Le chaos en marche : Livre 3, La guerre du Bruit (2011)

Le chaos en marche (Chaos Walking) est une trilogie de science-fiction récompensée par de nombreux prix en Angleterre :

  • Livre 1, La voix du couteau (The Knife of Never Letting Go) : prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008, prix James Tiptree Jr. 2008 ;
  • Livre 2, Le Cercle et la Flèche (The Ask and the Answer) : Costa Children’s Book Award 2009;
  • Livre 3, La guerre du Bruit (Monsters of Men) : médaille Carnegie 2011.

 

Le chaos en marche - La guerre du Bruit (couverture)Livre 3 – La guerre du Bruit (2011)

« On y est.

A la fin de tout.

La fin de toutes les choses. »

(Todd)

La fin du livre 2 nous laisse avec trois armées en marche : celle de Maire Prentiss, celle des rebelles menée par Maîtresse Coyle et celle des Spackle. Eviter un massacre semble impossible en dépit de toute la bonne volonté de Todd et de Viola.

Deux nouveaux protagonistes, ignorants tout de la situation, ne tardent à faire leur apparition : Bradley Tench et Simone Watkin venus dans un vaisseau explorateur pour préparer le terrain au convoi de colons en route pour Nouveau Monde. Pour eux, le bilan n’est pas très optimiste :

« Nous espérions des colonies éteintes et toi et tes parents au milieu de tout cela, dit Bradley. Et pour finir, nous avons un dictateur, une révolutionnaire et une armée d’envahisseurs indigènes. »

(Viola)

La paix est donc au centre de ce troisième et ultime volume, mais celle-ci est-elle seulement possible quand tant de haine et de désirs personnels opposent les forces en présence ?

 

Dans ce troisième livre, un nouveau narrateur s’ajoute à Todd et Viola : il s’agit de 1017, le Spackle qui brûle de haine envers Todd et qui est surnommé le Retour par son peuple. Sa langue est plus soignée, moins brute que celle de Todd (ou même de Viola). Il saute aux yeux que les Spackle sont des créatures intelligentes, malgré l’absence de langage parlé.

On en apprend plus sur ces fameux Spackle, que l’on croyait éteints dans le livre 1 et qui ont fait leur apparition comme esclaves dans le livre 2. On découvre le nom qu’ils se donnent, la Terre, la manière dont ils vivent, dont ils communiquent, la relation qu’ils entretiennent avec les hommes et la planète. Il y a beaucoup de poésie chez les Spackle. La voix de 1017 interroge sur la différence, la possibilité d’une cohabitation pacifique entre les peuples, la vie en communauté.

« La Clairière, c’est le nom que la Terre a donné aux hommes, ces parasites venus de nulle part, qui ont voulu faire de ce monde un nulle part à eux, tuant la Terre en ombres si immenses avant que le pacte n’oblige à une séparation, la Terre et la Clairière pour toujours séparés. »

(1017)

Les personnages sont toujours aussi fascinants, nuancés, troublants. Rien ni personne n’est tout blanc ou tout noir. Les « méchants » ont leurs bons côtés tandis que les « gentils » ont leurs faiblesses et commettent des erreurs. Tous peuvent nous pousser à compatir, à sympathiser, à s’inquiéter de leur sort, à s’attacher à eux.

 

Patrick Ness creuse plus profondément encore son idée du Bruit, que ce soit à travers la Terre (les Spackle) ou Maire Prentiss.

Pour la Terre, le Bruit est une voix unique qui permet une communication totale et un partage sans limite des savoirs : tout est partagé. Ce que l’un de la Terre voit, tous le voient ; ce que l’un de la Terre éprouve, tous l’éprouve. Ils se sont parfaitement adaptés à cette bizarrerie de la planète.

Pour Maire Prentiss (que seuls Todd et Viola persistent à appeler le Maire et non pas le Président) qui utilisait déjà le Bruit comme arme pour assommer dans le livre 2, il s’agit à présent d’aller plus loin dans la maîtrise de son propre Bruit pour contrôler les hommes en plaçant ses idées et sa volonté dans leur Bruit.

Je trouvais déjà l’idée excellente dans le tome 1, mais ces nouveaux sujets la rendent encore plus passionnante.

 

La fin est relativement ouverte et ce sera à chacun d’entre nous d’imaginer la suite qui nous plaira pour les humains et pour la Terre.

Un troisième tome qui mélange un rythme endiablé et des réflexions sur la paix, sur la différence, sur le pouvoir, sur la liberté.

Voilà, après ces trois critiques, je suppose que vous avez compris que Le chaos en marche est vraiment une trilogie que j’ai trouvé palpitante et vraiment réussie tant au niveau de l’histoire qu’au niveau de l’écriture.

 

« J’étais différent.

Différent surtout par le langage. Le leur était à peine parlé, ils le partageaient si rapidement entre eux que je ne pouvais presque jamais le suivre, comme s’il constituait différentes parties d’un seul esprit.

Ce qu’ils étaient. Un seul esprit, appelé la Terre. »

(1017)

« Dans un endroit d’une telle beauté, d’un tel potentiel, murmure Bradley en regardant autour de lui, nous ne faisons que répéter les mêmes erreurs. Faut-il que nous haïssions tant le paradis pour vouloir à ce point le transformer en dépotoir ? »

(Viola)

« Quelle chose triste, les homme. Peuvent rien faire de bon sans être si faibles qu’ils feutent tout par terre. Peuvent pas construire quelque chose sans le démolir.

C’est pas les Spackle qui nous conduisent à notre perte.

C’est nous. »

(Todd)

 

La guerre du Bruit, Patrick Ness. Gallimard jeunesse, 2011 (2010 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Bruno Krebs. 508 pages.

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