Ouragan, de Laurent Gaudé, lu par Pierre-François Garel (Thélème, 2011)

Ouragan (couverture CD audio)

Ouragan met en scène une galerie de personnages qui se croisent ou se retrouvent au beau milieu d’une tempête qui ravage La Nouvelle-Orléans. La vieille Joséphine Linc. Steelson, « négresse depuis presque cent ans », qui décide de rester et d’assister à la colère des éléments. Rose, une mère célibataire, et Byron, son petit garçon qui s’échappe dans la tempête. Son ancien amant, Keanu Burns qui revient vers la ville qu’il avait fuie des années plus tôt pour aller travailler sur une plateforme texane qui l’a détruit. Un groupe de prisonniers évadés, groupe d’où se détache peu à peu la voix d’un seul homme, Buckeley. Un pasteur quelque peu exalté qui croit entendre dans les hurlements du ciel des ordres divins.

Mais l’ouragan pousse ces hommes et ces femmes à reconnaître et à affronter non seulement la nature, mais également leurs propres doutes, leurs peurs intimes, leurs combats passés, leurs remords secrets.

 

Si les personnages permettent de raconter des événements qui se sont vraiment déroulés lors du passage de Katrina en 2005 comme l’évasion des prisonniers, l’ouragan est plutôt secondaire. Il passe, se calme, mais ce sont les personnages et leurs pérégrinations dans cette ville détruite qui sont au premier plan. La ville est désertée, seuls les plus pauvres (dont les Noirs) sont toujours sur place. Les rues sont envahies par les alligators, les criminels y circulent librement, toutes les règles ont disparu. Et au milieu de ce désordre, nos « héros », fragiles, incertains, émouvants.

Le livre est court (seulement 5 heures d’écoute, autant dire qu’on ne le lâche plus une fois commencé), mais Laurent Gaudé sait nous faire comprendre les personnages en quelques mots, nous plonger dans leur vie, dans leur espoirs ou dans leurs peurs en quelques informations, sans longues descriptions.

Les protagonistes apparaissent pour la plupart comme fragiles face au déchainement de vent, d’eau et de bruit, mais j’ai été très sensible au personnage de Joséphine qui s’accroche à sa ville, celle où elle a menée tous les combats pour être reconnue comme l’égal des blancs, celle où elle a perdu son amour, même si cela doit lui coûter la vie. Elle est fière et forte, déterminée, ce qui fait d’elle le personnage le plus marquant du roman (qu’elle ouvre et clôt d’ailleurs).

La lecture de Pierre-François Garel– il avait déjà interprété La mort du roi Tsongor aux éditions Thélème – est magnifique. Sans en faire trop, il transmet simplement la beauté du texte en incarnant ces personnages uniques.

La Nature en colère fait apparaître des cœurs et des âmes tourmentés dans ce texte touchant, portée par une belle voix.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Thélème : le début du roman.

 

« Moi, Joséphine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. »

« Moi, Joséphine Linc. Steelson, pauvre négresse au milieu de la tempête, je sens que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j’ai hâte, car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu’un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d’une petite existence. »

 

Ouragan, Laurent Gaudé, lu par Pierre-François Garel. Thélème, 2011 (Actes Sud, 2010, pour l’édition papier). 5h, texte intégral.

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2 réflexions au sujet de « Ouragan, de Laurent Gaudé, lu par Pierre-François Garel (Thélème, 2011) »

  1. Pour ma part j’ai assez peu apprécié ce roman, qui m’a semblé un poil caricatural, et qui parle finalement assez peu de l’ouragan proprement dit. Une déception pour moi.

    • Effectivement, l’ouragan est finalement plutôt secondaire. L’accent est mis sur les personnages. Je ne me souviens pas du côté caricatural du roman, mais j’avoue que pour une lecture audio, je ne suis pas aussi exigeante que je peux l’être avec des livres papier parce que j’ai plus de mal à avoir du recul.

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