La Dame du château de Wildfell, par Anne Brontë (1848)

La Dame du château de Wildfell

(Il existe plusieurs traductions du titre original The Tenant of Wildfell Hall : La Recluse/La Locataire/La Châtelaine de Wildfell Hall ou encore La Dame du Manoir de Wildfell.)

On connaît mieux Anne Brontë pour son Agnes Grey. On connaît encore mieux ses sœurs, Emily (Les Hauts de Hurle-Vent) et Charlotte (Jane Eyre). J’avais acheté ce livre à une brocante, mais il a longtemps dormi dans mon armoire avec les autres livres à lire car mon édition est – avouons-le – terriblement laide et la couverture en faux cuir (je me demande d’ailleurs si le but était vraiment d’imiter du cuir tellement le résultat est atroce !) marron avec ce titre écrit en vert ont longtemps détourné mon attention de cet ouvrage. (Je précise que je ne juge pas un livre à son apparence, mais j’ai tant de livres qui attendent et je suis parfois si indécise que l’apparence joue un peu.) Pourtant, j’ai trouvé en La Dame du château de Wildfell une véritable petite merveille.

 

Le roman est divisé en trois parties. Tout d’abord, l’histoire est narrée par Gilbert Markham. Ce fermier plutôt prospère raconte l’arrivée d’une jeune veuve, Helen Graham, et de son fils, Arthur, à Wildfell Hall. Leur installation est fortement commentée par les habitants de la bourgade : qui est-elle ? pourquoi s’installe-t-elle seule avec son fils dans cette grande maison désolée ? Bon gré, mal gré, Helen est tout de même acceptée par les habitants mais les rumeurs grandissent.

Dans une seconde partie, le récit fait un retour dans le passé grâce au journal intime d’Helen que celle-ci prête à Gilbert : celui-ci découvre ainsi le passé de celle dont il est tombé amoureux et son mariage avec un homme charmant au premier abord, mais en réalité égoïste et prétentieux, Arthur Huntingdon. Celui-ci organise fréquemment avec ses amis des beuveries durant lesquelles ils accablent toute personne les désapprouvant ou refusant d’y participer. Arthur tombe sa femme et entraîne son jeune fils dans la débauche en lui apprenant à boire, à jurer et à insulter sa mère. Cet épisode de la vie d’Helen se termine par sa fuite à Wildfell Hall.

Enfin, Gilbert reprend la narration pour une dernière partie durant laquelle Helen rejoint son époux au seuil de la mort. Après de nouvelles épreuves, ils se retrouvent un an plus tard et le livre se ferme sur leur mariage. (Je me permets de dévoiler la fin car elle n’est pas surprenante et ce n’est pas en elle que le livre puise son intérêt.)

 

Alors. Pourquoi ai-je aimé ce roman ?

Lorsque j’ai commencé ma lecture, j’ai été – agréablement – surprise de trouver le point de vue d’un homme. J’étais davantage habituée au point de vue féminin de Jane Austen ou de Jane Eyre. D’habitude, dans ces romans du XIXe, c’est plutôt la jeune fille qui est séduite par un homme mystérieux et dissimulant moults secrets, mais ici, les rôles sont inversés.

J’ai également beaucoup apprécié l’absence de clivage entre les sexes : dans ce roman, ce n’est pas d’un côté, les hommes, buveurs et débauchés, et de l’autre, les femmes, timides et réservées. Lady Anabella Lowborough, qui devient la maîtresse d’Arthur Huntingdon, se montre aussi infidèle et dépravée que les hommes composant le cercle d’amis de son amant. C’est là qu’intervient l’élément qui m’a totalement séduite : Helen Graham. Cette jeune veuve réservée – qui attire tout d’abord par l’aura de mystère qui l’entoure – possède en réalité un tempérament de feu – tout aussi attirant – qui choqua les critiques lors de la publication du roman en 1848 : l’un d’entre eux déclare même qu’il est « totalement inapproprié de le mettre entre les mains de jeunes filles ». En effet, la scène au cours de laquelle Helen rejette son mari après que celui-ci lui ait fait subir les mauvais traitements habituels a été très mal perçue. De plus, l’énergique Helen n’hésite pas à parler directement aux hommes sans se laisser faire, contrairement à son amie Milicent Hargrave qui se laisse maltraitée par son mari sans mot dire considérant que tel est son devoir. Mais elle fait également preuve d’une grande tendresse pour son fils et d’un grand courage dans sa volonté de le sauver de son père. La présence de cette femme peu disposée à se résigner et revendiquant sa liberté fait que l’on considère La Dame du château de Wildfell comme l’un des premiers ouvrages féministes.

Alors venez aimer Helen pour sa fougue, son courage, sa tendresse et son franc-parler, venez haïr Arthur qui peut se targuer d’être l’un des personnages les plus exécrables que je n’ai jamais rencontré ; venez vite découvrir une œuvre peut-être trop méconnue et passionnante de la troisième sœur Brontë !

 

« – Cela n’a pas d’importance. On peut lire au fond du cœur d’un être humain, on peut découvrir la grandeur, la profondeur d’une âme en soixante minutes comme on peut mettre toute une vie à découvrir une âme si un être humain décide de cacher ses sentiments ou si l’on n’est pas assez compréhensif. »

« Vous croyez peut-être très fort de vous amuser à piquer ma jalousie, prenez garde de ne pas plutôt éveiller ma haine. Lorsque vous aurez éteint mon amour, vous découvrirez qu’il n’est pas facile de le ranimer. »

La Dame du château de Wildfell, Anne Brontë. Éditions Rencontre, 1961 (1848 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Maurice Rancès. 515 pages.

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