Le secret de Grayson, d’Ami Polonsky (2014)

Le secret de Grayson (couverture)Depuis des années, Grayson se donne l’apparence de ce que les autres veulent qu’il soit. Mais lors de sa sixième, lors que Finn, le professeur de littérature, monte une pièce de théâtre, il se lance… et décroche le rôle principal : il sera la déesse grecque Perséphone. C’est le premier pas qui lui permettra de devenir qui il est vraiment depuis toujours.

En ce moment, c’est George (d’Alex Gino, à l’Ecole des Loisirs) qui est partout. Mais comme la récente chronique de Lupiot ne m’a pas du tout donné envie de le lire, je me suis tournée vers Grayson…

 … qui m’a convaincue. J’ai trouvé là un roman sensible et juste (sachant que je ne sais pas réellement ce que peuvent ressentir les Grayson du monde entier). Je me suis attachée à cet adolescent torturé et indécis et il m’a touchée tout au long de son parcours qui, petit pas par petit pas, lui permet de s’affranchir des normes sociales et familiales. De toute manière, je ne vois pas comment on peut lui rester indifférent.e.

J’ai trouvé vraiment belles et sincères certaines relations qu’il a su nouer avec les autres filles de la pièce, avec son prof de littérature ou avec son oncle. Finalement, ce bouleversement intérieur lui permet de s’accepter et de s’ouvrir aux autres. Et lui qui était jusqu’alors solitaire et renfermé parvient enfin à trouver des gens qui l’aiment comme il est. Il a eu le courage de se révéler – or il est terrifiant de sortir de la carapace protectrice que l’on s’est créée – mais ce dépassement de soi lui a apporté plus de bien-être que de souffrance.

Cependant, rien n’est facile, personne n’irait prétendre cela, car sa prise de conscience implique de nombreuses conséquences pour lui, mais aussi pour ceux qui l’entourent. Et les réactions ne seront pas toujours ouvertes et sympathiques. Il y aura toujours des gens bornés, moqueurs, arriérés qui n’accepteront pas la différence, qui rejeteront ce/ceux qu’ils ne comprennent pas.

Toutefois, je garde de ce roman un souvenir plutôt positif et optimiste et j’apprécie beaucoup que ce soit cette tonalité qui ressorte. J’avais peur que la méchanceté du monde s’exprime avec plus de violence encore. Cela dit, je ne peux pas passer la réaction de la tante Sally qui est des plus odieuses et totalement écœurante d’égoïsme car, quoi qu’elle dise, elle craint davantage le qu’en-dira-t-on que les conséquences pour son neveu. Bref, elle est détestable à mes yeux. Et vive l’oncle Evan.

Un roman bien écrit (mention spéciale au chapitre sur le soir de la représentation : c’est original et particulièrement intelligent), émouvant et plein de douceur qui aborde de manière réussie la question du genre. J’ai ressenti un vrai bonheur à voir Grayson retrouver confiance en lui et gagner l’amitié des autres en étant lui-même (même si ce n’est qu’un personnage de roman, oui, je suis contente pour lui !). Et comme dirait le petit Brett, le jeune cousin de Grayson, qu’est-ce que cela peut bien faire si Grayson préfère porter une jupe qu’un pantalon ?

« Eh bien, je pense que pour faire preuve de courage, il faut avoir peur. Le courage, c’est quand on a quelque chose d’important à faire, et qu’on a peur, mais qu’on le fait quand même. »

Le secret de Grayson, Ami Polonsky. Albin Michel jeunesse, coll. Litt’, 2016 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 333 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Hommes Dansants :
lire un livre appartenant au genre « Jeunesse »

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7 réflexions au sujet de « Le secret de Grayson, d’Ami Polonsky (2014) »

  1. C’est vrai que je l’avais vu passé sans m’y être attardée à l’époque et avec mon avis plus ou moins mitigé sur George j’ai bien envie de lire quelque chose sur le même sujet qui soit moins pédago.

    • Toi aussi, tu as été mitigée à la lecture de George ? Je vais de ce pas lire ta critique !
      Quant à moi, je ne crois pas avoir lu d’autres livres sur ce sujet, donc je ne peux pas établir de comparaison. Je ne sais pas s’il est moins pédago que George par exemple.

  2. Ah George…il est sur toutes les langues mais ne fait pas l’unanimité ! Personnellement, j’ai été moyennement convaincue, et je peine à en faire une chronique acceptable et juste… Du coup, vu ton avis positif, je me lancerais bien dans celui-ci, car j’ai quand même envie de retenter le coup sur cette thématique avec quelque chose d’un peu moins didactique… 🙂

    • Après, comme je le disais à Niognot, je n’ai pas lu d’autres livres sur cette thématique, donc je ne sais pas si George est beaucoup plus didactique. Après, tu vois, Grayson imagine des robes, des princesses, et je ne sais pas si c’est une caricature de ce qu’aime une fille ou si c’est pour lui une façon de se distinguer des jeux/habits/rêves de garçon. Pour moi, fille ne veut pas dire rose, poupées et jolies robes, du coup ça m’agace un peu, mais en même temps non car je ne connais pas suffisamment cette situation pour savoir s’il s’agit d’une caricature ou un moyen de s’affirmer comme fille.

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