Les âmes croisées, de Pierre Bottero (2010, roman posthume)

Les âmes croisées (couverture)J’ai parlé il y a peu de temps de la trilogie L’Autre du même auteur, j’ai ensuite enchaîné avec ce livre que je n’avais jamais lu non plus : Les âmes croisées. Jamais lu parce que, étant paru à titre posthume, la suite restera à jamais inconnue et je n’avais pas envie de connaître une trop intense frustration. Finalement, cinq ans plus tard, l’opportunité se représentant, je me suis décidée et, je vous le dis tout de suite, je suis frustrée !

Mais reprenons.

Les âmes croisées, c’est l’histoire de Nawel Hélianthas, une jeune adolescente très privilégiée, une Perle, qui vit dans la cité d’AnkNor. Comme tous les autres Aspirants, elle doit demander une Robe, une caste : Mage, Gouvernante, Historienne, Prêtre… Ou Armure. Prenant peu à peu conscience des conséquences que peuvent avoir ses choix, elle décide de tracer son propre chemin – et non celui que l’on attend d’elle – à travers le monde.

 

Nawel est très surprenante car, au début, elle ne ressemble pas aux autres héros/héroïnes de Pierre Bottero. Autant Ewilan, Salim, Ellana, Natan ou Shaé sont sympathiques (bien que Shaé soit quelque peu sauvage et parfois distante), autant Nawel est d’une suffisance et d’une arrogance insupportable. Elle se moque des Cendres – qui sont les pauvres, exploités par les Perles, riches et puissants – ou de Ol Hil’Junil, le fou du roi, évoque l’autre monde d’où il vient, elle vit dans son univers et peine à accepter des critiques sur sa ville. Cela s’explique certes par son éducation, par ses parents qui ont réglé sa vie avant même sa naissance, mais cela ne la rend pas vraiment agréable à côtoyer. Jusqu’à l’événement tragique qui lui ouvrira les yeux.

Là, elle évolue, prend en profondeur et en maturité. Et par conséquent, ressemblera davantage à Ewilan, Ellana ou Shaé. Comme elles trois, elle est décidément promise à un destin extraordinaire qui se marie avec ses capacités qui surpassent celles de ceux qui l’entoure. Par exemple, la synergie à 100% avec Venia, son Armure, m’a fait penser au cercle noir d’Ewilan. Duom explique après avoir testé Ewilan que « c’est impossible (…), cette figure n’existe que dans les livres. » et Lounia dit à Nawel : « Je n’ai jamais entendu parler d’une synergie supérieure à 83%. »

 

Parmi les personnages qui entourent Nawel, j’ai simplement deux remarques à faire. Tout d’abord, la description d’Anthor Pher m’a fait sourire tant j’ai eu l’impression de retrouver Edwin.

« D’autant qu’Anthor était un petit homme sec et musclé, le cheveu ras, les traits burinés par le soleil et les intempéries, qui passait facilement inaperçu.

Du moins tant qu’on ne l’avait pas vu bouger.

Dès qu’il se mettait en mouvement, il dégageait en effet une stupéfiante impression d’énergie contrôlée, de calme efficacité et de dangereux sang-froid qui inspirait le respect et incitait à la prudence. »

C’est Edwin, non ? En plus, tous deux ont le titre de maître d’armes.

Et deuxièmement, je suis très contente de Philla. Effacée, timide, elle semble assez transparente – Nawel le dit elle-même, vive l’amitié… – et son avenir ne paraît glorieux. Toutefois, elle va faire mentir Nawel car, une fois la Robe d’Historienne revêtue, Philla s’épanouit, prend confiance dans ses capacités et on lui découvre de  nombreuses qualités. Son avenir, avenir qu’elle prend fermement en main, semble finalement s’annoncer heureux.

 

Comme lors de ma lecture de L’Autre, ce qui m’a particulièrement plu, c’est de chercher les petits (ou gros) indices reliant le monde de Nawel à Gwendalavir ou à la Fausse Arcadie.

