La Mort est une femme comme les autres, de Marie Pavlenko (2015)

La Mort est une femme comme les autres (couverture)Emm fauche les humains les uns après les autres, jour et nuit, sur tous les continents. Autant dire qu’elle abat un sacré boulot. Mais un jour, elle craque. Elle ne peut plus bouger, elle ne veut plus accomplir ce travail millénaire. C’est le burn out. Sur Terre, le résultat n’est pas vraiment la vie éternelle dont rêvaient les humains car la douleur est toujours là. Les hôpitaux sont surpeuplés : certains ont les organes dehors tandis que les maladies continuent de ronger et d’affaiblir leurs organismes.
Emm, poussée par sa Faux, sort arpenter la ville. Elle rencontre Suzie et Anatole. La première est atteinte d’un cancer du pancréas incurable, le second est un médecin des soins palliatifs débordé, harcelé par sa mère, qui tombe amoureux de Suzie au premier regard. Elle croise également la route de Germain Toluelle, le voisin de Suzie, 87 ans, qui lui fait découvrir le plaisir des premières fois.

La Mort est une femme comme les autres (mention très bien pour le titre) est un texte très court qui se dévore littéralement. J’ai adoré les personnages imaginés par Marie Pavlenko. Emm, parfois cruelle, parfois touchante, toujours décalée. La Faux, bavarde et cynique, un véritable prolongement de la Mort. Suzie, forte et fragile à la fois. Anatole Paladru, pas très courageux, pas très aimable envers cette Emm décidément trop étrange. Le vieux Germain, partagé entre sa sensation de devoir partir et son talent pour apprécier tous les petits bonheurs de la vie. Il y a peu de personnages, mais ils ont une réelle profondeur, ils ont des qualités et des défauts, comme tout le monde, et on peut facilement se sentir proche d’eux, les comprendre, compatir…

Je me suis beaucoup amusée en découvrant les situations tarabiscotées dans lesquelles se retrouve Emm. La Mort chez le psy, la Mort donnant la vie à l’hôpital… J’aurais aimé qu’il y en ait plus, mais cela aurait peut-être fait naître des longueurs dans le récit et une certaine lassitude pour moi.
A ces scènes un peu folles sont entremêlées des réflexions d’Emm : sur la mort, sur la société, sur la mesquinerie et les supplications geignardes des humains, mais aussi sur la vie maintenant qu’elle l’expérimente au côté des humains, sur les petits plaisirs, sur les moments de gentillesse… C’est une comédie, mais une comédie très bien construite, très intelligente. Et vous, voudriez-vous être immortel si vous le pouviez ? La vie ne vaut-elle pas la peine d’être vécue parce qu’elle est courte ?

L’humour peut ne pas plaire à tout le monde, mais il correspond plutôt bien au mien. J’ai vraiment aimé le côté sarcastique de la Faux (que j’adore en fait). L’écriture est très fluide avec un langage courant et de belles métaphores, les pages se tournent toutes seules.
La fin peut paraître un peu téléphonée, mais elle est bien amenée, donc je n’ai pas de reproches à lui faire.

193 pages survoltées, pleines de plaisir, d’humour noir, de folie, qui fait réfléchir sur la mort, mais surtout sur la vie.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Pygmalion pour ce livre et l’excellente rencontre qui a suivi.

« C’est la meilleure de l’année ! Moi, cruelle ? Ils me supplient tout le temps de les épargner, et maintenant que je m’exécute, ça ne va toujours pas ! Ils ne sont jamais contents, jamais contents ! »

« Emm avait du mal à comprendre Suzie, mas elle essayait. L’humanité trimait depuis sa naissance. La souffrance était son lot. Et la mort, la cerise sur le gâteau. Elles étaient inévitables. Pourquoi les redouter ? »

« (…) on ne doit pas avoir peur de mourir car nous sommes des étincelles. Quand nous naissons, nous sommes déjà morts à l’échelle de la planète. Une fraction de seconde, voilà ce qu’est l’homme. »

« Ce qui est bien dans la vie, c’est de ne pas se lasser. Des premières fois, on peut en avoir jusqu’au dernier jour ! »

« Mourir, c’est la fin. Le monde continue de tourner, sans nous. C’est être exclu du monde, renoncer aux chemins que nous n’avons pas eu le temps d’emprunter. Il y a cette idée de gâchis. On voudrait s’accomplir et être heureux mais on se dissout dans le quotidien, on se laisse dévorer par un travail chiant, des soucis sans intérêt, et au final, on passe à côté de notre vie. Enfant, elle est illimitée, potentiellement multiple. Elle ressemble à un chêne millénaire, imposant, touffu. Puis on grandit, on se confronte à des choix, et l’arbre se rabougrit. Un jour, on est vieux et on se rend compte que le chêne s’est transformé en ficus nain. »

La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015. 192 pages.

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