Milady de Winter, par Agnès Maupré (2010 – 2012)

Milady de Winter T.1

Agnès Maupré revisite avec ces deux tomes parus chez Ankama l’œuvre d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Mais ce n’est pas sur D’Artagnan et ses trois compagnons qu’elle fixe son regard, mais sur leur terrible et mortelle ennemie, Milady de Winter. Les 134 pages du tome 1 retrace la vie de la belle Anglaise depuis sa pendaison par son époux, le comte de la Fère (alias Athos) jusqu’à sa déclaration de guerre à D’Artagnan qui, par la ruse, s’est introduit dans son lit et a « mis à nu un secret dangereux » : Milady est marquée d’une fleur de lys. Le second tome, fort de ses 141 pages, raconte la haine de Milady pour les quatre amis, ses intrigues pour faire assassiner le duc de Buckingham jusqu’à sa mort.

Mais ce que ces bandes dessinées mettent en avant, ce sont des aspects inédits de la vie de Milady : sa rencontre avec le comte de Winter, sa grossesse ou encore sa relation avec son fils ainsi qu’avec Constance Bonacieux, sa prisonnière. Ces éléments absents des livres, Agnès Maupré les réinvente pour donner une nouvelle vie à cette célèbre méchante.

 

JMilady de Winter T.2e n’avais jamais lu Les Trois Mousquetaires bien que j’avais adoré Le Comte de Monte-Cristo ou bien La Reine Margot. Mais cette histoire de mousquetaires que j’imaginais, pour je ne sais quelle raison, comme une histoire de cape et d’épée manichéenne ne m’attirait pas du tout. Mais à force de voir Milady de Winter dans les librairies, j’ai commencé à être intriguée. Puis peu avant le Livre sur la Place 2012, j’ai vu que la dessinatrice serait l’une des invitées de la Parenthèse, bonne librairie spécialisée BD de Nancy. J’ai alors pensé « c’est l’occasion, je vais lire Les Trois Mousquetaires et si ça me plaît, je lirai Milady et j’irai voir Agnès Maupré. » Ni une ni deux, je prends mon bouquin (que j’avais acheté plus d’un an auparavant à une bourse aux livres et je me suis plongée dans ma lecture. « Plongée » est le mot car j’ai littéralement dévoré les deux livres qui composaient mon édition des Trois Mousquetaires. J’ai adoré l’histoire de ces quatre amis à la vie à la mort, avec chacun leurs qualités mais aussi leur défauts, se heurtant à la colère de Richelieu, puis de Mazarin, poursuivis par Milady ou par son fils. Et donc je suis allée chercher Milady de Winter pour retrouver ce personnage si intrigant qui, pour moi, le plus intéressant du livre, méchante charismatique, vipère dissimulée sous le masque de la beauté, femme meurtrie qui rend tous les coups, espionne meurtrière.

(Si ça ne s’appelle pas parler pour ne rien dire…)

 

Après avoir lu le tome 1, j’ai été incapable de dire si j’avais vraiment aimé ou pas. Sur le coup, je veux dire. Le dessin est assez particulier, simpliste à première vue et les personnages des mousquetaires si ennoblis dans les livres malgré leurs défauts sont ici montrés si ridicules que je suis restée perplexe. Puis j’ai acheté le deuxième tome et j’ai relu le premier pour bien me remettre dans l’ambiance. J’ai alors vu la BD sous un jour différent. Et totalement positif !

Alexandre Dumas nous montrait le monstre, Agnès Maupré nous montre la femme. Tout en suivant le récit de l’auteur, elle réalise un beau travail d’écriture pour nous montrer ce que l’on ne peut qu’imaginer dans les livres. Milady n’est plus seulement la femme machiavélique de Dumas, c’est aussi une victime qui a connu la souffrance et qui tente de se relever de ces épreuves et de fuir son passé qui la rejoint bien souvent. C’est aussi une femme qui aime, mais qui refuse de se laisser dominer par les hommes qui pourtant dominent ce XVIIe siècle, c’est aussi une femme à la recherche d’une amie qu’elle trouve en quelque sorte auprès de Constance Bonacieux, sa prisonnière (qu’elle empoisonnera tout de même pour se venger de D’Artagnan). Agnès Maupré rend à Milady sa part d’humanité en montrant que c’est la douleur qui lui a donné cette détermination et cette cruauté. De plus, elle nous la présente sous un jour totalement absent dans l’œuvre de Dumas : elle nous la montre en mère. Mère indigne peut-être, mais qui finalement aime son fils. La maternité était un sujet important pour Agnès Maupré qui tenait à montrer cet aspect de Milady (elle a expliqué ceci au Livre sur la Place pendant les dédicaces). Quant aux hommes, ils ne tiennent vraiment pas le beau rôle : lâches, ivrognes, volages, acariâtre (pour Athos), arriéré (Porthos), débauchés. En un mot : ri-di-cu-les.

Au final, un récit tragique raconté avec légèreté et violence avec un dessin à la plume et à l’encre qui, finalement, se révèle très agréable. Une très bonne découverte !

 « Ces histoires de déshonneur qui tombe sur la pécheresse comme la foudre divine ne sont que des mythes destinés à convaincre les femmes de garder leurs fesses bien sages. »

 « J’ai cru qu’il suffisait pour revivre de tourner le dos à son passé, mais il faut le fouler aux pieds, l’écraser, le brûler pour enfin renaître sur une terre aride, nette et pure comme un désert. J’ai cru aussi que le temps cicatrisait les blessures, naïveté ! Chaque nouvelle plaie rouvre les anciennes. Elles s’additionnent, se superposent, et l’on finit exsangue. »

 Milady de Winter, tomes 1 et 2, Agnès Maupré. Ankama, 2010-2012. 134-141 pages.

Retrouvez également ma chronique sur sa seconde série autour du chevalier d’Eon !

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4 réflexions au sujet de « Milady de Winter, par Agnès Maupré (2010 – 2012) »

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