Le chaos en marche : Livre 1, La voix du couteau (2009)

Le chaos en marche (Chaos Walking) est une trilogie de science-fiction récompensée par de nombreux prix en Angleterre :

  • Livre 1, La voix du couteau (The Knife of Never Letting Go) : prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008, prix James Tiptree Jr. 2008 ;
  • Livre 2, Le Cercle et la Flèche (The Ask and the Answer) : Costa Children’s Book Award 2009;
  • Livre 3, La guerre du Bruit (Monsters of Men) : médaille Carnegie 2011.

 

Le chaos en marche - La voix du couteau (couverture)Livre 1 – La voix du couteau (2009)

Le narrateur, Todd Hewitt, va avoir 13 ans dans un mois. Et à 13 ans, à Prentissville, les garçons deviennent des hommes. Il sera le dernier à devenir un homme car toutes les femmes sont mortes depuis longtemps. Ce n’est pas la seule étrangeté à Nouveau Monde, une planète colonisée par des humains : les animaux parlent et, surtout, tout le monde peut entendre les pensées de tout le monde. Mais le destin tout tracé de Todd bascule le jour où, en se promenant dans le marais, il découvre Viola et son silence. Une fille…

J’ai lu il y a quelques mois Quelques minutes après minuit du même auteur et j’avais vraiment beaucoup aimé cette histoire onirique dans laquelle Conor grandit en écoutant les histoires que lui offre le monstre qui le terrifie chaque nuit. C’est donc ce qui m’a poussée à me tourner vers la trilogie Le chaos en marche.

Il m’a fallu passer les trois premiers chapitres pour entrer dans l’histoire, pour m’y intéresser. En fait, il a fallu que l’histoire commence véritablement pour que je m’adapte au style. Car le langage utilisé est très oral et parfois (volontairement) erroné au niveau de l’orthographe, de la grammaire ou de la syntaxe. Nous sommes dans la tête de Todd, garçon analphabète, qui a quelques difficultés avec l’orthographe ou la prononciation des mots. On trouvera donc des sentiments comme l’« impassiance », la « satisfaxion », la « despéransse », la « frustrassion », etc. Cela m’a fait penser à Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes : le héros, Charlie, a également une orthographe bien à lui.

Il y a aussi parfois une profusion de mots, de phrases, d’idées, sans point pour faire une pause. En fait, c’est comme dans un esprit, les pensées se bousculent et se succèdent sans ponctuation, mais il m’a fallu un peu de temps pour prendre le pli et m’adapter à ce rythme. Et finalement, cela donne au livre une énergie particulière.

Mais ensuite, une fois partie, rien n’a pu m’arrêter.

 

Déjà, j’ai trouvé l’idée du Bruit géniale. Imaginez un monde où l’on entendrait les pensées de tout le monde, hommes et animaux, où toutes les douleurs et toutes les haines s’afficheraient en permanence, où les secrets sont impossibles (ou du moins compliqués), où l’intimité n’existe plus. Le Bruit rend le monde bruyant en permanence et empêche quiconque de se cacher car son Bruit le trahirait. Lire dans les pensées des gens n’est plus un super pouvoir, mais une malédiction.

Ce qui m’a également plu dans cette dystopie, c’est le fait de partir aussi ignorante que Todd puisque nous sommes dans sa tête et de découvrir la terrible vérité en même temps que lui au fil des pages. Certes, on se doute de certaines choses, mais d’autres me sont tombées sur le coin du nez sans que je les voie arriver. Je me suis tout de suite projetée dans ce monde dont on découvre l’histoire peu à peu (et je suis sûre que les tomes 2 et 3 regorgent encore de nombreuses surprises !).

Les péripéties de la fuite de Todd et Viola (je n’en dirai pas plus sur le pourquoi du comment pour ne pas spoiler) m’ont tenu en haleine pendant les 440 pages du roman. Le rythme est endiablé. Les personnages n’ont aucun répit et le lecteur non plus. De plus, les chapitres s’arrêtent souvent sur un cliffhanger, ce qui fait qu’il est impossible d’arrêter de lire !

Toutefois, Patrick Ness trouve toujours le moyen d’insérer quelques instants plus posés, comme la lecture du livre de la mère de Todd, qui sont comme une parenthèse hors d’un monde atroce.

 

Todd est parfois attachant et parfois exaspérant. Il s’emporte facilement, comprend parfois trop lentement, mais il est sensible et loyal même s’il commet des erreurs. Il n’agit pas comme un héros qui deviendrait un guerrier dès le moment où il comprend que son destin est unique, il reste un garçon de 13 ans et il peut être faible à des moments où l’on attendait de lui qu’il soit fort. Ça fait de lui un personnage vraiment humain.

 (Je dois aussi dire un mot sur Manchee que j’ai adoré. Manchee est le chien de Todd. Evidemment, il parle et il est d’une incroyable loyauté envers son maître – qui n’est pas toujours très correct envers lui. Même si ses pensées sont limitées, il est terriblement touchant.)

Quant aux autres personnages, j’attends qu’ils soient plus développés dans la suite. Viola d’une part, mais aussi le Maire Prentiss qui, dans cet opus, plane comme une ombre menaçante sur nos deux protagonistes, mais qui n’est pas vraiment présent.

 

La fin est inattendue et brutale et je n’avais qu’une hâte : attaquer le livre 2 parce que c’est méchant de nous laisser ainsi !

Bref, c’est vraiment un livre à lire. La langue est incroyable et l’univers solidement construit. On ne s’ennuie jamais car l’adhésion à l’histoire et aux personnages se crée très rapidement (ce n’est que mon avis, bien sûr).

 

« Le Bruit, c’est du bruit. Ça craque et ça crépite et ça finit généralement par une grande purée de sons et de pensées et d’images, et la moitié du temps, impossible d’y comprendre quelque chose.

L’esprit des hommes est rien qu’un fouillis et le Bruit, c’est comme la version active, respirante de ce fouillis. C’est ce qui est vrai et ce qui est cru et ce qui est imaginé et ce qui est rêvé, et ça dit une chose et son contraire total en même temps, et même si la vérité si trouve forcément, comment faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas quand vous captez tout, absolument tout ?

Le Bruit, c’est un homme non filtré, et sans filtre, un homme, c’est rien qu’un chaos sur pattes. »

« La vie est pas juste.

Non.

Jamais.

Elle est vide et débile avec rien que de la souffrance et de la douleur et des gens qui veulent vous faire du mal. Vous pouvez pas aimer rien ni personne à cause que tout vous sera enlevé ou détruit et que vous vous retrouvez seul et obligé de lutter sans cesse, de courir sans cesse pour rester en vie. »

 

La voix du couteau, Patrick Ness. Gallimard jeunesse, 2009 (2008 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Bruno Krebs. 440 pages.

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