Poussière rouge, de Jackie Kay (2013)

Poussière rouge (couverture)Incroyable, la phrase qui permit au frère de Jackie Kay d’être adopté – et par conséquent, à Jackie elle-même deux ans plus tard – par cette famille qui fait rêver par son humanisme et son ouverture d’esprit : « Au fait, la couleur de l’enfant nous est égale. » Ce qui me semble évident ne l’était pas alors, mais cette phrase m’a scotchée. Tout tient à peu de chose finalement et les chemins sont infinis.

Comme Jung dans Couleur de peau : miel (roman graphique et film chaudement recommandés !), Jackie Kay questionne l’adoption bien que de manière moins sombre. Peut-on vivre cette « double vie » ? Être partagée entre deux familles, deux pays et même deux prénoms (puisque la mère biologique de Jackie et ses tantes la connaissent sous le prénom de Joy). Rechercher ses origines ou se satisfaire de l’amour des personnes qui ont choisi d’adopter. Reconnaissance ou ignorance. Quelle est l’importance des liens biologiques par rapport à celle des liens affectifs ?

Jackie Kay choisit en vieillissant de se lancer dans une véritable enquête à la recherche de ses racines. Racines écossaises du côté maternel, nigériennes du côté paternel. Elle porte un regard très tendre sur sa famille. Sur ses familles. Y compris sur ceux qui veulent taire son existence. Elle tente de trouver des réponses, de comprendre les choix de ceux qui lui ont donné la vie.

Une pointe de frustration lorsque j’ai tourné la dernière page. J’aurais voulu en savoir plus sur la venue de Sidney, l’un de ses frères nigériens, et sa rencontre avec sa « famille écossaise ». Sur l’évolution – ou non – des sentiments de son géniteur qui ne m’inspire pourtant que très peu de sympathie (et plutôt cette crainte que génère chez moi tous les fanatismes religieux). Sur ces autres frères et sœurs.

Je ne connaissais pas Jackie Kay et j’avoue que je me suis attachée à elle au fil des pages. Pour son courage, pour sa gentillesse. Parce qu’elle se confie sans tabou et ne partage pas que les moments de joie. Et elle m’a fait voyager. Grand désir de découvrir son travail de poétesse à présent !

Une quête identitaire à la fois drôle et touchante entre deux terres de contes et de légendes qui poussent à l’errance sur les chemins de poussière rouge et dans les Highlands.

« Pour certains, retrouver ses parents biologiques se révèlent une expérience merveilleuse, un peu comme une histoire d’amour grisante. Certains décrivent la première rencontre comme une sensation proche de l’état amoureux. Pour d’autres, c’est quasiment catastrophique. Mais peu importe que l’expérience soit positive ou négative… elle nous met sens dessus dessous. Elle bouleverse notre vie. C’est une chose qu’il ne faut pas faire à la légère. On n’imagine pas à quel point une activité aussi innocente que chercher, retracer ce qui a déjà été tracé par le passé, peut transformer une vie. »

 « Le territoire de l’adoption est un terreau fertile pour le secret ; il y fleurit et s’y épanouit ; où qu’on gratte, on trouve toujours une racine noueuse toute fraîche. »

Poussière rouge, Jackie Kay. Métailié, coll. Bibliothèque écossaise, 2013 (2010 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. 257 pages.

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