Tout d’abord, Ol Hil’Junil. Avec un nom pareil, si typiquement alavirien, impossible de passer à côté. Outre le fait qu’« il n’était pas jurilan, nul ne savait d’où il venait », Nawel a un jour avec lui une conversation très éclairante pour nous et très absconse pour elle :

« – Je dois te quitter, demoiselle. J’ai rendez-vous avec la Dame.

– Toi, un rendez-vous ?

– Un rendez-vous imaginaire, il va sans dire.

– Je croyais que le chemin des rêves conduisait à une impasse.

Ne confonds pas le rêve et l’Imagination. Si le premier vient à toi de son propre chef, c’est volontairement que tu décides d’arpenter la deuxième. Cela peut s’avérer périlleux, j’en ai fait l’amère expérience, mais les possibles sont trop nombreux pour que tous débouchent sur des impasses. »

Or, si vous avez lu Les mondes d’Ewilan, vous vous rappellerez peut-être qu’un condisciple d’Ewilan, de Liven et des autres s’appelaient… Ol Hil’Junil.

Robes, Familles… Dans mon esprit, tout cela fait écho. Me semble lié. De plus, les Guérisseurs évoquent indéniablement les rêveurs alaviriens.

On retrouve également des Ims, des Lycanthropes, des Helbrumes, etc., ce qui laisse à penser que la porte de la cité des Anciens découverte par Nawel ouvre sur le charmant monde de la Fausse Arcadie.

Quant aux Glauques à la peau mate et peinte, ne seraient-ils pas les Faëls ?

Et à la fin – et j’arrêterai là – Nawel voit trois adolescents qui ont beaucoup de points communs, dans leur physique, avant Eryn et Elio (L’Autre) ainsi que Destan, fils d’Edwin et d’Ellana (Le Pacte des Marchombres). La rencontre de tout ce petit monde aurait été tellement excitante… Voilà pourquoi je suis et je resterai définitivement frustrée.

 

Je suis également très curieuse aux sujets des Armures qui, plus que des objets magiques, me semblent provenir d’une technologie très avancée. Venia explique à une Nawel ahurie qu’elle est « constituée d’un alliage de métal protéiforme géré par des puces de troisième générations sur base nanotechnologique. » A tes souhaits. Cette matière aurait-elle été importée d’un autre monde parallèle aux connaissances bien plus avancées que les nôtres ?

Ce tome est peut-être parfois un peu plus grave que les autres, mais en tout cas, je l’ai lu avec émotion et regret. Comme dans les autres livres de Pierre Bottero, on voyage, on passe d’une aventure à une autre, on ressent mille émotions… On rêve. Tout simplement. La poésie que ces histoires contiennent me fait vibrer, m’entraîne, page après page. Il est tout bonnement impossible de les lâcher.

(Je m’excuse pour ces « critiques » de L’Autre et de ce livre, Les âmes croisées, qui n’en sont pas vraiment. Je voulais seulement faire partager mon enthousiasme, plus que d’en faire une analyse critique. Je ne pense pas pouvoir être assez objective sur des livres, des univers qui me bercent depuis des années. Ce serait la même chose – en pire, peut-être – pour Harry Potter.)

« Et que lui importait une Cendre alors que ses chances de devenir une Robe Mage étaient compromises ? Que lui importait une Cendre alors qu’un effroyable mal de tête, conséquence d’une nuit entière passée sans dormir, broyait ses tempes ?

Que lui importait une Cendre ? Tout simplement. »

« Dire.

Dire ce qu’on meurt d’envie de dire.

Dire ce qu’on a besoin de dire. Besoin vital. Terrifiant.

Dire ce qu’on ignore avoir envie ou besoin de dire.

Dire pour comprendre, nettoyer, guérir, avancer.

Mais est-ce que dire suffit ? »

« « La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens », m’a dit Sylia la seule fois où nous nous sommes disputés. La reprendre à zéro est impossible. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, on ne revient jamais en arrière. »

« Tu te dessines un avenir ? Belle image. Et il est de quelle couleur, ton avenir ?

– La couleur de l’aventure mélangée à celle de la découverte, sur un fond d’amitiés et de voyages. »

Les âmes croisées, Pierre Bottero. Rageot, 2010. 432 pages.

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