Sandman, volume 1 (intégrale) de Neil Gaiman (1989-1996)

Sandman(couverture)Si vous me suivez régulièrement, vous savez tout le bien que je pense des romans de Neil Gaiman – au cas où : je les adore –, il fallait donc que je teste ses talents dans un autre genre, les comics. Je précise que je suis totalement inculte en matière de comics pour deux raisons (et sans doute pétrie de présupposés, je l’avoue) : la principale étant que je n’accroche pas aux dessins que je trouve (de ce que j’en ai vu) globalement lisses avec cette colorisation très unie et la seconde étant qu’il y en a trop, tout simplement, et que je n’ai pas particulièrement envie de me jeter dans cet univers sans fin. Ce sera donc une critique de néophyte. Venons-en à ce Sandman que je craignais de ne pas aimer (spoiler : J’AI AIMÉ !)

Sandman, Morpheus, Kai’ckul, quel que soit son nom, est un Infini, Seigneur du Songe et Maître des Rêves. En 1916, il est capturé par des petits magiciens qui visaient sa sœur, la Mort pour l’empêcher de nuire. Pendant soixante-dix ans, il est retenu captif jusqu’à ce que ses geôliers commettent une erreur, lui permettant de s’évader. A travers les rêves et les cauchemars des hommes, il retourne mettre de l’ordre dans son royaume, laissé à l’abandon depuis sa disparition.
Cette première intégrale comprend les recueils « Préludes & Nocturnes » (9 histoires) et « La Maison de poupées » (7 histoires).

Sandman 2

Sandman est à la frontière du fantastique et de l’horrifique (avec une pointe de super-héros) et on retrouve bien la touche Gaiman dans des scènes particulièrement angoissantes, glauques et morbides (voir l’histoire « 24 heures » avec Docteur Destin, alias John Dee, un fou échappé d’Arkham qui joue avec l’esprit, les pulsions et les folies des habitués d’un café ou « Collectionneurs » qui nous plonge dans une convention de tueurs en série).
Au milieu de l’action et de la vengeance, de l’horreur et du sang, « Le bruit de ses ailes » (chapitre n°8) est une histoire d’ambiance, calme et douce dans laquelle Sandman suit sa sœur, la Mort, une attachante jeune femme, à la rencontre des récemment décédés.
Toutes les histoires ne se valent pas et certaines sont plus prenantes que d’autres. On sent parfois des différences de ton, d’ambiance comme si Neil Gaiman cherchait sa voix dans les premiers chapitres. La première histoire a été particulièrement difficile à suivre pour moi car elle présente beaucoup d’éléments et paraît un peu brouillonne, mais une fois passée, on sait où on va, qui est qui, et la lecture devient fluide (j’y suis même revenue un peu plus tard et elle m’a semblée beaucoup plus claire !). Gaiman enchâsse les récits, introduit de nouveaux personnages – toujours plus originaux – et ne perd jamais son lecteur. Et confirme une nouvelle fois son talent de conteur.

Sandman 4

Je craignais le graphisme, mais mes inquiétudes se sont révélées infondées. Les dessinateurs de Sandman proposent ici une œuvre plus sombre et plus riche que l’idée que je me faisais du dessin de comics. De plus, je trouve assez agréable l’homogénéité du style en dépit des changements de dessinateurs. J’ai particulièrement eu un coup de cœur pour les couvertures de chaque chapitre qui présente des personnages à travers des portraits oniriques et torturés.

Et je dois dire qu’il m’intrigue, ce Sandman. On le découvre peu à peu. Son caractère, attachant même s’il ne fait rien pour – il est consciencieux au possible, il ne se déride jamais (si, il rit une fois dans ce volume), il est austère (personnellement, il m’a beaucoup rappelé Thorn, pour les lecteurs et lectrices de La Passe-Miroir…). Son passé – « Contes dans le sable » raconte ses amours malheureuses avec une reine africaine tandis que « Hommes de bonne-encontre » se focalise sur son amitié et sa rencontre centennale avec un homme auquel il a accordé l’immortalité. Sa famille, les autres Infinis – la Mort, le Désir, et j’espère découvrir ses autres frères et sœurs dans les prochains tomes.

