Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, de Baptiste Beaulieu, lu par Emmanuel Dekoninck (Audiolib, 2015)

Alors voilà (couverture)Comme je le disais au début de ma critique de La déesse des petites victoires, mon second coup de cœur de ces derniers jours a été Alors voilà : les 1001 vies des Urgences de Baptiste Beaulieu.
Baptiste Beaulieu, diplômé en médecine, tient depuis 2012 un blog également intitulé « Alors voilà » que je ne peux que vous conseiller. Son but : réconcilier les patients et ceux qui les soignent, ne pas oublier que les corps malades ont un cœur, un esprit, des sentiments et qu’il ne s’agit pas uniquement de viande.
Pendant sept jours, le lecteur suit les journées d’un jeune interne d’une vingtaine d’années qui raconte d’autres souvenirs mémorables à une patiente en fin de vie de la chambre 7, la « femme-oiseau », qui veut entendre ses histoires. Les cas sont évidemment multiples, variés et on touche à toutes les parties du corps.

A travers ces tranches de vie en milieu hospitalier, il trace également le portrait de ses chefs, des autres internes, leur donne la parole pour qu’ils puissent évoquer leurs propres anecdotes. Il évoque des sujets tabous comme l’argent et ce qu’il apporte. Il évoque enfin, dans une moindre mesure, la vie en dehors de l’hôpital.

Les histoires sont tour à tour tendres, drôles, tristes. C’est ce qui m’a touchée dans ce roman : cette profusion de sentiments que l’auteur transmet à son lecteur. Les personnages ont tous leurs forces et leurs faiblesses, des qualités et des défauts, comme tout humain. On suit un médecin (un futur médecin) qui a la vocation chevillée au corps et qui aime ce qu’il fait, mais qui parfois ne supporte plus ses patients parce que lui aussi est humain. Un médecin qui ressent de la joie, de la tristesse quand un patient décède, mais aussi parfois de l’impuissance. De l’impuissance notamment face à certains cas tragiques qui reviennent trop souvent aux Urgences : les tentatives de suicide à répétition, les femmes battues qui refusent de porter plainte, de quitter leur conjoint violent… Ces récits sont écrits avec une grande sensibilité, avec énormément de respect, mais sans apitoiement.

La lecture est superbe, j’ai découvert ce lecteur avec bonheur. Il a une voix simple et douce, très agréable à écouter. Il rend le texte vivant, notamment en modifiant son timbre avec subtilité pour incarner les différents personnages, qu’ils soient masculins ou féminins
Le livre audio a par ailleurs remporté le prix Lire dans le Noir, catégorie Document, en 2015.

Ce récit du quotidien, basé sur des faits bien réels, vécus par l’auteur ou d’autres internes ou médecins, constitue un roman très émouvant sur l’humain et sur cette fourmilière que sont les Urgences.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Audiolib : le début du roman.

Pour en savoir plus sur ce titre, voilà l’explication sur le site de Baptiste Beaulieu : « Le secret de pourquoi « Alors voilà » ».

« Les femmes battues sont comme la mer. Il y a le flux et le reflux. Elles viennent, repartent, reviendront encore, la plupart échouent à couper les liens qui les retiennent prisonnières de leur tortionnaire.
Pourquoi?
Par amour, oui, on peut aimer un monstre quand il s’embusque sous le masque banal du quotidien. Par peur, très souvent. Par dévotion : « Il y a les enfants et ils vivent encore à la maison. » Par espoir : « Il changera, il reviendra celui dont je suis tombée amoureuse. » Par empathie : « Il est malheureux. » Par dévalorisation : « Je ne suis rien. »
Les femmes battues sont comme des vagues : elles se brisent chez nous et repartent avalées par le ressac des conventions et des obligations. Parfois, elles ne reviennent pas :
1 – elles ont, enfin, brisé leurs digues et pris le large. C’est bien ;
2 – ou elles se sont échouées sur les rochers et sont devenues écume de mer, comme la sirène du conte. »

Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, Baptiste Beaulieu, lu par Emmanuel Dekoninck. Audiolib, 2015 (Fayard, 2013, pour l’édition papier). 6h44, texte intégral.

J’ai également lu son second livre, Alors vous ne serez plus jamais triste… sans le même enthousiasme malheureusement.

5 réflexions au sujet de « Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, de Baptiste Beaulieu, lu par Emmanuel Dekoninck (Audiolib, 2015) »

  1. Ping : Urgence, de Pépito Matéo (2003) | L'ourse bibliophile

  2. J’aime beaucoup la sensibilité de Baptiste Beaulieu et son rapport aux gens. Je le suis sur les réseaux mais je n’ai jamais lu ses livres. Il paraît que La ballade de l’enfant gris est très beau.

    Je viens tout juste de me lancer dans le livre audio moi ! Je commence avec Harry Potter (oui je me foule pas trop ahah), mais j’ai vraiment beaucoup de mal avec le lecteur c’est dramatique^^

    • Ah mais oui, en lisant ta chronique sur Dr Patch, j’ai pensé à Baptiste Beaulieu, mais j’ai oublié d’en parler dans mon commentaire ! (J’étais trop émue ! :p )
      C’est ce que j’ai aussi entendu dire, mais comme Alors vous ne serez plus jamais triste ne m’avait pas convaincue plus que ça, je n’ai pas encore tenté cette lecture.

      Ah non, mais les HP, c’est atroce. Je déteste le lecteur, ces voix qu’il prend… c’est horrible, je n’ai pas pu finir le premier chapitre. Franchement, à moins que tu ne t’y habitues, j’ai peur que ça te dégoûte plus qu’autre chose du livre audio, non ? (Par contre, je les tenterai bien en anglais un jour, à voir comment est le lecteur.)

      • Ben par contre moi même si je suis B. Beaulieu, je n’ai jamais eu particulièrement envie de lire ses bouquins. Enfin je crois que ses petites chroniques me suffisent, et qu’en rajoutant la lecture je ferai sans doute une overdose^^.

        Alors pour les HP, le lecteur au départ ne me gênait pas, mais mon gros problème c’est la voix qu’il prend quand Hagrid parle. Il le fait passer pour un débile c’est catastrophique et très énervant.

        • Il me semble que celles de Dumbledore et McGonagall m’avaient bien agacée aussi. Ah et si je ne m’abuse, il prononce les noms de famille pas du tout comme moi (genre GrangÉ ou MalfOI (je ne peux pas te l’écrire en phonétique, je n’y connais rien), et pas à l’anglaise. Et ça m’insupportait.)

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