Interférences, de Yoss (2009)

Interférences (couverture)Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu de la science-fiction !

Interférences est composé de trois nouvelles qui n’ont en commun que le cadre : un petit et un grand pays, un riche et un pauvre, un développé et un retardataire, un exportateur et un importateur.

L’épisode 1 intitulé « Interférences » est notre première excursion au petit pays. Monsieur Pérez réalise un jour que ce qu’il voit à la télévision n’est pas ce que regardent ses voisins. En effet, voilà qu’il reçoit les émissions du futur. Si avoir un épisode d’avance dans les séries ne porte pas à conséquence, connaître les actualités trois mois avant qu’elles n’arrivent est un enjeu autrement plus important et l’affable dictateur ne va pas laisser une famille ordinaire détenir une telle connaissance.

Dans l’épisode 2, « Les pièces », un étrange virus contamine toute une partie de la population du grand et du petit pays. Les personnes infectées se transforment… en indestructibles pièces de vaisseau. Les extraterrestres ont-ils envahi la Terre ? Comment réagir face à cette épidémie ?

Enfin, la saga du grand et du petit pays s’achève dans « Les cheminées » avec une course ridiculement effrénée pour posséder la plus haute cheminée d’usine.

Les trois nouvelles de Yoss sont des instants de dégustation littéraire. Les nombreuses répétitions et énumérations sont construites avec des mots justes et efficaces et elles offrent aux textes une véritable beauté grâce à leur musicalité.

Sa critique de la société et des rivalités américano-cubaines – sous la métaphore peu voilée du grand et petit pays – est pleine d’humour. Je ne connais pas Cuba, mais je pense en avoir eu un aperçu original (et pas forcément très positif) grâce à Yoss : son affable dictateur, les produits de mauvaise qualité, les habitations sans luxe, l’armée, etc. On ne tombe donc jamais dans le tableau noir et défaitiste que l’on peut trouver dans d’autres livres de science-fiction. L’absurdité et le ridicule de certaines situations montrent l’étendue de l’imagination de Yoss. Ils ne font qu’augmenter jusqu’à atteindre leur paroxysme à la fin de la dernière nouvelle qui s’achève sur une vision totalement surréaliste.

Quant aux deux courts textes qui nous sont offerts à la fin du livre, j’ai beaucoup apprécié le premier, « Ils étaient venus ». La répétition et le choix des mots confèrent au récit – plutôt vide de toute intrigue développée – un côté très poétique. En revanche, le second, « Seppuku », m’a laissé indifférente.

J’ai trouvé ce livre extrêmement bien écrit (extrêmement bien traduit), mais aussi très amusant tout en étant intelligent. Mais, bien que ce fut un agréable moment passé entre ces deux pays, je ne pourrais pas le qualifier de coup de cœur. Est-ce dû au genre de la science-fiction que je lis finalement assez peu ? Ou à la forme de la nouvelle qui me laisse trop souvent sur ma faim ? Je l’ignore.

« Dans le grand pays, gouvernait depuis plusieurs décennies une poignée de riches blasés, grâce à un système simple et efficace : l’achat des voix d’un peuple éduqué dans le principe que l’argent guide le monde et habitué au fait que tout a un prix. C’était, bien évidemment, une démocratie.

Dans le petit pays, gouvernait depuis plusieurs décennies son affable dictateur (Grand Timonier du Destin National), élu chaque année par son peuple lors d’élections où, de manière simple et efficace, il était le seul candidat autorisé à se présenter. C’était, ne vous en déplaise, une démocratie. »

(« Episode 3 : Les cheminées »)

Interférences, Yoss. Mnémos, coll. Hélios poche, 2014 (2009 pour l’édition originale. Editions Rivière Blanche, 2009, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’espagnol (Cuba) par Sylvie Miller. 208 pages.

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