La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon (2014)

La petite communiste qui ne souriait jamais (couverture)Biographie d’une jeune gymnaste roumaine ? Certes. La petite communiste qui ne souriait jamais, c’est avant tout l’histoire d’une vie. Celle de Nadia Comaneci.

Une ascension fulgurante, compétitions après compétitions, médailles après médaille, allant jusqu’à perturber le panneau électronique olympique à Montréal. Toujours aller plus loin, plus vite, plus haut. En dépit des risques. En dépit de l’ombre de l’accident, de la paralysie, de la mort. L’admiration des journalistes, l’adulation des petites filles, l’amour du public.

Et puis, comme souvent, une déchéance. Les premières défaites, l’argent au lieu de l’or. Une utilisation de la jeune sportive par le pouvoir, des changements d’entraîneurs, des doutes, des « écarts ». Des critiques, des jugements. Une déception face aux changements morphologiques de la fillette qui avait battu les championnes soviétiques.

Derrière cette couverture rouge se cache un feu follet venu de l’Est….

Fiction ? Eh oui ! L’imagination de Lola Lafon (les belles sonorités de ce nom !) remplit les silences de l’histoire et les dialogues de la narratrice avec Nadia sont imaginés (bien que tirés ou inspirés par l’autobiographie de l’athlète). Et pourtant… Pourtant, ils sont si réalistes. Si crédibles qu’il semble impossible que les deux femmes n’aient jamais échangé. Si sincères que l’on voudrait qu’ils soient vrais !

Et sur ces pages blanches s’élance une virgule vivace, un corps souple et musclé !

Panorama d’un pays ? Bien sûr ! Et d’une époque, celle de la Guerre Froide. L’un des grands points forts du livre est l’absence d’une vision binaire des événements : pas de méchants contre des gentils. Etrangement – et intelligemment –, ce sont les points de vue parfois extrêmes de Nadia et de la narratrice qui permettent de nuancer. Le dégoût de l’Occident de l’une et la représentation réductrice du communisme et des pays de l’Est de l’autre entraînent des « dialogues » qui font apparaître les failles et les forces des systèmes. (Ceci n’est absolument pas une apologie de la dictature qui sera toujours injustifiable. Néanmoins, tout n’est pas forcément rose sous une démocratie.)

Avec son intelligence et sa sensibilité, La petite communiste qui ne souriait jamais a séduit quelqu’un qui ne connait rien de la gymnastique que les enchaînements minables du collège et qui ignorait l’existence d’une Nadia.

Avec son écriture aussi vive et dynamique qu’un enchaînement de la nymphette roumaine, Lola Lafon m’a donné envie de m’élancer, de traverser les longs couloirs de mon lieu de travail avec des roues et des bonds. De me sentir légère comme si la pesanteur n’existait plus, affûtée et maître de mon corps. Et libre !

 

 « Je ne vais pas tourner le dos à ce qui me fait peur. Je fais face, parce que la seule façon d’échapper à ma peur est de la piétiner. »

« Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer. »

« Si vous cherchez un mot pour dire que vous avez vu quelque chose qui était si beau que ça ne disait pas combien c’était beau, dites donc que c’était nadiesque. »

Un extrait de la performance de Nadia aux JO de 1976 à Montréal

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon. Actes Sud, 2014. 317 pages.

Egalement de Lola Lafon : Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce

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