Mysterious Skin, de Gregg Araki, avec Joseph Gordon-Levitt, Brady Corbet… (Etats-Unis, 2004)

Mysterious Skin 1 Nous suivons en parallèle la vie de deux garçons qui vivent dans la même ville, font du base-ball ensemble et ont vécu ensemble des choses traumatisantes. Ils finissent par se rejoindre et s’expliquer à la fin du film.

D’un côté, Neil McCormick. Sexuellement abusé par leur entraineur de base-ball, Heider, à l’âge de 8 ans, il se prostitue tout au long de son adolescence avec des hommes plus âgés, qui à prendre des risques au mépris de sa santé (maladies, violences physiques…). Il se moque des inquiétudes de sa meilleure amie, Wendy, liée à lui par leurs secrets, et d’Eric, éperdument amoureux de lui.

De l’autre, Brian Lackey. Il est à la recherche de son passé, plus précisément de cinq heures qui ont disparues de sa mémoire. Il se souvient seulement avoir été retrouvé seul dans la cave, le nez en sang. Plus tard, à Halloween, cinq heures ont à nouveau été effacées de sa mémoire. Il est convaincu avoir été enlevé par des extraterrestres.

C’est cette recherche de ses souvenirs, qui remontent peu à peu, qui le conduiront à Neil qui l’aidera à se souvenir de tout.

Ce film est adapté du livre homonyme écrit par Scott Heim et publié en 1995, livre que je n’ai pas encore lu, livre que j’ai très envie de lire après avoir découvert le film. J’ai également très envie de découvrir d’autres films de ce réalisateur.

Car Mysterious Skin est juste incroyablement fort.

Un choc.

Mysterious Skin 2La manière dont Gregg Araki traite des abus sexuels sur les enfants – un thème déjà très dur – n’est pas voyeuriste. Il y a plus de suggestions, ce qui peut être tout aussi violent que des images directes. Des scènes sont terribles, mais le talent du réalisateur empêche la chute dans le glauque.

Il montre deux conséquences différentes, deux caractères, deux réactions pour se protéger. L’un culpabilise – ce qui permet à Gregg Araki d’aborder sans tabou la prostitution et l’homosexualité – ; l’autre occulte totalement cet épisode traumatisant de sa mémoire. Il y a quelque chose de très touchant – faute d’un meilleur mot pour exprimer ce que j’ai ressenti – dans la recherche de Brian, dans ses spéculations sur un enlèvement par les extraterrestres car nous, spectateurs, nous doutons bien de ce qui lui est réellement arrivé – nous nous doutons qu’il y a un lien avec ce qui est arrivé à Neil – et nous anticipons le moment où il va le découvrir à son tour.

Le seul pont noir est ce lien qui semble être fait entre les attouchements subis par Neil et son homosexualité. En réalité, je ne l’ai pas vu de moi-même car le jeune Neil semble désirer les hommes avant sa rencontre avec son entraîneur, mais il est vrai qu’il est possible que des gens sensibles à certains clichés disent : « Il a été abusé par un homme, c’est pour cela qu’il est homo. »

Joseph Gordon-Lewitt est parfait dans son rôle tout comme Brady Corbet et les autres acteurs. Cette interprétation parfaite ne fait qu’accroître la puissance et le réalisme du film.

Un coup de poing, un choc dont on ne ressort pas vraiment indemne, un film que je n’oublierai pas de sitôt.

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