La colline des potences, de Dorothy M. Johnson (2015)

La colline des potencesLa colline des potences, aux éditions Gallmeister, contient le roman éponyme précédé de neuf nouvelles. On y rencontre des chercheurs d’or, des Indiens, des Blancs en quête de richesse, des hors-la-loi, etc. Le tout dans une ambiance de chevaux, de revolvers, de déserts. Bref, des westerns.

 

Les nouvelles, en premier lieu. Je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles. Celles de Zweig mises à part, ces textes me laissent souvent sur ma faim, en quête d’un personnage plus creusé, d’une histoire qui se prolongerait dans un laps de temps plus long. Or, ce ne fut pas le cas pour ce recueil. Certaines m’ont certes laissée indifférente, mais dans la majorité des cas, les personnages sont rapidement ébauchés sur le plan physique tandis que ce que l’on apprend de leurs désirs, de leurs turpitudes, de leur façon d’être, de leur passé, suffit à dresser dans mon imagination un personnage suffisamment profond sur le plan moral pour être crédible, pour être intéressant, pour être attachant. Hommes, femmes, Blancs, Indiens, bandits ou honnêtes hommes, ces personnages sont tous finement dessinés.

Je pense notamment à la première nouvelle « Une sœur disparue » qui raconte comment Bessie, une fillette enlevée par les Indiens à six ans, rentre chez ses sœurs quarante ans plus tard : évidement devenue une Indienne, mère d’un chef Indien, elle est incapable de se réadapter. Dorothy M. Johnson trace des portraits psychologiques aussi convaincants les uns que les autres, que ce soient ceux des sœurs enthousiastes, puis déstabilisées, puis ennuyées ou celui de Bessie, femme enlevée de sa vraie famille, son clan indien.

Je tiens à mentionner la nouvelle « L’histoire de Charley » que j’ai particulièrement aimée. Bien que relatée par un homme, cette nouvelle prend une femme comme personnage principal. Pas une fille de saloon, ni une femme de pionnier, mais une femme qui pour vivre son amour se travestit et travaille aussi dur qu’un homme. De même que dans « Une squaw traditionnelle » où, pour sauver l’homme qu’elle aime, une femme se fait une promesse qu’elle ne trahira jamais.

Ces nouvelles indépendantes tracent un portrait du Far West, un panorama des Etats-Unis tels que le cinéma les a érigés dans l’imaginaire collectif (l’auteure a d’ailleurs écrit la nouvelle qui fut adaptée par John Ford : L’homme qui tua Liberty Valance). Son écriture sans chichis, sa langue qui va à l’essentiel, correspond parfaitement à ce monde rude, fait d’amour et de vengeance.

 

Le roman (un peu plus de 120 pages) ressemble énormément aux nouvelles dans son style. Les personnages sont certes un peu plus nombreux, certains apparaissent en cours de route, mais je n’ai pas vu de différence majeure dans la manière de raconter. J’ai ressenti quelques longueurs, mais il était passionnant de suivre sur un temps plus long les hésitations, les erreurs et les transformations des personnages, notamment celle de Joe Frail qui perd de son cynisme et de Rude qui s’adoucit et semble oublier ses aspirations au banditisme.

 

Dix histoires qui transportent, dix histoires qui vont rêver, dix histoires qui plongent dans un véritable western et dans une grande aventure humaine.

« La nuit avant mon départ, elle a pleuré dans mes bras parce qu’on allait être séparé tout l’hiver. Ça allait être un hiver atroce, long et sinistre. Il a duré quarante ans. »

« L’histoire de Charley »

« C’est ainsi que je les vis, finalement – Mary Waters et Steve Morris – à cinq cents mètres d’écart, sur une belle route neuve au milieu d’une éclatante parade, mais en réalité à une éternité l’un de l’autre, éloignés par une différence de race et séparés pour toujours par une décision. »

« Une squaw traditionnelle »

La colline des potences, Dorothy M. Johnson. Gallmeister, coll. Totem, 2015 (1942-1957 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lili Sztajn. 301 pages.

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