes nos attentes.

  1. The Greatest Showman, de Michael Gracey

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire. (Allociné)

The Greatest Showman (affiche)

Sans être le film du mois, j’ai bien aimé cette comédie musicale (même si The Greatest Showman ne rivalisera certainement pas avec mes comédies musicales préférées et nous sommes très loin de Moulin Rouge qui touchait un peu au même univers). Tout y est peut-être un peu trop heureux et plein de bons sentiments, mais je trouve agréable d’entendre pour une fois des messages de tolérance, de dépassement de soi et d’amitié.
N’espérez pas trouver ici un biopic fidèle sur Phineas Taylor Barnum qui était bien moins sympathique que celui dépeint par Hugh Jackman. Cet aspect peut même déranger (car P.T. Barnum était loin du philanthrope montré dans le film et je ne suis pas sûre que les freaks de l’époque étaient autre chose qu’un moyen de s’enrichir), mais ce film se veut plutôt comme une fête et une célébration du spectacle populaire. Soit.
Pour suivre le rythme effréné impulsé par la musique, les péripéties s’enchaînent très rapidement. C’est peut-être le point noir du film : à part P.T. Barnum, les personnages sont simplement esquissés et peu profonds (pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris ce que le personnage de Zac Efron, Philip Carlyle) apportait au cirque, enfin, j’ai compris ce qu’il était censé apporter, mais concrètement, ça passe un peu à la trappe…). Certes, il n’y a pas de temps mort, mais justement, les différents rebondissements sont parfois un peu trop rapidement expédiés.
Les chansons sont entraînantes (bien que parfois un peu redondantes à mon goût) et les chorégraphies époustouflantes. Visuellement, c’est un enchantement, il y a sans cesse du rythme et certains plans – notamment au cirque Barnum – sont tout simplement magiques. Cependant, j’aurais aimé fréquenter d’un peu plus près les « freaks », autres que la très belle Anne Wheeler (qui n’a sûrement pas connu tout à fait la même exclusion qu’une femme à barbe ou qu’un nain)… Dommage qu’elle soit autant mise en avant !
Pas exceptionnel et dispensable, mais sympathique tout de même !

  1. Pentagon Papers (VO : The Post), de Steven Spielberg

Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis… (Allociné)

Pentagon Papers (affiche)

Scandale politico-militaire, réflexion sur la liberté de la presse, manipulation des pouvoirs publics… Le sujet est intéressant, mais la mise en scène est classique. De plus, même s’il ne peut véritablement y avoir de suspense puisque la fin de l’histoire est connue, je n’ai pas ressenti les risques pris par les journalistes – ils sont évoqués, mais pas transmis à mon goût – et je le regrette car cela m’aurait sans doute aidé à rentrer dans l’histoire. En effet, j’avoue avoir trouvé ce film un peu long, mais je plaide coupable, c’est de ma faute : ce genre de sujet – comme l’espionnage ou la politique – m’ennuie un peu.
En revanche, je trouve que Spielberg a très bien montré la situation délicate et inconfortable qu’était celle de Katherine Graham. En tant que femme, personne ne l’aurait choisie pour occuper ce poste majeur et ça n’aurait d’ailleurs pas été le cas sans la mort de son père et de son mari. Elle a dû se battre contre les idées reçues et la domination des hommes de son entourage pour imposer ses choix. Certaines scènes m’ont d’ailleurs fait ressentir avec une grande acuité l’oppression qu’elle a pu parfois subir, entourée d’hommes tentant à tout prix de lui imposer leur point de vue et de lui dicter ses prises de position.
Un film intéressant, mais qui me parle finalement assez peu.

6 réflexions au sujet de « La parenthèse 7ème art – Janvier 2018 »

  1. Tu présentes plein de films qui me font envie et en plus tu as l’air de les avoir beaucoup aimés (The Florida Project, 3 Billboards et the Greatest Showman), ça me donne envie de foncer au ciné ! =)

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