Jungle Park, de Philippe Arnaud (2016)

Jungle Park (couverture)Nous sommes en 2050, l’Afrique est devenue une prison à ciel ouvert et le dépotoir des déchets industriels de l’Occident. C’est là que Tony Belluin, injustement accusé de terrorisme, est parachuté. Heureusement, il est sauvé par Jean-Baptiste et un réseau de résistants tandis qu’aux Etats-Unis, Joannie, la fille de Tony, le recherche sans relâche. Mais tous deux ignorent tout de la menace qui pèse sur eux.

Nous sommes très vite plongés dans l’action avec le parachutage de Tony en Afrique. Le roman se met en place en alternant les points de vue de Tony et de Joannie, nous faisant découvrir leur passé et la façon dont s’organisent la société et le monde en 2050. Tous deux sont obnubilés par l’envie de comprendre l’arrestation de Tony et de rétablir la vérité.

L’idée de départ est terrible. D’autant plus avec cette déclaration aberrante, révoltante et d’un cynisme effrayant, mise en exergue, de Lawrence Summers, ancien directeur d’Harvard et ancien conseiller du président Obama (je vous invite à la découvrir à la fin de ma critique).Je trouve le point de départ génial pour une dystopie pas si éloignée de nous. Ainsi les deux premières parties du livre sont parfaitement convaincantes et prenantes. Elles sont émaillées de mystérieux mails dont on ne connaît ni la provenance ni la destination et dont le sens s’éclaire peu à peu.
En revanche, le troisième livre part trop en sucette à mon goût. Je n’ai pas du tout accroché à l’histoire des Maîtres du Sang (je ne développe pas davantage sur eux pour ne pas trop en dire) qui, pour moi, décrédibilise l’ensemble du roman. Dommage.
Du coup, alors que la découverte de cette Afrique abandonnée et des conditions de vie des Occidentaux sous la pollution m’avait convaincue et donné envie d’en savoir davantage, je suis sortie de ma lecture avec un petit goût de déception.

Au milieu de cette folie humaine et des radiations, Tony trouvera, en Afrique, une forme de paix. Un vieillard en harmonie parfaite avec la nature, les horreurs qu’il y découvre – et dont lui, qui était passionné de l’Afrique au point d’ouvrir un parc d’attraction « Africaland », ignorait tout – lui ouvre les yeux sur ce qu’il a laissé derrière lui, égoïstement concentré sur le succès de son rêve américain : sa famille.

Une thématique lourde et prometteuse, qui propose un avenir sombre, mais pas si improbable. Malheureusement, la fin de ma lecture a été gâchée par des éléments relevant davantage du fantastique qui rendent le tout nettement moins plausible à mon goût.

Déclaration mise en exergue :
« Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. (…) Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés et se préoccuper davantage d’un facteur aggravant les risques d’un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d’avoir l’âge de cinq ans.
Le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la morbidité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. »

Lawrence Summers, ancien directeur d’Harvard et ancien conseiller du président Obama

« Dès qu’il s’agit de son père, Joannie semble devenir un androïde lancé sur une trajectoire rectiligne. Elle a alors quelque chose d’une tueuse à sang-froid. Un prédateur, un reptile, au regard aiguisé, aux stratégies imprévisibles. Au fond, Ethan et elle en sont victimes, embarqués volontaires sur le rafiot de sa folie. »

Jungle Park, Philippe Arnaud. Sarbacane, coll. Exprim’, 2016. 277 pages.

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