Indian Creek, de Pete Fromm (1993)

Indian Creek (couverture)Dans ce récit autobiographique, l’auteur raconte l’hiver passé en solitaire au cœur des Rocheuses alors qu’il était étudiant dans le Montana. Sa mission : surveiller des œufs de saumon. Ses occupations : les balades dans la nature, l’observation de la faune locale, la chasse et l’apprentissage de la survie.

Avec ce livre captivant – qui traînait pourtant dans ma PAL depuis un bout de temps –, j’ai redécouvert le plaisir du nature writing. Pete Fromm nous invite à passer en sa compagnie trois saisons dans une vallée des Rocheuses. L’automne, l’hiver et le printemps. Bon, surtout un long hiver pour être honnête.
Son talent de conteur nous donne à voir et à sentir la neige qui recouvre le paysage, le froid mordant, le dégel de la rivière, une éclipse solaire, les rencontres avec les animaux sauvages, la complicité avec sa chienne… Le roman est parcouru d’instants forts,  éphémères et magiques qui ont gravé de belles images dans mon esprit. J’ai pris un immense plaisir à découvrir ces paysages grandioses. Ce livre est un véritable moment de partage au cours duquel Pete Fromm prend vraisemblablement plaisir à nous faire découvrir cette terre qu’il a tant aimée.

A l’origine poussé par des rêves nés des histoires de trappeurs couchées dans les livres, le narrateur déchante face à la réalité de cette  mission assez folle une fois abandonné dans sa tente. Régulièrement, il partage ses doutes, ses erreurs, ses angoisses et sa solitude. L’isolement est parfois difficile à supporter ainsi que l’éloignement avec ses amis et sa famille (pas si éloignés que ça en réalité, mais la neige forme une barrière quasiment infranchissable). Toutefois, les périodes d’abattement ne durent pas vraiment, remplacées par des moments d’allégresse et de joie où il apprécie la beauté grandiose qui l’entoure ainsi que sa solitude empreinte de liberté, allant jusqu’à regretter l’intrusion de chasseurs sur son territoire.

L’étudiant qu’il était n’était pas préparé à un hiver en solitaire, il n’était pas un chasseur ou un passionné de survie et son expérience se limitait à un peu de camping en famille. Ainsi ses lacunes et son apprentissage sur le tas donnent lieu à bon nombre de bourdes et de scènes plutôt cocasses (mais sans moquerie évidemment), Pete Fromm étant de toute évidence doté un fort sens de l’autodérision. J’ai beaucoup aimé ce ton, à la fois drôle, humble et complice.

Un récit initiatique jubilatoire qui je conseille à tous les amoureux des grands espaces et des aventures en solitaire. Un roman savoureux et enivrant qui raconte aussi comment, de hasards en hasards, ce livre est finalement né.

« De rafales en bourrasques, la tempête se poursuivit, et les deux derniers soirs de la saison, je dînai avec les seuls chasseurs à n’être pas encore partis, deux frères fermiers dans l’Idaho, qui me traitèrent en héros, moi qui aurait donné n’importe quoi pour partir avec eux. Si j’avais pu penser à quelque chose, inventer n’importe quelle excuse pour me sortir de là sans perdre la face, je l’aurais fait sans la moindre hésitation. Mais c’était impossible. J’étais désormais engagé jusqu’au cou. »

« … je commençai à comprendre que si j’étais parti un jour plus tôt, je n’aurais jamais rencontré le lynx. Pendant tout ce temps passé à regretter ce que je manquais dans l’autre monde, jamais je ne m’étais rendu compte de ce que je manquerais en quittant Indian Creek.
Je me relevai et me glissai dans mes mocassins. J’étais presque heureux de n’avoir pu partir. Il me restait toute une vie à vivre dans la civilisation, mais à peine quelques mois ici. »

Indian Creek, Pete Fromm. Gallmeister, coll. Totem, 2010 (1993 pour l’édition originale. Gallmeister, 2006 pour la première édition française). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Denis Lagae-Devoldère. 237 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Homme qui Grimpait :
lire un livre se déroulant dans un environnement montagneux

Challenge Les 4 éléments – L’air : 
un livre à la couverture blanche éthérée

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9 réflexions au sujet de « Indian Creek, de Pete Fromm (1993) »

    • Je comprends. Moi, ça me parle tellement… J’adorerais partir comme ça, seule, dans les montagnes… Mais bon. C’est sûr qu’on me retrouve crevée au bout de deux jours si je fais ça ! ^^
      Mais si tu tentes un jour (celui-là ou un autre), n’hésite pas à revenir en parler !

  1. Ouah, ce livre a l’air vraiment tentant ! Je n’avais jamais lu de nature writing avant cet hiver, avec le Cold Winter Challenge, et je dois dire que le genre m’intéresse de plus en plus ! Ta chronique donne vraiment envie et m’intrigue beaucoup ! Je le note (merci !)

  2. Ping : C’est le premier, je balance tout ! #7 | Les Cheesecakes de Dolores

  3. Ping : Challenge 4 éléments – 1 an après – Rat des villes

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