Les garçons et Guillaume, à table !, par Guillaume Gallienne (2009)

Les garçons et Guillaume, à table !« Le premier souvenir que j’ai de ma mère, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone il y a deux jours, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse, ma chérie » ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus. »

Je ne connaissais pas la pièce lorsque l’excellent Guillaume Gallienne la jouait à Paris, je n’aurais de toute manière pas pu la voir, et, puisqu’elle n’a pas été filmée dans son intégralité, j’ai dû me contenter de ce petit livre.

Petit, il l’est effectivement. A peine soixante pages à peine, autant dire qu’elles se dévorent. J’aurais préféré voir la pièce, ou entendre Guillaume Gallienne me lire son texte. Cela n’a rien à voir avec lire le texte de la pièce. Les rares extraits que j’ai pu en voir m’ont montré qu’il manque, avec une simple lecture du texte, tout le talent, le charisme, la sincérité de Guillaume Gallienne. Je regrette beaucoup de l’avoir raté. Une pièce est faite pour être vue avant tout, c’est pour cela que j’ai longtemps eu du mal à lire du théâtre. Mais j’ai changé et j’ai pu apprécier ce texte qui est vraiment juste et intelligent.
Je ne ris pas souvent devant un livre. Généralement, je ris intérieurement, je laisse éventuellement échapper un sourire, mais là, alors que je lisais dans le train, j’ai beaucoup souri et je crois bien avoir éclaté de rire une ou deux fois. C’est très drôle.
Mais c’est aussi très tendre. C’est une véritable déclaration d’amour à sa mère et à toutes les femmes.

A la fin, il annonce à sa mère qu’il a « décidé d’écrire un spectacle sur un garçon qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel ». C’est l’inverse de ce qui se produit habituellement. Pour la famille, les connaissances, la société toute entière, le principe de base est l’hétérosexualité et il faut assumer l’homosexualité. On ne demande jamais à quelqu’un : « Dis-moi, tu es hétéro ? » ; non, ça n’arrive jamais. Bref, quoi qu’il en soit, Guillaume Gallienne fait ici un coming out très original.

A travers ce spectacle autobiographique, Guillaume Gallienne dessine en arrière-plan notre société (du moins, c’est ma perception du texte). Une société où il n’est pas toujours facile d’être soi-même, où le regard des autres – et spécialement celui de ceux qu’on aime, de ceux que l’on respecte, de ceux que l’on admire – cherche à nous conditionner, à nous imposer une manière d’être et même de penser.

Les passages émouvants succèdent à ceux qui font rire, mais ils sont toujours pertinents et intelligents. Je n’en regrette que davantage de ne l’avoir pas vu au théâtre.

Le film, Les garçons et Guillaume, à table !, est l’un des films que j’attends avec le plus d’impatience cet automne. Guillaume Gallienne y interprète le rôle principal (évidemment, j’ai envie de dire), mais aussi celui de sa mère. S’il est aussi drôle et émouvant que l’est ce livre, ce sera un film brillant.

« En fait, la grande différence des femmes, c’est leur souffle. Il est plus doux, plus variable aussi, moins linéaire, moins homogène, voilà ! Le souffle d’une femme varie tout le temps selon qu’elle est émue ou concentrée, séductrice ou charmée. Les hommes, ils n’ont que deux manières de respirer, pas plus, selon qu’ils sont calmes ou excités. C’est simple, c’est comme les clebs ! Leur souffle n’est relié à rien, si ce n’est le petit soldat qui est en eux et qui doit surtout ne rien montrer de ses émotions. Tandis que les femmes, c’est incroyable, leur souffle est relié à leurs plus profondes émotions, à ce qu’elles ont de plus intime. Bon, bien sûr, elles savent en jouer, et elles ne s’en privent pas d’ailleurs. Mais ça aussi j’ai appris à le reconnaître, et à le reproduire… Ainsi, je les ai tous appris… tous les souffles, toutes ces respirations qui faisaient battre mon coeur à l’unisson avec les femmes… »

Les garçons et Guillaume, à table !, Guillaume Gallienne. Les Solitaires Intempestifs, 2009. 60 pages.

Les garçons et Guillaume, à table ! (film)

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