From Hell : une autopsie de Jack l’Eventreur, d’Alan Moore et Eddie Campbell (2000)

From HellIl y a très longtemps, j’avais vu le film, réalisé par Albert et Allen Hughes, avec Johnny Depp et Ian Holm (2001). Ce fut une surprise d’apprendre il y a quelques mois qu’il était tiré d’un roman graphique. L’ayant trouvé à la médiathèque, j’ai attaqué sa lecture.

Ai-je besoin de rappeler l’histoire de Jack l’Eventreur, cet homme qui dans le Londres victorien assassina les prostituées de Whitechapel avant de disparaître sans laisser de traces ? Il ne laissa qu’une lettre (malgré de nombreux imitateurs) intitulée « From Hell », « De l’enfer ». Je ne révèlerai rien de l’hypothèse avancée par Alan Moore afin de ne gâcher à personne le plaisir de la découvrir.

From Hell est un sacré pavé avec ses 575 pages. Quatorze chapitres, un prologue, un épilogue et des appendices.

 

Chaque chapitre – un peu comme Fritz Haberest ouvert par une page noire et des citations. Contemporaines à l’histoire ou moderne, provenant de journaux, d’écrivains célèbres (Oscar Wilde ou Frank Kafka, par exemple), de livres de ripperologues, de poèmes (Milton, Yeats…), etc., elles annoncent le chapitre, donnent parfois le ton. Les chapitres peuvent plus ou moins longs, muets ou bavards, dynamiques ou lents, sanglants ou non.

Des épisodes de la vie de l’assassin se mêlent à ceux de ses victimes. Je l’ai dit : de son identité, je ne dirai pas un mot. Mais sa psychologie est particulièrement fouillée. Ses intentions, ses secrets, sa vie publique, ses illuminations, ses croyances nous sont dévoilées.

On découvre la vie dans le Londres de Victoria : la domination du pouvoir, les francs-maçons, et le quotidien des plus démunis, la solitude et la misère humaine. Ceux, ou je devrais plutôt dire, celles pour qui la vie signifie l’alcool, la prostitution et la peur des gangs qui leur extorquent de l’argent. Pourtant, les femmes ne sont pas les plus misérables : elles se battent pour survivre, pour payer le loyer, pour se nourrir alors que les hommes apparaissent souvent plus pitoyables. Ça grouille parfois, les personnages sont nombreux, il faut un petit moment le temps de faire leur connaissance et de les reconnaître. On rencontre John Merrick, alias Elephant-Man, William Blake ou encore Oscar Wilde.

 

Les appendices sont divisés en deux parties. Tout d’abord, précédées par deux plans de Londres et de Whitechapel, des annotations pour chaque chapitre, voire pour chaque planche du livre, éclaircissent les passages un peu nébuleux et expliquent les sources, les preuves, les spéculations, les inventions, les probabilités de chaque élément. Car malgré une part de fiction évidente, les auteurs se sont basés sur une enquête sérieuse prenant en compte des faits avérés et des documents réels. Ensuite, Le Bal des chasseurs de mouettes est un historique de la « ripperologie » et des différents suspects proposés par les auteurs. Nous commençons avec Walter Sickert en 1890 pour terminer avec From Hell.

Si le premier appendice est parfois très conséquent et un peu lourd en références, il n’en reste pas moins passionnant et témoigne de l’enquête réalisée par Alan Moore. De même le second illustre de manière assez drôle les spéculations et les fantasmes nés de ces meurtres. On apprend quand même un certain nombre de choses.

 

Les dessins  d’Eddie Campbell n’utilisent que du noir. Sombres, ils transmettent et servent à merveille l’ambiance de l’histoire. Ils sont parfois oppressants, si ténébreux que l’on ne voit pas bien ce qui se passe, comme si l’on était au fond d’une impasse au milieu d’une nuit sans lune. Certaines planches sont très lentes et donnent au lecteur le temps de s’imprégner d’une situation, elles accompagnent une discussion ou illustrent la stupéfaction d’un personnage comme frappé par la foudre suite à la découverte d’un corps. En alternant deux techniques (énormément de traits ou des aplats), Eddie Campbell fait le parallèle entre deux mondes : celui des riches auquel appartient l’assassin et celui des plus miséreux auquel appartiennent les victimes.

Un roman graphique passionnant, documenté, qui nous transporte à la fois dans le mythe de Jack l’Eventreur et dans les palais et les bas-fonds du Londres de la reine Victoria.

« Le seul lieu où les dieux et les monstres existent sans conteste n’est autre que l’esprit humain… »

From Hell : une autopsie de Jack l’Eventreur, Alan Moore (textes) et Eddie Campbell (dessin). Delcourt, coll. Contrebande, 2000 (1991-1996 pour l’édition originale en dix volumes). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Jannequin. 572 pages.

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