Voyageur malgré lui, de Minh Tran Huy (2014)

Voyageur malgré lui (couverture)Comme dans tous ses romans, Minh Tran Huy déroule des portraits et des histoires qui nous sont racontés par Line. Ouvrant la première partie du roman « Allers », le premier personnage est Albert Dadas, un « fou voyageur » atteint d’automatisme ambulatoire qui se levait un matin et marchait à travers la France, allant parfois jusqu’en Algérie ou en Russie. Elle nous parle ensuite de Samia Yusuf Omar, l’athlète somalienne qui courait pour s’en sortir, pour accéder à une autre vie, une autre réalité. C’est à travers eux qu’elle fait le lien avec sa famille d’origine vietnamienne. Combien de personnes obligées de quitter leur foyer, leur famille, voire leur pays, à cause de la guerre, pour suivre des études, pour offrir à leurs enfants une vie meilleure. Thinh, Hoai, Sun, Yuân Lan, Tâm, Bao… Des parcours singuliers et en même temps semblables à ceux de tant de Vietnamiens.

On retrouve les thèmes chers à Minh Tran Huy, ceux qui parcourent toute son œuvre. Elle raconte les guerres qui ont marqué et transformé l’Indochine et le Vietnam, la dictature communiste, l’exil, les longues études et le travail acharné pour acquérir une situation. Mais elle parle aussi de la mémoire, des souvenirs et de l’identité. Le père de Line incarne ses trois sujets. Etranger dans son pays d’origine, en parlant parfaitement la langue, a-t-il réellement trouvé sa place dans son pays d’adoption ?

La forme du texte est également typique de Minh Tran Huy. Comme dans La double vie d’Anna Song ou La princesse et le pêcheur, la seconde partie du roman « Retours » est construit avec une alternance de deux voix : celle de Line et celle de son père. Tous deux se complètent, apportent des détails pour finalement présenter au lecteur une grande histoire familiale, une saga tragique à travers l’Histoire récente du Vietnam.

Peut-être peut-on reprocher à Minh Tran Huy une certaine redondance dans ses thématiques, mais elle conte le Vietnam en combinant tant de réalisme et de poésie, trace des portraits d’une telle finesse que se plonger dans ses romans reste toujours un moment magique malgré les drames et les larmes des personnages.

« Toute son existence, Albert a fugué, et jamais il n’a su dire pourquoi. Il n’en avait aucune idée : il fallait qu’il parte, voilà tout. Peut-être rêvait-il désespérément d’une autre vie que la sienne, morne et bien rangée. Peut-être le monde dans lequel il évoluait ne lui suffisait-il pas. Peut-être était-il avide de liberté et d’infini. Peut-être ne supportait-il pas d’avoir un ancrage fixe. Peut-être que partir était une façon pour lui de se réinventer, encore et encore – ou d’oublier qui il était tout simplement. Lui-même ne s’est jamais exprimé sur le sujet. Avait-il seulement un réponse à donner ? »

 « L’erreur était d’avoir imaginé que les arrestations étaient gouvernées par une forme de logique, quand elles n’obéissaient qu’à une mécanique, une machine ivre d’elle-même et des ravages qu’elle pouvait infliger, drapée dans une obsession de pureté devenue meurtrière. Dans cet univers-là, on n’était pas condamné parce que coupable, mais coupable parce que condamné. »

Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy. Flammarion, 2014. 240 pages.

Bibliographie de Minh Tran Huy :

  • La princesse et le pécheur ;
  • Le lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam ;
  • Comment la mer devint salée ;
  • La double vie d’Anna Song.
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