Sandman 3

Interviews avec Neil Gaiman, sur son projet, ses idées, chapitre par chapitre… Les suppléments sont très intéressants et m’ont apporté de nombreux éclairages, notamment par rapport aux références à d’autres comics ou bien à des personnages connus des fans qui sont passés dans ce volume pour faire un coucou (comme John Constantine). Des détails qui me sont évidemment passés sous le nez et qui doit rendre la lecture encore plus riche pour un connaisseur. Cette ultime partie apporte ainsi des informations bienvenues pour saisir pleinement la complexité de Sandman.

Une œuvre dense et mature, sombre et captivante, un univers qui s’annonce vaste, à la frontière mouvante entre le rêve et la réalité. Neil Gaiman a encore frappé, je n’ai qu’une envie : découvrir la suite des aventures de ce personnage atypique.

« Si mon rêve était vrai, alors, tout ce que nous savons, tout ce que nous croyons savoir est faux. Ça signifie que le monde est à peu près aussi solide et fiable qu’une couche d’écume à la surface d’un puits d’eau noire qui plonge sans fin, et il y a dans ses profondeurs des choses auxquelles je ne veux même pas penser. Ça signifie que nous sommes des poupées. Nous n’avons aucune idée de ce qu’il se passe réellement, nous nous imaginons que nous contrôlons notre vie, alors qu’à une feuille de papier de là, des choses qui nous rendraient fous si nous y réfléchissions trop jouent avec nous, nous déplacent d’une pièce à l’autre, et nous rangent le soir quand elles sont fatiguées, ou qu’elles s’ennuient. »

Sandman, volume 1 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2012 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 496 pages.

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12 réflexions au sujet de « Sandman, volume 1 (intégrale) de Neil Gaiman (1989-1996) »

  1. Ouiiii trop contente que tu aimes 😀 Je suis dans le volume 2 depuis des mois parce que j’oublie toujours de l’ouvrir et qu’après je sais plus où j’en suis haha mais j’aime beaucoup aussi 🙂
    Ehh pas faux le rapprochement avec Thorn, ça explique peut-être pourquoi je m’évertue à l’imaginer avec des cheveux noirs alors que c’est bien précisé qu’il est blond x)

    • Oui, c’est vraiment trop cool. Du coup, j’ai bien envie de m’offrir la série, mais à 35€ le tome, ça ne sera pas pour tout de suite !
      J’avoue que Thorn en blond, je bloque aussi ! C’est juste quand Christelle Dabos rappelle que les descendants de Farouk sont blonds que j’y pense, mais ses cheveux ont déjà renoircis deux lignes plus loin. Ça doit être le côté ténébreux qui influe. ^^

  2. Très bonne chronique, je me suis totalement retrouvée dans tes impressions 🙂
    C’est une série que j’aime beaucoup même si elle a des défauts (comme tu le dis, certains passages sont bien plus intéressants que d’autres et le début n’est franchement pas simple niveau immersion ^^;)

    • Merci ! Et oui, la première histoire a failli me rebuter, mais j’étais vraiment motivée ! Et j’ai bien fait, c’est une super découverte ! Je suis vraiment curieuse de lire la suite.

  3. ça fait un moment que cette série ma fait de l’œil (de par son auteur surtout), mais niveau comic j’ai tendance à m’en tenir aux héros que je connais. Ton article donne très envie de se lancer.
    Petit conseil (au vu des prix) : va voir à Gilbert Jeune, Gilbert Joseph et Boulinier, tu pourras peut-être les trouver d’occasion (donc moins cher) et rarement dans un état déplorable. C’est souvent là que j’achète mes comics 😉

    • Je te la conseille (en totale néophyte que je suis !), elle est bien cool ! Tu suis quels héros ?
      Oui, je sais, j’y vais parfois, mais je ne pense pas me lancer tout de suite dans ces achats. Mais je sais que j’irai voir si un jour je me décide. Merci. 🙂

      • C’est vrai qu’elle a l’air super cool.
        Je suis surtout Batman, sinon c’est le Suicide Squad, La Justice League et un peu Flash. Et récemment j’ai découvert L’injustice (une version corrompu de la Justice League).

      • C’est vrai, mais je suis toujours à l’affut de nouveau univers 😉 et Sandman a l’air prometteur

      • Ouiii ! En plus, mes collègues m’ont offert le tome 2 parce que je partais aujourd’hui. Maintenant, il faut que je m’offre tout le reste de la série !

  4. Je ne me suis jamais lancé dedans non plus, pourtant j’ai commencé à lire des comics depuis quelques années mais je crois que l’association Neil Gaiman + Comics me fait très peur, c’est comme si j’avais une énorme pression pour aimer au dessus de la tête! ^^

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