Le chaos en marche : Livre 2, Le Cercle et la Flèche (2010)

Le chaos en marche (Chaos Walking) est une trilogie de science-fiction récompensée par de nombreux prix en Angleterre :

  • Livre 1, La voix du couteau (The Knife of Never Letting Go) : prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008, prix James Tiptree Jr. 2008 ;
  • Livre 2, Le Cercle et la Flèche (The Ask and the Answer) : Costa Children’s Book Award 2009;
  • Livre 3, La guerre du Bruit (Monsters of Men) : médaille Carnegie 2011.

 


Le chaos en marche - Le cercle et la flèche (couverture)Livre 2 – Le Cercle et la Flèche (2010)

A la fin (haletante) du livre 1, La voix du couteau, nous avions laissé Todd et Viola aux mains du Maire Prentiss (ou Président Prentiss plutôt) qui s’était emparé de Haven pour le transformer en New Prentissville. Dans ce deuxième opus, La Flèche, un groupe de rebelles mené par la guérisseuse Maîtresse Coyle, multiplie les actions terroristes pour faire vaciller le nouveau pouvoir en place. Et nos deux héros, Todd et Viola, sont séparés et embrigadés par ces deux camps adverses.

 

Pour le livre 2, la narration évolue pour passer à deux voix. Nous suivons tantôt Viola, tantôt Todd. Cela nous permet de suivre leur histoire personnelle puisqu’ils sont fréquemment séparés et que leurs trajectoires dévient souvent. Nous passons donc du côté de Maire Prentiss (le Cercle) et de celui de Maîtresse Coyle (la Flèche), ce qui offre une vision plus nuancée de la situation et de ces deux groupes.

Alors, certes, on peut reprocher à ce second tome de suivre un schéma un peu classique de la dystopie : le héros/l’héroïne, le dictateur qui prend le pouvoir et commet des actions horribles sous prétexte d’aider le peuple, le groupe de rebelles qui se dresse sur son chemin (un peu comme le District 13 dans Hunger Games)… Mais peu importe, ça fonctionne. On rentre dans l’histoire, on retrouve nos personnages et on s’intéresse au déroulement et aux multiples péripéties de cette lutte, de cette guerre.

Car le rapport au pouvoir est un sujet qui revient souvent dans ce deuxième livre. Maire Prentiss s’impose comme Président en prétendant agir pour la population tandis que Maîtresse Coyle organise de multiples actions terroristes pour le détrôner, faisant parfois des victimes innocentes. Qui a raison ? Comment choisir ? Doit-on répondre à la violence par la violence ? Qui croire ?

« – Tu veux voir les choses en noir et blanc, ma fille. Mais le monde n’est pas si simple. Il ne marche pas comme ça, ni aujourd’hui, ni jamais. Et n’oublie pas – elle m’envoie un sourire à cailler du lait – que tu combats à mes côtés.

Je me penche tout près de son visage.

– Il faut le renverser, alors je vous aide à le faire. Mais une fois que ce sera fait ? (J’ai son haleine sur mon visage.) Faudra-t-il vous renverser à votre tour ? »

(Viola)

D’autres sujets pointent le bout de leur nez : la barbarie ordinaire, les relations entre les hommes et les femmes allant jusqu’à la gynophobie, le terrorisme…

 

Ravie également par ce second tome car il a répondu à l’une des attentes que j’avais suite à ma lecture du premier : s’approcher et en savoir plus sur certains personnages. On découvre des guérisseuses, notamment Maîtresse Coyle et Corinne. On retrouve avec plaisir le vieux Wilf et son accent à couper au couteau : j’adore cette manière d’écrire comme il prononce (en méprisant et malmenant l’orthographe), on entend tellement cet accent, cette voix pareille à nulle autre ! Je n’ai pas pu m’empêcher de lire ses répliques à haute voix pour en savourer la sonorité.

On se rapproche de Maire Prentiss qui dissimule sa dictature sous une cape de velours. Et, je ne m’y attendais pas, on en apprend vraiment plus sur Davy Prentiss Jr., le fils du Maire. Celui qui apparaissait comme une brute violente et sexiste se révèle être un personnage vraiment profond : ses sentiments vis-à-vis de son père sont tellement complexes (peur, envie de plaire, de le rendre fier, jalousie, incompréhension…) qu’il en devient vraiment touchant.

(Et après Manchee, j’ai vraiment adoré  les chevaux de Todd et Davy, Angharrad et Acorn. La manière de communiquer entre eux, avec leurs maîtres auxquels ils sont vraiment attachés, la relation de Todd et de sa jument, tout cela est vraiment réussi.)

 

Un second tome aussi efficace et percutant que le premier qui creuse un peu plus la psychologie des personnages et qui réunit tous les éléments nécessaires pour promettre un final explosif.

 

« Parfois, la rumeur d’une armée est aussi efficace que l’armée elle-même. »

(Todd)

« Mieux vaut le diable qu’on connaît.

Je me demande pourquoi on a pas d’autre choix qu’entre deux diables, quand même. »

(Todd)

 « Il lève les yeux et la perte dans son Bruit est si immense que je me sens comme au bord d’un abîme, que je suis prête à tomber en lui, dans une noirceur si vide et solitaire qu’il n’y aura jamais d’issue. »

(Viola)

« – … Todd et moi ? Ensemble contre le Maire ?…

Elle sourit.

– … Il n’a pas la moindre chance. »

(Viola)

« Et j’entends sa voix dans ma tête –

Pas une attaque –

La version insidieuse, le serpent tortueux de sa voix –

Celle qui est lui prenant possession de mes choix –

Celle qui est lui les faisant siens. »

(Todd)

 

Le Cercle et la Flèche, Patrick Ness. Gallimard jeunesse, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Bruno Krebs. 460 pages.

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